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Publié par Bob Woodward

Zanzibar: un paradis à feu et à sang ?

La Commission électorale de Zanzibar (CEZ) a annoncé vendredi 22 janvier 2016 que de nouvelles élections générales auraient lieu le 20 mars.
La CEZ avait annulé l’an dernier les résultats du scrutin qui s’était déroulé fin octobre dans l’archipel tanzanien après avoir découvert de nombreuses irrégularités. Le président de la CEZ, Jecha Salim Jecha, a précisé dans un communiqué que ce scrutin concernait à nouveau le futur président du territoire semi-autonome, les membres de la Chambre des représentants et les conseillers municipaux.
Tous les partis politiques ayant officiellement pris part aux élections au Zanzibar d’octobre dernier pourront participer à ce nouveau scrutin, qui se déroulera cette fois sans campagne électorale, a-t-il ajouté.
Jecha Salim Jecha a confirmé que tous les candidats ayant été choisis l’automne dernier par leurs partis respectifs seront autorisés à se représenter à ces élections. Il a appelé les citoyens à contribuer à maintenir la paix, l’harmonie et la solidarité au cours de la période électorale. Fin
Un nouveau scrutin présidentiel sera organisé le 20 mars à Zanzibar, a annoncé vendredi la Commission électorale locale qui avait annulé pour irrégularités les élections d’octobre sur l’archipel semi-autonome tanzanien.
"Les préparatifs pour la nouvelle élection sont en cours. J’appelle à la patience et à l’observation des lois électorales", a déclaré le président de la Commission électorale de Zanzibar (ZEC), Jecha Salim Jecha, dans un communiqué dévoilant la date des nouvelles élections.
La sécurité avait été renforcée sur l’archipel avant cette annonce, a rapporté un correspondant de l’AFP sur Unguja, l’île principale.
La ZEC avait invalidé le 28 octobre les élections qui s’étaient déroulées trois jours plus tôt sur l’archipel, évoquant des "infractions à la loi" électorale, notamment des électeurs ayant voté plusieurs fois.

Zanzibar: un paradis à feu et à sang ?

Quelque 500.000 électeurs avaient été appelés aux urnes le 25 octobre 2015 pour élire le président de l’archipel et les députés de l’Assemblée locale - au sein de laquelle cinq sont ensuite choisis pour siéger au Parlement national -, ainsi que le président tanzanien, élu en même temps par les électeurs du Tanganyika continental.
L’union de Zanzibar avec le Tanganyika a donné naissance en 1964 à la Tanzanie.Semi-autonome, Zanzibar bénéficie de son propre président et d’un gouvernement et d’un Parlement locaux.
Avant l’annulation du scrutin, Seif Sharif Hamad, chef du Front civique uni (CUF) - un des principaux partis d’opposition tanzanien - et vice-président sortant de l’archipel, s’était déclaré vainqueur de la présidentielle locale, alors qu’aucun résultat officiel n’avait été annoncé.
Malgré l’annulation de l’ensemble des votes à Zanzibar, John Magufuli a été proclamé élu nouveau président de Tanzanie par la Commission électorale nationale et a prêté serment en novembre.
Le porte-parole du CUF - dont la base se concentre à Zanzibar - Nassor Mazrui a critiqué vendredi l’annonce d’un nouveau scrutin, précisant que le parti allait débattre pour savoir s’il y prendrait part.
"C’est une décision injuste", a-t-il déclaré, "nous sommes opposés à un nouveau scrutin, mais, puisqu’on nous y contraint, nous allons nous réunir pour arrêter notre position".
Membre du Chama Cha Mapinduzi (CCM), ancien parti unique au pouvoir depuis l’indépendance, le président sortant de l’archipel Ali Mohamed Shien, qui se représentait en octobre, a été maintenu en poste jusqu’aux nouvelles élections.
Les affrontements post-électoraux sont récurrents sur l’archipel, théâtre de tensions politiques - autour du maintien ou non de l’union avec le Tanganyika - et confessionnelles ces dernières années, marquées occasionnellement par des explosions de grenade et qui ont nui à la cruciale industrie du tourisme.
Le matin du vendredi 22 janvier, les habitants de Zanzibar et de sa diaspora, discutent, sur WhatsApp, du soudain redéploiement de la police et des forces spéciales dans la capitale de l’archipel qui dispose d’un statut semi-autonome en Tanzanie. L’annulation des résultats sur l’archipel des scrutins présidentiel et législatifs tanzaniens du 25 octobre 2015, a provoqué une crise majeure. La décision a permis de bloquer la victoire du Civic Union Front (CUF), principal parti d’opposition. Un nouveau vote doit être organisé mais la plupart des Zanzibaris le rejettent car il n’y trouve aucun fondement légal.
L’après-midi, les Zombies, des milices masquées portant des tenues civiles et conduites dans les camions et 4x4 des forces spéciales de Zanzibar, sont de retour au fameux Baraza Commonwealth, dans le quartier populaire de Michenzani. Localisé au pied du bloc 6, ce lieu de sociabilité connu pour son soutien à l’opposition avait été assailli et entièrement rasé par les Zombies dans la nuit du 11 au 12 décembre 2015 alors qu’un processus de discussion avait été engagé pour résoudre la crise. Mais, ce vendredi, les habitants qui continuent malgré la menace de s’y rassembler sont battus et dispersés.
La nouvelle tombe sur les ondes de la très officielle Zanzibar Broadcasting Corporation : de nouvelles élections seront organisées le 20 mars 2016. C’est l’abattement qui règne alors dans les rues de la ville. « Tumedhulimiwa ! », crie un homme : « Nous sommes abusés ! » Les citoyens ont majoritairement soutenu le CUF, non seulement sur l’île de Pemba, son fief historique au sud de l’archipel, mais aussi sur l’île d’Unguja, au sud, où se trouve la capitale et où, désormais, le Parti de la révolution (Chama cha Mapinduzi, CCM) au pouvoir depuis plus de cinquante ans, est fortement critiqué.

Zanzibar: un paradis à feu et à sang ?

Le premier gouvernement indépendant de Zanzibar, territoire ayant acquis son indépendance du Royaume-Uni en décembre 1963, a été renversé le 12 janvier 1964 par les jeunes de l’Afro-Shirazi Party, qui ont alors déclenché des crimes racistes à l’encontre des populations d’origines arabes, comoriennes et indiennes. Quatre mois plus tard, Zanzibar est rattaché au Tanganyika pour former la République unie de Tanzanie. Cette union visait à neutraliser les forces marxistes de l’archipel. Un régime de parti unique, le CCM, domine alors les deux territoires et applique à Zanzibar une politique raciale opposant populations noires et d’origine arabe alors que l’identité cosmopolite de l’archipel a été forgée par des mariages interculturels anciens.
Malgré l’ouverture au multipartisme en 1992, l’ancrage des élites et de la culture du parti-Etat reste puissant. A Zanzibar, aux années sombres du régime d’Abeid Karume (disparitions, emprisonnements arbitraires, pénuries, mariages forcés) jusqu’à son assassinat en 1972, ont succédé deux difficiles décennies d’oppression et de restrictions en tous genres qui ont favorisé la montée précoce d’une opposition forte. Depuis 1995, le CUF, principale plateforme d’opposition, réclame une réforme de la Tanzanie en fédération à trois entités pour mettre un terme à ce qu’elle qualifie de domination de Zanzibar par le continent. Ce projet reçoit ces dernières années l’adhésion de l’opposition du continent qui, principal apprentissage des élections générales de 2015, connaît une progression inédite malgré la victoire – fort contestée – du président John Magufuli. Son parti, le CCM, a perdu son hégémonie et l’on assiste à l’émergence d’une nouvelle culture politique, en particulier parmi la jeunesse et les classes moyennes urbaines.
Pendant la campagne d’octobre 2015, des candidats du CCM avaient à plusieurs reprises laissé entendre qu’un gouvernement « révolutionnaire », comme ils se qualifient encore, n’avait pas besoin d’une victoire dans les urnes pour exercer le pouvoir, quel que soit le résultat du CUF. De fait, l’ancien président et son second vice-président ont conservé leurs bureaux respectifs depuis le 2 novembre 2015, date à partir de laquelle ils ne sont pourtant plus investis d’aucun mandat.
Les leaders de l’opposition, au lieu de manifester après l’annulation des élections d’octobre, avaient retenu l’option du dialogue. Ils espéraient éviter une répétition du drame du 27 janvier 2001. Cette année-là, une manifestation du CUF, qui dénonçait des élections frauduleuses, avait été réprimée : 35 membres de l’opposition avaient été tués et plus de 2 000 autres avaient dû s’exiler. Une marche du souvenir, ce 27 janvier 2016, a d’ailleurs été annoncée – et aussitôt interdite par la police – avant d’être annulée par l’opposition.
Ce dialogue s’avère pourtant une impasse, au vu des événements de ce début d’année. La colère est ainsi montée d’un cran le 12 janvier quand le président sortant de Zanzibar, Ali Mohamed Shein, a annoncé, de façon unilatérale, la tenue de nouvelles élections lors de la célébration de la Révolution de 1964 au stade Amani Karume. A cette occasion, de jeunes supporters du CCM étaient rassemblés avec des pancartes au contenu raciste qui s’adressaient aux populations métissées d’origine arabe et, plus directement, à Seif Hamad, leader historique de l’opposition.
L’annonce de ces nouvelles élections est vécue par de nombreux citoyens de Zanzibar comme un nouveau coup de force, une ultime injustice. Si le désespoir conduit les citoyens à prendre la rue, une répression violente est à craindre, qui ramènerait Zanzibar aux terribles heures de 2001. Cela compromettrait également le processus de réconciliation engagé depuis la fin des années 2000 et qui avait permis, par référendum, l’inscription d’un gouvernement d’unité nationale dans la Constitution de Zanziba
r. Une guerre civile est-elle en vue à Zanzibar ?

Zanzibar: un paradis à feu et à sang ?

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