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Publié par Bob Woodward

L'Euro: changer la donne avant la chute

Avec l'euro, on a pensé que le saut fédéral serait inévitable mais c'est impossible parce que, disons les choses clairement, les Allemands considèrent qu'en matière de solidarité ils ont fait suffisamment.

Il est donc nécessaire de transformer la monnaie unique en monnaie commune. La monnaie commune serait une devise dans laquelle s'effectuerait les échanges internationaux, et à l'intérieur de la zone, les différents pays recouvreraient une monnaie nationale, qui permettrait d'ajuster le cours de cette monnaie à l'évolution des compétitivités respectives, et par conséquent les dispenseraient de stratégies de dévaluation interne, c'est à dire d'austérité, qui aboutissent à ce qu'un pays comme l'Espagne ait une production aujourd'hui encore 10% inférieure à celle de 2007, que l'Italie a perdu 9% de son PIB, la Grèce 25%... Une Europe de plus en plus déséquilibrée où les riches s'enrichissent et ou les pauvres s'appauvrissent. Il faudrait revenir à une conception confédérale de l'Europe, une Europe où chaque nation a une égale dignité, peut dire ce qui lui convient, et où on doit trouver un juste équilibre entre le principe de la responsabilité des Etats, qui va avec la démocratie, et le principe de la solidarité européenne, qui dépend évidemment de l’acquiescement des pays.

L'Europe doit être un sujet de débat. Or, rien ne fait plus peur que le mot de Juncker, disant qu'il n'y a pas de démocratie en dehors des traités européens.En lisant les traités européens, sans parler de la jurisprudence, on découvre que l'espace de la liberté s'est réduit à même pas un filet d'air !

L'Allemagne aujourd'hui est en position dominante sur l'ensemble des marchés européens parce qu'elle a bénéficié d'une main d'oeuvre à très bas coût d'Europe centrale et orientale, et si vous voulez comprendre quelque chose à la crise agricole actuelle, vous devez introduire ce facteur.

L'Euro: changer la donne avant la chute

La France a perdu 15 points de compétitivité par rapport à l'Allemagne depuis le début des années 2000. En Allemagne les syndicats ont accepté une rigueur salariale pendant une dizaine d'années, en France ce n'est pas possible. Cela montre bien que le choix de la monnaie unique n'était pas heureux puisque nos modèles sont différents. Pour le moment, le maintien de la Grèce dans la zone euro est souhaitable, car rien ne doit se faire brutalement. Un "Grexit" amical aurait pu paraître profitable en théorie. Il aurait fallu assister financièrement la Grèce pour restructurer sa dette et lui permettre d'éponger le choc monétaire, mais l'amitié manquait. En réalité, le problème ne vient pas fondamentalement de la Grèce, mais de l'euro lui-même.
Le vice originel de la monnaie unique est d'avoir juxtaposé des pays très hétérogènes à tous égards - économique, politique, culturel -, au risque évident d'une "mezzogiornisation" des pays les moins avancés. Les concepteurs de l'euro ont fait comme si cette zone monétaire était une nation. Comme la souveraineté politique autorisant des transferts financiers massifs ne coïncide pas avec la souveraineté monétaire, les écarts entre les pays ne pouvaient que s'accroître, à l'inverse des prévisions de convergence escomptées lors de sa conception. La Grèce paie le prix d'une monnaie incompatible avec ses structures et son histoire économiques. Mais la France ou l'Italie en pâtissent aussi, comme je l'avais prévu dès la signature du traité de Maastricht. Le projet de monnaie unique a été plaqué sur une réalité économique ancienne, où les déséquilibres pré-existaient. L'Allemagne a créé l'écart en matière industrielle depuis la fin du XIXe siècle, notamment avec la France. Celle-ci n'a conservé sa compétitivité depuis 1950 que par des dévaluations successives. Or, depuis 1983, elle ne peut plus les pratiquer. Et son positionnement sur des produits moyenne gamme, contrairement à l'Allemagne, qui a su occuper des niches industrielles à haute valeur ajoutée, ne permet pas à son industrie de dégager des marges suffisantes pour investir et innover. L'idée consiste à organiser une sortie coordonnée de la monnaie unique pour créer une sorte de SME bis, avec des monnaies nationales internes reliées entre elles par un nouvel euro commun à tous les pays européens et réservé aux échanges internationaux. Cette version de l'euro permettrait des modifications de parité entre les monnaies nationales en fonction de l'évolution de leur compétitivité depuis 1999.

Par exemple, la France, en retard de 10 à 15% sur l'Allemagne, pourrait ajuster sa devise (l'eurofranc) d'autant par rapport à l'euromark. Une façon de retrouver sa compétitivité sans dévaluation interne douloureuse, sans compression directe des salaires et des pensions. Pierre Bérégovoy, Edouard Balladur et même le secrétaire d'Etat au Trésor britannique et futur Premier ministre John Major défendaient cette idée d'une monnaie commune à la fin des années 80. Le fédéralisme européen est une solution utopique. Il faut regarder le réel, et d'abord l'Allemagne. Celle-ci, grâce à l'euro et à d'incontestables efforts de compétitivité, dégage des excédents commerciaux colossaux, qu'elle juge nécessaires pour assurer l'avenir de ses retraités et le maintien de son leadership. Elle a fait un certain nombre de gestes en faveur de l'euro. Voudra-t-elle aller plus avant? On peut en douter.

L'Euro: changer la donne avant la chute

L'économiste allemand Hans-Werner Sinn chiffre à 500 milliards d'euros le montant des engagements allemands en faveur de l'euro. Le coût des transferts de solidarité qu'exige une solution fédérale est très supérieur. Les Allemands ne peuvent pas l'assurer et les Français non plus. Cette phrase d'Helmut Kohl semble bien lointaine: "Mieux vaut une Allemagne européenne qu'une Europe allemande." Angela Merkel a préféré transposer la règle d'or suivie par son pays en 2010 aux autres pays européens, avec le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance de 2012. Quand on sait la longue pénitence nécessaire pour ramener l'endettement à 60% du PIB, on mesure l'irréalisme de la démarche.

Le traité budgétaire européen (TSCG)  oblige les pays européens maintenant à réduire leurs déficits jusqu'au moment où il n'y aura plus de déficit et à continuer l'effort budgétaire encore ensuite descendre le stock de dette à 60% du PIB. C'est absurde. Ce traité est ridicule. Le Japon est à 200% du PIB, les Etats-Unis à plus de 100%... Faire de la dette le seul critère de la gestion des économies est une aberration.

Comment être favorable à ces systèmes contraignants, où nous devons rendre compte à la Commission, s'engager sur trois ans par des lois de programmation triennale, avec la constitution d'un organisme, le Haut Conseil des finances publiques, pour donner des leçons avant que ce ne soit la Commission qui s'en charge ! Il ne reste plus rien de la démocratie, les citoyens n'en sont pas conscients, les hommes politiques n'ont plus d'ailleurs. Ils ne connaissent pas les textes européens ni la jurisprudence. Il y a un gouffre qui se crée entre ce qui se passe réellement et le vécu des citoyens, et c'est très grave ! Il est temps de sonner l'alerte ! Peut-être en vain... Tous ces politiciens, par leur politique aveugle, auront fait le lit du FN.

L'Euro: changer la donne avant la chute

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