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Publié par Bob Woodward

Attaques à Paris: la déroute des services de renseignement ?

Les attaques, qui se sont déroulées ce vendredi soir à Paris, ont fait au moins 128 morts et plus de deux cents blessés. Ce bilan, encore provisoire, en fait l'un des attentats les plus meurtriers depuis quarante ans en Europe. « Nous sommes plus proches du prochain attentat que du dernier », affirmait, fin octobre, un haut responsable policier, à l’unisson de tous les spécialistes. Il ne prenait pas beaucoup de risques, mais n’imaginait pas une attaque d'une telle ampleur dans le nuit du vendredi 13 au samedi 14 novembre.

Depuis les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, à Paris, les 7 et 9 janvier, le dispositif antiterroriste a été largement remodelé : loi renseignement en juin, état-major opérationnel de prévention du terrorisme (EMOPT) placé directement auprès du ministre de l’intérieur en juillet. Mais face à la détermination de l’EI et à l’imprévisibilité de certains islamistes radicalisés, aucun policier ou responsable du ministère de l’intérieur n’a jamais cru au « risque zéro ».

« Chaque jour, nous procédons à la mise hors d’état de nuire d’individus désireux de frapper notre pays. La fragilité psychologique, voire psychiatrique, de certains d’entre eux facilite le passage à l’acte. Et il peut y avoir des gens qui passent à travers les mailles du filet. C’est pourquoi nous les resserrons davantage en confortant nos services », assurait le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, dans L’Express, le 1er juillet. Depuis janvier, dans cinq dossiers terroristes, les mis en examen ont reconnu un projet de frapper la France, dont des salles de concert.

Les nouveaux attentats de Paris se sont produits un peu plus d’un mois après l’entrée en vigueur de plusieurs mesures phares de la loi renseignement, notamment l’autorisation de nombreuses techniques spéciales d’enquête pour les services : sonorisation des lieux privés, surveillance informatique en temps réel, etc. Il est donc encore beaucoup trop tôt pour juger de leur efficacité – ou de leur inefficacité – dans la détection et le suivi des terroristes présumés. Quelques heures avant les attentats, une source judiciaire prévenait encore : « Nous n’avons pas assez de recul sur la loi renseignement, il faudra attendre quelques mois. »

De même, les créations de postes annoncées par Manuel Valls après les attentats de janvier – 1 400 à l’intérieur, 950 à la justice, 250 à la défense – ne sont pas encore effectives – elles le seront d’ici à la fin du quinquennat. Côté intérieur, M. Cazeneuve a précisé la répartition devant les députés, le 29 octobre : « 500 postes supplémentaires au sein de la DGSI [direction générale de la sécurité intérieure] sur la période – ce qui porte à 1 000 le nombre de postes créés dans cette direction d’ici à la fin du quinquennat ; 500 postes au sein du service central du renseignement territorial (SCRT) ; 100 postes au sein de la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP) ; 106 postes au sein de la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) ; 60 postes au sein de la police de l’air et des frontières (PAF) (…) ; enfin, 40 emplois au sein du service de la protection des personnalités (SDLP). » « Cela permettra à nos services, qui étaient à la peine, de disposer de moyens humains supplémentaires pour faire face au risque terroriste », a-t-il ajouté.

En interne, tous les responsables reconnaissent donc que les services sont toujours « à la peine », pour reprendre l’expression du ministre, face à l’afflux de dossiers à traiter. « La DGSI suit spécifiquement ce que nous appelons le “haut du spectre”, c’est-à-dire les individus les plus dangereux », a assuré M. Cazeneuve à Libération, le 12 novembre. Mais le haut du spectre, dans le contexte actuel, est large. Plus de 1 500 personnes sont aujourd’hui impliquées dans des filières du djihad en Syrie ou en Irak, et donc suivies judiciairement ou administrativement. La section judiciaire seule de la DGSI traite 169 dossiers, qui correspondent à 370 interpellations. Et le fichier des signalés pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), créé en mars et classé secret défense, compte plus de 11 000 noms.

Attaques à Paris: la déroute des services de renseignement ?

La DGSI est donc débordée. A Roissy, par exemple, où elle doit traiter les retours de Syrie : ses agents sont exclusivement mobilisés par leurs tâches judiciaires – c’est-à-dire le traitement du haut du spectre, les djihadistes de retour dont le cas est jugé immédiatement « judiciarisable ». Ailleurs, les difficultés sont les mêmes, et la rapidité de transmission de l’information en souffre. « En général, quand ils préviennent qu’un de leurs “clients” à l’intention de filer en Syrie, on s’aperçoit qu’il y est déjà », explique un policier d’un autre service.

Car, et c’est la grande différence avec l’avant-Charlie, et encore plus avec l’avant-Merah, la circulation de l’information entre les services fonctionne désormais. Entre la DGSI et le renseignement territorial (ex-RG), d’abord. Ce dernier service, chargé du « renseignement de proximité », a été considérablement renforcé depuis 2012, de 1 900 à 2 200 personnes. Même les gendarmes sont aujourd’hui davantage intégrés au circuit – une nécessité, alors qu’un certain nombre de personnes suivies sont également présentes en zones rurales, par volonté de discrétion.

En revanche, l’état-major opérationnel de prévention du terrorisme (EMOPT) laisse les policiers sceptiques. Le ministre de l’intérieur avait découvert, dans les heures qui ont suivi l’attentat à Charlie Hebdo, la forte capacité des différents services de renseignement et de police judiciaire au mieux à s’ignorer, au pire à se nuire. Conséquence : des ratés au démarrage de l’enquête, des fuites d’informations désordonnées… Désireux de remettre les choses en ordre, il avait obligé chaque service à s’asseoir autour de la même table, dans la salle du « fumoir », place Beauvau, sous son autorité directe. Ce moment, dont l’importance est relativisée par bon nombre de hauts responsables policiers, n’en est pas moins devenu un élément-clé de la mythologie cazeneuvienne.

Pour perpétuer cet esprit et garder le contrôle, le ministre a donc souhaité créer un état-major permanent placé sous sa tutelle directe – au risque de s’exposer politiquement en cas d’échec. Une douzaine des fonctionnaires de la DGSI, du SCRT, de la DRPP, de la PJ, de la gendarmerie travaillent sous l’autorité d’un préfet. « Sur les 4 000 individus suivis pour radicalisation ou terrorisme, il ne doit plus y avoir de loupé. Nous devons savoir, sur chaque suspect, ce qui a été fait à son sujet dans le passé et quel service travaille désormais sur lui », précisait-on, en juillet, Place Beauvau.

Le problème, c’est que ce n’est pas la première fois qu’une structure de « coordination » et « d’échange d’informations » est créée. Il y a déjà l’unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat), chargée « de la coordination opérationnelle des services appelés à lutter contre le terrorisme » depuis 1984. Et puis il y a les mesures post-Merah prises par Manuel Valls, alors ministre de l’intérieur : une multiplication de « cellules de coordination ». Tout ce petit monde doit désormais cohabiter– et le risque que la concurrence entre services se mue en concurrence entre coordinateurs est réel…

Après son élection, Nicolas Sarkozy décide de bouleverser l’appareil de renseignement français mais la réforme de 2008, mal préparée, principalement d’essence politique, a aggravé les dysfonctionnements. Avec la naissance de la DCRI, un double mouvement s’est opéré ; d’une part le démantèlement de la Direction centrale des renseignements généraux (DCRG), de l’autre le renforcement de facto de ce qui fut la Direction de la surveillance du territoire (DST).

Loin de procéder d’une réflexion approfondie sur les besoins de moderniser les structures existantes ou d’adapter nos réponses aux nouvelles menaces, cette profonde réorganisation du renseignement intérieur n’a été en réalité motivée que par la seule volonté du président de la République d’en reprendre le contrôle. La naissance de ce que certains ont pu abusivement appeler un « FBI à la française » n’a pas seulement conduit à la suppression de la DCRG en tant que structure administrative, elle a été conçue comme une absorption lente des ex-RG, et l’abandon progressif de la culture et du métier « RG ». Le fait du prince, d’abord, a conduit à démanteler la DCRG, dont Nicolas Sarkozy s’était persuadé – à tort ou à raison – de l’hostilité viscérale à son encontre. Il s’est agi ensuite d’asservir tout en la confortant la DST – rebaptisée DCRI – afin qu’elle parvienne à une taille critique pour concurrencer la DGSE et former, derrière la vitrine trompeuse d’un « FBI à la française »,5 un service crédible de renseignement intérieur généraliste. Le président de la République confia donc à l’un de ses proches (et… ancien RG !), Bernard Squarcini, la responsabilité de la nouvelle direction centrale, installée – fait révélateur – sur ses terres des Hauts-de-Seine…à Levallois-Perret. La mise sous tutelle s’accompagna d’une conséquente consolidation des moyens par l’absorption de l’essentiel des effectifs et de quelques missions réputées nobles des RG.

Attaques à Paris: la déroute des services de renseignement ?

Sous-dimensionnée, la SDIG, qui ne dispose que du tiers des effectifs des anciens RG, accumule depuis sa création les handicaps et carences. Si le nom de cette unité – toujours sibyllin – a pu évoluer, ainsi que son positionnement dans l’appareil administratif, tous les régimes ont su apprécier son utilité et préserver son identité propre, celle d’un organe pourvu d’une mission régalienne d’information au service de l’Etat et du gouvernement. Jamais, en dépit de la réputation sulfureuse qu’ils traînent derrière eux, les « RG » ne se résumèrent aux pratiques peu avouables au regard des principes démocratiques qui ont singulièrement terni leur image. Au contraire, le dernier décret organisant le service, le 16 janvier 1995, le chargeait de « la recherche et de la centralisation des renseignements destinés à informer le gouvernement ; il participe à la défense des intérêts fondamentaux de l’Etat ; il concourt à la mission générale de sécurité intérieure ». Rien que de très honorable, donc.

A la faiblesse des moyens dont on l’a dotés dès le départ, s’ajoute une intégration au sein de la Direction centrale de la sécurité publique (DCSP), en forme de mise sous tutelle, dont les effets négatifs sont aujourd’hui avérés. Encore aujourd’hui, la sous-direction demeure sous-calibrée. Avec 1650 personnels auxquels sont venus s’agréger, en 2010, 120 personnels de la gendarmerie nationale, la saignée s’est avérée massive, si l’on considère que la DCRG comptait avant sa disparition 3450 agents.

En rattachant aux directions départementales de la sécurité publique les agents des ex-RG, on a en effet organisé la perte de nombreux savoir-faire (renseignement économique et sociétal), dénaturé ce qui faisait la spécificité des agents en charge de l’information générale, et finalement cassé un outil précieux de collecte du renseignement intérieur. Finalement, l’immersion de l’information générale au sein de la DSCP conduit à la survalorisation de la composante sécurité publique et à un inévitable « choc des cultures qui conduit à la démotivation» des agents des ex-RG. Mal positionnée puisque noyée et confondue avec l’activité policière quotidienne, la SDIG souffre également de l’absence de toute définition précise de son périmètre de compétences, la frontière « renseignement ouvert / fermé » ne constituant aucunement sur le terrain une séparation claire et opérante.

Cette organisation qui conduit au chevauchement des compétences entre SDIG et DCRI, en même temps qu’au déclassement de la première au profit de la seconde. Les agents de l’Information générale se vivent de plus en plus comme des forces reléguées au second rôle, comme des « forces supplétives » tandis que la DCRI se retranche derrière « les hauts murs de sa puissance», et « la proximité de son chef avec les hautes sphères de l’Etat ».

En définitive, la réforme de 2008 a eu pour conséquence de désorganiser le renseignement français, en créant une SDIG totalement affaiblie face à l’omnipotente DCRI, dépendante d’une DSCP qui la marginalise, et concurrencée par la gendarmerie nationale qui construit sa propre filière renseignement.

La direction centrale du renseignement intérieur, créée par la seule volonté du président Sarkozy, sur les conseils forcément autorisés d'on ne sait trop qui, n’a pas réussi à convaincre. Pire, elle draine la suspicion. Sa première affaire, l’arrestation spectaculaire, au fin fond de la Corrèze, de Julien Coupat et de son équipe de pseudo-terroristes, restera dans les annales. Une enquête, affirmait alors sans rire le ministre de l’Intérieur (Mme Alliot-Marie), effectuée en collaboration avec les services secrets américains et ceux de plusieurs pays d’Europe, qui a mis à mal une «structure à vocation terroriste » Et aujourd’hui, une affaire qui semble en déliquescence. D’autant qu’une information judiciaire a été ouverte pour faux en écriture publique, en raison d’un procès-verbal de surveillance peut-être bidonné. Et une seconde, par un juge de Brive-la-Gaillarde, pour des écoutes sauvages…

On pourrait se dire qu’il s’agissait d’une mise en jambes… Sauf que si le service était tout récent, les policiers, eux, ne manquaient pas d’expérience. C’est donc l’organisation même qui a failli. Trop proche du pouvoir politique, diront certains.

Toutes ces erreurs cumulées sont peut-être dues à la suppression de la direction de la surveillance du territoire (DST) et des renseignements généraux (DCRG). Une réorganisation effectuée à l’emporte pièces, sans aucune étude préalable, supprimant d’un coup des services qui marchaient bien, même si tous deux ont connu parfois quelques trous d’air. Avec un objectif principal : centraliser le renseignement « fermé », c'est-à-dire secret, voire protégé par l'estampille « secret-défense ». Les RG de Paris, qui dépendent du préfet de police, sont d’ailleurs restés en dehors de la réforme. Même si l’on a changé leur nom : les RGPP sont devenus la DRPP (direction du renseignement de la préfecture de police).

Attaques à Paris: la déroute des services de renseignement ?

Pour le reste de la France, la direction des renseignements généraux a été dissoute pour faire place à une sous-direction de l’information générale (SDIG) rattachée à la sécurité publique. Perdant au passage plus de la moitié de ses effectifs. Rappelons que si les RG avaient souvent mauvaise presse dans l’opinion publique, aucun gouvernement, ni de droite ni de gauche, n’avait pris jusqu’ici le risque de s’en passer. Ils étaient un peu le thermomètre de la société. La SDIG, qui les a remplacés, a-t-elle les moyens de suivre les difficultés de la population, des entreprises, des commerçants, des administrations… ? En fait, avec cette réforme, il semble bien que nos dirigeants se soient coupés de la France profonde. Ils sont à présent souvent dans l’impossibilité de prévoir une fermeture d’usine, un mouvement social…, ou tout simplement de prendre le pouls d’une cité de banlieue.

Quant à la gendarmerie nationale, qui excelle dans le domaine du renseignement « ouvert », après une période de flottement, elle a finalement relancé son activité dans ce domaine. Ce qui entraîne une compétition gendarmerie-police qui va à l’encontre de l’objectif fixé par le rapprochement de ces deux grands corps de l’État.

« Comment se fait-il qu’à l’heure actuelle, demande M. Urvoas, en pleine crise économique, aucune synthèse ne vienne centraliser les notes alarmistes qui remontent des services territoriaux, annonçant la fermeture imminente en cascade d’entreprises et d’usines ? » Et de quand date la dernière synthèse nationale sur les violences urbaines ? Le député socialiste propose plusieurs pistes de réflexion pour « reconstruire » le renseignement social, dont la création d’une direction générale. Peu importe les modalités, le plus important, me semble-t-il, tient dans le titre même de la note : Rebâtir le renseignement de proximité.

Et, comme cela suppose des moyens en hommes et en matériel, il est probable que l'on déshabille la DCRI. En deux mots, on reviendrait peu ou prou à la case départ. En essayant de faire mieux, mais en se disant aussi que cela ne marchait pas si mal avant.

Attaques à Paris: la déroute des services de renseignement ?

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mehdi mountather 23/11/2015 12:41

Si c'est vrai Daech été créé par l'administration américaine et si c'est vrai les attentats de Paris est un complot donc l’inévitable vengeance d 'ALLAH par un cataclysme historique le 27.11.2015 pire que le tsunami de Japon si la fin du monde vendredi 27.11.2015 aux non musulmans de se convertir a l'islam pour éviter la panique et l'enfer.