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Publié par Bob Woodward

Ces applications qui secouent le monde pour le meilleur et pour le pire...

 

Kayvon Beykpour et Joseph Bernstein l'avaient initialement développée pour pouvoir diffuser sur Twitter de petites vidéos « en direct » des événements marquant l'actualité. Periscope s'est aujourd'hui transformée en un immense parloir où les internautes des cinq continents soliloquent face à un auditoire virtuel de plusieurs millions de personnes. En quelques mois, elle est devenue un défouloir géant où n'importe qui peut prendre la parole... pour le meilleur comme pour le pire. Comme l'a démontré le footballeur Serge Aurier qui aurait insulté son entraîneur du PSG, Laurent Blanc.

Periscope n'en demeure pas moins un outil appréciable et très utilisé par les médias. C'est ainsi que Le Point.fr diffuse régulièrement des vidéos, via le compte Periscope de ses journalistes, pour faire vivre à ses lecteurs les reportages comme les interviews de sa redaction.

L'aventure « Periscope » commence en 2013 lors des manifestations à Istanbul du parc Gezi et la place Taksim. « À l'époque, en voyage en Turquie, j'étais frustré qu'aucune vidéo ne soit accessible pour voir ce qui se passait », témoigne Kayvon Beykpour, devenu aujourd'hui PDG de l'entreprise. Puisqu'aucun outil ne répond à ses attentes, il s'emploie à le créer avec un ami, Joseph Bernstein.

Ces deux Américains n'en sont pas à leur coup d'essai. Un an avant, ils ont fondé une première start-up à leur sortie de l'université de Stanford (Californie). Les deux garçons n'ont pas tardé à revendre cette petite entreprise d'apprentissage online (TerrblyClever). Avec le petit capital amassé, ils peuvent se consacrer au développement de leur idée.

Entre février 2014 et janvier 2015, les deux garçons développent donc le programme informatique permettant de diffuser des vidéos sur la plateforme de microblogging Twitter. D'abord surnommée « Bounty », cette application vise à transformer n'importe quel téléphone en caméra susceptible de diffuser en « live » des images animées, et ce, sans limitation de durée.

Un prototype est présenté, dans un café, à Jessica Verrilli, directrice du développement de Twitter, début mars 2015. L'application lui fait une si forte impression qu'elle présente immédiatement Beykpour et Bernstein au PDG de la plateforme, Dick Costolo, mais aussi à Jack Dorsey, « inventeur » de Twitter. Et, avant même que les deux amis aient commencé à diffuser leur appli sur le Web, le géant américain leur rachète. Le montant de la transaction est secret, mais plusieurs sources évoquent un montant de 75 à 100 millions de dollars.

Kayvon Beykpour et Joseph Bernstein, 26 ans à l'époque, restent au sein de l'entreprise pour continuer de la développer. Notamment sur mobiles. Son succès dépasse leurs espérances. En une semaine, plus d'un million d'internautes téléchargent Periscope. En août 2015, le seuil de dix millions d'utilisateurs est dépassé. En janvier dernier, 350 000 heures de vidéos étaient mises en ligne quotidiennement.

Officiellement, les vidéos posées ne restent disponibles que 24 heures. Elles sont censées s'effacer, comme les photos de Snapchat, au-delà de ce délai. « L'objectif de Periscope n'est pas de créer une bibliothèque mondiale de vidéos comme YouTube, mais de favoriser vraiment la diffusion d'informations en direct », arguent ses fondateurs. Rien n'empêche cependant, techniquement, que des tiers les téléchargent et les archivent. C'est ce qu'expérimente aujourd'hui Serge Aurier ,dont les exploits sur « Periscope » circulent toujours sur la Toile bien que l'enregistrement initial ait disparu de l'appli.

Ces applications qui secouent le monde pour le meilleur et pour le pire...

 

En l’espace de quelques semaines, Meerkat et Periscope sont devenus les applications-phare du moment. La première a connu son heure de gloire en mars dernier lors de la dernière édition du festival high-tech South by Southwest (SXSW) à Austin au Texas. A peine dévoilée aux participants de l’événement que déjà se ruaient des célébrités américaines comme la chanteuse Madonna, l’acteur « geek » Ashton Kuchter ou encore le rappeur Snoop Dog pour faire de Meerkat leur appli favorite. Un plébiscite payant puisque la jeune pousse techno israélo-américaine peut désormais revendiquer plus de 500 000 utilisateurs et surtout une levée de fonds de 14 millions de dollars accomplie le 25 mars où des personnalités comme l’acteur Jared Leto ou le co-fondateur de YouTube, Chad Hurley ont généreusement mis la main au pot.

Ce succès foudroyant a aussitôt incité Twitter à hâter le pas pour lancer dans la foulée, un concurrent frontal à Meerkat : Periscope. Fruit d’une acquisition stratégique réalisée en janvier 2015 par l’oiseau bleu gazouilleur, l’application pousse un cran plus loin le concept de diffusion live de séquences vidéo captées sur le vif. A la différence de Meerkat qui ne propose que du flux immédiat, Periscope permet aux internautes de commenter les images diffusées en direct ainsi que de les revoir durant 24 heures. Là aussi, l’application « made by Twitter » a recruté des fans prestigieux comme l’acteur et homme politique Arnold Schwarzenegger et l’astronaute canadien Chris Hatfield, particulièrement connu pour avoir abondamment utilisé les médias sociaux lors de son séjour dans la station spatiale internationale en 2013.

Plus fort encore que les éternels plateaux live et souvent vides d’action de BFMTV, Periscope n’a guère tardé à être consacré comme un média à part entière. A l’instar du tweet qui annonça la primeur de l'amerissage d'un avion Airbus sur la rivière Hudson à New York en 2009, Periscope a vite connu son premier fait d’armes le 26 mars, encore à New York. Ce jour-là, l’explosion d’un immeuble dans le quartier d’East Village est retransmise en direct depuis le smartphone d’un passant ayant téléchargé Periscope. Avant même que les équipes de télévision ne soient sur place pour témoigner, les images tournent aussitôt en boucle sur les réseaux sociaux et sont commentées par plus de 600 internautes inquiets pour d’éventuelles victimes.

Quelques jours plus tard, c’est de l’autre côté de l’Atlantique que Periscope entre à nouveau dans la danse. Au soir du 29 mars, date du deuxième tour des élections départementales qui vit la victoire de l’UMP, un membre de l’équipe de campagne du parti vainqueur décide de filmer et diffuser en direct quelques minutes de l’allocution du président de l’UMP, Nicolas Sarkozy. Cette fois, plus de doute ! Le temps réel semble définitivement affirmer son emprise sur la communication et l’information.

A vrai dire, des brèches avaient déjà été ouvertes précédemment par des applications comme Vine et Snapchat. Grâce à des formats vidéo ultra-courts, un internaute pouvait filmer un sujet donné et le partager l’instant d’après avec tout ou partie de sa communauté. Devant l’écho positif rencontré par ces applis d’un nouveau genre, Twitter avait d’ailleurs racheté la start-up Vine en 2012 pour proposer quelque temps plus tard des pastilles vidéo de ralentis sportifs pendant un match de football ou de basket-ball. Avec Meerkat et Periscope, la dilatation du temps se fait encore plus prégnante puisque cette fois, les internautes assistent en direct au lieu de devoir patienter quelques minutes.

Ces applications qui secouent le monde pour le meilleur et pour le pire...

L’un des fondateurs de Meerkat, Ben Rubin, n’a carrément pas hésité à parler de « spontaneous togetherness » (qu’on pourrait traduire par « unité collective spontanée ») pour qualifier le phénomène. Convaincu que le vidéo streaming live est parti pour s’imposer durablement, ce dernier est catégorique: « Ces technologies permettent aux individus de se connecter à un groupe plus large, peu importe la localisation physique des uns et des autres dans le monde. Ces applis offrent un nouveau canal pour partager des expériences et de l’information brute, honnête et non censurée. Et ça, c’est vraiment excitant ». Sur leur blog, les géniteurs de Periscope vont même de leur côté encore plus loin dans leur vision en déclarant tout bonnement : « Nous voulions créer quelque chose le plus proche possible de la téléportation » !

Depuis que Meerkat et Periscope ont posé un pied dans les boutiques d’applis (pour l’instant seule une version iPhone est disponible tandis que la version Android est annoncée imminente), les exégètes thuriféraires abondent. L’un d’entre eux est Dan Pfeiffer, ancien conseiller de Barack Obama. Face à ces flux vidéo en direct d’un nouveau genre, il prédit un potentiel disruptif immense: « Imaginez si vous pouviez voir à travers les yeux d’un manifestant en Ukraine ». Selon lui, ces deux applications pourraient même « changer l’élection présidentielle américaine de 2016 comme Facebook a changé celle de 2008 et Twitter celle de 2012 ». Quant aux médias qui se retrouvent en fin de compte à nouveau challengés, il juge que « ces applis pourraient faire à la télévision ce que les blogs ont fait aux journaux en faisant tomber leurs avantages financiers et structurels ». Rien que ça !

Sans peut-être aller aussi loin que Dan Pfeiffer, il est évident que Meerkat et Periscope repoussent les limites et bousculent les lignes de la communication et de l’information. Même si ces applis venaient à disparaître, les usages leur survivront quoiqu’il advienne. Le pli va rapidement être pris à l’instar du succès que les capsules vidéo de Vine et Snapchat continuent de rencontrer. Cette perspective est d’autant plus forte que le parc mondial de smartphones est en constante progression chez les utilisateurs. En 2014, on dénombrait 1,3 milliards de terminaux de ce type dans le monde selon le cabinet d’analyses IDC. Les projections des experts établissent qu’à l’horizon 2016, la barre des 2 milliards sera atteinte. De même, la consommation vidéo en ligne est appelée à poursuivre sa progression. Face au poids énorme que pèse notamment YouTube, l’appétence des internautes pour les formats vidéo n’est plus à démontrer. Tout concourt par conséquent à ce que Meerkat et Periscope (voire d’autres acteurs) s’immiscent pour longtemps dans l’écosystème des médias sociaux.

Pour les communicants comme pour les journalistes, le vidéo streaming live induit plusieurs transformations. La première d’entre elles a déjà été largement esquissée avec la diffusion en direct de l’incendie de l’immeuble new-yorkais et la conférence publique de Nicolas Sarkozy. Ce qui était déjà largement à l’œuvre avec la diffusion de tweets pendant la révolution iranienne de 2009 ou encore le Printemps arabe de 2010 va inexorablement s’accroître dès lors que des applis de vidéo streaming live permettent de retransmettre des événements depuis l’intérieur de ceux-ci. Les « journalistes citoyens » ou les « insiders » disposent désormais d’un outil sacrément puissant pour rompre le silence ou contourner les versions officielles.

Pour les dirigeants et les figures publiques, ce genre d’applications représente même un sacré défi. Si le « off » était déjà largement subclaquant, il devient maintenant quasi utopique. Souvenez-vous par exemple du député Lionel Tardy qui en mars 2010, retranscrivait sur Twitter les débats houleux du groupe UMP à l’Assemblée nationale après la débâcle des élections régionales. Imaginez le même contexte avec désormais un smartphone capable de diffuser live et avec des images et du son ! Pour les entreprises, les enjeux sont également sensibles. A l’heure où les lanceurs d’alerte ne reculent plus devant aucune révélation, la donne communicante s’en trouve substantiellement chamboulée. Plus question de capitonner et d’échafauder des argumentaires calibrés sans intégrer le fait que certaines discussions peuvent fuiter et être visibles instantanément de milliers de paires d’yeux connectés !

Cette transparence accrue complexifie grandement la communication. L’équipe de campagne de Nicolas Sarkozy en a d’ailleurs frais illico les frais en « periscopant » le discours de leur champion politique à l’issue des élections départementales. Elle avait effectivement omis que les internautes avaient la possibilité de réagir également en direct. Or, à la lecture des commentaires déposés, ce qui devait apparaître comme une opération de communication à la pointe, s’est transformé en ring verbal où les twittos ont méchamment égratigné l’ancien chef de l’Etat. Pas sûr au final que cela ne fût l’idée initiale des militants que de susciter une avalanche de critiques et de sarcasmes à l’encontre du n°1 de l’UMP !

Autre point sensible induit par Meerkat et Periscope : le besoin de modération face à l’immédiateté brute de décoffrage des images livestreamées. Si les bonnes âmes pudibondes ont aussitôt songé à la pornographie comme dérive potentielle n°1 de ces applis, il est une autre faille autrement plus dangereuse que les galipettes lubriques : la propagande des organisations terroristes. Al Qaida, Daech et autres sinistres groupuscules ont largement démontré leur agilité à exploiter les réseaux sociaux pour d’une part recruter des troupes et d’autre part, claironner leurs sordides massacres. Aujourd’hui, doit-on redouter que la prochaine exécution sanguinaire sera diffusée en direct sur les réseaux sociaux ? L’hypothèse ne relève en rien de la science-fiction et doit inciter les éditeurs d’applis à aller bien au-delà des pieux discours sur l’autorégulation des communautés connectées.

En dépit des questions délicates que soulèvent Meerkat et Periscope, il n’en demeure pas moins que ces outils constituent d’indéniables avancées. Pour les médias, il s’agit d’une source supplémentaire pour collecter des informations (et évidemment les croiser et vérifier au préalable) comme le font déjà le New York Times ou le Guardian qui explorent les réseaux sociaux pour enrichir leur couverture éditoriale des événements du monde. Pour les communicants, il s’agit d’une belle opportunité pour promouvoir l’idée du dialogue avec les parties prenantes plutôt que les ficelles ripolinées ou le déni frontal qui occulte la réalité. Une chose est toutefois acquise : la communauté des « streameurs » est aujourd’hui avérée !

Ces applications qui secouent le monde pour le meilleur et pour le pire...

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