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Publié par Bob Woodward

La Belgique, terreau des terroristes

Chaque jour depuis les attentats de Paris, le vendredi 13 novembre, et plus encore depuis que l’ enquête s’est focalisée sur sa commune de Molenbeek, en Belgique, l’imam Abdel Hassani se demande ce qu’il va pourvoir dire aux fidèles ce vendredi à l’heure du sermon. Pour l’heure, il n’a en tête que les grandes lignes : que des « égarés » ont tué des innocents ; que l’Islam réprouve de tels actes ; et que la lutte contre le terrorisme concerne aussi Molenbeek.

Ce dernier point n’est guère une nouveauté : la liste des affaires de terrorisme dans lesquelles apparaît le nom de cette commune de 100 000 habitants, l’une des dix-neuf que compte la ville de Bruxelles, est impressionnante. Parmi les plus connues, l’assassinat du commandant Massoud en Afghanistan (9 septembre 2001), les attentats de Madrid en 2004, la tuerie du Musée juif de Bruxelles (mai 2014), la cellule de Verviers démantelée lors d’un assaut policier mortel (janvier 2015), l’attaque avortée dans un Thalys Bruxelles-Paris (août 2015). Jusqu’aux attaques de Paris, dont plusieurs exécutants ainsi que le commanditaire présumé étaient originaires de la commune ou y ont séjourné.

Il n’en fallait pas plus pour que resurgissent les surnoms de « nid djihadiste » ou de « Molenbeekistan », régulièrement associés à ce quartier pauvre à forte population immigrée, qui a fourni un tiers des quelque 150 djihadistes originaires de Bruxelles partis ces dernières années en Syrie. « Les gens d’ici n’ont pas besoin de tels slogans, s’offusque l’imam Hassani, mais il faut des messages forts et clairs. » Sa mosquée, rue des Etangs Noirs, est l’une des quatre de la commune reconnues par l’Etat, qui participe ainsi à leur financement. Molenbeek en compte 18 autres. A en croire M. Hassani, toutes ne délivreront pas vendredi un message aussi « clair » que le sien. « Certains imams souligneront que la France mène une politique étrangère mauvaise. D’autres se contenteront de lectures sacrées, figés dans leurs écrits et leurs dogmes. Il faut connaître la société dans laquelle on vit pour être capable de lui parler, insiste l’imam. Moi je suis ici depuis 40 ans, et j’ai travaillé pendant 34 ans dans les supermarchés Delhaize. »

C’est l’une des particularités de l’islam belge, poussée à l’extrême à Molenbeek. Nombre d’imams sont formés en Arabie saoudite, beaucoup d’autres sont envoyés par les pays d’origine des populations immigrées. On parle ainsi, comme en écho au modèle communautaire belge dans lequel domine la grille de lecture Wallons-Flamands, de mosquées « marocaines », « turques », « pakistanaises », « somaliennes »…

Dans les ruelles de Molenbeek, les mosquées ou les centres culturels sont légion. Un simple statut d’association suffit pour ouvrir une structure. Certaines, signalées par une simple affichette, gardent porte close, sans doute rebutées par l’afflux dans la commune de journalistes du monde entier. Dans une autre, on ne parle que ourdou. Au 26 de la rue des Osiers, un imam accueillant et à la longue barbe rousse explique, tout en rejetant fermement les discours djihadistes, que « l’actualité n’a pas à pénétrer dans la mosquée ».

De l’avis des experts, les mosquées belges, même celles où l’on prêche un islam radical, ont cessé depuis le milieu des années 2000 d’être des lieux de recrutement ou d’appels au djihad. La surveillance est devenue trop importante et l’action des djihadistes s’est déplacée, se faisant plus souterraine. On évoque des salles de sport, des associations de tous ordres – dix-sept « points de radicalisation », selon une source sécuritaire qui souligne toutefois leur caractère « mouvant ». Sans compter les radicalisations sur Internet de jeunes n’ayant jamais pénétré dans une mosquée. Mais selon Johan Leman, le directeur du Foyer, une association travaillant auprès de la jeunesse, « c’est par cette façon de prêcher le bien” et le mal, le “euxet le nous, que commence la radicalisation. Les recruteurs parlent le même langage binaire. »

« En vingt ans, le quartier a changé, assure le patron de la librairie Alitera, où l’on vend aussi bien des livres sacrés que profanes. Les femmes sont de plus en plus voilées, et cela devient honteux pour les hommes de ne pas aller à la mosquée. Molenbeek est devenu un désert culturel et la mairie a encouragé ce mouvement en soutenant en priorité les actions et les associations à caractère religieux. »

Depuis que les projecteurs sont à nouveau braqués sur Molenbeek, un homme est particulièrement pointé du doigt : Philippe Moureaux, bourgmestre de la commune entre 1992 et 2012. Selon ses détracteurs, l’édile socialiste aurait en quelque sorte acheté la paix sociale en laissant le champ libre aux autorités religieuses. « Il y a eu un partage du pouvoir de fait entre la commune et les mosquées », confirme l’expert Claude Moniquet, ancien journaliste et ancien des services secrets français installé à Bruxelles. L’ancien bourgmestre assure de son côté avoir réussi à « établir un lien de confiance avec la communauté musulmane ».

« Moureaux a eu peur de renforcer l’islamophobie en s’attaquant à ces questions, estime Sarah Turine, échevine (adjointe) de la jeunesse au sein de la nouvelle équipe communale. Et pendant ce temps, il n’a insisté que sur les questions économiques, expliquant que les choses s’amélioreraient le jour où il y aurait des emplois. » Mme Turine, qui prône elle aussi la constitution d’un « islam belge » moins dépendant de l’étranger, estime toutefois que le quartier est aujourd’hui moins replié sur lui-même qu’il ne l’était il y a encore dix ans, époque où, explique-t-elle, l’alcool était banni des bars et des magasins. L’élue écologiste insiste elle aussi sur le « facteur socio-économique » propre à Molenbeek. La commune, toute proche du centre-ville de Bruxelles et qui a conservé un urbanisme à visage humain, ne ressemble guère aux quartiers relégués des grandes métropoles françaises. Mais la désindustrialisation a frappé de plein fouet celle que l’on surnommait le « petit Manchester ». Dans les quartiers est, le taux de chômage atteint près de 60 %. Les difficultés se cumulent : ghettoïsation ethnique, avec certains quartiers maghrébins à 80 %, trafics de drogue, discriminations à l’embauche, décrochages scolaires…

Le cocktail molenbeekois est là : des frustrations sociales et identitaires se développant sur un terreau de plus en plus religieux et rigoriste. La commune a encore du mal à regarder cette réalité en face. La plupart des habitants interrogés refusent de croire aux révélations en cascade sur la présence de cellules djihadistes, ou veulent y voir des éléments « extérieurs » : à l’islam, au quartier, à la Belgique…

Cette réaction n’est pas uniquement de déni. Elle répond à une réalité. Molenbeek n’est pas seulement un foyer de radicalisation, la ville s’est aussi imposée comme une base arrière pour des cellules étrangères, françaises en premier lieu. « Ici, on peut facilement échapper à la police », résume Mehdi, 18 ans, sur les lieux de l’une des interventions menées lundi 16 novembre par les forces de sécurité. « L’EI a intégré cette donne depuis longtemps, résume le travailleur social Johan Leman. Pour eux, Anvers appartient aux Pays-Bas et Bruxelles à la France. Ils ont communautarisé la Belgique encore mieux que les Belges eux-mêmes. »

La Belgique, terreau des terroristes

Les résultats sont édifiants. La Belgique serait proportionnellement le pays européen d’où se déploierait sur internet la plus importante propagande en faveur de Daech, l’autoproclamé Etat islamique qui sème la terreur en Irak et en Syrie.

Une étude orchestrée par l’université de Milan (Università degli studi di Milano), et réalisée entre le premier juillet et le 22 octobre, a pris en compte plus de deux millions de messages arabophones sur les réseaux sociaux, les blogs et les forums, pour analyser d’où partaient les messages les plus favorables à Daech.

Il en ressort que 31 % des messages arabophones postés en Belgique sont favorables à cette organisation terroriste. Cette proportion est interpellante lorsque l’on réalise que parmi les pays étudiés, seuls le Qatar et le Pakistan font "mieux". La France de son côté est à 20 % et, surtout, la Syrie (7,6 %) et l’Irak (19,7 %) sont loin derrière. Sur la ligne de front, la bataille du web semble donc se dérouler à l’avantage des opposants.

À la police fédérale, on prend ces messages très au sérieux. "Nous restons vigilants et attentifs" explique la police qui préfère cependant ne pas en dire plus. "Le sujet est très sensible, mais il résulte en effet de ces messages une masse importante d’informations."

On sait que depuis le début du conflit, Daech maîtrise parfaitement sa communication sur les réseaux sociaux. Facebook, Twitter ou Youtube sont pour l’organisation des leviers de propagande sans égal qui permettent de toucher et attirer des jeunes quel que soit le continent, à travers des images et des vidéos traitées de manière rigoureusement professionnelle.

"C’est sans doute le premier cas dans l’histoire où un crime de masse est ainsi documenté et mis en scène par ses auteurs" expliquait Adrien Jaulmes en juin dernier dans "Le Figaro".

Les Etats-Unis ont d’ailleurs pris la mesure de cette propagande, et ont organisé fin octobre une réunion avec les pays alliés pour organiser une contre-offensive sur les réseaux sociaux.

De son côté, dans une tribune publiée dans les colonnes du "Financial Times", Robert Hannigan, le patron de l’agence britannique de surveillance a demandé "un plus grand soutien" des grands groupes de technologie.

Face à cette surveillance, Daech a été jusqu’à diffuser à ses membres un "mode d’emploi" des réseaux sociaux, afin d’éviter la fuite d’informations permettant la géolocalisation des djihadistes et des combattants.

La Belgique, pays multiculturel, reconnaît le droit des minorités (ethnique, culturelle, linguistique, religieuse). Au nom de ce multiculturalisme, la communauté musulmane revendique toute une série de droits spécifiques parfois en contradiction avec la loi nationale. Déjà l’islam est devenu la deuxième religion du pays.

La fulgurante ascension de l’islam en Belgique ces dernières années a de quoi inquiéter à juste titre. Dès 1974, le gouvernement reconnaît cette religion officiellement. Le premier résultat de cette reconnaissance est l'entérinement en 1975 de l'introduction des cours de religion islamique dans le programme scolaire. Le second est dès lors la construction intensive de mosquées.
Selon certains pronostiques, Bruxelles serait en passe de devenir une ville
à majorité musulmane d’ici à peine 20 ans. Certains quartiers de la capitale le sont déjà. Un tiers des Bruxellois sont musulmans aujourd’hui. Ce qui passait pour un plaisanterie il y a une décennie est devenu une réalité : depuis 2001, Mohamed est de loin le premier prénom donné aux garçons nés dans la métropole belge. La capitale européenne voit se multiplier les mosquées clandestines. Déjà 43 d’entre elles ont été reconnues par le ministre wallon des affaires intérieures, Philippe Courard.

La Belgique est l’un des pays d’Europe où la naturalisation est la plus fréquente. La communauté musulmane belge compte environ 350.000 membres (contre 200.000 en 1985) dont approximativement 150.000 Marocains et 85.000 Turcs mais aussi des Albanais, Iraniens, Pakistanais et Sénégalais. 15% des imams sont en situation irrégulière sur le territoire.

La Belgique, terreau des terroristes

Les musulmans de Belgique s’estiment à 75% pratiquants. La jeunesse se radicalise, rejetant les valeurs occidentales. Un phénomène de "surislamisation" des musulmans s’étend des modérés aux extrémistes. Entre 70 et 90% de la population musulmane de Belgique font clandestinement l’Aïd-el-kébir (fête du mouton à la fin du ramadan) à la maison au mépris des règles d'hygiène et de santé publique mais aussi de la loi. Pendant cette période, jusqu'à 100.000 sacrifices sont pratiqués en quelques jours.


Le prosélytisme va bon train. Il y a 10 ans, les Belges convertis étaient entre 6.000 et 8.000. Depuis, le phénomène s’est accéléré. La moyenne est estimée autour de 1.000 à 1.200 demandes par an. Le nombre total de convertis est évalué à 30.000.
La diffusion d’une littérature islamique niant l’égalité des sexes persiste avec insistance ainsi que les revendications contraires à la loi belge : dispense de cours de gym et de biologie, séparation des piscines, dérogations (accordées) pour les photos d’identité (femmes voilées).
L’islamisation touche même la sphère économique. En 2009, après la crise des subprimes, des cadres et entrepreneurs musulmans bien insérés dans la vie socioprofessionnelle demandent une ‘’finance islamique’’ basée sur les principes découlant du coran. Au niveau judiciaire, la charia s'immisce insidieusement dans les décisions de justice.


L’éducation n’est pas en reste. En Belgique, l’Etat est neutre (non intervention, non immixtion à l’égard des cultes). Il reconnaît et subsidie les communautés sur la base de leur utilité sociale. Ce qui autorise le Ministère des cultes à financer l’instruction religieuse.
Alors que l’école publique est un lieu neutre religieusement depuis la loi de 94, les musulmanes y portent cependant le hidjab, symbole d’appartenance confessionnelle. Les écoles distribuent aussi des repas hallal. Par contre, les crucifix n’y ont plus droit de cité, ainsi que toute autre manifestation religieuse prosélyte et tout activisme politique.
La classe politique semble avoir baissé les bras, notamment sur les questions du voile et de la laïcité au sein de l’école. Le clergé la rejoint en resservant le discours général sur la valeur de l’islam.


Comment ce royaume fédéral en est-il arrivé là ? Le renforcement de la référence religieuse s’est produit dans le monde musulman en général à partir de la fin des années 1970 et début des années 1980, suite aux échecs de modernisation dans les pays arabes. Ainsi s’est développé un tissu associatif diversifié (mosquées, écoles, centres culturels), quantitativement important et présentant un foisonnement impressionnant d’activités.
De 1960 à 1970, le mouvement associatif musulman accroît une myriade d’activités à caractère social et culturel (enseignement, éducation, sport, expression artistique, etc.) visant à reconstruire une vie sociale commune en célébrant notamment les fêtes nationales et religieuses. Des sociétés parallèles, des réseaux médiatiques, économiques, sociaux et politiques indépendants s’étendent. Ces activités bénéficient du soutien du mouvement syndical belge alors en relative position de force.


Les réformes du code de la nationalité, les multiples affaires du foulard, les aléas du processus d’institutionnalisation de la religion musulmane ainsi que l’apparition de l’islamisme politique sur la scène internationale font évoluer les revendications socio-économiques des travailleurs immigrés en revendications cultuelles des désormais citoyens belges musulmans. Des associations culturelles sont également créées en vue de promouvoir la culture du pays d’origine. Et depuis quelques années, des associations islamiques prolifèrent en vue d’aider spécifiquement les musulmans : services d’aide et de secours, services sociaux, etc. Certaines de ces associations fonctionnent comme des groupes d’intérêts ethniques revendiquant pour leurs membres des droits religieux, mais aussi politiques, économiques et sociaux. D’autres sont de petites entreprises à l’échelle locale qui surfent sur la vague du commerce ethnique (agences de voyage, petite restauration, import-export, épiceries, etc.) ou plus largement sur celle du commerce « ethno-islamique » (boutiques de hijab, boucheries halal, librairies, etc.)
Ainsi, aujourd’hui la communauté musulmane se sert de la sociologie urbaine pour réclamer un espace public comme lieu de lutte pour la reconnaissance de son identité.

La Belgique, terreau des terroristes

En 2004, le phénomène de la burqa (voile traditionnel afghan recouvrant entièrement la femme et empêchant son identification) apparaît dans certaines communes de Bruxelles. Devant ce fait contraire à la loi dans l’espace publique, le ministre flamand de l’Intégration, Marino Keulen (VLD – libéral flamand), décide de purement l’interdire.
En 2005, la première femme kamikaze est une belge d’origine, Muriel Degauque, gagnée à l’idéologie des musulmans radicaux de Bruxelles. Convertie à l’islam, elle se fait exploser dans un attentat à Bagdad.
Lors des élections législatives de juin 2007, un groupe musulman appelle au boycott, déclarant le scrutin ‘’illégal’’. Selon le document émanant de ce groupe, “le droit absolu de légiférer n’appartient à personne d’autre qu’Allah. Tout musulman qui participe aux élections est un apostat“. La même année, une manifestation anti-islam, censée se dérouler à Bruxelles, est interdite par le maire de la ville. Le Conseil d'Etat soutient cette interdiction.

La population musulmane de Belgique ne représente en fait que 3,5% de l’ensemble national. Un climat tendu entre elle et les non musulmans risque de dégénérer en explosion sociale.
Si Bruxelles semble particulièrement touchée par cette islamisation progressive, ce n’est peut-être pas un hasard : capitale de l’Europe, elle représente sans doute le cœur du continent à reconquérir.

La Belgique, terreau des terroristes

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