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Publié par Bob Woodward

Un centre salafiste de déradicalisation ?

Peut-on prévenir la radicalisation et empêcher un individu de basculer dans la violence meurtrière ? C’est en tout cas, la mission que s’est fixée le Capri (Centre d’action et de prévention contre la radicalisation des individus) qui était officiellement présenté à Bordeaux dans le cadre d’une journée consacrée à «la montée de la radicalisation».
Ce centre a vu le jour sous l’impulsion de la Fédération musulmane de la Gironde, avec son très médiatique imam, Tarek Oubrou, d’un jeune élu de la mairie de Bordeaux, Marik Fetouh, et de l’avocat antisectes Daniel Picotin, déjà saisi par des familles dont des membres étaient en cours de radicalisation. Réunis sous l’égide de l’Etat par la préfecture dans le cadre du Comité interministériel de prévention de la délinquance, les différents acteurs du projet se sont rassemblés en association à l’automne, pour former le Capri. C’est le premier centre de ce genre à proposer une approche pluridisciplinaire du phénomène de radicalisation, en France. Le Capri compte en effet dans ses rangs des psychiatres et psychologues, des juristes mais aussi des experts et théologie. Tareq Oubrou
Tareq Oubrou est membre d’une des organisations les plus radicales de l’islam en France, l’UOIF, dont la devise est « Le Coran est notre Constitution ». Tareq Oubrou, le recteur de la mosquée de Bordeaux est une personnalité controversée. Membre de l’UOIF, il est qualifié par certains « d’islamiste », et reconnu par d’autres comme étant un dignitaire musulman qui prône un islam modéré et ouvert.

Un centre salafiste de déradicalisation ?

L’ambivalence de Tareq Oubrou est telle qu’il parvient à obtenir les éloges de personnalités aussi diverses que le sont les membres du bureau de l’UOIF, le polémiste antisémite Alain Soral, Alain Juppé, ou d’autres dignitaires de la communauté juives et chrétiennes de Bordeaux. Récemment il a même reçu les honneurs de l’Etat en étant promut Chevalier de la Légion d’Honneur.
Lors d’une conférence publique, il déclarait : « L’Islam touche à tous les domaines de la vie. Comme le veut le Coran, C’est un Etat, c’est un pays, dans le sens géographique, c’est à dire qu’il regroupe toute la communauté dans une géographie où il n’y a pas de frontières. La frontière entre deux pays musulmans est une hérésie méprisable par l’Islam… La politique des Musulmans ce n’est pas la politique des autres, la politique des autres est construite sur le mensonge ».
En 2012, germe au sein de l’organisation d’Alain Soral, l’idée de créer une association visant à promouvoir les « musulmans patriotes ». C’est ainsi que naît en mars 2012 l’association « Fils de France » dirigée par Kamel Bechikh. En 2012, il a soutenu le mouvement « les fils de France » dont Kamel Bechikh est le représentant. Bechikh, rapporte l’AFP en 2008, collectait, au travers du CBSP « des fonds pour les familles des terroristes-suicide du Hamas » par le biais de l’UOIF.
Tareq Oubrou a développé ces dernières années un concept théologique appelé la « Charia des minorités ». Défendant la pratique d’un islam qui prend en compte le contexte historique, sociologique et culturel dans lequel il s’exprime, il tente par là de conceptualiser l’adaptation de la loi islamique pour les musulmans vivant en état de minorité, comme c’est le cas en Europe.
Dans un contexte où la question du fait religieux musulman en France pose de nombreuses difficultés, certains voient d’un très bon œil le concept proposé par Oubrou, qui n’hésite pas à proposer un islam extérieurement moins « visible ».
Imam de Bordeaux, Tareq Oubrou entretient de bonnes relations avec les différents dignitaires de la vie bordelaise, notamment certains responsables de la communauté juive comme Alain Roche, le délégué local du CRIF ou encore le rabbin de Bordeaux Claude Mamam. Tareq Oubrou participe ainsi chaque année aux rencontres de l’amitié judéo-musulmane locale. D’autres initiatives, tel que sa participation à un voyage en Pologne au camp d’Auschwitz-Birkenau, l’ont fait apparaître comme un homme de dialogue et d’ouverture.

Un centre salafiste de déradicalisation ?

C’est en se prévalant de ces mêmes qualités que Tareq Oubrou s’est défendu d’avoir accepté de participer à une conférence organisée à Bordeaux en avril 2009 par l’ancien membre du bureau politique du FN, le très antisémite Alain Soral. Mais en réalité ce qui rapproche ces deux hommes, c’est une stratégie commune qui vise à promouvoir le concept de « musulman et patriote ».
Voici un extrait de ce que Soral a pu dire à Tareq Oubrou lors de cette conférence publique :
« Ce qui serait intéressant c’est qu’au moment où la communauté juive tombe dans le piège de se défranciser pour se sioniser et donc montrer qu’elle est attachée à une nation extérieure à la nation française il serait très réjouissant pour moi et très bon à mon avis pour vous (musulmans) que vous affirmiez haut et fort votre plaisir, votre désir et votre souhait d’appartenir totalement à la communauté française pour lui apporter vos qualités dans le but de participer à la grandeur de cette nation parce que c’est exactement le discours auquel on ne s’attend pas »
« Il y a en France un rapprochement entre la droite raciste et de la gauche soit disant laîcarde. Cet axe que moi j’appelle l’axe impériale-libérale-américano-sioniste et il fédère contre les gens comme moi et contre les gens comme vous (musulmans)
Aujourd’hui il y a un piège qui nous est tendu et moi je dis que la seule réponse c’est le patriotisme »
L’homme qui organisera cette rencontre est Kamel Bechikh. A la fois le bras droit de Tareq Oubrou à l’UOIF, et cadre de l’organisation d’Alain Soral, Bechikh est un homme qui s’attelle à promouvoir le rapprochement entre les musulmans proches des Frères musulmans et l’extrême-droite.
Son double langage, spécialité des Frères musulmans, est caché sous une fine pellicule, si fine que personne ne me fera croire que le meilleur d’entre nous, son principal sponsor, ne l’a pas remarqué.
Ainsi, il déclare à l’Express, pour amadouer cette gauche si lente à la détente : « Quant au voile, je n’ai trouvé aucun texte qui oblige la femme à se couvrir la chevelure »
Alors qu’à la page 216 de son livre entretien avec la sociologue Leïla Babès: Loi d’allah, loi des hommes, il écrit : « Le khimâr (cachant les cheveux et le cou) et le jilbâb (qui cache le reste du corps) sont des prescriptions vestimentaires divines qui ne sont abrogées par aucun autre texte. Objectivement, s’il y avait le moindre soupçon sur cette norme, je serais le premier à prôner sa levée. »
On appelle cela la Taqiya, la dissimulation, ordonnée par le coran, pour tromper celui qu’on projette de vaincre.
Choqué par le massacre commis par Merah ? Pas du tout !
A-t-il dénoncé la sauvagerie de la tuerie antisémite de Toulouse et antifrançaise de Montauban, commise par un musulman qui suit les mêmes préceptes religieux que lui ?
Pas du tout ! Interrogé par Libération qui lui demande ce qu’il a ressenti, il répond : « Un choc. Tout le monde était choqué ». Ah tout de même…. mais attendez… contre quoi a-t-il été choqué ? Par le massacre ? Pas du tout ! Ce qui l’a choqué, ce sont les conséquences pour les musulmans : « On savait qu’on allait en subir longtemps les conséquences. Une affaire comme celle-ci laisse des séquelles dans l’esprit de nos concitoyens, qui risquent de voir en chaque musulman un terroriste potentiel. »

Que penser de cette réaction surtout quand on a à gérer un centre de déradicalisation?
Les concepteurs du centre ont défini trois formes de radicalisation auxquelles il convient d’apporter des réponses différentes. La première touche des individus fragiles psychologiquement ou en rupture avec leur famille. «Parfois, dans ces cas-là, une thérapie familiale accompagnée de conseils d’un psychologue suffit», souligne Marik Fetouh, porte-parole du Capri.
D’autres individus se radicalisent alors qu’ils sont sous l’emprise mentale d’un prêcheur, par exemple. Avec ceux-là, les arguments rationnels ne marchent pas. Il faut réactiver les liens affectifs qui font parfois défaut. Enfin, la radicalisation concerne souvent des personnes qui sont dans une logique de discrimination et qui se sentent mises à l’écart de la société, comme les jeunes exclus du marché de l’emploi. Auprès de ces personnes, «une intervention théologique peut être une approche intéressante, indique Marik Fetouh. On peut leur proposer une autre vision de l’islam et réexpliquer certaines notions coraniques comme le jihad qui est l’effort du croyant pour s’améliorer.» Car, comme le souligne Tareq Oubrou, le recteur de la mosquée de Bordeaux, «les gens accèdent au texte de manière sauvage. Il devient un prétexte, un alibi, un appât pour des gourous».
L’autre mission du Capri et de repérer les facteurs de radicalisation en diffusant notamment sur internet un contre-discours qui démonte les argumentaires radicaux mais aussi en formant les travailleurs sociaux ou les psychologues qui travaillent en lien avec ces jeunes à repérer des signes de radicalisation. Pierre N’Gahane, le Préfet, secrétaire général du Comité interministériel de Prévention de la Délinquance, salue ainsi la création du Capri : «L’originalité de cette initiative à Bordeaux, c’est la constitution de cette plateforme qui réunit toutes les dimensions de la lutte contre la radicalisation. Si ça marche, ce dispositif sera à dupliquer sur le reste du territoire.»
Sur son fonctionnement précis et son dispositif, le Capri reste pourtant assez discret. Une dizaine de personnes sont ou ont déjà été suivies depuis l’automne, la plupart du temps orientées vers le Capri par la préfecture. Mais on ne connaît pas le détail de ces cas. On sait également que le centre emploie quatre personnes salariées dont une coordinatrice juriste, une psychologue clinicienne et une autre spécialisée dans l’emprise mentale, ainsi qu’une stagiaire. Mais pas question de révéler où ces personnes travaillent. L’adresse des locaux mis à disposition par la Communauté Urbaine ne doit pas être divulguée. Et les membres de l’association comme Daniel Picotin ne veulent pas dévoiler en détail les méthodes qu’ils emploient. Tout juste sait-on que l’action se concentre sur les familles car ce sont elles qui la plupart du temps saisissent les associations comme le CAPRI lorsqu’elles remarquent des changements chez un proche.

Un centre salafiste de déradicalisation ?

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