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Publié par Bob Woodward

Charlie: entre pornographie et islam ?

La caricature de l'hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo montrant un dieu armé sous le titre "Un an après, l'assasin court toujours” omet de rappeler que de nombreux dignitaires religieux ont condamné la violence au nom de la religion, regrette mardi le quotidien du Vatican. Pour le premier anniversaire de l'attentat djihadiste contre lui, Charlie Hebdo sort mercredi un numéro spécial avec en une un dieu barbu, armé d'une kalachnikov et à l'habit ensanglanté. Ce numéro doit être tiré à environ un million d'exemplaires, dont des dizaines de milliers expédiés à l'étranger.

« L'épisode n'est pas une nouveauté : derrière le drapeau trompeur d'une laïcité sans compromis, l'hebdomadaire oublie encore une fois ce que tant de dirigeants religieux de toutes appartenances ne cessent de répéter pour rejeter la violence au nom de la religion : utiliser Dieu pour justifier la haine est un véritable blasphème, comme l'a dit à plusieurs reprises le pape François », affirme l'Osservatore Romano dans son édition parue mardi. “Dans le choix de Charlie Hebdo, il y a le triste paradoxe d'un monde de plus en plus attentif au politiquement correct au point de frôler le ridicule, mais qui ne veut ni reconnaître ni respecter la foi en Dieu de tout croyant, quelle que soit sa religion », observe encore le quotidien du Vatican. Le journal cite encore le président du Conseil français du culte musulman, Anouar Kbibech, qui a estimé que cette caricature « blesse tous les croyants des diverses religions » et n'aide pas à la cohésion de la société française en un moment difficile.

L'an dernier, dans l'avion qui le ramenait des Philippines, le pape François avait estimé que la liberté religieuse comme la liberté d'expression étaient deux valeurs inaliénables. Mais il avait ajouté que la liberté d'expression ne devait pas être utilisée pour l'offense et l'insulte. Si un ami « dit un gros mot sur ma mère, il doit s'attendre à recevoir un coup de poing », avait argumenté François, simulant le geste du coup de poing.

Il y a un an, la société française s'écharpait sur une question: être ou ne pas être Charlie. À quelques jours des commémorations des attentats du 7 janvier 2015, force est de constater que cette division est plus que jamais d'actualité.

Charlie Hebdo a dévoilé dimanche la une de son numéro spécial. Sur les réseaux sociaux, les réactions ont été immédiates. Oubliant qu'«être Charlie» signifie défendre la liberté d'expression sans pour autant être en accord avec le contenu du journal, nombreux sont ceux qui ont tiré à boulets rouges sur la couverture de l'hebdomadaire, piquante et polémique, fidèle à ce que le journal a toujours réalisé.

Jean-François Mignot et Céline Golfette sont sociologues. En analysant les 523 Unes de Charlie Hebdo de ces dix dernières années, ils ont établi les pourcentages de celles-ci par grands thèmes. L'idée ? Déterminer si oui ou non Charlie est "obsédé" par l'islam, comme cela a pu être dit à la suite des attentats du 7 janvier.

Première constatation, seules 38 de ces Unes concernent la religion, quelle qu'elle soit. La grande majorité a un caractère politique, soit 336 numéros pour l'équivalent de 64% des couvertures de l'hebdomadaire satirique.

Sur les 38 Unes consacrées à un thème religieux, 21 visent le christianisme, et sur 10 d'entre elles plusieurs religions sont caricaturées. Il reste 7 Unes où l'islam est la seule foi représentée. Soit 1,3% des Unes du journal sur les dix dernières années. 

Bien qu'elles aient marqué l'opinion publique par les événements qui les ont accompagnées, les Unes de Charlie consacrées à l'islam sont donc largement minoritaire, et témoigne de la "non-obsession" de Charlie pour l'islam et les musulmans.

 

Charlie: entre pornographie et islam ?

La France résonne de proclamations selon lesquelles nous devons continuer à publier des caricatures attaquant les musulmans dans le style Charlie Hebdo, faute de quoi nous céderions aux revendications des islamistes. Pour affirmer notre liberté, nous devons prouver que nous n’avons pas peur de commettre un blasphème.
Il faut être animé d’un certain esprit religieux pour prendre le blasphème au sérieux. Franchement, le mot ne signifie quasiment rien pour moi. Le blasphème signifie quelque chose si vous craignez d’offenser votre propre dieu, qui vous a averti que cela vous coûterait cher. Mais insulter le dieu de quelqu’un d’autre n’est pas du blasphème. Cela n’affecte pas vos relations avec dieu (ce qui est la signification du blasphème), cela touche d’autres gens, ceux qui croient dans le dieu que vous avez insulté.


L’idée qu’il est très audacieux de commettre un blasphème contre un dieu dans lequel vous ne croyez pas n’a pas de sens pour moi. Spécialement lorsque ce n’est pas un dieu officiellement adoré dans la société où on vit, mais celui d’une minorité plutôt impopulaire. Dans le milieu de Charlie Hebdo, insulter des convictions musulmanes était certainement le moyen le plus sûr d’amuser les copains. C’était censé aider la vente du journal.
D’un autre côté, dessiner des caricatures qui rendent des quantités de gens furieux au point de commettre un meurtre relève du défi plutôt que du blasphème. On est toujours libre de lancer un défi. Mais le bon sens commande de se demander si cela en vaut la peine.
Supposons que vous n’aimiez pas certains aspects d’une religion particulière et que vous souhaitiez combattre de telles croyances. Est-ce que dessiner des caricatures qui réunissent des millions de gens dans la même indignation est le bon moyen ? Si ce n’est pas le cas, ce n’est intellectuellement pas plus important que le saut à l’élastique. Ouais ! Regardez comme je suis audacieux ! Et alors ?


Il existe bien des méthodes plus efficaces pour débattre de la religion. Prenez comme modèle les philosophes des Lumières au XVIIIe siècle. Des insultes répétées vont probablement unir davantage les gens dans la défense de leur foi. Ce n’est là qu’une considération pratique, qui ne tient pas compte de la « liberté ».
D’un autre côté, l’insulte pourrait être une provocation commise précisément pour faire sortir les croyants au grand jour, de manière à pouvoir les attaquer. Cela pourrait être un motif secret de promotion de telles caricatures. Provoquer des musulmans à défendre leur religion d’une manière totalement absurde, qui heurte la majorité de notre population, de façon à pouvoir les ridiculiser encore plus et peut-être prendre des mesures contre eux – guerre au Moyen-Orient (aux côtés d’Israël), ou même expulsion de nos pays (une idée qui monte…).

Charlie: entre pornographie et islam ?

Dans le cas spécifique de Charlie Hebdo, la grande majorité des caricatures prétendument blasphématoires n’avait rien à voir avec la foi musulmane, mais étaient plus ou moins pornographiques, assortis de croquis d’organes sexuels masculins. La présence du phallus était « le gag ». Ce mélange tend à brouiller les cartes. Le problème est-il le blasphème ou l’insulte gratuite ? On est libre de faire les deux, évidemment, mais est-ce un argument à propos de la religion ou un saut à l’élastique ?


C’était apparemment vrai du numéro suivant le drame de Charlie Hebdo, imprimé à sept millions d’exemplaires avec une subvention d’un million d’euros du gouvernement français. Pour le grand public, la couverture dessinée par l’artiste survivant Luz (Rénald Luzier) était une image de réconciliation pacifique, montrant la tête d’un homme coiffé d’un turban, explicitement censé représenter Mahomet, qui verse une larme et tient un panneau « Je suis Charlie » sous la déclaration « Tout est pardonné ». La larme était authentique : Luz pleurait tandis qu’il dessinait. Comme il l’a expliqué en détail lors des funérailles du rédacteur en chef de Charlie, Charb (Stéphane Charbonnier), lui et Charb étaient amants. Mais Luz voulait aussi faire rire ses collègues avec cette couverture, et ils se seraient effectivement mis à rire. Pourquoi ? Selon des commentaires publiés sur internet, la couverture était aussi une plaisanterie interne, parce qu’elle incluait deux dessins cachés de pénis – la marque déposée de Charlie. C’était une bonne plaisanterie bien crade pour les mômes Charlie. « Nous sommes comme des enfants », a dit Luz.
Pendant les funérailles de Charb en France, des émeutes ont éclaté devant les ambassades françaises dans des pays musulmans, du Pakistan au Nigéria. La foule a brûlé des drapeaux français et a manifesté violemment à Alger. Je suis allée à Alger à deux reprises, et j’y ai vu assez de choses pour me rendre compte qu’il y a dans ce pays un profond fossé entre une classe sociale d’intellectuels, moderne, éduquée et laïque, qui brûle de libérer le pays des entraves de l’irrationalité, et des masses de jeunes hommes faiblement éduqués et fidèles aux interprétations simplistes du Coran. Il y a un conflit d’idées profond et dramatique en Algérie. Certains intellectuels vont courageusement jusqu’à défendre publiquement l’athéisme, dans l’espoir d’influencer leurs compatriotes.


Les musulmans ont vu la dernière caricature de Charlie comme une répétition des insultes obscènes dirigées contre leur Prophète – pas seulement un blasphème, mais une gifle pornographique. Leurs émeutes représentent un danger pour les intellectuels d’Alger qui sont en mesure de promouvoir la raison et la laïcité dans leur pays. Leur sécurité dépend de leur protection par l’armée. Si la rage des islamistes contre l’Occident influence un grand nombre de soldats ordinaires, les conséquences pourraient être dramatiques. Le tumulte provoqué par Charlie a donné une carte maîtresse aux extrémistes islamistes contre les défenseurs des Lumières.
Les humoristes de Charlie Hebdo étaient un peu comme des enfants irresponsables qui jouent avec des allumettes et qui ont mis le feu à la maison. Ou peut-être à plusieurs maisons.

Charlie: entre pornographie et islam ?

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