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Publié par Bob Woodward

Et si l'Arabie Saoudite avait raison...

Le grand quotidien de langue arabe, Asharq Al-Awsat, a révélé des informations percutantes sur l'implication de l'Iran et de la Syrie dans la création du groupe islamiste Daech. Sous la plume de Tarki Al-Feysal, Ancien chef des renseignements saoudiens et ambassadeur aux États-Unis et en Grande-Bretagne,  frère du ministre saoudien des affaires étrangères, nous lisons dans cette article, publié le 13 janvier:

« Quand la communauté internationale a décidé de punir l'organisation Al Qaïda pour ses crimes du 11 septembre 2001 et l'État islamique d'Afghanistan qui l'avait abritée, plusieurs membres du groupe ont fuit vers l'Iran. L'État iranien leur a donné refuge sous la supervision de ses services de renseignements. Certains membres appartenaient à la famille d'Oussama Bin Laden et ils sont toujours en Iran sous la protection du gouvernement iranien.

Un des fugitifs s'appelait Seif Al-Adle, un haut commandant militaire de l'organisation qui a ensuite participé à la planification des attentats terroristes de mai 2003 à Ryad. Un autre fugitif, Saleh Al-Qarari, était chef des "Bataillons Abdollah Ezam" qui s'est ensuite installé au Pakistan. Ce dernier a ensuite été abattu par un drone et son corps rapatrié en Arabie Saoudite.

Suite à l'occupation de l'Irak par les États-Unis et la destruction des institutions irakiennes en 2003, l'Iran a poussé les membres de l'organisation Al Qaïda à infiltrer l'Irak, devenu un lieu de prédilection pour leurs futurs projets. Ces derniers se sont restructurés sous l'étendard d'une nouvelle organisation: "Al Qaïda sur la terre Rafezine". D'autres les ont rejoint des pays de la région, notamment Abou Mossaeb Al-Zarqaoui, et Mohsen Al-Fazli, dirigeant des "Bataillons Khorassan", appartenant à une famille chiite réputée du Koweït. Ce dernier est responsable d'un attentat meurtrier à Najaf qui a eu raison de la vie de Mohammed Bagher Hakim [un dirigeant irakien].

Après le déclenchement de la révolte en Syrie, l'Iran a permis à Mohsen Al-Fazli de s'installer en Syrie. Bachar Assad a de son côté autorisé à deux groupes islamistes le libre accès de la frontière des deux pays: le "Front Al-Nosra", de Abou Mohammed Al-Joulani, et "L'État islamique en Irak et en Syrie", de Abou Mohammed Al-Adnani.

Il y a une contradiction étonnante dans le processus qui a mené à la création de cette dernière organisation. En effet , lors de son premier mandat, l'ancien premier ministre irakien, Nouri Maliki s'est plaint au conseil de sécurité contre la Syrie pour le soutien de ce pays aux mouvements terroristes et la liberté d'action qui leur est donnée à la frontière des deux pays. Cependant, Nouri Maliki a subitement renversé sa position et a ouvert la voie à l'essor d'Al Qaïda en Irak. Mais ce retournement a été suivi d'une forte résistance de la part des forces américaine et des tribus sunnites irakiennes qui ont réussi à détruire les structures de l'organisation en Irak et à éliminer de nombreux dirigeants, dont Mas'ab Al-Zarqaoui.

Et si l'Arabie Saoudite avait raison...

C'est en prison que les dirigeants emprisonnés, notamment Al-Bagdadi, ont décidé de donner l'appellation "État islamique en Irak" à leur organisation. Surprise. Après le retrait d'Irak des forces américaines, le gouvernement de Nouri Maliki a décidé de libérer Al-Bagdadi et ses amis. Ce développement constitue une contradiction surprenante, permettant la réorganisation du mouvement qui a bientôt déclenché ses opérations militaires. Pour ce faire il a bénéficié de l'accompagnement d'ex- militaires de l'armée de Saddam Hussein. Par ailleurs, les conditions créées par les crimes et la politique sectaire du gouvernement Maliki ont été mis à profit. Cette politique s'était traduite par l'aliénation de la population sunnite et la liberté d'action donnée aux milices chiites pour toutes sortes d'exactions à l'égard des sunnites.

L'exacerbation des tensions et les injustices commises du gouvernement Maliki a provoqué une grande révolte dans les provinces sunnites, demandant la démission de ce dernier et l'amélioration des conditions dans les villes sunnites. Maliki a réprimé avec brutalité les revendications et a terrorisé des milliers de réfugiés sunnites, notamment à Al-Anbar, province frontalière entre l'Irak et la Syrie. En réalité, par cette politique despotique, et en l'absence de toute contrainte internationale vis-à-vis de cette répression, le groupe "État islamique en Irak" a pu trouver un terreau propice à son essor.

Une autre étonnante contradiction: les tribus sunnites se sont ouvert à un mouvement constitué d'anciens affidés d'Al Qaïda qu'elles avaient combattus il y a peu. L'État islamique en Irak a ressuscité ses cellules dormantes dans les villes sunnites, notamment à Mossoul, et a tiré parti de la contribution apportée par d'anciens militaires irakiens de la mouvance Tarigheh Naqchbandi. Ezat Ebrahim, le dauphin de Sadam Hussein, collaborent avec cette mouvance et continue de bénéficier de sa protection.

Avec la flamme de la révolte du peuple syrien qui s'étendait chaque jour - une révolte caractérisée par son pacifisme et la brutalité de la répression - Bachar Assad a pris une décision abjecte: transformer le soulèvement pacifique du peuple syrien en un conflit sectaire en favorisant les islamistes. Pour ce faire, il a notamment libéré des islamistes endurcis, dont le plus connu est Abou-Khaled Al-Souri, un dirigeant d'Al Qaïda et fondateur des "Bataillons Al-Ahrar". Bachar a fait entrer en Syrie nombre de terroristes de l'étranger et a incité ceux qui étaient partis en Irak de revenir en Syrie: notamment les membres fondateurs des organisations "État islamiques en Irak" et "Front Al-Nosra". En outre, les Gardiens de la révolution iraniens, le Hezbollah libanais et les milices chiites irakiens ont été appelées à la répression du peuple syrien.

 

Et si l'Arabie Saoudite avait raison...

Quand les terroristes ont pu prendre le dessus sur l'Armée syrienne Libre (ASL), conséquence du refus des occidentaux d'aider ASL, plusieurs villes et villages sont tombés sous la férule des islamistes et par ailleurs les barils explosifs ont commencé à être utilisés par Bachar pour tuer et gazer la population. Pris dans l'étau, l'ASL a dû se défendre sur deux fronts: face à l'armée de Bachar et face aux hordes islamistes. Dans la foulée, "l'État islamique en Irak" s'est donné une nouvelle appellation: "État islamique en Irak et au levant". En l'absence de contrôle aux frontières et grâce à l'aide de noyaux islamistes déjà présents à Mossoul, ainsi que des tribus sunnites et d'anciens militaires irakiens de la mouvance Tarigheh Naqchbandi, dans un invraisemblable scénario qui s'en ait suivi, quelques 3000 combattants islamistes ont pu venir à bout d'une force de 40 000 effectifs de l'armée de Nouri Maliki. Un scandale qui a été le fruit des méfaits de la direction de Nouri Maliki à la tête du pouvoir.

Al-Baghdadi a alors annoncé son califat et la création d'un État islamique, communément appelé Daech. Or, l'appellation que je crois la plus pertinente pour ce groupe est "Faech" (infamie). Quoi de plus infâme que d'achever les innocents, de s'approprier les femmes, de jeter l'anathème sur les musulmans, de forcer les réfugiés à l'errance, de brandir des têtes égorgées, de verser le sang des fidèles de Dieu et de son prophète, de piller les banques, de demander des rançons pour des otages etc …

Et si l'Arabie Saoudite avait raison...

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