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Publié par Bob Woodward

Manuel Valls, le dynamiteur de la gauche ?

Au front pour défendre le projet du gouvernement d'inscrire la déchéance de nationalité dans la Constitution, Manuel Valls commence à irriter de nombreux socialistes. Et pas que des frondeurs. Des militants ont saisi la haute autorité éthique du parti après les déclarations de Manuel Valls, jugées contraires à la « déclaration de principes » du PS.
« J'ai hésité à tweeter Valls démission », avoue un chef d'une section PS en Loire-Atlantique. Selon lui, le Premier ministre « déraille complètement ». « Schisme, division, réécriture, alliance avec le centre..., appelez ça comme vous voulez, mais Manuel Valls a bien pour projet de détruire le PS tel qu'il est aujourd'hui. Et il se sert des attentats pour cela », déplore un autre cadre socialiste.
Fait rare, c'est l'ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault qui a recadré le premier Manuel Valls. « Si la France est en péril de paix, alors ne la divisons pas davantage ! » a tweeté l'ancien chef du gouvernement en réponse aux propos de son successeur dans Le Journal du dimanche. Dans le même journal, Benoît Hamon, figure de l'aile gauche du PS, a, lui, estimé que « ce qui distingu[ait] Bertrand, Estrosi et Valls ne [tenait] qu'à des nuances ». L'anti-vallsisme se déchaîne sur les comptes Twitter des socialistes. Proche de Jean-Yves Le Drian et premier secrétaire du PS Finistère, Marc Coatanéa a déploré que Manuel Valls s'occupe plus de ses tribunes pour défendre le projet de loi que de la situation en Corse.Pour la députée européenne socialiste Isabelle Thomas, « Manuel Valls divise les Français ». « Ce projet est un point de non-retour pour le PS. C'est une dérive dont l'instigateur principal est le Premier ministre », juge-t-elle. Les socialistes iraient-ils jusqu'à réclamer une démission du Premier ministre  ? « Oui. Nous sommes nombreux à demander un changement d'orientation », répond Isabelle Thomas.
Rue de Solférino, certains tempèrent : « L'objectif pour l'instant, c'est d'empêcher cette mesure. On verra ensuite pour demander des comptes au gouvernement. » En attendant, Jean-Christophe Cambadélis reste muet. La chapelle socialiste vacille de plus en plus. Au point de s'écrouler ?
Que le Premier ministre d'un gouvernement de gauche soit la cible privilégiée d'une opposition de droite qui, sous l'influence de Nicolas Sarkozy, multiplie les prises de position ultra droitières, voilà qui ne déroge en rien aux règles et coutumes de la Ve République. Manuel Valls ne s'en formalise d'ailleurs pas. L'enfant au sang chaud de Barcelone adore ces affrontements à l'Assemblée Nationale où il arrache le micro au banc du gouvernement, il n'entend rien concéder à ses détracteurs ; il les malmène ; il les houspille ; il rend coup pour coup. Jamais le moindre renoncement, ce qui provoque parfois quelques maladresses ; mais aussi des moments de grâce : ainsi au lendemain des attentats de janvier 2015, un discours authentiquement historique, puissant, provoquant une unanime approbation et des applaudissements nourris, sur l'ensemble des bancs du palais Bourbon, à gauche comme à droite.

Manuel Valls, le dynamiteur de la gauche ?

Manuel Valls connut alors son état de grâce - la preuve tangible de l'union nationale en marche. C'est en résonance avec cet épisode encore présent dans la mémoire collective qu'il publie dans quelques jours, aux éditions Grasset, un recueil de textes, dont ce discours-là en mode majeur, visant à conceptualiser et à rassembler sa pensée politique, sa conception de la France, de la République, de la gauche et du PS. Ambition sans doute démesurée dans la mesure où Manuel Valls provoque rejet - et même haine, oui haine, détestation, répulsion ! - à gauche, au sein de son propre camp. Du jamais vu depuis les années de sang de la guerre d'Algérie quand les militants, et ils étaient autrement plus nombreux qu'aujourd'hui, organisés, influents, exécraient le président  du Conseil, Guy Mollet, et son ministre de la Justice... François Mitterrand, partisan déclaré de l'Algérie française et de la manière forte. Que le chef du gouvernement se trouve confronté, en 2016 bientôt, à pareille lame de fond et de détestation - qui n'atteint pas l'opinion publique en général, et celle de gauche en particulier, il est toutefois utile de le préciser ! -  peut dépasser l'entendement et mériter quelques explications. 
En dépit des exécrations qu'il génère, Valls assume et affirme ses conceptions.
Quand François Hollande lui a offert la succession de Jean-Marc Ayrault, le nouveau Premier ministre était déjà en proie à la détestation de l'aile gauche du PS et de la gauche de la gauche. Une détestation assumée, déclarée, revendiquée. Il faut reconnaître que, depuis des années déjà, Valls n'avait cessé de les provoquer, de les contester, de les rabrouer. "Sa" gauche, en effet, n'avait plus grand-chose en commun avec la gauche de gauche, que celle-ci se trouve à l'intérieur ou l'extérieur du parti socialiste. Les preuves, donc les divergences, étaient d'ailleurs aussi multiples que puissantes, et Valls, depuis quelques années, ne cherchaient plus à les contourner et, encore moins, à les dissimuler.
Quelques exemples:
Le social-libéralisme façon Tony Blair et Gordon Brown l'a séduit, même s'il sait pertinemment qu'une adaptation à la française est indispensable.
Sa conception de la laïcité et du respect des principes fondateurs de la République, par exemple la répression et la punition pour ceux qui ne respectent pas la loi, le rapproche davantage de ... Jean-Pierre Chevènement que de ... Martine Aubry. Élu de banlieue, à Evry dans la périphérie parisienne, Valls a très tôt pointé les ravages du communautarisme et de l'islamisme politique. La fraction islamo-gauchiste, qui a toujours disposé de nombreux relais, dans les partis, les syndicats ou  les associations, parmi quelques intellectuels et une poignée de journalistes, s'est empressée de le diaboliser. Valls "le sioniste", Valls "l'islamophobe".... Dans une partie de la jeunesse, notamment celle des cités, il en reste quelque chose, comme une odeur de souffre.
Relevant du sacrilège, sa proposition de changer le nom du PS pour marquer une rupture définitive avec  le "vieux" socialisme est longtemps passée pour un gadget pseudo moderniste. Valls n'avait tort que d'être ... en avance. Aujourd'hui, François Hollande et deux de ses poissons pilotes politiques, Jean-Christophe Cambadélis et Julien Dray, commencent à convenir qu'il sera sans doute bientôt indispensable d'en passer par  cette transformation symbolique pour ouvrir à nouveau le jeu, tant vis à vis des Verts que des Centristes. Mais au sein du PS, ça ne passe toujours et dans l'esprit du cadre "moyen",  le coupable de tous les maux est d'avance désigné, le Premier ministre cela va de soi. Récemment, on trouve ce témoignage d'un responsable socialiste breton sur le site du Point : "schisme, division, réécriture, alliance avec le centre, appelez ça comme vous voulez, mais Manuel Valls a pour projet de détruire le PS tel qu'il est aujourd'hui. Et il se sert des attentats pour cela". L'ignominie pour finir...

Manuel Valls, le dynamiteur de la gauche ?

Paradoxalement, après les massacres du 13 novembre, la détestation de Manuel Valls n'a fait qu'amplifier au sein de cette gauche, qui prétend incarner - quelle prétention ! Quelle morgue ! Quelle suffisance !- la pureté des origines, le respect des principes, le combat "juste", mais "juste" par définition, sans jamais être autorisé à contester ce point de vue. Sinon, gare à l'excommunication. Et Valls, chaque jour davantage, est victime d'un procès en excommunication qu'il partage toutefois avec Hollande. Mais pourquoi lui ? Et pas Bernard Cazeneuve, le ministre de l'Intérieur, tout aussi "répressif" mais qui échappe-tant mieux pour lui - à toute remise en cause ? Et pas celui de la Défense, Jean-Yves Le Drian, incarnation du "fana-mili" que cette gauche, a priori, exècre ? Affaire de style, d'allure, de provocations, de rentre-dedans. Trop flamboyant, Valls ; trop "showbiz" ; trop bête de scène et de médias ; trop émotif et éruptif, démarrant au quart de tour et rendant coup pour coup.
Alors il se fait  sans cesse "démonter" sous le regard parfois rigolard des Français.
Jean-Luc Mélenchon, son ex-camarade de la fédération socialiste de l'Essonne, choisira de "lepéniser" le Premier ministre dès son arrivée à l'hôtel de Matignon : "C'est un socialiste qui pose problème à tout le monde. J'ai déjà dit qu'il était contaminé par les idées de Marine Le Pen. C'est pire que cela : Valls est terrifiant".  Non pas un "social-traitre", selon la vieille logomachie longtemps en cours à la gauche de la gauche ; pas davantage, à l'instar de François Mitterrand, un type vraiment de droite qui, à un moment donné, par opportunisme ou sincérité on ne saura jamais, choisira de passer à gauche. Non, tout cela, c'est de la gnognote. Militant socialiste depuis l'adolescence, n'ayant jamais connu qu'un seul et unique engagement politique, au PS et ses branches syndicales étudiantes, auprès de Michel Rocard puis de Lionel Jospin avant de s'émanciper, Manuel Valls incarnerait pourtant  l'horreur de l'horreur, l'abomination à l'état pur : un "allié objectif" - autre catégorisation chère à la gauche de la gauche - de l'extrême droite ! L'extrême-droite antirépublicaine, raciste et xénophobe se serait dégotée un cheval de Troie d'une toute particulière efficacité : un Premier ministre socialiste, parfois populaire parmi les Français.
Dans tout autre société démocratique que la France de telles fadaises, non seulement feraient hurler de rire, mais discréditeraient à jamais leur(s) auteur(s). Ici, ce n'est pas le cas. Jean-Luc Mélenchon persiste à pérorer mais, surtout, à délirer : "Avec la déchéance de nationalité, Francois Hollande et Manuel Valls vont créer un statut de Français de souche. Le régime de Vichy a essayé de régler ce problème, donc Valls pourra lui emprunter des trouvailles. Bon appétit"... Dans l'esprit du chef du Parti de gauche, Valls n'en est plus à singer le Front National. Il prend désormais exemple sur Laval et Bousquet. Pareille ignominie mérite-t-elle seulement d'être relevé ? En réalité, tous ceux qui sont hostiles à la proposition Hollande-Valls devraient sur le champ se désolidariser de Mélenchon. Leur combat alors retrouverait un sens et Valls des détracteurs dignes de ce nom. Excédé par la brutalité, la violence de ces mises en causes, le chef du gouvernement va cogner à son tour - ce qui ne fut peut être pas sa meilleure initiative en cette fin d'année : "Une partie de la gauche s'égare au nom des grandes valeurs en oubliant le contexte, notre état de guerre et le discours du Président devant le Congrès". Pour le moins maladroit puisque la polémique gauche contre gauche était ainsi relancée.
Martine Aubry, si elle présente un bilan électoral déplorable dans sa région, n'en demeure pas moins elle aussi une "référence" et une "conscience" ; elle y est donc à tour allée d'un couplet anti-Valls : "Je défends les valeurs républicaines et j'en suis fière". Sobre, mais, en creux, cruel. Le chef de file des députés "frondeurs",  l'élu de la Nièvre, Christian Paul, peut ensuite lui aussi tirer à vue, visant Valls sans prendre la peine de le nommer : "Ceux qui oublient leurs valeurs perdront leur honneur". Ça grimpe ainsi dans les aigus et à gauche, la chasse à Valls n'est pas seulement ouverte, autorisée, elle est recommandée, vivement recommandée, notamment par un revenant de la mitterrandie, l'ex-ministre de l'Intérieur et de La Défense, Pierre Joxe : "Qu'un socialiste adulte [Valls], encore jeune, mais déjà très mûr, puisse proférer qu'une partie de la gauche régresse au nom de grandes valeurs, cela rappelle de vieux et mauvais souvenirs". Joxe l'ancien morigène le Premier ministre de "gauche" soudain dépourvu de principes... 
Les sondages de Manuel Valls n'étaient guère flatteurs ces dernières semaines. On peut douter que les Français lui reprochent d'être "insuffisamment" de gauche...ou trop à droite.

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