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Publié par Bob Woodward

Chine: la guerre des porte-avions

 

Comme le montraient dès septembre des images obtenues par satellite et publiées par la revue britannique de défense Jane’s, le chantier naval est situé à Dalian. C’est dans ce grand port commercial du Nord-Est chinois qu’avait déjà été préparé le premier porte-avions aux mains de la Chine, un bâtiment dont l’électronique n’avait pas encore été installée au moment de l’effondrement du bloc soviétique, racheté à l’Ukraine par l’intermédiaire d’un homme d’affaires de Hongkong en 1999, puis livré à la marine en 2012 sous le nom de la province, Liaoning.

Le premier porte-avions chinois, le Liaoning, est un bâtiment construit il y a plus d’un quart de siècle en Union soviétique, inachevé du fait de l’effondrement de l’URSS et finalement racheté par la Chine en 1998 à l’armée ukrainienne. Admis au service actif en septembre 2012 après des années de travaux, il est devenu le navire-amiral incarnant les ambitions maritimes de l’armée chinoise.

Il s’agira donc cette fois du premier porte-avions assemblé par la République populaire. « La Chine a une longue ligne côtière et une vaste zone maritime sous sa juridiction. Sauvegarder la souveraineté maritime, nos intérêts et droits est la mission sacrée des forces armées », a déclaré jeudi 31 décembre 2015 Yang Yujun, un porte-parole du ministère de la défense. Le bâtiment, d’un déplacement de 50 000 tonnes, fonctionnera à propulsion conventionnelle, alors que la Chine est capable d’employer la propulsion nucléaire sur ses sous-marins. Signe de la marche technologique qui reste à franchir et de la priorité donnée à une mise en service rapide, Pékin opte pour une proue relevée en tremplin de ski, ne maîtrisant pas encore la technologie des catapultes sur pont plat dont disposent notamment les Etats-Unis pour leurs dix porte-avions en service.

Ce deuxième bâtiment contribuera à établir une force de projection chinoise moderne, à la hauteur des ambitions de la deuxième puissance mondiale, alors que l’APL s’était par le passé focalisée sur une stratégie résumée dans les cercles de défense occidentaux par la formule « A2/AD », pour « Anti Access/Area Denial », consistant à bloquer l’ennemi à proximité des frontières chinoises. Pékin a déjà fait part, le 26 novembre, de son intention d’ouvrir une base de « ravitaillement » à Djibouti. L’opportunité de l’ouverture de bases à l’étranger suscitait auparavant un débat, car elle rompt avec la stratégie de profil bas sur la scène internationale, qui était la règle depuis près de quarante ans et la fin du maoïsme. Simultanément, Pékin a rapidement fait émerger des îlots sur des bancs de sable de l’archipel contesté des Spratleys, en mer de Chine méridionale, sur lesquels au moins deux pistes d’atterrissage sont en phase de construction avancée.

Xi Jinping, également chef des armées car président de la Commission militaire centrale, veut des troupes opérationnelles, ­prêtes au combat et « capables de gagner une guerre à l’âge des technologies de l’information ». Le 3 septembre 2015, il faisait ­défiler les forces et l’arsenal chinois place Tiananmen, à l’occasion du soixante-dixième anniversaire de la reddition japonaise de 1945, dans une démonstration de force autant à usage de politique intérieure que sur la scène internationale.

Chine: la guerre des porte-avions

La présentation par la Chine de missiles balistiques «tueurs de porte-avions» et l’annonce par le président Xi Jinping d’une réduction des effectifs de son armée traduisent l’ambition de Pékin de bousculer le statu quo dans le Pacifique face aux Américains, en privilégiant sa marine. Plus d’une douzaine de missiles DF-21 D (pour «Dongfeng», «Vent d’est») ont été montrés pour la première fois place Tiananmen à Pékin, lors d’un imposant défilé militaire commémorant le 70e anniversaire de la capitulation japonaise. Ces nouvelles armes ont été qualifiées par la télévision étatique d'«atout décisif» dans d’éventuels conflits futurs, et de «tueurs de porte-avions» par la presse chinoise. Le porte-avions est le navire sur lequel repose traditionnellement, depuis la Deuxième guerre mondiale, la projection de la puissance américaine.

Ces missiles «servent de moyen de dissuasion, obligeant les pays rivaux à y réfléchir à deux fois avant de déployer des porte-avions contre la Chine», souligne James Char, analyste de la Nanyang University à Singapour. Une nouvelle technologie qui n’a encore jamais été mise à l’épreuve, mais qui souligne «l’importance croissante des forces navales chinoises», Pékin cherchant à projeter de façon plus large sa puissance navale et aérienne, a expliqué M. Char. Balistiques, ces missiles rentrent dans l’atmosphère à une vitesse telle - près de 3.500 km/h - qu’elle les rend quasi-invulnérables aux défenses anti-aériennes classiques. Ils disposent en outre d’une électronique sophistiquée leur permettant de se diriger vers leur objectif et d’une charge explosive capable d’infliger des dégâts considérables à un porte-avions.

Le budget de la Défense chinoise croît de plus de 10% par an depuis plus d’une décennie et Pékin affiche une posture plus agressive dans les tensions territoriales qui l’opposent dans les mers de Chine orientale et méridionale à ses voisins, la plupart alliés de Washington. Or, les États-Unis dominent depuis 1945 sur l’océan Pacifique, chasse gardée traditionnelle de la 7è flotte américaine et la région est au centre de la politique de «pivot» du président Barack Obama. Et si Washington dépense bien plus que Pékin en budget militaire, Pékin «s’inquiète énormément de ce que ses rivaux, en particulier les forces navales américaines, peuvent faire», souligne M. Char.

Les missiles DF-21D pourraient alors bousculer le statu quo, car ils sont «capables d’atteindre la base militaire américaine essentielle de Guam dans le Pacifique ouest», selon le quotidien officiel chinois Global Times. «Le DF-21D va compliquer quelque peu les opérations des Etats-Unis dans la région», estime Arthur Ding, expert militaire de l’université nationale Chengchi à Taiwan, même si les Américains ont à leur disposition «une batterie de contre-mesures».

Cela n’en reste pas moins une confirmation du virage stratégique entamé par Pékin, notamment après l’annonce en mai que la marine de l’Armée populaire de libération (APL), aidée de l’aviation, allait mettre l’accent sur les opérations «en haute mer», au-delà de la simple «défense des eaux territoriales».

Ouvrant le défilé militaire du 3 septembre 2015, le président Xi Jinping, commandant en chef des armées, a annoncé une baisse de 300.000 hommes des effectifs de l’APL, actuellement estimés à environ 2,3 millions. C’est, selon Chine nouvelle, la quatrième grande réduction des forces armées en trois décennies -elles comptaient 4,2 millions d’hommes en 1987-, parallèlement à leur modernisation intensive. Cette nouvelle réduction «correspond aux attentes», selon Arthur Ding: «la puissance de feu et la mobilité ont été grandement améliorées, donc les troupes peuvent être diminuées».

«Les effectifs de l’armée de terre vont probablement essuyer le plus gros de la réduction», ainsi que les multiples strates «de commandement et de bureaucratie au sein de l’ALP», estime Taylor Fravel, professeur au Massachusetts Institute of Technology. Mais l’armée chinoise «accomplira solennellement sa mission de maintien de la paix dans le monde», et la Chine «ne recherchera jamais l’hégémonie», a assuré le chef de l’Etat jeudi. Le Parti communiste, qui contrôle étroitement l’APL, bras armé du régime, considère que sa modernisation est menacée par les détournements de fonds massifs et des prébendes, à l’origine de scandales répétés.

Le président a lancé un vaste audit de la Commission militaire centrale, et l’APL n’est pas épargnée depuis deux ans par la dure campagne anti-corruption en cours. «Les officiers supérieurs sont nerveux, car nombre d’entre eux ont été promus à la faveur de pots-de-vin», a commenté M. Ding. «Ils doivent afficher leur loyauté, Xi a un contrôle ferme de l’armée».

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