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Publié par Bob Woodward

La Turquie ce dimanche commence dimanche à enterrer les victimes des explosions qui ont fait au moins 95 morts lors d’une manifestation pour la paix à trois semaines des élections législatives anticipées. Que sait-on de cet attentat, qui n'a pas encore été revendiqué ?

C'est le très lourd bilan, pour l'heure provisoire, donné par le ministère de la Santé turc après la doublie explosion qui a eu lieu dans les rues d'Ankara ce samedi, lors d'une manifestation pour la paix organisée par l'opposition prokurde à trois semaines des élections législatives anticipées. Le gouvernement turc a rapidement évoqué la piste "terroriste". "Il existe de fortes preuves montrant que cette attaque a été perpétrée par deux kamikazes", a affirmé le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, en fin d'après-midi. Le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui a condamné "cette attaque haineuse contre notre unité et la paix de notre pays", a décrété trois jours de deuil national. Alors que débutaient les trois jours de deuil national décrétés par le gouvernement, les premières obsèques des militants de l’opposition qui ont péri dans cet attentat non revendiqué doivent se dérouler dans la journée.

Samedi matin, une double déflagration eu lieu dans le centre-ville d'Ankara, à proximité de la principale gare de la capitale. Des militants de l'opposition au régime du président turc Erdogan s'étaient réunis devant la gare, dans le cadre d'un rassemblement en faveur de la paix. La majorité des manifestants appartenait au HDP, principal parti d'opposition pro-kurde. Des délégations de syndicats et de partis politiques de gauche avaient également répondu présent à l'appel.

Des images amateurs ont montré des groupes de militants chantant et dansant la main dans la main avant d'être précipités au sol par la violence d'un première déflagration. "On a entendu une grosse et une petite explosion et il y a eu un gros mouvement de panique, ensuite nous avons vu des corps qui jonchaient l'esplanade de la gare, a témoigné Ahmet Onen, un retraité de 52 ans qui quittait les lieux avec sa femme. Une manifestation destinée à promouvoir la paix a été transformée en massacre, je ne comprends pas". Le Parti démocratique des peuples, une formation prokurde qui avait appelé à la manifestation, a assuré dans la nuit sur son compte Twitter avoir établi un bilan de 128 morts. «Cela pourrait bien être le 11-Septembre turc», estime Soner Cagaptay directeur du programme de recherche sur la Turquie au Washington Institute for Near East Policy. «C'est tout simplement la pire attaque terroriste de l'histoire turque», ajoute-t-il. Les déflagrations ont transformé l’esplanade, jonchée de corps sans vie, en scène de guerre et provoqué la panique dans la foule.

Attentat turquie  : A qui profite le crime ?

Les effectifs de police ont été rapidement dépêchés autour de la gare et le quartier a été bouclé. Deux heures après l'explosion, de nombreux corps gisaient encore sur le sol, recouverts de drapeaux du Parti démocratique des peuples (HDP, prokurde) ou d'autres mouvements ou syndicats de gauche. 

 

Par la suite, la police a été contrainte de tirer des coups de feu en l'air pour disperser des manifestants en colère qui protestaient contre la mort de leurs camarades aux cris de "policiers assassins". 

 

Lors du scrutin législatif du 7 juin dernier, le parti du président islamo-conservateur Recep Erdogan a perdu la majorité absolue qu'il détenait depuis treize ans au Parlement, notamment en raison du bon score réalisé par le HDP. Après l'échec des tractations pour la constitution d'un gouvernement de coalition à l'issue des législatives de juin, le chef d'Etat turc a décidé de convoquer des élections législatives anticipées le 1er novembre, sur fond d'affrontements meurtriers et quotidiens entre les forces de sécurité turques et les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dans le sud-est à majorité kurde du pays. 

Le 20 juillet 2015, un attentat a été attribué au groupe Etat islamique (EI) et avait fait 32 morts parmi des militants de la cause prokurde dans la ville de Suruç, toute proche de la frontière syrienne. Dans la foulée de l'attentat de Suruç, de violents afforntements ont repris entre l'armée turque et les rebelles du PKK, qui ont fait voler en éclat un fragile cessez-le-feu qui tenait depuis mars 2013. 

Interrogé par BFM TV, le professeur de sciences politiques à l'université d'Istanbul Cengiz Aktar explique qu'"aucune mesure de sécurité n'encadrait la manifestation". "Il est incompréhensible qu'il n'y ait pas de fouilles à l'endroit où la manifestation avait lieu" a-t-il estimé.  

Pour lui, "tout pointe vers une volonté orchestrée (du gouvernement, ndlr) de façon à accroître le sentiment d'insécurité auprès de la population". Un avis partagé par le journaliste Alain Gresh, également interrogé par BFM TV, selon lequel le régime "ne fait rien pour contrôler le déchaînement des forces anti-kurdes ultra-nationalistes" présentes dans le pays. Il s'agirait là d'une stratégie du "gouvernement qui veut faire croire qu'il doit obtenir la majorité pour éviter que cela soit le chaos". Et de conclure: "on est dans une situation de responsabilité au moins indirecte du régime". Le ministre de l'Intérieur turc, Selami Altinok, a démenti toute "faiblesse du service de sécurité" prévu pour la manifestation et assuré qu'il ne démissionnerait pas.

Attentat turquie  : A qui profite le crime ?

Le principal parti prokurde de Turquie, qui appelait à la manifestation, a dénoncé un "terrible massacre", mettant en cause le gouvernement. "Nous sommes confrontés à un Etat meurtrier qui s'est transformé en mafia", a réagi le chef de file du Parti démocratique des peuples (HDP), Selahattin Demirtas. A Istanbul, près de 10000 personnes ont dénoncé ce samedi la responsabilité du gouvernement dans le double attentat. Derrière une large bannière proclamant "nous connaissons les meurtriers", les manifestants ont conspué le président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan et son Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir depuis 2002. "Erdogan meurtrier" ou "la paix l'emportera", ont-ils scandé sur l'avenue Istiklal, la grande artère piétonne située au coeur de la partie européenne de la plus grande ville de Turquie. Dans plusieurs villes du sud-est du pays, des milliers de personnes ont manifesté contre le gouvernement. « Erdogan meurtrier », « la paix l’emportera » et « AKP assassin ! », scandaient les protestataires, accusant le président et son mouvement AKP (Parti de la justice et du développement) d’être responsables de la violence. Des manifestations prokurdes similaires se sont déroulées en Europe, notamment en France, en Allemangne ou en Suisse.

 

Attentat turquie  : A qui profite le crime ?

 

Un petit exemple du double jeu d'Erdogan: l’attitude de la Turquie à Kobané. Elle ne souhaite pas que les Kurdes remportent une victoire de prestige et se retrouvent en position de force à l’heure de rentrer dans le vif des négociations, ni non plus que l’EI se développe à ses frontières. Elle calcule donc sa politique en fonction de l’évolution de la situation sur le terrain, de manière à ce que l’EI soit défait, mais que les Kurdes ne remportent qu’une victoire à la Pyrrhus. La Turquie, présentée comme le fer de lance de la lutte contre le régime syrien du fait de son soutien actif aux groupes armés de l’opposition, s’est vu reprocher par ses alliés occidentaux sa connivence avec l’organisation Etat islamique [(EI) ou son acronyme arabe Daech] dans son opposition aux forces kurdes. Ankara, qui partage une frontière de 900 kilomètres avec Damas, a en effet longtemps servi de base arrière pour les combattants [islamistes] du Front Al-Nosra et d’Ahrar Al-Cham, et a été fustigée pour son attitude attentiste et troublante au moment où les Kurdes du Parti de l’union démocratique [PYD, parti kurde syrien proche du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en Turquie, séparatiste] combattaient l’EI à Kobané. Si cette passivité a pu se justifier notamment par la volonté turque d’affaiblir le régime de Bachar El-Assad et de contenir les velléités autonomistes kurdes, elle n’en a pas moins irrité son allié américain, dont l’objectif déclaré est celui d’une guerre “totale” contre l’EI. Aussi Washington a-t-il apporté un soutien au PYD, qui administre le Kurdistan syrien depuis trois ans, en lui fournissant depuis décembre 2014 des armes sous la stricte condition qu’elles ne soient pas redistribuées au PKK turc, qui figure sur la liste terroriste des Etats-Unis. Cependant, pour Ankara, le PYD et le PKK constituent cependant une seule et même organisation “terroriste”.

Attentat turquie  : A qui profite le crime ?
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