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Publié par Bob Woodward

Maïtena Biraben est revenue vendredi soir sur la polémique créée par ses propos sur le Front national. L’animatrice du Grand Journal a indiqué qu’elle aurait « pu dire anti-langue de bois ou cash » au lieu de « discours de vérité ».

« Bon, on en parle ? », a-t-elle lancé dès le début de l’émission. « Hier soir, je recevais donc ici-même Eric Dupont-Moretti et dans mon interview j’ai utilisé, à propos du Front national, l’expression "discours de vérité", a-t-elle poursuivi. Il était question de la forme, pas du fond. Et d’ailleurs cela a été sans ambigüité pour Eric Dupont-Moretti, qui en a d’ailleurs témoigné ce matin, et je l’en remercie », a-t-elle ajouté, en référence à l’entretien de l’avocat à 20 Minutes, dans lequel il a dénoncé une polémique « débile ». « J’aurais pu dire un discours cash, un discours anti-langue de bois - c’était évidemment le propos de l’émission -. J’ai dit un "discours de vérité" et, pour éviter tout nouveau raccourci, je vous renvoie au replay sur Canal+.fr et je remercie beaucoup mes confrères. Merci à vous de suivre avec autant d’attention notre émission et donc mes interviews, surtout continuez, mais n’hésitez pas à être un tout petit peu détendu quand même », a-t-elle conclu.

L’approche personnelle revendiquée par Maïtena Biraben prend un relief particulier dans un contexte de grande attente autour de la ligne du « nouveau Canal », repris en main depuis juillet par l’homme d’affaires Vincent Bolloré. Depuis leur arrivée à la tête de Canal+, M. Bolloré et ses hommes insistent sur le fait que les chaînes du groupe doivent éviter d’être trop « clivantes », notamment avec les sujets politiques ou religieux. À la direction de Vivendi, on souhaite ainsi tourner le dos à un Canal+ décrit comme trop « arrogant » et « parisien ». Un ouragan numérique, une vague de protestations sur la Toile, Maïtena Biraben qui présente le Grand Journal sur Canal + a suscité une vague d'indignation parce qu'à deux reprises, en interrogeant l'avocat Eric Dupont-Moretti, elle a assuré, jeudi, que les «propos de la vérité sont souvent tenus et incarnés par le FN». Une formulation qui semble choquer care elle reflète une vérité souvent occultée par les journalistes : le FN exprime tout haut ce que certains Français pensent tout bas…

Canal + relooké à droite ?

Ces qualificatifs ne sont pas sans rappeler ceux-là mêmes qu’employait récemment encore Marine Le Pen ou Eric Zemmour pour parler de la chaîne. Ces dernières années, la présidente du FN a choisi de cibler Canal+, faisant de la chaîne un symbole, à ses yeux, du « conformisme » et du « prêt-à-penser ». Eric Zemmour avait apporté son soutien à Marine Lepen qui avait annoncé qu'elle allait se désabonner de Canal +, jugeant que c'était une "chaîne de bobos horribles". Elle le découvre, ça fait 30 ans, c'est la chaîne ontologiquement de bobos ! Elle a été faite pour ça. Elle a été faite par eux, pour eux, pour mépriser le peuple français. C'est la chaîne du mépris du peuple français", s'était énervé Eric Zemmour sur la chaîne d'info du groupe Canal+ dont il est l'un des salariés... "J'estime que l'idéologie qui est dominante à Canal+ et en particulier au Grand Journal pousse au mépris du peuple. Voilà, c'est ça que je voulais dire", a-t-il ajouté en précisant accepter une invitation sur dix venant de l'émission et ne jamais cacher son désaccord idéologique une fois en direct.

"La télévision, en général, c'est aussi la contradiction entre la quête d'audience et la défense de son idéologie. Ce n'est pas toujours évident. Il y a une majorité de journalistes qui ont une idéologie qui n'est pas toujours similaire au desiderata du peuple qui regarde aussi la télévision",

 

 

Cette critique de Canal+ n’a pas empêché Marine le Pen d’accepter souvent les invitations de la chaîne, bien avant l’arrivée de Maïtena Biraben au « Grand Journal » : elle s’est rendue quatre fois dans le talk-show entre 2004 et 2011 puis, depuis 2011, au moins une fois par an, mais pas jusqu’ici en 2015. Elle a également été invitée au moins trois fois de la matinale d’i-Télé cette année.

Dans ses relations avec Canal+, Mme Le Pen a régulièrement mis en scène son hostilité envers un média qu’elle a décrit peuplé de « bobos horribles ». La tension a été particulièrement vive avec « Le Petit Journal », qu’elle a – sans succès – attaqué en justice en 2011 et dont les journalistes ont été à maintes reprises refoulés d’événements organisés par le FN, avant qu’une équipe de l’émission soit agressée lors du défilé du parti le 1er mai 2015. En février, Mme Le Pen, interrogée lors d’un déplacement, assurait même : « Je ne réponds pas à Canal+. » Plus généralement, Mme Le Pen a multiplié les échanges musclés avec des figures de Canal+ comme Michel Denisot ou Anne-Sophie Lapix, qui l’avait mise en difficulté en janvier 2012 dans Dimanche +.

Cette relation houleuse avec le FN – la chaîne n’est pas la seule : Mediapart, Le Monde ou France Inter, entre autres, ont aussi subi ses critiques – a-t-elle vocation à s’apaiser ? Les mots de Maïtena Biraben, lâchés en direct, ne suffisent pas à l’établir.

Depuis son arrivée à la tête du groupe Canal +, Vincent Bolloré s’emploie à « remettre de l’ordre » parmi les émissions phares de la chaîne cryptée : un Grand Journal entièrement repensé, des Guignols sur la sellette et des rumeurs de mise en garde à l’encontre de Touche pas à mon poste, sur D8. Dans M, le magazine du Monde, la journaliste Raphaëlle Bacqué évoque les coulisses de la prise de pouvoir de Bolloré, et son avertissement déguisé aux équipes du Petit Journal.

Canal + relooké à droite ?

Pour son premier numéro de l’année, l’émission de Yann Barthès n’avait pas hésité à tacler l’homme d’affaires. Notamment dans un sketch des incontournables « Catherine et Liliane ». Le duo y évoquait avec ironie la terreur que fait régner Vincent Bolloré au sein du groupe.

Un humour qui ne serait pas du goût du grand patron, comme le révèle une source à M. Mais celui-ci aurait tout de même précisé aux journalistes du Petit Journal : « Si j'avais un problème avec votre impertinence, je vous aurais virés ! »

Une déclaration qui peut rassurer Yann Barthès et ses collaborateurs mais qui sonne également comme un avertissement pour le futur. Pour l’heure, Vincent Bolloré ne peut se passer du programme, véritable succès de Canal + en termes d’audience…

Depuis juillet, la prise de contrôle de Canal+ par le nouveau patron de Vivendi s’est accompagnée d’un soupçon de motivations politiques. M. Bolloré a été accusé de vouloir supprimer les « Guignols » pour faire plaisir à son ami Nicolas Sarkozy, ce qu’il a démenti.

Mais la vision exprimée par Vivendi d’une chaîne qui ne doit pas exclure des catégories de personnes – et de spectateurs et clients – évoque l’argumentation d’une radio comme RTL pour justifier le maintien à l’antenne d’Eric Zemmour, considéré comme incarnant un courant de l’opinion. La direction précédente de la chaîne d’information en continu du groupe Canal+, i-Télé, limogée depuis, s’était illustrée par son éviction de l’essayiste militant, fin 2014. Une décision qui avait déplu à la direction de Vivendi.

À la rentrée, la nomination à la direction de la rédaction d’i-Télé de Guillaume Zeller – fidèle de M. Bolloré passé par la chaîne Direct 8 mais aussi proche du catholicisme traditionaliste – a alimenté en interne les craintes d’une droitisation de la chaîne d’information.

Lors d’une réunion, une journaliste de la chaîne a demandé à M. Zeller si Patrick Buisson, l’ancien conseiller maurrassien de Nicolas Sarkozy, pourrait arriver sur la chaîne. Le directeur de la rédaction a fermement démenti, en haussant le ton. Et depuis, il a assuré au Conseil supérieur de l’audiovisuel, comme M. Bolloré, qu’i-Télé produirait une information « impartiale », « équilibrée » et non partisane. Donc pas marquée à droite mais pas à gauche non plus.

Canal + relooké à droite ?

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