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Publié par Bob Woodward

Lourdes, future cible de Daech ?

La décision a été prise ce vendredi en conseil restreint de défense à l'Elysée : Paris envisagerait de mener des frappes aériennes contre les jihadistes du groupe Etat islamique en Syrie, selon une information du Monde.

 «Il ne serait pas aberrant d’avoir de la continuité dans notre action, là où on équipe, on forme, on soutient par ailleurs des forces», a expliqué au Monde une source de haut niveau. Jusqu'ici, la France se limitait à une action aérienne en Irak, au sein de la coalition menée par les Etats-Unis.

En 2013, une intervention sur le sol syrien avait été envisagée, vite court-circuitée par Washington. Depuis, Paris affichait la position du «ni-Assad, ni Daech». Résolument opposée au dictateur syrien, l'Elysée ne souhaitait pas donner l'impression de servir les intérêts de Bachar el-Assad en bombardant ses adversaires de Daech sur son sol. François Hollande avait d'ailleurs déclaré le 25 août dernier souhaiter neutraliser le président syrien.. Une solution politique alors défendue bec et ongles par le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius.

Fruit d'un processus nécessairement long, étant données ses implications logistiques, cette option de frapper en Syrie interviendrait en pleine crise des migrants, dont les drames humains ont trouvé un écho fort auprès des citoyens français. Ce samedi, des manifestations sont ainsi organisées dans tout le pays. Cet élan de solidarité a été précipité par la diffusion jeudi d'une photo d’Aylan, un enfant de trois ans mort sur une plage turque.

Reste à connaître l'échéance des premiers raids de l'aviation française. Reste surtout à savoir quel sera le sentiment des Français quant à ces opérations. En juin, selon un sondage, ils étaient 74% à soutenir l'opération aérienne Chammal en Irak contre le groupe Etat islamique.

Lourdes, future cible de Daech ?

Les dernières actions de Daech ont choqué lemonde: destruction d'un temple à palmyre, exécution du conservateur en chef des antiquités de Palmyre...

Les destructions par Daech d’une église à Al-Qaryatayn et d’un temple à Palmyre s’ajoutent à d’autres déjà, en Syrie comme en Irak. Le groupe Daech s’attaque en réalité à toutes sortes de vestiges du passé et de lieux de culte.

Détruire des temples anté-islamiques semble a priori le moins étonnant, car ils sont associés au paganisme : cela permet à la fois de renouer avec la geste supposée des débuts de l’islam, et de choquer l’Occident. Détruire des mosquées chiites et des tombeaux de saints relevant de l’islam sunnite n’est pas non plus sans précédent : les armées wahhabites avaient fait de même en Arabie et en Irak au tout début du XIXe siècle, puis lors de la conquête, en 1924-1925, de La Mecque et Médine.

La destruction des églises chrétiennes est une manière d’anomalie : elle n’a aucun fondement religieux en islam. Le choc que produisent ces destructions en Occident est probablement la motivation principale de Daech. Selon les règles les plus communes de la charia, les églises des chrétiens payant la « djizya » (l’impôt islamique) doivent être préservées, même si leur restauration est interdite.

On trouve bien, dans l’histoire du monde musulman, des épisodes de destruction d’églises, par exemple sous l’ère fatimide en Egypte, ou - au Moyen Âge toujours - sous la forme de représailles populaires aux croisades, mais jamais sous la forme d’une politique générale. Le plus souvent, comme en Irak avec le tombeau de Jonas ou en Syrie avec la mosquée des Omeyyades, les lieux de cultes chrétiens ont été graduellement transformés et affectés au culte musulman. Ou bien désacralisés et laissés à l’abandon, ou voués à d’autres usages, purement touristiques, comme dans la Turquie kémaliste.

On a finalement du mal à expliquer les « raisons » de tels actes. Ils s’inscrivent dans un refus nihiliste du passé et de l’histoire, ils nient la diversité des sociétés humaines et rejettent tout ancrage local et anthropologique à l’islam lui-même. Le groupe Daech prétend n’être d’aucun lieu, d’aucune époque, et en cela il est profondément moderne et fruit d’une occidentalisation poussée. Son islam est hyper abstrait et finalement nihiliste.

Lourdes, future cible de Daech ?

Les membres de Daech ont justifié la destruction de sites religieux dans la deuxième ville irakienne, Mossoul, par le fait qu'ils avaient été édifiés sur des sépultures, apparentant cela à de l'idolâtrie. Cette explication a été publiée sous la forme d'un communiqué :

« La démolition de structures érigées sur des tombes est une question très claire du point de vue religieux. Nos pieux prédécesseurs ont procédé ainsi (...) et il n'y a pas de débat sur la légitimité de démolir ou d'éliminer ces tombes et sanctuaires. »

Le texte fait référence à la démolition par Mohammad Ibn Abdel Wahhab – fondateur du wahhabisme, une forme stricte de l'islam suivie par les djihadistes – d'un dôme érigé sur la tombe de Zayd Ibn al-Khattab, le frère du second calife de l'islam (VIIe siècle). Khattab, qui serait mort héroïquement au combat, avait acquis une renommée posthume, et Abdel Wahhab voyait dans le dôme construit sur sa tombe un objet d'idolâtrie.

Au cours des derniers mois, l'EI a détruit plusieurs des principaux sites religieux de Mossoul, devenue de facto la capitale du « califat » proclamé fin juin 2014 par le groupe sur les zones qu'il contrôle en Irak et en Syrie. Parmi ces sites figurent la tombe du prophète Jonas (Nabi Younès) et le sanctuaire du prophète Seth (Nabi Chith), considéré comme le troisième fils d'Adam et Eve dans la tradition juive, islamique et chrétienne.

Les djihadistes ont également menacé de détruire le « bossu », surnom d'un minaret légèrement incliné construit au XIIe siècle, trait caractéristique du paysage de la ville. Selon l'EI, toutes les écoles de jurisprudence islamiques « s'accordent sur le fait que l'usage d'une mosquée construite sur une tombe est contraire à l'islam ». Une position que contestent de nombreux spécialistes.

Harith al-Dhari, président du comité des oulémas musulmans, principale organisation sunnite en Irak, a fermement condamné la démolition des lieux de culte par l'EI. Le comité qualifie ces destructions d'« immense perte pour la population de Mossoul qui voyait ces mosquées comme des lieux emblématiques (...) comme partie de sa culture et de son histoire », a déclaré dans un communiqué ce dignitaire, pourtant longtemps considéré comme un soutien de l'EI.

Lourdes, future cible de Daech ?
Lourdes, future cible de Daech ?

La volonté de François Hollande de mener des frappes aériennes en Syrie a engendré un regain de tension vis-à-vis de l'EI. Des écoutes de services de renseignements occidentaux ont permis de détecter des vélléités d'attaques sur des sites religieux français, dont Lourdes, ville dans les Hautes-Pyrénées.

Centre de pèlerinage catholique depuis les apparitions de la Vierge Marie en 1858, elle accueille chaque année 6 à 7 millions de pèlerins ou visiteurs venus du monde entier selon le secrétariat général des sanctuaires, dont environ 60 000 malades et invalides. C'est le troisième lieu de pèlerinage catholique en fréquentation après le Vatican et la baisilique Notre-Dame de Guadalupe à Mexico.

En 1858, Bernadette Soubirous dit qu'une Dame Blanche (qui bientôt se définira à elle par les mots « Que soy era Immaculada Councepciou » - « Je suis l'Immaculée Conception », ce que l'on considère comme une désignation de la Vierge identifiée à sa propre conception) lui est apparue à plusieurs reprises dans la petite grotte de Massabielle en bordure du gave de Pau à l'ouest de la ville. Une ferveur de plus en plus grande s'empare des habitants des environs qui viennent se recueillir devant la grotte qui, peu à peu, prend l'allure d'une chapelle, mais seule Bernadette dit « voir » la Vierge. Devant l'afflux massif de fidèles et de curieux, le maire interdit temporairement l'accès à la grotte en la fermant par une barrière en bois, retirée début octobre 1858 sous la pression populaire et l'intervention de l'impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III et fervente catholique. En 1862 les apparitions sont reconnues officiellement par Mgr Laurence, évêque de Tarbes. Depuis 1858, plus de 2 000 guérisons inexpliquées ont été reconnues par le corps médical et seulement 68 ont été déclarées miraculeuses par l'Église.

Cette ferveur religieuse est considérée par Daech comme impie, la Vierge Marie étant en outre une femme "mécréante" pour les membres de l'EI. Lourdes est donc une ville toute désignée pour une future attaque...

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