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Publié par Bob Woodward

Le foot, porte d'entrée du wahhabisme ?

On connaissait le PSG acheté par le Qatar... voilà Sedan acheté par l'Arabie Saoudite. La mort du roi Abdallah d'Arabie Saoudite vendredi 23 janvier 2015 a eu une conséquence inattendue dans le football français : les négociations entre le club de foot de CFA, 4e division, le Club Sportif Sedan-Ardennes, et le prince saoudien Fahad Bin Khalid Faisal, neveu du défunt roi Abdallah, ont été suspendues.  "Avec le décès du roi, les tractations sont gelées, elles reprendront mi-février", a expliqué Marc Dubois, le président du club, au journal Challenges.
Marc Dubois et son frère Gilles ont repris le club en août 2013, après la liquidation judiciaire et la relégation en CFA 2 (5è division) des "Sangliers", le surnom du club. Première priorité: trouver des investisseurs étrangers. Ils sont entrés en contact avec des Saoudiens et les deux parties se sont rapidement entendues pour trouver un accord: foot contre maisons de retraite.   
Marc Dubois est également président de la société Aplus, une entreprise spécialisée dans la construction de résidences médicalisées. Il a ainsi proposé au prince saoudien de construire des maisons de retraite, des SPA ou des cliniques spécialisées en Arabie Saoudite. Selon une étude médicale publiée par le magazine américain The Lancet, le taux d'hommes en surpoids en Arabie Saoudite atteint 79%.
Le premier exportateur de pétrole n'est pas à la pointe en matière d'équipements de santé et a été ravi de pourvoir bénéficier des techniques françaises en la matière. "On leur a présenté une maison de retraite médicalisée qui n’existe pas là-bas", détaillé Gilles Dubois, président-délégué du club, dans une interview accordée au site Footmercato.net. En échange, le prince saoudien a accepté de prendre une participation dans le capital du club à hauteur de 50%. L'accord, qui renfloue ainsi les finances du club, a été officialisé le 12 décembre 2014.   
Gilles Dubois a expliqué que grâce à ce partenariat, le club bénéficiait déjà d'un budget de 2,5 millions d'euros par an, un montant de 4 à 5 fois supérieur à la norme des équipes de CFA, le premier échelon du championnat amateur. En cas d'accès en National, championnat de troisième division, la saison prochaine, le budget du CS Sedan-Ardennes passera à 7 millions d'euros. Le budget moyen des clubs qui évoluent dans ce championnat tourne autour de deux millions d'euros.
Si l'argent ne garantit pas la réussite dans le football, un tel budget peut permettre de faire la différence. Les conséquences ne se sont pas faites attendre : Sedan est largement en tête de sa poule et compte huit points d'avance sur le second, avec 13 victoires sur 16 matchs disputés.       
Le club a ainsi remporté une victoire de prestige face à l'équipe B du Paris Saint-Germain sur le score de 4 buts à 1 en septembre 2014, lors de la 6e journée de championnat.
Ce partenariat prévoit également la création de centres de formation de jeunes joueurs appelés "Sedan Academy" dans la région, mais aussi en Algérie, au Maroc, et bien évidemment en Arabie Saoudite. La monarchie pétrolière pourrait avoir besoin de renforcer la promotion du football dans son pays. Elle a été éliminée de la Coupe d'Asie des Nations dès les phases de poule. Et la seule sélection qu'elle a réussie à battre est la Corée du Nord, qui ne représente pas une force du football asiatique. Le CS Sedan Ardennes est un club au passé glorieux (2 victoires en Coupe de France, 3ème du championnat de France en 1963 et 1970) qui végète dans le ventre mou du championnat National (3ème division), luttant pour ne pas redescendre en CFA (4ème division). Pourtant, le club est sous le feu des projecteurs depuis qu'une jeune prince saoudien, neveu du roi d'Arabie Saoudite, a déclaré vouloir en faire un pensionnaire de la prestigieuse Ligue des Champions. Avec un mélange de candeur et de détermination, le dénommé Fahd bin Khalid Faisal, qu'il convient d'appeler Prince (comme il faut appeler Albert "Monseigneur" et comme il fallait appeler Bokassa "Excellence") affiche son ambition pour le club dont la mascotte était le mets favori d'Obélix.

Le foot, porte d'entrée du wahhabisme ?

Le Prince Fahd a annoncé la construction d'une académie de football à Sedan. "On voudrait investir entre 50 et 60 millions d'euros sur la totalité du projet de centre de formation international". Au delà du foot, sensibiliser les jeunes éléments à une bonne nutrition et une bonne hygiène de vie est revenue plusieurs fois comme une priorité de l'investisseur.
Des centres de formation seront ainsi créés dans plusieurs pays dont le Maroc, le Sénégal, l'Arabie Saoudite et le Brésil. Les dirigeants sedanais, qui se rendront à Rio la semaine prochaine, vont mettre en place un partenariat avec le club de Flamengo ainsi qu'avec Edinho, fils de Pelé. L'idole brésilienne s'est même exprimée dans un message vidéo diffusé lors de la conférence de presse: "Bonjour, je vous attends à Rio la semaine prochaine, vous allez travailler avec mon fils, allez Sedan!"
Le prince Fahd a également tenu à se démarquer des investisseurs qatariens qui contrôlent le Paris SG. "Je n'aime pas les comparaisons avec le PSG. Nous avons notre stratégie, ils ont la leur", a-t-il lâché, légèrement agacé, alors qu'il s'est montré souriant pour les autres questions. Former de bons joueurs plutôt que les acheter à prix d'or, tel est son objectif.
Le Château de Montvillers, où sont situés le centre d'entraînement et les services administratifs du CSSA, va être transformé en centre touristique axé sur la balnéothérapie, spécialité du groupe Aplus présidé par Gilles Dubois, frère de Marc, président du club, et lui même président délégué sedanais.
Enfin, Gilles Dubois a également créé le "Club Ardennes", qui permet aux entrepreneurs locaux d'accéder à des marchés à l'étranger, et notamment en Arabie Saoudite, grâce au réseau du Prince Fahd.
Il ne faut pas attendre de révolution, même si l'ancien entraîneur des Bleus Roger Lemerre vient d'arriver sur le banc et si attirer des joueurs sera désormais plus facile.
Le Prince Fahd n'injectera pas d'argent immédiatement dans les caisses du CSSA. Pour la saison prochaine, il n'a pas évoqué de montant, puisque son apport dépendra de la division dans laquelle évolueront les Sangliers, classés actuellement 11e de National. "Le Prince est conscient qu'il devra amener plus d'argent si on monte", a expliqué Gilles Dubois.
S'il n'a pas donné d'échéance, le Saoudien a souligné que l'objectif était de retrouver la Ligue 1 quittée en 2007. "On sait qu'on aura des difficultés donc on doit être patient mais on y arrivera. Et on ne partira pas si Sedan ne monte pas", a-t-il assuré, avant de lancer: "C'est le début du nouveau Sedan!"
Fahd bin Khalid Faisal n'est pas le premier nobliau de la péninsule arabique ayant décidé d'investir dans le football en Europe : le fameux cheikh Mansour bin Zayed Al-Nahyan, propriétaire de Manchester City, est lui aussi membre d'une famille royale, celle d'Abou Dhabi. Mais pourquoi le jeune prince saoudien a-t-il jeté son dévolu sur l'illustre club des Ardennes, plutôt que sur Marseille, Bordeaux ou Nice ? L'histoire est celle de liens commerciaux entre les frères Gilles et Marc Dubois, propriétaires du CS Sedan, et la famille royale d'Arabie Saoudite. Les frères Dubois, nés dans les Ardennes et grands amateurs de football, sont des entrepreneurs ayant bâti une certaine fortune dans les maisons de retraite et les spas-balnéothérapie. Leur développement les a conduit à travailler avec le royaume saoudien et, comme ils souhaitent faire bénéficier le club de leur cœur de leur success story, ils ont suggéré à leurs partenaires saoudiens d'investir dans le CS Sedan. C'est ainsi qu'un des multiples neveux du roi se trouve en première ligne pour conduire le projet qui doit conduire les rouges et verts du championnat National à la Ligue des Champions, c'est à dire du stade des Herbiers au Camp Nou.
Quelle chance ce projet a-t-il de réussir ? Échaudé par les affaires Ochiai (l'homme d'affaire japonais du Grenoble Foot) ou Mammadov (le repreneur azerbaïdjanais du RC Lens), le monde du football ne cache pas sa perplexité. Les sugar daddies qui injectent du sirop dans les finances des clubs sont souvent des personnages sulfureux ou fantasques : la rentabilité des investissements dans le football reste à démontrer et, souvent, à l'heure des comptes, il ne reste plus que ses yeux pour pleurer. Pourtant, le CS Sedan a quelques atouts. Le club possède une histoire, un palmarès et un stade récent de bonne capacité (23 000 places environ). Les investisseurs misent sur l'internationalisation du club : la proximité de la Belgique, du Luxembourg et de l'Allemagne sont, à leurs yeux, le gage d'un fort potentiel de développement. Cette approche pourrait s'avérer visionnaire : le spectateur (et à plus forte raison le téléspectateur) du football est devenu versatile. A l'exception du socle des fidèles (et en particulier des supporteurs les plus enracinés), le consommateur du spectacle du football semble prêt à s'enthousiasmer pour une équipe composée de joueurs renommés, même si elle est géographiquement lointaine, plutôt que pour une équipe locale constituée d'anonymes.

Le foot, porte d'entrée du wahhabisme ?

L'exemple du Paris SG est, à cet égard, significatif. Avant l'arrivée des qataris, le club parisien était moins populaire, en France, que l'Olympique de Marseille ou l'A.S. Saint-Etienne. Depuis que l'équipe est une collection de grands joueurs pratiquant un très bon football (et alignant les victoires), la popularité du club a explosé. Les réserves sur la provenance des ressources du club parisien ont très vite été balayées et des "provinciaux" en viennent à supporter Paris, historiquement honni. En outre, l'inclination pour un club de football est un phénomène susceptible de traverser les frontières. Non seulement des français d'origine portugaise chérissent Benfica ou Porto, mais des citoyens anglais supportent le Borussia Dortmund. Si le flot de ressources est conséquent, Sedan peut devenir un club de premier plan, au cœur -presque- géographique de l'Europe.
Le projet de Fahd bin Khalid Faisal et des frères Dubois est intéressant. Les quelques millions d'euros saoudiens (il est question de 60 millions pour l'ensemble des projets centres de santé, immobilier et football) devraient permettre au club sedanais de rejoindre la Ligue 2 et peut-être même la Ligue 1. Le passage à la dimension supérieure demeure néanmoins très hypothétique : ce ne sont pas 15 millions par an qui sont nécessaires à l'ascension d'un club vers les sommets européens, mais 150 ! Et la facture, déjà rendue salée par l'explosion des droits TV en Premier League, risque de croître encore avec la concurrence nouvelle du marché chinois. La victoire des rouges et verts en Champions League n'est sans doute pas pour cette décennie...

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