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Publié par Bob Woodward

On rase gratis au Tadjikistan

Une étonnante opération de police. Au Tadjikistan les autorités veulent lutter contre le « radicalisme » musulmanet notamment à coup de rasoir. En un an, environ 13 000 hommes barbus ont été rasés de force. En outre, plus de 160 magasins de vêtements traditionnels musulmans ont été fermés, annonce ce jeudi la chaîne d’information Al Jazeera.

Le chef de la police de la région de Khatlon, proche de la frontière afghane, a annoncé ce bilan lors d’une conférence de presse mercredi. Il a précisé que les autorités avaient aussi convaincu plus de 1 700 femmes et filles musulmanes de ne plus porter le voile intégral.Les forces de police auraient également convaincu plus de 1700 femmes d'arrêter de porter le foulard, selon Bahrom Sharifzoda, le chef de la police de Khathlon, une région du Sud-ouest du pays. Le combat du pouvoir laïc du Tadjikistan contre les "traditions indésirables" de son voisin qu'est l'Afghanistan n'est pas nouveau.  

Dans ce pays d’Asie centrale de 7,1 millions d’habitants, 90 % de la population est musulmane sunnite et 5 % chiite. L’islam est la religion d’Etat, mais le régime, laïc, tente d’endiguer depuis plusieurs années ce qu’il définit comme des « traditions indésirables » venues de son voisin, l’Afghanistan.

Ainsi, en septembre 2015, la Cour suprême a interdit le parti de la Renaissance islamique du Tadjikistan. Le 13 janvier, le Parlement a adopté une loi pour interdire les noms « étrangers à la culture et aux traditions » tadjikes.

On rase gratis au Tadjikistan

En septembre 2015, la Cour suprême du Tadjikistan a également interdit le seul parti islamique du pays, le parti de la Renaissance islamique du Tadjikistan. Le Parlement a voté une loi pour interdire les "noms arabes à consonance étrangère" et les mariages entre cousins germains. 

Loi qui devrait sans surprise être approuvée par le président Emomali Rahmon, qui s'est déjà engagé dans la promotion de la laïcité et la lutte contre les croyances et les pratiques qu'il voit comme une menace étrangère à la stabilité de son pays. 

Depuis quelques mois, le gouvernement mène une campagne tous azimuts pour la laïcité. En cause, l’augmentation de la radicalisation avec de plus en plus de ressortissants tadjiks qui rejoignent les rangs de Daech [acronyme arabe pour Etat islamique, EI]. Dernière mesure en date, une loi pour interdire les prénoms à consonance musulmane.

Cela concernerait les nouveau-nés en priorité, mais une liste suggérant des prénoms plus locaux a aussi été publiée pour les adultes. Le président lui-même donne l’exemple, puisque son nom, Emomali Rahmon, est une adaptation d’Imam Ali, nom du beau-fils du prophète Mahomet.

Le site Eurasianet rapporte que “le jour de la fête des mères, le président Emomali Rahmon a vivement critiqué le port du voile noir, signe d’un islam conservateur selon lui”. Concrètement, le gouvernement souhaite interdire le voile pour les écolières, les mosquées aux mineurs et incite les étudiants partis à l’étranger étudier dans des écoles islamiques à revenir dans leur pays. Récemment, plusieurs mosquées indépendantes ont dû fermer, et les imams sont vivement encouragés à louer le président.  

Selon le site tadjik OZODI, des arrestations massives avaient déjà eu lieu l’an dernier à la veille du sommet de l’OCS, sur le marché de Douchanbe. Un témoin raconte : “La police m’a arrêté sur le marché, ils m’ont emmené au poste pour prendre mes empreintes digitales et me photographier. Et puis ils m’ont emmené dans une salle avec des outils préparés pour le rasage. Ils m’ont mis la tondeuse dans la main et m’ont forcé à me raser. Pour moi, c’est inconcevable de renoncer à ma barbe, je l’ai toujours portée et cela correspond à la tradition chiite de l’islam.”

A la suite des cas de rasages forcés, le ministère de l’Intérieur a fait une déclaration publique niant l’existence de toute directive officielle.

En novembre, le Comité national de la sécurité a annoncé que 300 ressortissants tadjiks étaient entrés dans les rangs de Daech. La dernière tentative visant à interdire le hidjab remonte à 2007, lorsque le ministère de l’Education avait interdit aux jeunes femmes de porter le voile à l’école. L’expérience avait échoué, dans ce pays qui compte le plus de musulmans d’Asie centrale.

Le Président Rahmon est à la tête du Tadjikistan depuis 1994 et devrait y rester jusqu'à la fin de son mandat présidentiel, en 2020. En décembre 2014, le Parlement a accordé à sa famille et lui une immunité à vie contre toute poursuite judiciaire et lui a accordé au passage le titre de "chef de la nation" et de "fondateur de la paix et l'unité nationale du Tadjikistan". 

Le Tadjikistan ne pourrait-il pas donner l'exemple à nous autres pays européens ?

On rase gratis au Tadjikistan
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