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Publié par Bob Woodward

L'échec de la diabolisation du FN

Comment en est-on arrivé là ? Le Front national a remporté un large succès électoral lors des élections régionales. Un succès incontestable.

Pour autant, je me garderai bien d'utiliser la terminologie utilisée par la classe politique au soir de l'élection : les uns parlant de "séisme" les autres de "choc". Le Premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, est allé plus loin en déclarant :

"Ce jour restera dans nos mémoires comme un jour sombre pour la démocratie, pour l'Europe et pour la France". 

Cette déclaration est intéressante car elle illustre parfaitement l'erreur collective qui pousse le FN toujours plus haut. 

En effet, l'immense majorité de la classe politique attaque le FN sur le terrain des valeurs et de la morale. En clair, c'est toujours la diabolisation qui prime à l'image de la déclaration de monsieur Cambadélis.

Pourquoi est-ce un jour sombre pour la démocratie ? Les électeurs n'ont pas voté librement ? Le FN va prendre le pouvoir par les armes ? Une dictature est en passe de s'installer ? C'est absolument ridicule et non crédible. C'est également pour cette raison que les appels au "front républicain" ne fonctionnent plus. 

Alors bien sûr, cette stratégie a été payante à une certaine époque. Quand Jean-Marie Le Pen était le président du FN, ses nombreux dérapages verbaux étaient là pour rappeler à tout le monde la nature du parti. Mais Marine Le Pen est passée par là et sa stratégie de dédiabolisation est une réussite.

Terminés les slogans du type "La France aux Français", place au Rassemblement bleu marine. Le FN a beaucoup progressé dans sa communication. Son slogan pour les européennes "Oui à la France, non à Bruxelles" a malheureusement très bien fonctionné. L'idée de "l'UMPS" était un coup de maître sur le plan de la communication.

Par ailleurs, les figures nationales du FN qui sont très présentes dans les médias ne font quasiment aucun dérapage. Donc, face à cette machine qui fonctionne, la diabolisation est une stratégie perdante.

Crier au danger fasciste face à Marion Maréchal Le Pen est absurde et les Français n'y croient plus.

J'ajoute que pour pouvoir donner des leçons de morale, il faut être irréprochable. Les affaires Cahuzac et Bygmalion discréditent l'UMP et le PS sur ce terrain moralisateur. Je reste médusé par l’hystérisation du débat sur le FN auxquels se livrent avec cynisme, le Président, le Premier ministre et des dirigeants du PS, qui ont décrété une mobilisation générale de leurs troupes contre les frontistes. En voulant « arracher » les électeurs du FN à l’extrême droite, en les plaçant sans cesse, de manière obsessionnelle, au centre du débat politique, les socialistes ne font que reproduire ce qui, depuis 35 ans, a fait accéder par paliers successifs, la PME lepéniste au statut de parti pouvant prétendre à la majorité. Comment ne pas se rappeler du Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur qui prononçait des paroles infâmes sur les Roms et organisait contre eux des expulsions plus massives que ses prédécesseurs de droite ?

Comment ne pas se souvenir des paroles répétées du même, qui n’a eu de cesse de délégitimer tous ceux qui, de gauche et écologistes, se battaient pied à pied pour l’égalité des droits, contre tous les racismes, en refusant de choisir entre l’islamophobie et l’antisémitisme ? 

L'échec de la diabolisation du FN

 

Comment ne pas être stupéfait de cette logorrhée anti-FN de la part de celui qui, tout à l’heure, dénonçait « l’apartheid territorial, ethnique et social », et qui, aujourd’hui, annonce les mesurettes d’un énième plan banlieue, pratiquant une fois de plus le grand écart entre les actes et les paroles... Ce qui fait justement le jeu du Front national ? La bataille politique ne peut se réduire à la diabolisation du FN. Cette grossière opération de communication politique n’est que le révélateur d’une politique de renoncement et d’impuissance. Elle aura pour seul effet de faire monter encore plus un vote décomplexé chez ceux qui veulent « donner une leçon » à un pouvoir sourd à leur colère et muet face à leur désespoir. Depuis 30 ans, les associations qui luttent contre un prétendu racisme endémique des Français se sont appliquées à délivrer aux populations de l’immigration un message qui ne pouvait que les conduire à se dresser contre la société française. En dressant des catégories de personnes les unes contre les autres, elles ont injecté, chemin faisant, haine et ressentiment des uns envers les autres. Comment espérer en effet créer un sentiment de fraternité en répétant inlassablement aux uns qu’ils sont victimes des autres, et que leurs échecs leur sont imputables ? Pour ne citer que la sphère économique, la sociologue Jacqueline Costa-Lascoux a mis en évidence que dans le recrutement des jeunes de l’immigration, « l’ignorance des codes sociaux et culturels au travail est l’obstacle le plus évident à l’embauche ». Malgré cela, au lieu d’œuvrer à transmettre à ces jeunes ces codes sociaux et culturels, on s’est focalisé sur la traque des employeurs, avec au final la violation du principe républicain d’égalité hérité de la Révolution française, par l’instauration à l’insu des citoyens de la discrimination positive, rebaptisée pour l’occasion “Charte de la diversité en entreprise”. C’est le même comportement qui a été déployé à l’école. Au lieu de se focaliser sur la transmission de l’intégralité des programmes aux enfants de l’immigration et le renforcement de leur accompagnement, on a préféré introduire le différentialisme culturel et revoir les exigences à la baisse.
On s’étonne ensuite qu’ils soient tant représentés dans les chiffres de l’échec scolaire. Mais là encore, évoquer l’échec scolaire de ces enfants et tenter d’attirer l’attention sur leur fragilité est devenu impossible : aussitôt, les ayatollahs de la pensée unique s’élèvent pour empêcher toute réflexion et tout débat. Qui pense au sort de tous ces jeunes qui sortent du système scolaire sans aucune qualification, qui seront pour nombre d’entre eux inemployables, et dépendront ensuite toute leur vie de la solidarité nationale ? Depuis des années, toute tentative d’évocation, sans même oser parler de traitement, de sujets qui touchent à l’immigration et à l’intégration déclenche un phénomène d’hystérie collective qui empêche toute réflexion critique. Des partis de gouvernement, qui tente d’évoquer ces sujets et qui crie au diable ? Vers qui les populations de l’immigration auront-elles, et c’est humain, tendance à se tourner ? Vers le Parti Socialiste, qui n’a même pas eu le courage républicain de voter la loi interdisant le voile intégral, celui qui avait tant mobilisé les mouvements féministes français lorsqu’il s’agissait de l’Afghanistan. François Hollande se retrouve, dans les faits, pieds et poings liés par une immigration qui vote massivement pour la gauche. Dans son rapport intitulé « Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ? », le cercle de réflexion Terra Nova, dans un cynisme politique sans précédent, recommande à la gauche de tourner le dos à la classe ouvrière qu’elle estime en déclin, et de se focaliser sur « la population des Français issus de l’immigration » qui « est en expansion démographique », allant jusqu’à préciser que par le seul fait des naturalisations, « ce sont entre 500.000 et 750.000 nouveaux électeurs, naturalisés français entre 2007 et 2012, qui pourront participer au prochain scrutin présidentiel ». Ce même rapport pointe le fait que ces populations votent dans leur écrasante majorité pour la gauche, ce qui avait déjà été mis en évidence dès 2005 par deux chercheurs de Sciences Po, Sylvain Brouard et Vincent Tiberj. On comprend dès lors la raison qui pousse François Hollande à octroyer le droit de vote aux étrangers. Les problèmes d’intégration n’ont pas été traités puisqu’il a été impossible de les aborder sereinement. Ils n’ont de ce fait aucune chance de se résorber.

L'échec de la diabolisation du FN

 «Pourquoi une victoire du FN nous inquiète.» Publiée à quelques jours du premier tour des régionales, cette une de la Voix du Nord a symbolisé l’engagement d’une partie de la presse contre le Front national. Un parti pris partagé par de nombreuses institutions et personnalités - artistes ou président du Medef, ecclésiastiques ou associations antiracistes et, bien sûr, dirigeants des partis concurrents. Sans effet apparent sur un Front national fort comme jamais (27,7 % des voix au niveau national) qui pourrait remporter ses premières régions le 13 décembre. Si le second tour occupe pour l’heure tous les esprits, une douloureuse introspection semble désormais promise aux adversaires du FN.

Le succès du Front national, une affaire de contexte ? En bonne partie, assurément. Que le parti atteigne des sommets alors que se conjuguent chômage élevé, «ras-le-bol fiscal», bouleversements géopolitiques aux portes de l’Europe et attentats islamistes n’a rien d’un hasard. Surtout quand, au pouvoir depuis plus de trois ans, le Parti socialiste peine à donner corps au «changement» promis en 2012. Quant à Nicolas Sarkozy, ancien chef de l’Etat devenu président du parti Les Républicains, il n’a plus rien d’un homme neuf. Et suit une ligne droitière qui ne lui a pas évité la défaite en 2012.

Plus profondément, le doute s’est installé sur la capacité des partis traditionnels à améliorer la vie de leurs mandants, ou simplement à les entendre : le rejet par référendum du Traité constitutionnel européen, en 2005, reste le symbole de cette coupure entre une partie importante de l’électorat et les élites sociales. Fort d’une virginité dont il fait un atout, le FN a beau jeu de se poser en seule alternative - bien servi par des appels au «front républicain» lancés avant même le premier tour par Manuel Valls.

A lui seul, cependant, le contexte n’explique pas pourquoi le FN rencontre une plus forte audience que d’autres mouvements contestataires prônant une remise en cause radicale de l’ordre établi. En conférence de presse, lundi, les chercheurs de l’Observatoire des radicalités politiques (Orap) de la Fondation Jean-Jaurès soulignaient les avantages spécifiques du discours frontiste. «On a dépassé le stade de l’exaspération, il s’agit désormais d’une adhésion aux idées du Front national, juge Jean-Yves Camus. Ces idées répondent à une demande sociale de fond pour des valeurs d’ordre, d’identité et de présence de l’Etat.»

Un discours d’autant plus fort qu’il apporte une réponse systématique à tous les dérèglements, économiques comme identitaires ou internationaux : l’installation de frontières physiques et symboliques qui délimiteraient des communautés homogènes. «Nous sommes grégaires, avait ainsi lancé Marine Le Pen en meeting à Amiens, le 23 novembre. Nous croyons aux communautés naturelles, la famille et la nation.» Une vision du monde qui a l’avantage de la cohérence et de la lisibilité. «Quelque chose revient systématiquement dans les entretiens que je mène auprès de sympathisants du FN : "Quand Marine ou Jean-Marie Le Pen parlent, je comprends ce qu’ils disent", raconte le sociologue Sylvain Crépon. Le Front établit des causalités accessibles aux gens. Notamment aux catégories peu diplômées, qui sont le socle de son électorat.»

De leur côté, les opposants au FN ont le plus grand mal à élaborer une riposte efficace. Adopté par une partie de LR, le discours mimétique consistant à reprendre les thèmes frontistes a montré ses limites dimanche : «Paca est une région très ancrée à droite, illustre le politologue Joël Gombin. Dans le Vaucluse, depuis 2012, le député LR Julien Aubert tente de concurrencer Marion Maréchal-Le Pen sur ses thématiques droitières, allant jusqu’à lancer un "Rassemblement bleu lavande". Mais, dimanche, dans le département, le FN a obtenu 2,5 fois plus de voix que LR. Dans son propre département des Alpes-Maritimes, Christian Estrosi (LR) ne devance sa concurrente que de 33 voix.» Pour le chercheur, la stratégie sarkoziste a pour principal effet de légitimer les propositions frontistes. On assiste ainsi à un «réalignement du bloc des droites», le FN étant en passe de «devenir, pour beaucoup d’électeurs, le principal parti de droite, le plus apte à gagner des élections face à la gauche». L’exécutif lui-même a pu contribuer à cette légitimation, avec le rétablissement temporaire des contrôles aux frontières ou en proposant d’étendre les déchéances de nationalité aux binationaux nés français.

Quant au discours assimilant le FN aux partis fascistes du XXe siècle, il ne semble guère plus efficace. Et n’évite pas toujours le moralisme ou l’injonction hystérisée. Le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, s’y est pourtant essayé avant le premier tour, assurant que «le FN, c’est le retour de Vichy». Une ficelle que semble aussi décidé à utiliser Estrosi, dont les affiches de second tour porteront la mention «le résistant». Pour Jean-Yves Camus, toutefois, «le grand échec de l’antifascisme militant est de ne pas avoir su penser la complexité du phénomène auquel il répond. Nous sommes en 2015 et nous savons désormais que répéter "F comme fasciste, N comme nazi" pendant trente ans ne mobilise pas». L’historien Nicolas Lebourg ajoute : «Jusqu’aux attentats, le FN faisait campagne contre la déconstruction des services publics dans certains territoires "oubliés". Bon courage aux militants socialistes qui iront y dénoncer Vichy et le fascisme.»

D’autres, enfin, veulent prendre le Front national au mot et démonter le caractère «irréaliste» de son programme. Effort méritoire qui pèse souvent peu de chose face à cette réplique répandue chez les sympathisants FN : «On n’a jamais essayé.» De là à délégitimer tout discours d’opposition au FN, il y a un pas : personnalités et institutions devraient d’ailleurs être nombreuses à prendre position contre le Front entre les deux tours. Reste à trouver une réponse gagnante. Pour les opposants au FN, la tâche n’a jamais semblé aussi difficile...

 

L'échec de la diabolisation du FN

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