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Publié par Bob Woodward

Une chaîne de télé pour gagner la présidentielle ?

Qui peut se plaindre d’avoir à disposition une nouvelle chaine d’information, LCI aux côtés de BFM TV et de iTélé, financée par le groupe TF1 et son actionnaire Bouygues, lequel prend à son compte la totalité du risque financier ? Et qui se plaindra de voir arriver quelques mois avant l’élection présidentielle de 2017 une quatrième chaîne d’information, publique celle-ci, sinon quelques mauvais esprits soucieux de l’utilisation de la redevance audiovisuelle ? On oubliera au passage que les chaines publiques Public Sénat, LCP AN, France 24, etc.qui bataillent aussi sur le vaste terrain de l’information.
Ce doublement des chaînes d’info mises à la disposition des Français pose pourtant une question simple : pour quoi faire ? Sommes-nous sous-informés ? Cette avalanche correspond-elle à un vrai besoin en 2016 ? Au-delà du confort intellectuel de l’existence d’un choix, la réponse est évidemment négative. Car en 2016, avec quatre chaines d’information, comme en 2015 avec deux seulement, l’information est une facilité, un bien si courant et si accessible qu’il a perdu beaucoup de sa valeur. La multiplication de chaines d’information gratuites ne va pas freiner cette tendance. Au sortir de la guerre, qui ne puisait pas dans son porte-monnaie pour acheter un journal ignorait totalement le fracas du monde et pouvait passer à côté des accords de Yalta. C’est impossible à l’homme contemporain surinformé jusqu’à la noyade. Il écoute gratuitement la radio dès le réveil, saisit un quotidien gratuit en se rendant au bureau, suit l’actualité en continu sur Internet tout au long de la journée, se plante devant les JT de TF1, France 2, France 3 ou devant les chaines d’information BFM TV ou iTélé le soir et recommence le lendemain. Et tant pis si cette avalanche d’information laisse notre Français sur sa faim : il se dit mal informé et le répète chaque année au fil des sondages sur la crédibilité des médias... Ce sentiment changera-t-il face à quatre chaines ? L’information gratuite a tué l’avenir payant de LCI, elle handicape aussi son avenir gratuit. Le défi est de taille et la question demeure.
De l’information, pour quoi faire ? Le CSA répond qu’il n’a pas voulu laisser mourir LCI. L’argument est aussi juridique, il s’appuie sur les décisions et les analyses du Conseil d’Etat. Mais la concurrente BFM TV et le groupe M6 le disent désormais ouvertement : ils voient la main de l’Elysée derrière l’arrivée gratuite de LCI dans les foyers et plus encore dans ce projet de chaine d’information publique. Bête noire du pouvoir, BFM TV avait une concurrente qui n’a jamais réussi à atteindre la rentabilité, iTélé. Elle en aura bientôt trois. De quoi atténuer l’impact de la chaîne d’info leader sur le grand public ? Encore faut-il que les trois concurrentes parviennent à agréger un public assez vaste pour briser l’élan de la chaine d’Alain Weill, rompre le « réflexe BFM TV » et attirer une partie de ces Français surinformés.
Dans moins de neuf mois, la nouvelle chaîne d’information publique doit voir le jour. Le « bébé » porté par France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et l’Ina, a été présenté vendredi en comité central d’entreprise. Un projet assez fraîchement accueilli par plusieurs syndicats de France TV.

Une chaîne de télé pour gagner la présidentielle ?

On évoque une diffusion sur Internet, les mobiles et les box. Mais Delphine Ernotte, la patronne de France TV, a publiquement fait part de son souhait de voir la chaîne diffusée sur le réseau hertzien, il y a quelques jours. Mathieu Gallet, chez Radio France, avait lancé le même appel en novembre.
Pour cela, il faudra l’aval du gouvernement, qui doit préempter une fréquence. « On nous a rassurés sur le fait qu’a priori, ça ne se ferait pas au détriment de France Ô ou de France 4 », dit-on en interne. Une autre solution serait de réorganiser les différentes chaînes, dans le cadre du passage à la HD, pour chercher à libérer un canal. Reste aussi l’option du canal qui pourrait être laissé par Numéro 23, fin juin, suite à une décision du CSA en octobre. Mais cette solution n’est pas simple à mettre en oeuvre, notamment parce Numéro 23 a saisi le Conseil d’Etat, qui doit décider de la suite.
La nouvelle chaîne ambitionne de « décrypter » l’actualité en utilisant davantage d’infographies. Elle s’adresse à un public plutôt « jeune » et passera à la fois par une offre linéaire et une offre délinéarisée. Elle mettra aussi l’accent sur l’interactivité : des images des téléspectateurs pourraient être utilisées. Ce lundi, le SNJ doit aussi proposer en CE son projet editorial . Mais la chaîne va devoir s’imposer dans le paysage très concurrentiel de l’information en continu avec l’arrivée, en plus, de LCI en clair, qui a elle aussi une volonté de décryptage. Dans le reste de l’Europe, l’audience cumulée des chaînes publiques et privées d’info n’excédait pas 3,1 % en 2014, selon une étude du CSA. En France, les deux leaders, BFM TV et iTélé ont déjà accaparé 2,9 % de l’audience.
Le projet d’une nouvelle chaîne d’information de service public, qui ronronnait depuis quinze ans, a reçu un coup d’accélérateur marquant avec l’alliance des deux Pdg de France Télévisions et de Radio France. Mais cette alliance officielle n’apporte toujours pas de réponse claire à une question fondamentale : est-ce une envie de la nouvelle présidente Delphine Ernotte, voire des milieux politiques, ou un besoin des téléspectateurs ?
Selon Delphine Ernotte, cette chaîne apporterait du recul, des points de vue, des angles, du décryptage, expliquait-elle lundi devant l’Association des journalistes média. Elle s’appuierait sur le site de France Télé, France Télé Info, et sur le site web de la station France Info qui diffuse maintenant les images du studio et des textes. La nouvelle chaîne s’adresserait en priorité aux jeunes et fonctionnerait sans publicité. Pour la présidente de France Télévisions, c’est dans la mission du groupe qu’elle préside de s’adresser à tous les publics.
Mais à ce stade, ce projet pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses. La question de l’utilité de la chaîne, d’abord. France Télévisions dispose déjà d’une chaîne dédiée aux jeunes, France 4. Pourquoi ne pas renforcer l’information sur France 4 ? Par ailleurs, la France est aujourd’hui saturée de chaînes d’information : BFM TV, très très solidement implantée, iTélé qui peine, LCI qui joue actuellement sa survie, du côté des chaînes privées. Il faut y ajouter du côté des chaînes publiques, La Chaine parlementaire, Public Sénat, France 24, sans parler de Radio France. Alain Weill, le patron de NextradioTV, qui présentait ce 2 septembre ses programmes, ajoutait à cette liste Euronews. Mais France Télévisions a justement récemment… vendu ses parts (40%) dans la chaîne européenne d’information. Enfin, France Télévisions et Radio France peinent tous les deux à boucler leur budget… « Il faudrait peu de moyens supplémentaires », assure Delphine Ernotte qui précise qu’elle dispose à France Télévisions de « la plus grande rédaction d’Europe ». Pourtant, si la chaîne est diffusée sur le web, son audience restera faible et si elle demande au CSA d’accéder à une diffusion nationale via la TNT, les frais de diffusion alourdiront nettement la facture.

Une chaîne de télé pour gagner la présidentielle ?

Enfin, la date de lancement pose question. Prévu pour septembre 2016, neuf mois pile avant les élections présidentielles, ce lancement s’inscrirait dans un contexte politique tendu. Delphine Ernotte d’ailleurs ne cache pas que cette date a été choisie « pour pouvoir traiter les élections ». Pas de quoi calmer les soupçons d’influences politiques qui pèsent sur France Télévisions en général et le projet de chaîne d’information en particulier.
La Société des journalistes (SDJ) de France 2 a prévu de réunir ses adhérents dans les semaines qui viennent. Après la nomination de Stéphane Sitbon Gomez, venu des Verts, celle de Germain Dagognet, venu de TF1 après un passage par le cabinet de Lionel Jospin alors dirigé par Olivier Schrameck (aujourd’hui président du CSA), suscite toujours des réactions. « Ca ronfle un peu dans la rédaction, affirme un élu. Ces parcours politiques sont sensibles dans une chaîne publique. Nous ne voulons pas faire de procès d’intention, mais certains membres de la rédaction nous demandent d’intervenir sur le profil et la provenance de certains cadres nommés par Delphine Ernotte ». En tête, Dagognet. La SDJ n’a encore rien décidé. Mais la désignation de Germain Dagognet par Delphine Ernotte pour conduire le délicat projet de chaîne d’information ne calmera pas le malaise.
A peine installée à la tête de France Télévisions, la nouvelle présidente Delphine Ernotte Cunci annonce le lancement d'une chaîne d'info en continu, réalisée conjointement avec Radio France. Un projet d'envergure, d'autant plus ambitieux que la mise en orbite est prévue pour septembre 2016. Il reste donc une toute petite année pour définir le contenu, constituer les équipes, imaginer les programmes... Et répondre aux nombreuses questions que ce chantier soudain ne manque pas de soulever.
Avec cinq chaînes d'info en continu (BFMTV, iTélé, LCI, France 24 et Euronews), les téléspectateurs français sont parmi les mieux dotés d'Europe. Alors, pourquoi en créer une nouvelle ? Première mission : tenter de rattraper les jeunes, qui délaissent les JT traditionnels (âge moyen du télé¬spectateur du 20 heures de France 2 : 60 ans). « Il faudra investir fortement les réseaux sociaux, prévoit un grand patron du secteur. C'est un enjeu démocratique, pour y infuser les valeurs du service public et une information de qualité. » La seconde mission a des contours plus flous. Il s'agit, selon les mots de Delphine Ernotte Cunci, de fournir une information « qui dépasse l'émotion » et « aide à comprendre ». En clair, et même si personne n'ose le dire ouvertement, la nouvelle chaîne d'info a été pensée comme une alternative à BFMTV, souvent critiquée pour sa couverture à tombeaux ouverts de l'actualité. Reste à savoir si le concept même « d'information continue » peut conduire à la création d'une chaîne réellement différente de celles qui existent déjà. Et accessoirement de savoir comment se distinguer, alors qu'iTélé et LCI, en pleine mutation, promettent elles aussi de « ralentir le rythme » et de « mettre en perspective » l'information.
Pour coller aux nouveaux modes de consommation, la chaîne d'info publique sera nu-mé-ri-que. Vous ne voyez pas très bien ce que cela recoupe ? Normal, personne ne le sait. S'agira-t-il d'un simple flux, d'une chaîne YouTube, d'un média linéaire, d'une plateforme délinéarisée ? « La page est blanche », ne cesse de répéter Delphine Ernotte Cunci, qui a cependant déjà évoqué la possibilité d'un passage postérieur sur la TNT. Pour dissiper le flou, deux comités de pilotage sont chargés de phosphorer : le premier regroupe des membres de France Télévisions (rédaction, service technique, juridique...), le second réunira des émissaires de la télé et de Radio France. « C'est une sorte de bourse aux idées », précise-t-on à France Télévisions. La question des moyens sera-t-elle abordée ? « Elle viendra tôt ou tard, mais il faut d'abord imaginer le projet, sinon on n'avance pas », répond-on. Une manière d'évacuer un problème pourtant central, alors qu'aucun budget n'a été annoncé et que les entreprises-mères sont dans le rouge (10 millions d'euros de déficit pour France Télévisions en 2015, 21 millions pour Radio France). « Comment pourrons-nous participer à ce projet alors qu'on est censé faire des économies ? », interroge Valeria Emanuele, représentante SNJ à Radio France. Les journalistes, partagés, craignent de ¬devoir avancer à marche forcée.
« Je rappelle, à toutes fins utiles, que cette chaîne d'info continue existe depuis vingt-neuf ans, et qu'elle s'appelle France Info. » Piqué au vif Laurent Guimier ? Déterminé à développer lui-même l'accès de sa radio sur les écrans (ordinateur, tablette, téléphone), le patron de France Info ne pensait pas se retrouver embarqué dans cette aventure ¬télé. Fin août encore, le PDG de Radio France, Mathieu Gallet, ne paraissait pas non plus spécialement enthousiaste. Il s'est converti au pragmatisme : puisqu'il risquait de se faire doubler, mieux valait y aller et défendre les couleurs de sa maison. D'autres rédactions sont sur les rangs : évidemment FranceTVinfo, le site d'information de France Télévisions, mais aussi les chaînes TV5 Monde et LCP, ainsi que l'Institut national de l'audiovisuel. Si, de leur côté, rien n'est encore arrêté, France Médias Monde qui regroupe France 24, RFI et Monte Carlo Doualiya, sera à coup sûr de la partie. « Nous apporterons notre savoir-faire et notre organisation, avance la présidente Marie-Christine Saragosse. On nous appelle du monde entier pour monter des chaînes d'info ! » Dans les couloirs, on trouve quand même gonflé de ne pas avoir été convié plus tôt. « On a l'impression d'être la cinquième roue du carrosse, alors que notre expertise est centrale », regrette un cadre. Le rapprochement entre télé et radio publiques ressuscitera-t-il le spectre de l'ORTF, ce mastodonte aux ordres de l'Etat dissout au milieu des années 1970 ? « Halte aux fantasmes ! » lance Christian Dauriac depuis Bruxelles, où cet ancien de Radio France et France Télévisions dirige la rédaction télé de la RTBF. Là-bas, les journalistes de la radio, de la télé et du Web cohabitent pacifiquement dans une même « newsroom ». « Il arrive que la collecte de l'information soit mutualisée, mais le traitement de l'info, lui, ne l'est jamais », détaille celui qui, au début des années 2000, avait déjà participé à un projet de chaîne d'info publique, en¬terré par Jacques Chirac. La chaîne de Delphine Ernotte Cunci s'inspirera-t-elle de ce modèle ? Une chose est sûre, la mise en commun des énergies s'annonce coton. Personne ne veut revivre la guerre sociale qui a déchiré l'audiovisuel extérieur lors du mariage arrangé entre France 24 et RFI. Les attaques risquent également de venir des groupes privés. Alain Weill, le PDG de NextradioTV (BFMTV, RMC...), a déjà annoncé qu'il emploiera tous les moyens légaux pour bloquer le ¬projet : une nouvelle chaîne d'info, proteste-t-il, provoquera soit la mort de l'une d'elles (LCI ou iTélé, aux audiences moins solides), soit l'affaiblissement de toutes.

Une chaîne de télé pour gagner la présidentielle ?

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