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Publié par Bob Woodward

Boko Haram attend le Pape François

Le pape François se rendra du 25 au 30 novembre au Kenya, en Ouganda et en Centrafrique. Les détails de ce qui sera sa première visite pontificale sur le continent africain ont été dévoilés. « Le Saint-père effectuera un voyage pastoral en Afrique, du 25 au 27 novembre au Kenya, du 27 au 29 novembre en Ouganda, puis en Centrafrique les 29 et 30 », a indiqué le porte-parole du Pape François. Désormais, c’est le programme détaillé du souverain pontife que le Vatican a rendu public, lundi 19 octobre.

Le pape rencontrera à chaque fois les trois chefs d’État concernés (Uhuru Kenyatta, Yoweri Museveni et Catherine Samba-Panza) et célébrera dans chaque pays une messe (homélie). À Nairobi, il s’adressera au clergé et aux religieux en général puis aux séminaristes, avant de visiter le siège de l’ONU dans la capitale (avec un discours prévu). Vendredi 27, il effectuera une visite au quartier pauvre de Kangemi (où il prendra aussi la parole) puis rencontrera la jeunesse au stade Kasarani (nouveau discours). En Ouganda, le pape se rendra aux sanctuaires anglican et catholique des Martyrs de Namugongo pour y commémorer la canonisation par le pape Paul VI en 1964 des premiers saints africains – 22 jeunes gens tués entre 1885 et 1886. Pour son premier voyage sur le continent, le pape a choisi trois pays comptant une importante communauté catholique et en proie à des tensions civiles meurtrières. Le Kenya lutte contre les Shebab, qui ont multiplié les attaques meurtrières dans le pays depuis que l’armée kényane est entrée en Somalie en octobre 2011 pour les combattre.

En Centrafrique, dans un pays en proie à de fortes tensions communautaires, le discours qu’il doit prononcer le 30 novembre devant la communauté musulmane dans la mosquée centrale de Bangui devrait être symboliquement très fort. Mais Boko Haram a prévu de jouer les trouble fête....

Le Pape François est un homme déterminé. Difficile de lui faire changer d’avis. C’est pourtant ce qu’espèrent le ministère de la défense et l’état-major français, qui voudraient éviter sa venue à Bangui, la capitale centrafricaine, les 29 et 30 novembre. Une discussion est en cours entre le Vatican et Paris pour tenter de le convaincre de raccourcir, voire d’annuler cette visite. « Nous avons fait savoir aux services de sécurité du pape qu’il s’agissait d’une visite à hauts risques », confiait-on dans l’entourage du ministre de la défense Jean-Yves Le Drian, en marge du deuxième Forum pour la sécurité en Afrique de Dakar, mardi 10 novembre.

Boko Haram attend le Pape François

Le déplacement est prévu à quelques semaines d’élections à hauts risques, dans ce pays déchiré depuis deux ans par des violences entre les milices musulmanes de l’ex-Séléka au pouvoir et les anti-Balaka à majorité chrétienne, et la crainte est grande que les deux camps ne s’échauffent à cette occasion. A Bangui, les autorités de transition, conduites par Catherine Samba Panza, ont le plus grand mal à rétablie le calme dans le pays avec l’aide des 9 000 casques bleus de la force des Nations unies (Minusca) et des 900 soldats français de l’opération Sangaris. Un référendum constitutionnel doit se tenir le 13 décembre, suivi d’élections législatives et présidentielle, afin d’installer un gouvernement. En outre, la visite pontificale devrait attirer des centaines de milliers de croyants (voire des terroristes de Boko Haram) venus des pays voisins, dont la venue en masse ne manquera pas de fragiliser durant quelques jours un pays en ruine. Le message est clair : il n’y aura aucun renfort français pour la sécurité du pape. La force Sangaris, dont l’action est concentrée sur la capitale, « a une mission claire », ajoute-t-on dans l’entourage de M. Le Drian : « c’est sécuriser l’aéroport et permettre l’évacuation en cas de crise. On ne pourra faire plus. » L’état-major a amorcé ces derniers mois un désengagement de ses effectifs, la force étant censée retrouver en 2016 le niveau de l’ancienne force Boali, présente jusqu’à la fin 2013 (autour de 450 hommes). Mais la manœuvre a été contrariée. « Nous avons constaté depuis plus d’un mois un regain de violence », a expliqué le ministre. « Des groupes extrémistes se rendent compte que le processus électoral est en train d’avancer, l’arrivée d’un pouvoir politique élu peut inquiéter ». Sangaris, a précisé M. Le Drian, maintiendra 900 hommes pendant la période électorale. Ensuite, « il appartiendra à l’autorité élue de dire comment elle veut installer son armée, celle de la République centrafricaine ».

S’il reçoit les évêques du monde entier périodiquement au Vatican, le pape prend plus rarement sa plume pour s’adresser à certains d’entre eux. Dans le courrier qu’il a envoyé en mars 2015 aux évêques du Nigeria, le pape François invite les responsables de l’Eglise à « marcher sur la voie de la paix » avec « persévérance et sans découragement ».

Au fil de sa lettre, l’évêque de Rome rappelle ainsi les « épreuves » et les « souffrances » de l’Eglise au Nigeria, victime des attaques meurtrières de Boko Haram. Le groupe islamiste a déjà incendié des centaines d’églises chrétiennes dans l’indifférence générale en Occident.

Le pape pointe alors du doigt les « formes nouvelles et violentes d’extrémisme et de fondamentalisme », sans pour autant jamais nommer le groupe djihadiste. Mais, sans aucune ambiguïté, il assure que des croyants - chrétiens ou musulmans - ont trouvé la mort à cause d’individus « qui se disent religieux mais qui abusent de la religion pour en faire une idéologie pour leurs propres intérêts faussés d’exploitation et de mort ». Au Nigeria, les évêques ne sont pas épargnés par les actes commis par Boko Haram. En effet, ils sont régulièrement la cible de harcèlements par ce groupe terroriste. Préoccupé par leur situation, le pape François a tenu à apporter son soutien à ces missionnaires via une lettre, selon RFI.

Encourager les évêques catholiques du Nigeria dans leur mission et les inciter à « marcher sur la voie la paix », tel est l’objectif de la lettre du pape adressée aux évêques. Confrontés aux violences du groupe islamiste, le pape souhaite qu’ils persévèrent sans se décourager faces aux attaques continuelles de Boko Haram contre les églises, au Nigeria.

Boko Haram attend le Pape François

Boko Haram a plusieurs fois incendié des églises chrétiennes au Nigeria. Tout au long de sa lettre, le pape évoque les différentes exactions de Boko Haram en les qualifiant de « formes nouvelles et violentes d’extrémisme et de fondamentalisme ». Pour lui, les membres de Boko Haram ne sont en rien croyants car « ils se disent religieux mais abusent de la religion pour en faire une idéologie pour leurs propres intérêts ».

Boko Haram, fondé en 2002, est à l’origine de nombreux attentats et massacres à l’encontre de populations civiles de toutes confessions, au Nigeria mais aussi au Cameroun.

Le pape tient à être présent à Bangui. Dix jours avant le début officiel de l’Année sainte de la miséricorde, le 8 décembre, il veut y ouvrir une « porte sainte » dans la cathédrale Notre-Dame. Ce serait la première fois qu’un jubilé ne serait pas lancé par l’ouverture de la « porte sainte » de Saint-Pierre de Rome. Ce serait le signe, a déclaré le pape le 1er novembre, de « la proximité (…) de toute l’Eglise envers cette nation si affligée et tourmentée ». Franchir ces « portes saintes » permet aux fidèles d’accomplir un parcours pénitentiel pour obtenir le pardon de leurs péchés.

Du côté de la défense française, on évoque plusieurs hypothèses, sans cacher que la dernière est privilégiée : soit François effectue ses deux demi-journées comme il l’a envisagé dans la capitale centrafricaine, soit il limite sa présence à quelques heures, soit il accepte d’annuler. « Mais vous savez, le pape parle à Dieu, alors ce qu’on peut dire… », commente-t-on dans l’entourage du ministre français. Pour l’heure, d’après les informations en provenance du Vatican, le souverain pontife n’a pas changé d’avis

Boko Haram attend le Pape François

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