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Publié par Bob Woodward

La République exemplaire ?

Mieux vaut avoir l’oreille et les faveurs du président de la République en cas de coup dur ou de perte d’un poste. Selon le Canard enchaîné du mercredi 19 août, François Hollande excelle dans l’art de recaser des proches ou des personnes qui lui ont été utiles à un moment donné.
C’est le cas d’un certain nombre de Chiraquiens qui à l’instar de l’ex-président de la République avait appelé à voter pour François Hollande en 2012. Par exemple, Brigitte Girardin a été nommée à la Cour des comptes, au rang de conseillère maître. Cette dernière végétait au Quai d’Orsay depuis 2007. Au passage ce changement de poste lui a permis de tripler son salaire en passant de 2.500 euros par mois à 9.000 euros.
Autre cas cité par le Canard enchaîné: celui de Thierry Rey, ex-gendre de Jacques Chirac. En juin 2014, il a reçu une place d’inspecteur général de la Jeunesse et des Sports.
François Hollande sait aussi se montrer généreux avec ses anciens camarades de la promotion Voltaire de l’Ena. Ainsi, il a agi en faveur de Michel Gadot pour que celui-ci soit intronisé à la tête de la police de Paris. Idem pour une copine de promotion, Colette Horel, ancien préfet et ancienne directrice du département innovation de la RATP. Elle a été nommée par Hollande conseillère d’Etat "en service extraordinaire".
Même traitement de faveur pour des amis de l’école de commerce HEC. André Martinez vient par exemple de prendre la présidence d’une filiale de la Caisse des dépôts, Icade.
Des pratiques qui viennent mettre du plomb dans les ailes de "la République exemplaire" promise en 2012 par François Hollande. Lors du débat télévisé de l'entre-deux tours, il avait déclaré : "Moi Président, je ferai en sorte que mon comportement soit à chaque instant exemplaire.
"

La République exemplaire ?

Dominique Voynet, une "élue en mal d'électeurs" à qui on aurait tendu un "golden parachute". Claude Bartolone, le président PS de l'Assemblée nationale, n'est vraiment pas tendre avec l'ancienne maire de Montreuil, nommée inspectrice générale des Affaires sociales en Conseil des ministres.
L'élu de Seine-Saint-Denis, qui n'a manifestement pas digéré des propos de l'écologiste le comparant à un "parrain" dans ce département, ne retient pas ses coups. Claude Bartolone voit dans cette nomination le "triste itinéraire d'une enfant gâtée de la République", "parachutée tout à tour dans le Jura, au Parlement européen, en Seine-Saint-Denis, puis défaite par les électeurs ou auto-démissionnée par certitude de l'être".
Dominique Voynet avait annoncé soudainement qu'elle ne briguerait pas un second mandat à la mairie de Montreuil, expliquant qu'elle ne souhaitait pas "baiser la bague du parrain" pour conforter sa position dans le département. Elle visait explicitement le patron de l'Assemblée nationale.
L'heure de la vengeance a sonné. Claude Bartolone fustige une élue "si prompte à critiquer la violence du 'système'", et qui "restera certainement silencieuse quant à la manière dont elle vient d'en profiter goulûment". Allant jusqu'à soupçonner l'ancienne ministre écologiste de 55 ans, médecin anesthésiste de formation, de s'être "exfiltrée" de Montreuil dans le cadre d'un accord politique "après avoir laissé cette ville en ruine". Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale qui écrit froidement -mais à juste titre- sur son blog qu’il s’agit là d’« un accroc à la République irréprochable » (suivez mon regard) et qu’il est bien dommage de récompenser ainsi « le triste itinéraire d’une enfant gâtée de la République qui a laissé Montreuil en ruines et la gauche divisée comme jamais ». On ne peut que partager l’indignation du troisième personnage de l’Etat.
L’ennui, bien sûr, c’est que Bartolone est bien mal placé pour donner de telles leçons de morale au chef de l’Etat. D’abord, parce que, question magouilles, combines et népotisme, il devrait se montrer beaucoup plus discret lui qui a embauché sa propre femme, Véronique, à son cabinet en la nommant sans rigoler « chargée de mission auprès du président de l’Assemblée nationale, chargée des interventions et des droits des femmes ».
Ensuite, parce que, pour Bartolone, il s’agit moins de s’ériger en moraliste que de régler des comptes purement personnels dans le marécage souvent nauséabond de la Seine Saint Denis. Bartolone et Voynet se sont toujours affrontés avec une violence souvent inouïe dans le 9.3. Voynet a d’ailleurs expliqué son départ en déclarant que Bartolone était « le parrain du département », et en précisant « je me refuse da baiser la bague de ce parrain ». On a quelques fois la dent un peu dure entre « camarades de gauche ».
Cela dit, le seul coupable dans cette affaire c’est, bien sûr, Hollande lui-même. Moi-président je recase les copains quand ils perdent leur boulot.
Battu en Île-de-France par Valérie Pécresse de plus de 60 000 voix, dimanche, Claude Bartolone va revenir mardi matin devant les députés socialistes pour leur demander s'ils «souhaitent ou non» qu'il reste président de l'Assemblée nationale. Ce retour, après une défaite électorale, de l'hôte de Lassay dans ses fonctions - dont il ne s'était jamais démis pendant la campagne - est sans précédent dans les annales du Palais Bourbon. Cette consultation interne ne devrait donner lieu à aucun vote, si ce n'est par acclamation, sur la «légitimité» du député de Seine-Saint-Denis. Elle paraît sans surprise. Interrogés, les députés socialistes n'en sont pas moins embarrassés et fort silencieux. Le chef de file des frondeurs, Christian Paul, répond avec pudeur: «Il n'y a pas de remise en cause de ma part. Mais nous avons besoin de son témoignage pour tirer toutes les leçons de cette élection lourde de menaces. Nous ne voulons pas de la politique de l'autruche.» Les autres préfèrent s'exprimer de façon anonyme. «Est-ce que la droite va accepter le retour de Claude sans protester? Il faudra qu'il leur donne quelques gages», après avoir accusé Valérie Pécresse de défendre «en creux la race blanche», déclare l'un. «Beaucoup s'accommodent du fait qu'il ne revient pas dans une forme flamboyante. Mais s'il a le soutien du président et du premier ministre, qui va oser lui tirer les moustaches?», ironise un autre.

La République exemplaire ?

Certains avaient compris la détermination de l'ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault à se porter candidat au «perchoir» quand ils ont vu le député de Nantes défendre en séance, vendredi après-midi, avant-veille du second tour, son amendement pour remplacer une partie de la prime d'activité par une baisse de la CSG. «Il était là pour créer les conditions de sa candidature à la présidence de l'Assemblée, en cas de victoire de Claude Bartolone», décrypte un élu. Après quinze ans à la présidence du groupe socialiste (entre 1997 et 2012), Ayrault était à l'évidence dans les starting-blocks, dans le cadre d'un scénario déjoué dimanche soir.
Chef de file des députés les Républicains, Christian Jacob ne mâche pas ses mots: «Si Claude Bartolone a du panache, il doit démissionner, remettre son mandat en jeu devant l'Assemblée nationale tout entière et présenter des excuses à Valérie Pécresse pour les propos infamants qu'il a tenus à son égard.» Jacob accuse Bartolone d'avoir été «d'une ambiguïté totale en passant son temps à monter ou descendre du “perchoir” au gré des événements» pendant la campagne. Le député LR de Seine-et-Marne accuse encore: «Remettre son mandat au président du groupe socialiste, c'est se moquer du monde. Cela ressemble à des arrangements entre amis en Seine-Saint-Denis.»

Un emploi à plus de 5000 euros mensuels pour assurer les arrières entre deux élections, entre deux postes ministériels ? Choisissez le régime très spécial des "préfets hors cadre". Cette catégorie, bannie par le général de Gaulle puis réintroduite par François Mitterrand, connaît un succès sans précédent.
Depuis le début de l'année, avec l'aval de Manuel Valls et de François Hollande, pas moins de quatre proches de l'exécutif ont été gratifiés de cette fonction de "préfet sans préfecture" que la Cour des comptes a méchamment rebaptisé "emploi fantôme" dans un rapport rendu fin 2014. Le statut de préfet hors cadre permet au gouvernement de nommer quelqu'un qui n'était pas préfet, un conseiller politique par exemple, sans avoir à l'affecter à un territoire, avec les rémunérations correspondantes.
Parmi les heureux élus figurent Marc Vizy, le conseiller spécial pour l'Outre-Mer de François Hollande, Isabelle Sima, chef de cabinet de François Hollande, Sébastien Gros, chef de cabinet de Manuel Valls, et Christian Gravel, autre proche du Premier ministre qui dirigeait le Service d'information du gouvernement (SIG). En 2013, alors ministre de l’Intérieur en 2013, Manuel Valls en avait déjà usé pour recaser un proche conseiller, Yves Colmou.
"La Cour des comptes en est venue à demander la suppression des préfets hors cadre", explique à metronews Robert Lenglet, co-auteur de l'ouvrage Les recasés de la République, qui dénonce, parmi bien d'autres cas, ces affectations amicales qui permettent au cercle politique de s'assurer une activité à vie. "Cela s'apparente à un corps créé pour recaser les copains, fustige l'auteur de l'ouvrage. C'est confortable entre deux mandats, d'autant que, même quand ils quittent cette fonction pour en occuper une autre, l'Etat continue de cotiser pour leur retraite."
La nomination de Christian Gravel, annoncée ce mercredi, a suscité les sarcasmes de l'UMP. Pourtant, comme le rappelle le Figaro.fr, les sarkozystes Brice Hortefeux et Laurent Solly avaient profité des mêmes faveurs en leur temps. Les pratiques changent peu. "L'arrivée de François Hollande n'a pas diminué la tendance, estime Jean-Luc Touly, co-auteur des Recasés de la République. On compte aujourd'hui de 30 % des 250 préfets sans affectation."
La Cour des comptes estimait, dans son rapport de 2014, que les effectifs de préfets hors cadre étaient passés de 44 en 1987 à 75 en 2013. La tendance actuelle ne devrait pas la réjouir. Le temps presse en effet pour les amis de l'exécutif : les derniers chanceux nommés du printemps 2015 seront titularisés en avril 2017… Juste avant l'élection présidentielle.

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