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Publié par Bob Woodward

La France s’acharne-t-elle contre Dieudonné ?

Dieudonné ne pourra pas donner de spectacle à Hongkong. Le polémiste franco-camerounais, condamné à plusieurs reprises en France pour incitation à la haine raciale et antisémitisme, a été intercepté à l’aéroport de l’ancienne colonie britannique à son arrivée jeudi 28 janvier au matin, en provenance de Bangkok. Il était accompagné de deux de ses enfants et, semble-t-il, d’un troisième ressortissant français. Le groupe risque d’être expulsé vers la France ou le Cameroun, selon la société du comédien, Les Productions de la Plume. Aucune explication officielle n’a été donnée, mais les autorités avaient été alertées par les consulats de France et d’Israël.
Dieudonné devait donner deux représentations de son dernier spectacle, intitulé « Dieudonné en paix », jeudi et vendredi, dans la salle The Arcade, à Cyberport, sur l’île de Hongkong. Les billets étaient en vente entre 420 et 700 dollars hongkongais (entre 50 et 80 euros). Selon les organisateurs, environ 300 places avaient été vendues. « Son nouveau spectacle, “En paix”, ne comporte aucune phrase contraire à la loi. Il parle de plantes, d’écologie », a affirmé l’un des avocats français de l’humoriste, Sanjay Mirabeau, à l’AFP.
Le consul d’Israël à Hongkong, Sagi Karmi, a indiqué au Monde qu’il avait personnellement alerté les autorités hongkongaises sur « les vues ouvertement racistes et antisémites du personnage, ainsi que de sa sympathie avérée pour les djihadistes ».
« Nous leur avions suggéré de ne pas autoriser un tel spectacle ici. Pour moi, le plus important n’est pas tant qu’il ait le droit ou non de venir à Hongkong mais bien qu’il n’ait pas l’occasion d’exprimer ses vues en public. »
Pour la communauté juive de Hongkong, dont plusieurs membres se sont mobilisés pour tenter d’empêcher ce spectacle, le calendrier était d’autant plus mal choisi que la journée des Nations unies du souvenir de la Shoah venait juste d’avoir lieu mercredi. L’humoriste a déjà été condamné en France et en Belgique pour propos antisémites. Il a également été mis en cause pour organisation frauduleuse d’insolvabilité, abus de biens sociaux et blanchiment.
De son côté, le consulat de France a affirmé avoir alerté les autorités hongkongaises sur les risques de troubles à l’ordre public qu’un tel spectacle risquait de causer. « Nous avions effectué une simple démarche d’information aux autorités locales, mais sans aucune demande d’interdiction de séjour, ni d’interdiction du spectacle », a précisé la porte-parole du consulat de France à Hongkong.
« Suite à son arrestation à la frontière, M. Dieudonné a réclamé son droit à l’assistance consulaire, il a également sollicité des soins médicaux pour l’un de ses proches, demande que nous avons immédiatement transférée aux autorités hongkongaises qui s’en sont chargées. »
Dieudonné avait déjà vu son spectacle annulé en Thaïlande, à Pukhet, en début de semaine, où il a néanmoins pu séjourner quelques jours avant de se rendre à Hongkong.
Il se pourrait cependant que les autorités hongkongaises aient eu d’autres motifs que le contenu de ses spectacles pour interdire l’entrée du territoire au citoyen franco-camerounais. Selon des documents consultés par Le Monde, une société, Zambe Limited, a été créée par un certain Mbala Mbala Merlin Dieudonné, au capital de 100 000 dollars hongkongais (12 000 euros) début 2015.
L’administrateur de la société réside, selon ces documents, à Mongkok, un quartier dense et populaire de Kowloon, la partie continentale de Hongkong. Le passeport enregistré est camerounais. Me Sanjay Mirabeau a indiqué que le comédien avait été empêché de rentrer sur le territoire de la région administrative spéciale de Chine « avec deux de ses enfants, Merlin, qui est majeur, et un autre, a priori mineur ». « Il n’y a aucune raison de leur interdire l’accès au territoire », a-t-il ajouté.
C’est encore un dénommé Merlin Mbala Mbala, a priori libre de ses actions et de ses mouvements, que le quotidien anglophone de Hongkong, le South China Morning Post, cite comme « représentant du groupe de M. Dieudonné ».

La France s’acharne-t-elle contre Dieudonné ?

L’Amérique plus tolérante ?


Dieu et la liberté d'expression sont les deux piliers de l'Amérique. A en croire une certaine presse américaine, qui s'interroge sur une France qu'elle comprend mal et érige Dieudonné en victime de l'incohérence française, ils font bien meilleur ménage outre-Atlantique que dans l'hexagone. Les medias américains, même s’ils ne sont pas les seuls dans cette galère, ont fort à faire pour présenter au public leurs analyses et opinions sur la pratique de la liberté d’expression, en France particulièrement, et le pourquoi de ses limites prétendues. Après plus de quatre siècles de puritanisme importé d'Angleterre, émaillé de luttes sans merci avec l'Eglise établie sur le nouveau continent, il reste un héritage solidement ancré dans la pensée collective. Beaucoup d'Américains ont un sens de l'histoire comme s'il s'agissait d'une épopée collective sous la direction de Dieu, dans laquelle ils ont joué un rôle semblable, sinon prophétique, aligné sur le mode de l'Ancien Testament, tel un nouveau peuple élu. Et c'est quand il s'agit de la liberté d'expression, précisément, que ce fondement plus ou moins conscient se révèle.
L'interpellation de Dieudonné, en Janvier, a tôt fait de remplacer l'émotion suscitée par les attentats de Paris pour la remplacer, dans de nombreux médias, par un questionnement intense sur le sens de la liberté d'expression en France. Ce mardi 17 février, la justice examine la demande d'expulsion de Dieudonné du théâtre de la Main d'Or, où le polémiste controversé donne ses spectacles. Les propriétaires réclament son expulsion, la société avec laquelle un bail d'exploitation avait été signé ayant été radiée. La 18e chambre civile du Tribunal de grande instance de Paris va-t-elle, à son tour, avoir les "honneurs" de la presse américaine pour son combat contre la liberté d'expression? Pas impossible, au vu de ce qui a été écrit depuis Janvier.
Quelques exemples? Voici les titres de grands médias à l'occasion de cette "affaire dans l'Affaire":
RFI (Edition en Anglais): " La France met l'accent sur la liberté d'expression, mais le comique Dieudonné est arrêté pour propos controversés".


The Atlantic: "Le premier défi de la liberté d'expression pour la France après Charlie Hebdo"
National Review: "Surpris par l'arrestation de Dieudonné? La France a des lois anti liberté d'expression écrites depuis des années"


CBSNews: "Une arrestation française dessine les contours de l'hypocrisie de la liberté d'expression"


Slate: "La semaine dernière, les autorités française ont défendu le discours offensant. Cette semaine, ils arrêtent des gens à cause de lui."


Washington Post: "En France, le flou sur la liberté d'expression"


Le New Yorker, sans doute le plus diffusé et le plus influent des magazines intellectuels aux Etats-Unis, fondé en 1925 et aujourd’hui diffusé à plus d’un million d’exemplaires, a tenté, voilà un mois, de débrouiller l’affaire en présentant la « juxtaposition » de ce qu’il qualifie de deux « événements » : la publication du numéro de Charlie Hebdo suivant l’attentat perpétré dans ses locaux le 7 janvier, et, le jour même de cette publication, l’arrestation de Dieudonné pour avoir écrit sur sa page Facebook, « Je me sens Charlie Coulibaly ».
Alexander Stille écrit ainsi :
« Pour de nombreux musulmans français, il semble que c’est l’ouverture de la saison du ridicule et du sentiment antimusulman, alors que la puissance de l'Etat est prête à s’abattre sur Dieudonné, qui fait un pied de nez à l'establishment français et aime faire de la provocation à peine voilée avec des blagues antisémites. »
Qualifier d'événement les deux situations est, en soi, quelque peu surprenant. Sur la personnalité et les actions reprochées par la justice à Dieudonné, en revanche, le New Yorker ne verse dans aucune duplicité douteuse. Il rappelle de manière claire qui est le personnage, même s'il ne s'attarde sur aucune affaire fiscale ou financière, curieuse impasse.
Son exploration des racines du "mal" – les lois issues de la séparation de l’Eglise et de l’Etat – peut-être en revanche discutable lorsqu’il regrette que l’âpre bataille n’ait pas accouché d’un First Amendement à l’américaine, présenté sous un angle idéaliste et patriote.
« Bien que les Français ne soient pas d'humeur au compromis pour le moment, ils pourraient vouloir réfléchir sur le fait que la minorité musulmane en Amérique, qui est libre de porter le voile ou non, est beaucoup plus intégrée dans la vie américaine qu’en France. (…) S’il est légitime pour Charlie Hebdo de publier des caricatures offensantes, il doit être légitime de s’y opposer pacifiquement. »
On peut, ici, légitimement opposer à la vision quelque peu optimiste du New Yorker le vif débat qui a suivi l’attentat commis lors du Marathon de Boston, le 15 avril 2013, qui a suscité une très grande émotion dans le pays avec un bilan de 3 morts et 264 blessés. Le procès du suspect principal, Dzhokhar Tsarnaev, se tient actuellement dans cette ville. Dans la foulée, le très sérieux Brookings Institute, a émis un document sur « les problèmes de la Seconde génération : être jeune, musulman et américain » qui rappelait :
« Pour les musulmans, aujourd'hui, le drame n’est pas tant de surmonter tant de pauvreté et de déficits éducatifs, mais de s’adapter à une société dont les valeurs sont fortement en désaccord avec leur héritage religieux. Parmi la jeunesse musulmane américaine, surtout depuis le 11-Septembre, cela a conduit à une critique accrue et la suspicion des politiciens du gouvernement américain dans le pays et à l'étranger. Plus généralement, cela a donné lieu à une politique d'identité forcée qui a encouragé certains jeunes musulmans à se définir non seulement dans l'opposition au gouvernement, mais à la société et à la culture américaine. »

La France s’acharne-t-elle contre Dieudonné ?

Bien avant déjà, en 2007, cette tendance était identifiée par les sondeurs du Pew Research Institute, expliquant que les musulmans âgés de plus de 30 ans étaient beaucoup moins susceptibles (28 pour cent) que ceux âgés de 18 à 29 ans (42 pour cent) de convenir qu’"il y a un conflit naturel entre être un musulman pieux et vivre dans une société moderne". Le même sondage, en 2011, montra que 31 pour cent des musulmans nés à l'étranger étaient d'accord, avec cette affirmation, mais surtout 46 pour cent des musulmans nés dans le pays.
Le Daily Beast rappelait le 29 novembre dernier qu’« en Octobre 2001, un sondage ABC constatait que 47 pour cent des Américains avaient une opinion favorable de l'islam. En 2010, ce nombre avait chuté à 37 pour cent. Et aujourd'hui, de façon alarmante, seulement 27 pour cent des Américains ont une opinion favorable des Américains musulmans. »
Ce qui fait dire au New Yorker que la minorité musulmane en Amérique est beaucoup plus intégrée dans la vie américaine qu’en France, peut s’appuyer sur des statistiques indéniables, qui démontrent que le nombre d’actes criminels commis par des musulmans – se revendiquant comme tels, pour être précis et sans ambiguïté ici – n’a rien d’alarmant et reste bien inférieur aux crimes haineux perpétrés, par exemple, par des groupes consacrés à la suprématie blanche ou chrétienne, ou en guerre ouverte contre les homosexuels ou les pro-avortement.
En revanche, y voir la réussite d’un « modèle » américain tient du pur égarement, tout comme la manière dont le débat est posé sur la liberté d’expression en France tient de l’idéologie.
Car l'ennui, dans toute cette affaire, c'est que les crimes commis à Paris en janvier, l'absence d'Obama aux côtés des chefs d'Etats réunis dans les rues, bref, la sauvagerie anti-Charlie et antijuive puis l'émotion ou l'insensibilité qui lui ont répondue, ont été balayés en quelques heures par un infatigable débat autour de Dieudonné et lui ont donné une direction en forme de raccourci stupéfiant: la France aurait subi les crimes que ses lois engendrent.
Dès le 16 janvier, le National Post, une revue canadienne très contestée mais très lue aux Etats-Unis, demandait : Est-ce que les guerriers de la liberté d’expression en France se lèveront pour Dieudonné M’Bala M’Bala ?
« "Je me sens Charlie Coulibaly », a écrit Dieudonné sur Facebook à la suite de l'attaque par Amedy Coulibaly contre les propriétaires juifs d’un supermarché de Paris (SIC). Pour les yeux et les oreilles de l'administration française, ce mélange du nom de la revue et de l’attaquant de l'épicerie casher s’apparente à un soutien du terrorisme - un crime pour lequel il (Dieudonné, NDA) a été arrêté. Pour ces yeux et ces oreilles, c’est surtout juste une confusion. Mais il est facile de croire qu'il avait des intentions malveillantes. Les caricatures de Charlie Hebdo "racistes" avaient une intention toute contraire. Mais tandis que l'humour de Dieudonné a été vu longtemps sous une lumière semblable - ses improvisations sur les Juifs ont été prises comme « une satire bizarre, une politique de l'absurde à la Stephen Colbert», a écrit Tom Reiss dans le New Yorker en 2007 – et il est surtout considéré maintenant comme un antisémite dans des vêtements antiracistes. »
Le 30 Janvier 2015, Al-Jazeera America lance :
« Dieudonné, souvent accusé d'antisémitisme, est un personnage controversé. Il fait déjà face à des charges pour incitation à la haine dans une affaire distincte pour avoir insinué que Patrick Cohen, un animateur de radio, aurait dû être envoyé vers une chambre à gaz. Les humoristes français sont libres de se moquer de l'islam, y compris son prophète, tandis que d'autres ne peuvent pas légalement faire une blague sur l'Holocauste? Réponse courte: oui. »
Alors même que Dieudonné vient de se rendre à Téhéran pour remettre une « Quenelle d’Or » à l’ancien président Ahmadinejad - lequel est un grand fan de l'humour négationniste - le New York Times publie une enquête consacrée aux difficultés des enseignants français dans les écoles pour faire face aux phénomènes de l’incompréhension. Le quotidien relate ainsi :
« Pourquoi est-il OK pour Charlie Hebdo d’imprimer des dessins satiriques du prophète, tandis que le comédien Dieudonné est en procès pour incitation à la haine? M. M'Bala M'Bala, qui a un énorme succès chez les jeunes en France, est en jugement pour des remarques qu'il a faites en 2013 déplorant qu'un éminent journaliste juif ne soit pas mort "dans les chambres à gaz." Le comédien a été détenu puis relâché le mois dernier après avoir dit sur son compte Twitter, "je me sens Charlie Coulibaly," commentaires dans lequel les procureurs ont vu une sympathie affichée pour Amedy Coulibaly, le tireur qui a tué quatre otages dans un supermarché casher à Paris. De nombreux étudiants sont beaucoup plus familiers avec la culture populaire de M. M'Bala M'Bala qu’ils ne le sont avec les nuances de l'histoire du droit français. Les enseignants, et M. Valls et Mme Belkacem, dans leurs discours à la nation, ont exprimé leur préoccupation que les étudiants soient de plus en plus influencés par les théories du complot et la désinformation sur Internet. »
Clarence Page, dans le Chicago Tribune, n’y va pas par quatre chemins :
« Comme je l'ai dit à propos de Charlie Hebdo, je suis en désaccord avec ce que dit Dieudonné, mais je défendrai jusqu'à la mort son droit de le dire. C’est ma paraphrase de la citation souvent attribuée à Voltaire. Il était français, aussi, bien que sa sagesse semble trop souvent être oublié par ses compatriotes. La déclaration de Dieudonné, aussi douloureuse qu’elle fut, ne semble pas glorifier les terroristes autant qu'elle exprime la douleur et la frustration de nombreux musulmans respectueux des lois que Hollande cherche à imposer. Tout comme les meurtres à Charlie Hebdo ont stimulé les ventes de la semaine, les efforts pour faire taire Dieudonné semblent plus susceptibles d'approfondir la fracture. »
Il est très rare, d’un part, de trouver dans la presse américaine un portrait juste de Dieudonné M’Bala M’Bala. Sans doute parce qu'un tel portrait ne permettrait pas d’invoquer ce principe le plus sacré que défendent les Américains, avec la certitude qu’ils le font sur des bases plus solides que tout autre pays dans le monde, la fameuse liberté d’expression. Leur crainte semble évidente de ne plus pouvoir le qualifier de "comédien" ou de "comique" au bout de quelques lignes.
En effet, la liberté d’expression aux Etats-Unis est garantie depuis l’adoption du premier amendement à la Constitution américaine, le 15 décembre 1791. Que dit-il ?
« Le Congrès ne passera aucune loi concernant l'établissement d'une religion ou en interdisant le libre exercice; ni qui restreigne la liberté de parole ou de la presse; ou le droit du peuple de se rassembler paisiblement et d'adresser des pétitions au gouvernement pour la réparation des griefs. »
Mais quid des exceptions prévues à cet amendement, soit par le législateur, soit par l’exécutif, soit par la jurisprudence ?
Ces exceptions sont, entre autres, l’obscénité, la diffamation, l’incitation à l’émeute, le harcèlement, les communications secrètes, les secrets commerciaux, les documents classifiés, le droit d’auteur, les brevets, la profanation du drapeau américain, pour n’en citer qu’une petite partie.
En 1969, la Cour suprême des Etats-Unis, dans l’affaire Brandenburg vs Ohio, a enseveli un jugement remontant à 1927 en Californie, et décidé que le premier amendement ne s’applique pas à toute personne dont les propos incitent à la violation « probable et imminente » d’une loi.
Le premier amendement exclue également les « mots incendiaires qui soit sont préjudiciable par eux-mêmes ou susceptibles d’inciter l'auditeur à riposter immédiatement ou à troubler l'ordre. »
Bien que la liberté d’expression demeure un pilier de la vie américaine – ce qui a valu à votre serviteur de devoir supporter dans son immeuble le salut nazi d’un homme en uniforme SS à mon chien qu’il appela dorénavant « adorable bouffeur de Juifs » chaque fois qu’il nous croisait ) - la liberté de la presse et de l'édition se heurtent à de sérieuses restrictions.
La famille Kennedy est passée maîtresse dans l'art d'empêcher la publication de livres la concernant dans les années 60 et 70. Aux Etats-Unis, les blogs écrits par des militaires sont censurés de manière non codifiée. La Federal Communications Commission (FCC) censure la télévision et la radio, par exemple en cas d’obscénité comme c’est récemment arrivé avec l’animateur de radio Howard Stern. WikiLeaks est censuré à la Bibliothèque du Congrès.
Les États-Unis sont actuellement classés 57e sur 181 pays dans l'indice annuel de la liberté de la presse dans le monde par Reporters sans frontières. En 2002, ils étaient 17ème sur 167 pays dans le même rapport. Ce mauvais classement est principalement du au nombre de journalistes interpellés ou emprisonnés. Les arrestations interviennent sont souvent parce qu'ils refusent de révéler leurs sources au tribunal. En outre, depuis les attentats du 11 Septembre, plusieurs journalistes ont été arrêtés pour avoir franchi les lignes de sécurité de certains bâtiments officiels. Le zèle de la justice fédérale, qui, contrairement à ceux de 33 États américains, refusent de reconnaître le droit de ne pas révéler ses sources en tant que journaliste, a même menacé les journalistes dont les enquêtes ne concernaient pas le terrorisme.
Il est dès lors loin d’être certain que Dieudonné ne tomba pas sous le coup d’une mise en cause par la justice aux Etats-Unis, s'il avait vécu sur le sol américain, par exemple pour les faits suivants :
•    Avoir déclaré sur blackmap.com en octobre 2002: «étant donné que le noir dans l'inconscient collectif porte la souffrance, le lobby juif ne le supporte pas parce que c'est leur business! Maintenant, il suffit de relever sa manche pour montrer son numéro et avoir droit à la reconnaissance».
•    En Janvier 2004 au JDD: «ce sont tous des négriers reconvertis dans la banque, le spectacle et aujourd'hui, l'action terroriste qui manifestent leur soutien à la politique d'Ariel Sharon».
•    Remise d'un prix de «l'infréquentabilité au négationniste Robert Faurisson en décembre 2008 au Zénith, Faurisson qui montera sur scène portera la kipa sur scène lors de spectacles de Dieudonné, tandis que le régisseur, Jacky, était habillé en "tenue" de déporté.


Dans un pays où la liste de mots pratiquement interdits, les fameux « N words » ou « F words » est traquée et fait l’objet de fréquentes polémiques et sanctions disciplinaires - voire judiciaires - l'usage du Premier amendement a ses limites.
Dans l’Affaire Chaplinsky v. New Hampshire, la Cour suprême a statué que la parole n’est pas protégée si elle est constituée de «expressions de combat». Les « expressions de combat », tel que défini par la Cour, sont une parole qui a «tendance à inciter une immédiate violation de la paix en provoquant une bagarre », dans la mesure où « un mot personnellement abusif, lorsqu'il est adressée au citoyen ordinaire, est, du fait du bon sens commun, intrinsèquement susceptible de provoquer une réaction violente ". En outre, un tel discours est «susceptible d'être vu comme un« insulte personnelle directe ». En dehors des expressions de combat, la parole peut ne pas être protégée par le premier amendement si elle inflige intentionnellement, sciemment, ou de manière témérairement, une sérieuse détresse émotionnelle. La Cour a en revanche jugé dans Hustler v. Falwell (1988) que si elle n’est pas couverte lorsqu’elle s’adresse au tout-venant, la satire qui peut être considérée comme offensante pour un «personnage public» est entièrement protégée. Les anonymes dont les cendres noircissent toujours le lac de Birkenau apprécieraient la distinction.
Il faut, enfin, rappeler que la guerre menée par l’establishment américain contre les fameux whistleblowers – les lanceurs d’alerte – n’a rien d’un épisode passé, et que la nouvelle loi sensée les protéger – nous y reviendrons – est un paravent bien dérisoire. Et l'on n'en finirait plus si l'on devait revenir sur les agissements de la NSA et les préparatifs du futur organisme en cours d'établissement par Obama.
En conclusion, le débat sur la liberté d’expression aux Etats-Unis, souvent instruit à charge contre les autres pays, manque quelque peu de profondeur culturelle et de recul à un moment où par certains aspects, l’Amérique observe ce qui se passe en France, au Danemark ou ailleurs, avec, ici ou là, un silence en forme de satisfaction mal dissimulée, qui semble indiquer qu’elle pense être plus à l’abri que ces démocraties souvent décrites comme vieillissantes et donneuses de leçons.
La négation de l'Holocauste est aujourd'hui illégale dans 17 pays (Autriche, Belgique, Canada, République tchèque, France, Allemagne, Hongrie, Israël, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Slovaquie, Suisse et Roumanie). Des pays qui ont pour la plupart du faire un examen de conscience douloureux sur les racines du mal. Parmi celles-ci, a-t-on découvert, se trouvaient l'ignorance, le préjugé, le stéréotype, l'amalgame, l'indifférence et... un humour qui ravissait des gens très bien et très honorables. Les Grimaces de la Belle Epoque, les Je suis partout de la Collaboration, tant d'autres depuis et maintenant, qu'est-ce qu'on a rigolé, comme tout cela fait marrer, de l'ananas à la savonnette, du costume de déporté à la quenelle.
Mais l'Amérique, ne bondit-elle pas dès que son président noir est caricaturé en toutes sortes de choses qui laissent peu de doute sur leurs sous-entendus? A-t-elle le moindre humour quand on lui parle du sort des prisonniers Japonais durant la Seconde Guerre mondiale? L'impudeur? Elle fronce les sourcils. Elle tient ses faits d'armes en haute estime et envoie dans des cellules qui n'existent pas officiellement ceux qui contestent ses options les plus douteuses. Sa réalité, elle peine à la reconnaître: c'est que la liberté d'expression s'y arrête là où les ventes s'effondrent. Et beaucoup en ont fait les frais. L'argent à la place de la loi? La loi de l'argent en lieu et place de la réflexion éthique? Qu'elle s'interroge sur cela.
L'Amérique ne se retourne jamais vraiment sur son passé. Il lui donnerait le vertige et pourrait donner un visage inquiétant au premier amendement. Son réveil sera douloureux, lorsqu'un matin, l'humour ensanglantera la bannière étoilé au nom de ceux qui le pratiquent sur le dos de ceux dont le sens de l'humour dépasse tout ce que l'on peut imaginer, ou de ceux qui, tout simplement, n'en n'ont aucun. A quand un grand show comique à Broadway sur l'ambiance assez lourde qui a du envahir les tours jumelles, le matin du 11 Septembre 2001? Après tout, il n'y a pas de loi pour l'empêcher.

La France s’acharne-t-elle contre Dieudonné ?

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