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Publié par Bob Woodward

Présidentielle aux Comores: le retour du Parrain ?

L’élection présidentielle comorienne tient déjà toutes ses promesses en termes de rebondissements et surprises. Des alliances quasi contre nature, des divorces improbables et même des candidatures inattendues : Hamidou Bourhane, président de l'Assemblée nationale jusqu'à janvier dernier, se présentait comme l'héritier spirituel et donc vice-président d'Ahmed Abdallah Sambi qui a toujours souhaité conserver la magistrature suprême.

De son côté, un autre ancien président, Azali Assoumani lui-même prédécesseur de Sambi s'entoure de ceux qui pourraient être considérés comme ses ennemis d'hier. Le président Azali avait pris le pouvoir sur un coup d'Etat en 1999 avant d'être élu président en 2002. Il avait expliqué son putsch par la sauvegarde de l'intégrité territoriale menacée à l'époque par une grave crise de séparatisme.

Certains instigateurs de cette crise sont aujourd'hui dans l'entourage proche du président-candidat. Dans ce paysage présidentiel, le très controversé maire de la capitale Mohamed Daoud fait figure de challenger à ces élections dont le premier tour aura lieu le 21 février prochain. Le candidat Fahmi Said Ibrahim du PEC (Parti de l’Entente Comorienne) et ancien ministre des relations extérieures peut également être considéré comme un challenger crédible pour les élections à venir.

La démocratie comorienne s'est stabilisée depuis 2009 seulement, après 20 coups d'État ou tentatives depuis l'indépendance acquise en 1975. Ces crises se sont nourries des rivalités entre les trois îles de l'archipel dont la France a conservé la quatrième, le département de Mayotte.

 La Constitution adoptée en 2001, à l'issue d'une crise sécessionniste qui avait éclaté sur les îles d'Anjouan et de Mohéli, a instauré la règle d'une présidence tournante par île. Le prochain président des Comores devrait être originaire de la Grande-Comore, alors que Ahmed Abdallah Sambi est originaire d'Anjouan, l'île à qui revient la tournante de 2021. 

Présidentielle aux Comores: le retour du Parrain ?

Finalement ils seront 29. C’est le nombre de candidatures qui ont été déposées en vue de cette élection présidentielle aux Comores, dont le 1er tour aura lieu le 21 février prochain. Et sur ces vingt-neuf, trois ont été invalidées par la Cour constitutionnelle. Parmi elles, celle de l’ex-président (entre 2006 et 2011) Ahmed Abdallah Sambi. Une situation qui met fin à plusieurs mois de polémique.

La Cour met en avant l’aspect tournant des élections pour expliquer ce rejet. En effet, la Constitution adoptée en 2001 a instauré la règle d’une présidence tournante par île. Et pour cette élection de 2016, c’est à la Grande Comore qu’échoit la présidence. Or Ahmed Abdallah Sambi, est lui, originaire d’Anjouan.

Cette décision de la Cour met donc un stop à la polémique de ces derniers mois qui portait sur l’interprétation de l’article 13 de la Constitution. Article qui n’expliciterait pas clairement que le président de l’Union des Comores doit être originaire de l’île à laquelle revient la présidence. Tout le débat porte donc sur l'interprétation de l'article 13 de la Constitution, ambigu car il n'explicite pas clairement que le président de l'Union doit être originaire de l'île à qui échoit la tournante.

Certains observateurs, comme Smail Chergui, commissaire à la paix et à la sécurité de l'Union africaine (UA) cité par le journal gouvernemental comorien Al-Watwan il y a quelques mois, voyaient d’ailleurs en la candidature d’Ahmed Abdallah Sambi, une potentielle remise en cause de "la stabilité du pays, durement acquise ". La démocratie comorienne n’est stable que depuis 2009, après 20 coups d’Etat ou tentatives depuis l’indépendance.

L’ex-président a décidé de ne pas faire appel de la décision de la Cour constitutionnelle, parlant de sa "vision étriquée de la nation comorienne", rapporte le site Internet de RFI.

Présidentielle aux Comores: le retour du Parrain ?

Une autre candidature fait sourire voire même pleurer les Comoriens: depuis plus de trente ans,, celle de Mohamed Ali Soilihi Mamadou. Qui est donc cet éléphant de la politique comorienne?

Mohamed Ali Soilihi Mamadou a été de tous les gouvernements et a occupé des postes ministériels. Aujourd'hui il est devenu le tout puissant Ministre de l'économie et des finances de l'union des Comores, Vice-Président, du gouvernement de Ikililou.

Les problèmes en suspens et non résolus par Mohamed Ali Soilihi Mamadou sont nombreux: énergie, les arriérés de salaires, les routes impraticables, l'état en démembrement des hôpitaux,la descolarisation importante qui sont de la responsabilité de ce ministre….sans compter les soupçons de pédophilie !

Le 8 janvier 2013, les parents d'une jeune fille âgée de 13 ans, se plaignent auprès des forces de l'ordre, concernant l'enlèvement et la sequestration dans une maison appartenant à un ami de Mohamed Ali Soilihi Mamadou. Et le suspect décrit par l'enfant est le vice président chargé du Ministère des finances, de l'Economie, du Budget, de l'investissement , du commerce extérieur et aussi de la privatisation Monsieur Mohamed Ali Soilihi Mamadou. L’affaire fait la une des sites web spécialisés sur l’actualité comorienne. Mamadou est banni, par toute une population. « Un tel homme ne peut pas diriger notre pays, si les faits sont avérés », nous confie un expatrié comorien en France, respectant tout de même la présomption d’innocence. La jeune fille âgée de 13 ans aurait retrouvé sa liberté après avoir été séquestré dans une maison d’un ami de Mamadou à Moroni, la capitale comorienne. Le Président de l’Union des Comores, en personne, aurait été informé de l’affaire, et aurait préféré garder le silence, ou plutôt essayer d’étouffer l’affaire. Mais c’était sans compter avec la volonté de la famille de la jeune fille, écœurée par l’histoire, prête à en découdre s’il le faut. Après avoir été interpellé par le père de la victime, le directeur de Cabinet chargé de la Défense, Hamada Madi Bolero, avec la complicité du présumé pédophile, aurait tout simplement voulu classer l’affaire sans suite, pour éviter de porter préjudice à l’Etat. Mais la rumeur s’est très vite propagée, et la famille de la victime aurait même été identifiée. Le père, un militaire à la retraite, qui a intégré la toute nouvelle brigade des Sapeurs pompiers, détiendrait une bande sonore prouvant la culpabilité de Mamadou. L’Etat qui voudrait à tout prix récupérer la bande, menacerait le père d’exclusion de la brigade des pompiers.

Un véritable scandale dans lequel la population comorienne soutient sans équivoque la famille, et demande à ce que la lumière soit faite sur cette affaire. Un peu de pression sur la police et sur la famille de cette jeune fille a permis au ministre d’éviter un procès. Sans compter les affaires de corruption qui ponctuent ses années à la tête du ministère: coupures d’électricité à répétition, problème d’alimentation en eau... Les habitants de Moroni, la capitale des Comores, subissent au quotidien ces difficultés. 

Présidentielle aux Comores: le retour du Parrain ?

La corruption semble ponctuer ses années à la tête du ministère des finances. Mamadou c’est l’homme de  l’Affaire Boule Ming qui a signé un contrat de dix ans d’exploration suivie d’une période de trente-cinq ans d’exploitation sans que le gouvernement comorien n’ait d’aucun droit juridique ou financier sur les données des explorations faites par cette société. C’est aussi l’homme de l’Affaire Colas qui a chassé une société turque spécialisée à la réfection de routes dont le travail a été salué par toute la population pour imposer une autre société Colas. C’est aussi l’homme de l’Affaire Lafarge une société qui devait créer une usine de ciments, mais au lieu de ce fait, a contourné le contrat pour importer et vendre en concurrençant illégalement les grossistes comoriens. Mamadou c’est également l’homme de l’Affaire de Handouli qui a signé un contrat de fortage et d’exploitation des cailloux  exportés en Mozambique dont le droit de résilier est donné exclusivement à Colas. Même en cas de mauvaise exécution du contrat, l’État comorien ni la région de Handouli ne peuvent pas annuler le contrat. De l’affaire Boule-Mining à l’affaire COLAS, en passant par l’affaire Handouli et l’affaire-Lafarge, à chaque fois, le procédé est identique : corruption organisée,  falsification de signatures, pot de vin, favoritisme, concurrence déloyale etc. Le mode opératoire est toujours le même : Mamadou  signe un contrat qu’il ne devrait pas signer ou sans  en avoir lu le contenu, et s’intéresse au pot de vin tout exposant les Comores dans un désastre économique et financier. Le fortune de Mamadou est estimée à plus de 5 millions d’euros sans compter les multiples villas qu’il posède en France et aux Comores !

De l’enseignement à la justice, en passant par les sociétés d’Etat, le Président Ikililou a dressé un bilan sans concession sur la corruption jusqu’à annoncer la mauvaise position du pays dans le classement de l’ONG Transparency International. Les Comores occupent la 154e place sur 178 alors que Maurice, Seychelles et Madagascar sont loin devant.

“L’Etat n’a plus rien car les écoles publiques, comme les sociétés d’Etat, sont dépouillées. Il faut donc que les partis politiques, la société civile et les médias s’unissent pour dénoncer ce qui se passe”, a demandé le president. Mais au final, rien n’a pu être fait car “ce n’est pas seulement un combat des autorités mais de tout le monde et nous devons changer les choses”.

Présidentielle aux Comores: le retour du Parrain ?

Lors des législatives de février 2015, les Comores comptaient 275.348 électeurs sur les trois îles d'Anjouan, Grande-Comore et Mohéli. Grande nouveauté pour cette élection à venir : les Comoriens de l’étranger pourront voter, et ce, pour la première fois depuis 1975, date à laquelle l’archipel a pris son indépendance. Le changement viendra-t-il des Comoriens de l’étranger? "Il s'agit de rétablir des citoyens comoriens dans leurs droits. La diaspora nous apporte beaucoup (...) C'est donc tout à fait normal qu'ils prennent part à un scrutin aussi important", expliquait le ministre de l'Intérieur, Houmed Ali Msaidié, en juin dernier à ce sujet. 

Les Comoriens vivant en France sont estimés à 300.000, dont "un peu plus de 120.000 possèdent une carte nationale avec laquelle ils pourront voter", précisait à la même époque le ministre. Pour qui vont se trouver ces électeurs de l’étranger? Les Comoriens de l’étranger ont pris de la distance avec la politique. Il y a une réelle désaffection des citoyens comoriens en général vis-à-vis de la chose politique en raison de la corruption généralisée au coeur de l’Etat comorien. Quel sera donc l’acteur politique comorien apte à redonner confiance aux électeurs ?  Réponse le 21 février prochain…

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