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Publié par Bob Woodward

Arabie Saoudite - Iran: la haine

L'Arabie saoudite a annoncé ce dimanche la rupture de ses relations diplomatiques avec l'Iran. Une nouvelle étape de l'escalade entre Riyad et Téhéran après l'exécution d'un dignitaire chiite dans le royaume saoudien. Cette coupure n'est pas une première, les deux pays avaient rompu leurs relations diplomatiques de 1987 à 1991, en raison de sanglants affrontements entre pèlerins iraniens et forces saoudiennes lors du pèlerinage à La Mecque en 1987.

L'Iran est le rival régional de l'Arabie saoudite. Les deux pays se revendiquent d'un courant différent de l'islam, le premier étant majoritairement chiite quand le second se définie comme le gardien de la conformité sunnite, régi par le wahabisme (une branche de l'islam considérée comme inflexible, intolérante et immuable). Les chiites représentent 1 à 15% de la population dans le Royaume saoudien où ils se plaignent d'être considérés comme des citoyens de seconde zone, explique L'Express.

Les relations entre Riyad et Téhéran évoluent en dents de scie depuis la révolution islamique iranienne en 1979. Les deux puissances sont souvent en désaccord sur les moyens de régler les crises dans la région et s'accusent mutuellement de chercher à y élargir leur influence. Elles se combattent déjà, via des alliés interposés en Syrie et au Yémen.

Arabie Saoudite - Iran: la haine

Les tensions ont redoublé ces derniers mois après l'accord entre les Etats-Unis et l'Iran sur le nucléaire iranien, l'Arabie saoudite s'inquiétant de la montée en puissance de ce pays rival et y voyant une trahison de son allié américain. Le royaume de Bahreïn a emboîté le pas à l’Arabie saoudite en annonçant, lundi 4 janvier, la rupture de ses relations diplomatiques avec l’Iran, suivi par le Soudan. Les Emirats arabes unis ont, quant à eux, rappelé leur ambassadeur à Téhéran et réduit les liens diplomatiques en raison de la « poursuite des ingérences iraniennes » dans les affaires des pays arabes et du Golfe, selon le ministère des affaires étrangères.
La crise entre le royaume saoudien sunnite et l’Iran chiite a éclaté après l’exécution samedi du chef religieux chiite Nimr Baqer Al-Nimr – un critique virulent du pouvoir à Riyad – ainsi que 46 autres personnes condamnées pour « terrorisme ».
L’Arabie saoudite avait annoncé dès dimanche la rupture de ses relations diplomatiques avec l’Iran à la suite des attaques contre ses missions diplomatiques à Téhéran et Mashhad. Lundi, Adel Al-Joubeir, ministre saoudien des affaires étrangère, qui a qualifié le cheikh Nimr de « terroriste » impliqué dans des attentats, a annoncé de nouvelles mesures de répresailles :
•    La suspension de toutes les relations commerciales de son pays avec l’Iran.
•    La suspension des liaisons aériennes avec l’Iran.
•    L’interdiction faite aux ressortissants saoudiens de se rendre en Iran.
L’exécution de cheikh Nimr a immédiatement provoqué des manifestations de colère parmi la communauté chiite dans plusieurs pays, notamment en Irak, au Yémen, au Liban, à Bahreïn ainsi qu’au Pakistan et au Cachemire indien. Tous les dignitaires chiites de la région ont dénoncé la mise à mort de ce célèbre pourfendeur du pouvoir saoudien.
En Irak, des milliers de partisans du chef chiite Moqtada Sadr ont manifesté à Bagdad, lundi, appelant leur gouvernement à rompre les relations avec l’Arabie saoudite. Trois mosquées sunnites ont été attaquées dans la journée.
Ces événements attisent la polarisation confessionnelle dans les pays du Levant et du Golfe, qui sont pris, pour la plupart, dans l’étouffoir saoudo-iranien. Ils promettent aussi d’intensifier les guerres que les deux rivaux se livrent par alliés interposés, en Syrie et au Yémen, et de ruiner les récents efforts destinés à relancer les pourparlers de paix dans ces deux guerres.

Arabie Saoudite - Iran: la haine

Face à ces tensions, les réactions diplomatiques se sont multipliées, pour tenter d’éviter une escalade qui serait préjudiciable à tout le Moyen-Orient.
La Ligue arabe va tenir, dimanche au Caire, une réunion « extraordinaire » à la demande de Ryad pour dénoncer les ingérences de l’Iran dans les affaires arabes, selon un responsable de cette organisation.
La Russie a proposé de jouer un rôle d’« intermédiaire » entre l’Arabie saoudite et l’Iran.
L’Allemagne a appelé les deux pays à tout faire « pour reprendre leurs relations » et prévenu que « les évolutions » en Arabie saoudite allaient être prises en compte dans les décisions d’exportation d’armes vers ce pays.
Les Etats-Unis ont exhorté les dirigeants du Moyen-Orient « à prendre des mesures positives pour calmer les tensions ».
Les relations entre l’Arabie saoudite et l’Iran évoluent en dents de scie depuis la révolution islamique iranienne de 1979. Les deux puissances sont le plus souvent en désaccord sur les crises dans la région, notamment en Syrie, en Irak, au Yémen, et s’accusent mutuellement de chercher à élargir leur influence. Elles avaient rompu leurs relations de 1987 à 1991, après de sanglants affrontements entre pèlerins iraniens et forces saoudiennes lors du hadj à La Mecque en 1987.
Depuis toujours, l’Iran s’ingère dans les affaires de l’Arabie saoudite. « En 2003, le feu vert donné aux attaques d’Al-Qaida contre le royaume est venu de Téhéran ».  Professeur à l’université de Riyad, notre interlocuteur semble sûr de son fait. Il reste imperméable au caractère très improbable de cette alliance entre un régime chiite et une organisation sunnite qui ne cache pas sa haine des « hérétiques ». Et il n’est pas seul à défendre ces théories. Dans le quotidien Asharq Al-Awsat (12 février), propriété de la famille royale saoudienne, l’influent éditorialiste Tarik Al-Homeid appelait les Etats-Unis à reconnaître que l’Iran était le principal parrain de l’organisation fondée par Oussama Ben Laden.

Arabie Saoudite - Iran: la haine

Est-ce un sentiment d’encerclement croissant qui explique ces étranges spéculations de nombre de responsables saoudiens ? « A chacune de nos frontières, l’instabilité s’étend. Et, derrière elle, nous voyons la main de l’Iran », poursuit le professeur. Instabilité en Irak, d’abord : les contacts entre Riyad et le gouvernement de M. Nouri Al-Maliki sont pratiquement rompus. A Bahreïn, ensuite, où la révolte, dans la foulée des « printemps » tunisien et égyptien, a été assimilée à une tentative de déstabilisation venue de Téhéran, avant d’être matée avec l’aide des troupes saoudiennes en mars 2011. Au Yémen, enfin, où une fronde régionale (dite « houthiste », du nom de son fondateur, Hussein Badreddin Al-Houthi), aux causes avant tout internes, est attribuée à de sombres manœuvres des gardiens de la révolution iraniens.
Sur les fronts syrien et libanais, également, on retrouve les deux axes qui dominent la région : Téhéran dirige le premier, qui le relie à la Syrie et au Hezbollah libanais, et Riyad l’autre, avec les Emirats arabes unis, Bahreïn, ainsi que le Mouvement du 14-Mars de l’ancien premier ministre libanais Saad Hariri.
Les inquiétudes que l’on perçoit en Arabie saoudite se sont accrues avec les fissures au sein du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Début décembre 2013, Oman s’est fermement opposé
au plan saoudien d’une union des pays du Golfe. Le projet d’un commandement unifié, qui aurait permis de regrouper les forces militaires des six pays, reste donc à l’état de brouillon. A l’exception de Riyad et de Manama (Bahreïn), les membres du CCG ont en outre accueilli positivement l’accord intérimaire sur le nucléaire entre Washington et Téhéran, en novembre 2013, et ont reçu le ministre des affaires étrangères iranien. Quant au Koweït, il refuse, pour l’instant, de signer le pacte du CCG sur la sécurité intérieure voulu par Riyad, car ce texte s’affranchit de nombre de garanties sur les libertés — d’expression notamment — inscrites dans sa Constitution.
Dans ce contexte déjà incertain, l’Arabie saoudite, suivie par deux de ses partenaires du CCG, les Emirats arabes unis et Bahreïn, a annoncé le 5 mars 2014 le retrait de son ambassadeur au Qatar. Il est vrai que les relations entre le royaume et le petit émirat voisin, pourtant tous deux wahhabites, ont rarement été sereines. Un conflit frontalier a même conduit à des accrochages armés en 1992. Le renversement de l’émir par son fils Hamad Ben Khalifa Al-Thani, en 1995, a aggravé les tensions. En 2002, Riyad avait déjà rappelé son ambassadeur pour protester contre une émission de la chaîne qatarie Al-Jazira consacrée au fondateur de l’Arabie, le roi Ibn Saoud. Le diplomate n’avait regagné son poste qu’en 2008, après que l’émirat eut promis d’atténuer les critiques émises par la chaîne satellitaire.
En dépit de leur engagement commun pour aider, y compris militairement, l’opposition au régime de M. Bachar Al-Assad et accélérer sa chute, le « printemps arabe » a élargi le fossé entre Doha et Riyad. Le Qatar s’est fait le champion des transformations en cours et a misé sur les Frères musulmans pour en récolter les fruits. L’Arabie saoudite, elle, déjà ulcérée par la chute de M. Hosni Moubarak en Egypte et craignant une déstabilisation de la région, qualifie les Frères d’« organisation terroriste ».

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Après avoir été longtemps l’alliée de l’Arabie, la confrérie joue depuis les années 1990 un rôle actif dans la contestation à l’intérieur du royaume. Elle constitue désormais la cible essentielle d’une répression implacable qui touche aussi un certain nombre d’intellectuels libéraux, comme MM. Mohammed Al-Kahtani et Abdallah Al-Hamed, condamnés à de lourdes peines de prison. Début février, la presse saoudienne publiait un décret royal punissant de trois à vingt ans de prison toute « appartenance à des courants religieux ou intellectuels, à des groupes ou à des formations définis comme terroristes nationalement, régionalement ou internationalement ; tout appui quel qu’il soit à leur idéologie ou à leur vision, toute expression d’une quelconque sympathie avec eux ». Le « terrorisme », est-il précisé, inclut l’athéisme et toute mise en cause des principes fondamentaux de la religion musulmane.
Si ces décrets visent en priorité les Frères, ils ont aussi pour objectif d’encourager les
Saoudiens partis combattre le régime de M. Al-Assad à rentrer chez eux. Selon les chiffres officiels, ils sont mille quatre cents ; des données plus crédibles, mais non vérifiables, en évoquent entre cinq mille et sept mille. Pourquoi s’en inquiéter, alors que les médias du royaume se déchaînent contre le dirigeant syrien ? Parce que le souvenir du retour de milliers de combattants partis en Afghanistan dans les années 1980 hante encore les mémoires. Comme l’explique un diplomate du Golfe, « la politique du royaume à l’égard de la Syrie intègre de plus en plus les impératifs du “contre-terrorisme”. Le ministère de l’intérieur est particulièrement préoccupé ». Riyad a donc publiquement demandé à son ambassade à Ankara de prendre toutes les mesures pour rapatrier ses nationaux qui transitent par la Turquie et le Liban.
Toujours aux commandes malgré ses 90 ans, le roi Abdallah continue de fixer les grandes lignes de la politique du royaume ; mais leur mise en œuvre en Syrie a été confiée à deux hommes aux objectifs distincts. Le prince Mohammed Ben Nayef, le ministre de l’intérieur, qui avait écrasé l’insurrection islamiste de 2003, donne toujours la priorité à la « guerre contre le terrorisme ». Le prince Bandar Ben Sultan, chef des services de renseignement depuis juillet
2012, a cherché de son côté l’efficacité dans le combat contre M. Al-Assad, y compris en soutenant des groupes salafistes du Front islamique. Son manque de vigilance dans l’acheminement des armes aurait suscité l’inquiétude des Etats-Unis. Cela explique sans doute sa « démission », qui, le 15 avril dernier, est venue confirmer l’ascendant du chef de la police sur celui des services secrets.
L’appui aux rebelles syriens fait consensus dans l’opinion saoudienne (sauf au sein de la minorité chiite) ; en revanche, le soutien au renversement du président égyptien Mohamed Morsi, en juillet 2013, suscite plus de controverses. « Pour la première fois, nous entendons des critiques, confie, sous couvert d’anonymat, un journaliste influent. “Pourquoi soutenons-nous le renversement d’un président qui se réclame de l’islam ? Pourquoi engloutissons-nous des milliards de dollars en Egypte à l’heure où nos problèmes de logement ou de pauvreté sont si importants ?” » Naguère inaudible, ce malaise s’exprime sur les réseaux sociaux que les autorités cherchent, sans grand succès, à brider. « Dans un monde arabe où les puissances traditionnelles que sont l’Irak, la Syrie ou l’Egypte s’effacent, absorbées par leurs problèmes internes, de plus en plus de forces se tournent vers nous. Et nous ne sommes pas capables de leur répondre. Nous sommes impuissants à régler les crises en Irak ou à Bahreïn, sans même parler de la Syrie », poursuit notre interlocuteur.
L’inflexion de la politique américaine a considérablement augmenté l’insécurité saoudienne. Le refus du président Barack Obama de bombarder la Syrie l’été dernier et l’accord sur la liquidation des armes chimiques détenues par Damas ont suscité un geste sans précédent : après avoir lutté pendant des années pour être élu membre non permanent du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU), et alors que sa candidature était retenue, le royaume s’est désisté. Le ministre des affaires étrangères, le prince Saoud Al-Fayçal, a décidé de ne pas prononcer de discours devant l’Assemblée générale pour protester contre l’inaction de l’ONU face au drame syrien.
Par la suite, la révélation des négociations entre Washington et Téhéran à Oman, puis l’annonce d’un accord intérimaire sur le nucléaire, en novembre 2013, ont ranimé une vieille hantise de Riyad : celle d’un accord irano-américain au détriment des Arabes. « L’idée que nos intérêts puissent être écartés par l’Iran et par les Etats-Unis nous préoccupe, nous avait confié en 2010 le prince Turki Al-Fayçal, ancien chef des renseignements. Nous serions alors coincés entre un Iran nucléaire et un Israël nucléaire. » Il ajoutait en souriant : « Remercions Dieu pour [M. Mahmoud] Ahmadinejad… » La personnalité de l’ancien président iranien rendait en effet ce cas de figure improbable. Mais, désormais, M. Hassan Rohani, élu en juin 2013, lui a succédé, et l’hypothèse d’un tel retournement paraît crédible. Le contenu d’un éventuel accord nucléaire inquiète moins Riyad que le principe même d’un accord et la fin de l’isolement international de l’Iran.

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