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Publié par Bob Woodward

Aamaq: l'agence de presse de Daech

L'organisation État islamique maîtrise à la perfection les outils numériques, notamment pour communiquer. En voilà encore une nouvelle preuve. En décembre 2015 l'Agence de presse Aamaq, proche de Daech, a lancé une application mobile (Android) qui permet à ses partisans de suivre en temps réel toute l'actualité de l'organisation terroriste.
L'application a été découverte par Vocativ, un site d'info qui fouille le Web invisible. Plus connu sous le nom de Dark Net, cet internet caché abrite des réseaux privés dont les gens se servent pour camoufler des choses. Comme des partisans de Daech, par exemple.
Sur l'application Aamaq, on trouve le compte-rendu des batailles en temps réel, des vidéos de propagande, ou bien encore des infographies détaillées sur l'avancement des troupes de Daech sur le terrain, en Irak et en Syrie.
Généralement lorsque l'on veut télécharger une application pour un smartphone ou une tablette Android, on se rend sur Google Play Store, la boutique d'applications officielle. Evidemment, cette application n'est pas validée par Google et, donc, indisponible. Il est cependant possible de télécharger des applications depuis d'autres sources, par exemple en utilisant un fichier ".akp". Autrement dit, c'est un jeu d'enfant pour l'installer sur un téléphone.
Le site d'info Vocativ a testé l'application et a déjà recensé sur le réseau social Twitter au moins 40 messages mentionnant un lien pour télécharger le fichier et installer manuellement l'application. Un outil de propagande, qui vient s'ajouter aux messageries en ligne, comme Telegram par exemple. Le groupe Anonymous affirme avoir fermé 11.000 comptes Twitter affiliés à Daech au cours des dernières semaines. Dans le même temps, l'application Telegram a indiqué avoir clôturé 78 comptes. Le lancement de l'application Aamaq est sans doute une première réponse à ces représailles.
L'agence de presse Aamaq proche de l'État islamique aurait intégré dans son application une fonctionnalité de communication chiffrée, ce qui lui vaudrait d'être conseillée aux sympathisants de l'EI. Mais ce n'est là aucune menace. Peut-être même, au contraire.
L’information est parcellaire et difficilement vérifiable mais elle n’aurait, à dire vrai, rien de très surprenant. Le site spécialisé dans l’information militaire Defense One rapporte que l’État islamique encouragerait ses membres et ses partisans à utiliser une nouvelle application Android pour communiquer entre eux, de façon sécurisée. Il s’agirait de l’application éditée par une agence de presse proche de l’EI, Aamaq. Elle n’est pas disponible sur Google Play mais il est possible de l’installer en téléchargeant le fichier APK Alrawi.apk diffusée sur le Web.
« Découverte par le site Vocativ qui a pour cela pénétré le deep web (sic), l’application inclut les informations des batailles sur le terrain de l’Etat islamique, mais également leurs vidéos de propagande et des infographies détaillées sur leurs opérations en Irak et en Syrie », rapportait Yahoo Actualités au début du mois dernier. Or selon Defense One, l’application aurait été mise à jour pour y ajouter une couche de communication chiffrée, censée offrir un moyen sécurisé d’échanger des informations, voire d’organiser des actions terroristes.

Aamaq: l'agence de presse de Daech

Il est toutefois précisé que les protocoles de chiffrement proposés seraient « rudimentaires » par rapport à ceux de Telegram, l’application allemande de Pavel Durov que l’on dit très populaire chez les djihadistes, car très sécurisée (en réalité, l’application laisserait visibles quantité de métadonnées très utiles aux services de renseignement).
Quoiqu’il en soit, ça ne serait pas la première fois qu’une application de chiffrement est développée par l’État islamique ou ses soutiens. C’est déjà le cas depuis au moins 2007 et la sortie de l’application Mujahideen Secrets ou plus récemment de Asrar al-Ghurabaa. L’utilisation d’applications spécifiques est en réalité contre-productive du point de vue de la sécurité, puisqu’elle permet d’isoler plus facilement leurs utilisateurs sur un réseau pour les détecter et les localiser. Il est toujours beaucoup plus discret d’utiliser les mêmes outils que des millions d’internautes, que d’adopter un outil spécifique à une communauté donnée, lorsque l’on cherche à cacher son appartenance à cette communauté ou à protéger le secret des communications qui y circulent.
L’anecdote démontre néanmoins à nouveau, s’il en était besoin, qu’il est vain de vouloir interdire le chiffrement sans backdoor — ce que la France semble vouloir combattre — alors que les outils hors de contrôle des États sont déjà légion, et se développeront d’autant plus qu’ils seront interdits dans certains pays.
A la suite des attentats perpétrés à Bruxelles mardi 22 mars, un premier tweet de l’« agence » Aamaq a revendiqué au nom de l’EI les attaques de Bruxelles,
Aamaq n’est évidemment pas une agence de presse au sens traditionnel, même si elle fait tout pour s’en donner les apparences – ton factuel et en général sans outrance, présentation soignée et outils techniques poussés, comme une application Androïd. Il s’agit bien d’un outil de propagande de l’EI qui, parfois, sert de brève prérevendication avant la publication d’un communiqué plus long par l’organisation.
C’est ce qui s’est produit pour les attentats de Bruxelles, comme pour ceux de Paris. Moins d’une heure après la « dépêche » d’Aamaq, le groupe djihadiste a revendiqué les attaques en tant que telles : « Des soldats du califat portant des ceintures explosives, des bombes et des fusils-mitrailleurs et ciblant des lieux choisis avec précision dans la capitale belge, se sont élancés à l’intérieur de l’aéroport Zaventem de Bruxelles et d’une station de métro pour tuer un grand nombre de croisés », a affirmé le communiqué, rédigé en arabe, en anglais et en français.
Cette revendication corroborait par ailleurs les témoignages de plusieurs rescapés de l’aéroport faisant état de coups de feu avant qu’aient lieu les explosions.
Cette revendication a été diffusée sur ce que l’on nomme les comptes et canaux officiels de l’organisation sur les réseaux sociaux. Ceux-ci sont aujourd’hui bien identifiés pour qui travaille ou s’intéresse à cette organisation.
Ces sources sont précieuses. L’accès aux territoires contrôlés par l’EI étant quasiment interdit à la presse et extrêmement dangereux, il n’est pas concevable d’envoyer un journaliste taper à la porte des djihadistes pour se faire remettre un communiqué. Ce qui n’empêche pas, à distance, d’avoir un contact avec des sources, à condition de s’assurer de leur crédibilité. Des personnes tentent souvent d'« intoxiquer » les journalistes en leur faisant parvenir de fausses informations ou documents.
Faire le tri entre sources fiables, sources fantaisistes et provocateurs de tout poil est très long et nécessite un suivi régulier pour s’assurer de leur crédibilité. Des comptes, ou adresses sont parfois suspendus puis réactivés. Ils peuvent être hackés et, enfin, les auteurs peuvent tout simplement « disparaître » : l’infrastructure médiatique de l’EI et ses membres sont particulièrement visés par les raids de la coalition internationale et beaucoup ont été tués.
Enfin, d’autres journalistes et des chercheurs – en Occident et dans le monde arabe – travaillent sur l’EI depuis longtemps et en ont une connaissance approfondie. Leur avis vaut aussi validation. D’une manière générale, au moindre doute, nous ne reprenons pas l’information. Et nous ne nous appuyons pas sur des sources secondaires. Ou alors en le mentionnant.
L’EI a également tout intérêt à ce que ses revendications soient jugées crédibles pour communiquer, dans un but propagandiste évidemment. A charge pour les médias de les reprendre, ou pas, s’ils estiment qu’elles ont une valeur informative.
Depuis son apparition (sous la forme Etat islamique en Irak et en Syrie), cette organisation n’a – pour l’instant – jamais revendiqué un attentat qu’elle n’a pas commis à l’extérieur de ses bastions irakien, syrien ou libyen.
A l’inverse, et pour des raisons que l’on ignore, l’EI n’a jamais revendiqué les attentats suicides commis sur le sol turc qui lui ont été attribués par les autorités d’Ankara. L’appartenance à l’organisation de l’auteur de l’attaque du 12 janvier à Istanbul a pourtant été alors confirmée au Monde par d’autres sources.
Autre « spécificité » turque, l’EI n’a pas le monopole de l’attentat aveugle visant des civils, comme l’a démontré l’attaque à Ankara le 11 mars, revendiquée par les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK).
Relayer certaines déclarations du groupe, ce n’est pas diffuser sa propagande. Pour peu qu’on les restitue dans leur contexte et dans une couverture plus générale d’un événement.
Les revendications de cette organisation ont parfois valeur d’information et il faut les décrypter. Surtout quand l’EI manie le flou et l’omission.

Aamaq: l'agence de presse de Daech
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Rémi MALTER 13/06/2016 00:16

Très intéressant