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Publié par Bob Woodward

Régionales: la presse contre le FN ?

Dans les autres pays du monde, la presse d’information générale vit essentiellement de deux ressources : ses lecteurs et la publicité. Mais en France, la presse de gauche a le plus souvent ignoré son lectorat, de la même façon qu’elle méprise depuis longtemps le peuple qui regarde TF1 ou se masse dans les stades comme des beaufs, pour y voir des hommes en short taper dans un ballon. Elle veut bien défendre le peuple dans ses articles, mais seulement s’il ne lui est pas demandé de le fréquenter. Un dilemme bien résumé par Victor Hugo : "Le peuple est en haut, mais la foule est en bas …".
Quant à la publicité, elle symbolise l’aliénation au système de consommation qu’elle aimerait pouvoir dénoncer, si elle pouvait oublier qu’elle en vit en partie.
Du coup, l’essentiel de la presse de gauche française a fait un choix sans équivalent dans les autres pays : vivre le plus possible de deux autres ressources qui lui conviennent mieux : les subventions de l’état et les apports répétés de ses actionnaires pour éponger ses pertes récurrentes. En d’autres termes, l’argent du pouvoir politique d’une part et celui du pouvoir économique d’autre part, à qui elle se vend de plus en plus, au gré des menaces de dépôt de bilan. Difficile dans ces conditions de prétendre rester un contre-pouvoir au capitalisme ou au gouvernement en place, on le comprend.
Hugh Schofield, le correspondant en France pour la BBC, décrit la presse française ainsi : "Il devrait y avoir dans l’esprit journalistique plus de tapage sur l’establishment, plus d’esprit critique en somme […] en France les conservatismes sont plutôt de gauche, donc si on veut être dans l’opposition et la critique des institutions, on devrait être un peu plus à droite. En France, il est très conservateur d’être de gauche".
Les "financiers de gauche" ont fait leur arrivée aux commandes de la presse dite "d’information", et ce à travers deux exemples symptomatiques. D’une part, celui du premier quotidien de France, Le Monde, et d’autre part, celui du premier hebdomadaire d’information de France, Le Nouvel Observateur. Le Monde a été racheté par un trio d’investisseurs, dont Matthieu Pigasse, un énarque, patron d’une des principales banques d’affaires françaises, Lazard Paris, et ancien conseiller du ministre des Finances, Dominique Strauss-Kahn (qu’il soutenait dans sa course à l’élection présidentielle).
Le Nouvel Observateur est tombé également durant près de trois ans entre les mains d’un énarque, Denis Olivennes, lui aussi ancien conseiller du ministre des Finances, lui aussi considéré comme soutien du même DSK à l’élection présidentielle, et désormais à la tête notamment d’Europe 1, du Journal du Dimanche et de Paris Match. Les voici, l’un comme l’autre, à la fois acteur majeur des médias et directement issu du pouvoir en place, en attendant une éventuelle carrière politique personnelle… "Indépendants!" crient-ils, en guise de seule réponse à ceux qui souhaiteraient débattre publiquement de cette préoccupante évolution.
"Indépendants, puisque de gauche!", en gage d’une immunité morale qu’il serait apparemment indécent de contester.

Régionales: la presse contre le FN ?

Il n’aura échappé à personne, que depuis 2008, le site Mediapart, fait régulièrement parler de lui, par des révélations fracassantes qui visent le monde politique, mais aussi le monde des affaires au sens large du terme. Edwy Plenel, qui est à l’initiative de Mediapart, présente son site comme une alternative à une presse traditionnelle sinistrée, basé sur un réel journalisme d’investigation, libre de toute pression politique, actionnariale ou publicitaire. Tout projet entrepreneurial repose sur des hommes et sur une construction capitalistique. Le plus emblématique, le plus actif et le plus médiatique de l’aventure Mediapart est sans conteste Edwy Plenel. Mais il n’est pas seul. Tant dans l’équipe de direction de Mediapart, que dans les actionnaires directs et indirects, on retrouve nombre d’anciens activistes trotskistes, ou pour le moins très ancrés à gauche, ainsi que des figures de la gauche sociale-démocrate.
Un exemple parmi tant d'autres: la SAM (Société des Amis de Médiapart), qui réunit 46 membres fondateurs anonymes. Sont présents, Xavier Niel, patron d’Iliad-Free et contributeur majeur de la SAM (l’ambition de Niel de devenir un poids lourd des patrons de presse se confirmera par le rachat du quotidien Le Monde, de Télérama du Nouvel Observateur… avec ses amis Pierre Bergé et Matthieu Pigasse – Trio dont l’engagement à gauche n’a plus de secret pour personne), Maurice Lévy, patron de Publicis (Élisabeth Badinter est l’actionnaire principal de l’agence qui a remporté l’appel d’offre de la communication du Gouvernement…). La SAM, fonds de placement domicilié à la même adresse que Mediapart, est présidée par Michel Broué, qui fut membre actif de l’Organisation Communiste Internationaliste (OCI) où il est recruté par Lionel Jospin alors militant trotskiste. Il quitte l’OCI pour rejoindre le Parti Socialiste et participe activement au groupe « Convergences Socialistes » avant de s’en éloigner pour des divergences portant sur le FN. Broué est membre du conseil d’administration de Mediapart.
Cette proximité des actionnaires, et notamment des plus influents, avec le pouvoir actuel, ne va pas sans poser la question de la liberté éditoriale. D’ailleurs le rôle militant très médiatisé de certains d’entre eux pendant la campagne présidentielle de 2012, ainsi que le contenu marqué à gauche du site, tendent à démontrer que finalement Mediapart a un ancrage éditorial très à gauche.
Alors, Edwy Plenel se défend en rappelant à qui veut l’entendre que c’est Mediapart qui a fait tomber Cahuzac! Preuve de pluralisme? Sauf que ne lui en déplaise, l’argument ne tient pas. Cahuzac était farouchement opposé au fait que la presse en ligne bénéficie du même régime fiscal que la presse papier. Cahuzac devenait dès lors un ennemi et une cible, tout socialiste qu’il était, pour le trotskiste Plenel, avant tout patron de presse menacé. Alors, Mediapart n’a reculé devant rien pour se débarrasser de Cahuzac qui représentait un risque inéluctable de redressement fiscal, signifiant la mort du site. Notons aussi que Mediapart évite soigneusement d’enquêter sur la gauche extrême, les mouvances trotskistes et leurs financements obscurs. Pas plus que l’investigation n’est approfondie sur les fortunes accumulées par les organisations syndicales et les emplois fictifs dont elles bénéficient dans les organismes paritaires déficitaires ou certaines collectivités...Qui se dit « de gauche » prétend à une certaine vertu, à une certaine idée de la propreté morale. Quand on est supposé être de gauche on doit obéir à certains principes : il y a des choses qu’on s’autorise à faire et d’autres qu’on ne fait pas. "Quand on est un homme on s’empêche", disait Camus.
Ce ne semble pas être le cas pour ces titres de presse !

Régionales: la presse contre le FN ?

Les organes de presse appartiennent à des actionnaires très loin d’être des philanthropes, surfant sur l’explosion du contenu numérique et sa monétisation par un modèle économique certes innovant mais risqué, et exploitant sans scrupule, par des méthodes marketing à la rentabilité éprouvée ailleurs, la crédulité d’un lectorat au cœur de cible soigneusement identifié, quantifié et ciblé. La ligne éditoriale de ces organes de presse, qui n’a, comme tout le monde l’a bien compris, rien de libre, est uniquement axée sur l’aide sans faille aux intérêts politiques de la gauche, y compris la plus extrême, et de ses tous puissants ténors dès lors qu’ils ne représentent pas de risque pour les actionnaires! L’avertissement Cahuzac a définitivement refroidi ce qui n’était déjà plus que des velléités!


Marine Le Pen s'en prend à ce système. Marine Le Pen contre La Voix du Nord, c’est une histoire ancienne. Dernier épisode en date, la patronne du FN et candidate en Nord-Pas-de-Calais-Picardie n’a pas du tout apprécié la manchette du quotidien régional de lundi 30 novembre, titrée « pourquoi une victoire du FN nous inquiète ». Ni la deuxième « une », publiée mardi.
La candidate d’extrême droite a donc expliqué qu’en cas de victoire, elle comptait bien «supprimer les subventions » du quotidien :
« Ces médias sont achetés par un exécutif et, le moment venu, ils rendent la monnaie de l’énorme subvention qu’ils ont touchée. Nous considérons que les 1,5 million qui sont accordés par an au groupe La Voix du Nord ne correspondent pas à un intérêt régional dans une région où il y a un million de pauvres. C’est la raison pour laquelle ils nous attaquent, ils cherchent à défendre leurs subventions alors qu’il y a un million de pauvres dans notre région. »
L’engagement de la presse quotidienne de la région Nord - Pas-de-Calais - Picardie à quelques jours des élections régionales s’accentue. Alors que La Voix du Nord vient de publier deux dossiers très critiques sur le programme du Front national, Le Courrier picard, autre quotidien local, titre, mercredi 2 décembre, sur « le vrai visage du FN dans la région. »
Là où La Voix du Nord énumérait point par point les raisons de son opposition au FN, puis faisait le portrait des membres du parti, Le Courrier picard, qui appartient au même groupe de presse, a choisi de démontrer que le discours « musclé » du parti d’extrême droite pourrait être un écran de fumée :
« Tout cela, évidemment, ne fait pas une politique mais aura permis au Front national d’exister politiquement et de cultiver son image de principal opposant. »
S’appuyant sur des votes et des prises de position déjà actées par le FN dans la région, Le Courrier picard relève les points du programme :
« Reste donc, au-delà des postures et des programmes, les éléments avérés, factuels, révélateurs de l’attitude qui fut celle du Front national tout au long des deux dernières mandatures (…) ».
Le dossier du Courrier picard fait également la liste des corps professionnels opposés à l’arrivée du Front national à la tête de la région, où Marine Le Pen est donnée gagnante à 42 % des voix selon un sondage BVA pour La Voix du Nord.
Citant l’interview du patron du Medef, Pierre Gattaz, dans Le Parisien, qui dénonçait un programme économique « ni tourné vers l’avenir, ni vers la compétitivité », le journal renchérit avec des témoignages de chefs d’entreprise locaux. Il rappelle qu’un collectif d’artistes de la région s’est aussi engagé contre le Front national et les coupes budgétaires annoncées dans les budgets « superfétatoires » et la rupture avec les fonds régionaux pour l’art contemporain (FRAC). A Marseille, Nancy, Nice ou Reims, les quotidiens régionaux ne sont pas prêts à imiter leurs homologues nordistes et picards. A l’approche des élections régionales, les 6 et 13 décembre, ces derniers se sont en effet ouvertement engagés contre Marine Le Pen, tête de liste du Front national en Nord-Pas-de-Calais-Picardie.
Lundi 30 novembre et mardi 1er décembre, La Voix du Nord a publié deux doubles pages démontant le discours et les pratiques du parti, qui arrive en tête des intentions de vote dans la région. « Pourquoi une victoire du FN nous inquiète », titrait le quotidien lillois lundi, avant d’énoncer, mardi, « Marine Le Pen et le FN ne sont pas ce qu’ils disent ».
Egalement membre du groupe belge Rossel, le quotidien de Roubaix, Nord-Eclair, interrogeait de son côté : « La région a-t-elle vraiment besoin du Front national ? » et « Qui sont réellement les membres du FN ? » Enfin, mercredi, Le Courrier picard, autre titre de Rossel, faisait sa « une » sur « Le vrai visage du FN à la région ».
S’ils saluent le « courage » de cette démarche, les responsables des journaux diffusés dans d’autres régions où le Front national est annoncé à un niveau élevé, comme en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes, en Provence-Alpes-Côte d’Azur ou en Bourgogne-Franche-Comté, n’entendent pas prendre position.
Le 10 décembre 2013, dans une rare opération de transparence, le ministère de la Culture et de la Communication a publié un bilan détaillé de l’ensemble des aides de l’État allouées en 2012 au secteur de la presse. Cette publication fait suite à deux rapports de la Cour des Comptes publiés cette année. Le premier en février critiquait, outre le montant en lui-même, « une transparence encore incomplète sur le montant des aides ». Le second publié en septembre rappelait que « le dispositif des aides d’État à la presse s’est historiquement caractérisé par son absence d’information publique sur les montants accordés aux différents éditeurs et titres de presse » et recommandait « une publication consolidée des aides directes et indirectes par titre » afin « d’apprécier et de comparer le degré de soutien de l’État entre les titres bénéficiaires ».
Le tableau récapitulatif des aides attribuées en 2012 pour les 200 titres de presse les plus aidés est riche d’enseignements. Aides directes (aide aux quotidiens nationaux d’information politique et générale à faibles ressources publicitaires, aide aux quotidiens régionaux, départementaux et locaux d’information politique et générale à faibles ressources de petites annonces, aide au portage de la presse, aide à la presse hebdomadaire et régionale et aides reçues au titre du fonds stratégique pour le développement de la presse), aides aux tiers (aide à la distribution de la presse quotidienne nationale d’information politique et générale notamment), aides postales (tarifs postaux préférentiels pour l’envoi des journaux), tout y passe !
L’occasion de remarquer que, quand il s’agit de quémander des subventions, les frontières politiques s’estompent vite. Ainsi, en montant total, Le Monde et Le Figaro sont les deux journaux les plus aidés, avec respectivement 18,6 et 18,2 millions d’euros versés en 2012 tandis qu’en aides par exemplaire ce sont L’Humanité et Le Nouvel Observateur qui arrivent en tête avec respectivement 0,53 € et 0,34 € de subvention par numéro. L’Humanité, vendu 1,40 € l’exemplaire, décidément journal à l’agonie qui ne doit sa survie qu’à sa promiscuité avec le pouvoir. On se rappelle en effet que le quotidien communiste a également obtenu il y a peu l’effacement de sa dette par l’État, sans que cela lui suffise puisque, aussitôt les aides à la presse critiquées, le journal y a vu des « torpilles contre la démocratie ». Comme rappelé dans le communiqué ministériel, ces aides servent à « garantir la liberté de la presse et à conforter les conditions de son pluralisme ». On comprendra ainsi mieux les 7 millions annuels reversés à Télé 7 jours chaque année ou encore le demi-million attribué au Journal de Mickey, deux périodiques qui portent haut les valeurs de la culture française et défendent sans relâche la liberté d’expression. Il ne faudrait pas non oublier des périodiques plus engagés comme L’Hebdo des socialistes, CGT ensemble ou encore CFDT Magazine que le contribuable français soutient chaque année.

Régionales: la presse contre le FN ?

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