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Publié par Bob Woodward

Omar Diaby, un héros français bien ordinaire ?

Il se fait appeler Omar Omsen, mais son vrai nom, c’est Omar Diaby, et cet islamiste est un héros  pour les djihadistes français: il est considéré comme l’un des meilleurs recruteurs de djihadistes pour la Syrie.

Né au Sénégal, élevé à l’Ariane, un quartier sensible de Nice, Omar a recruté, grâce à son talent, des centaines de jeunes pour al-Qaïda, sur internet, depuis la Syrie où il réside, grâce à des vidéos de propagande destinées à inciter les jeunes à quitter la France pour la Syrie. Il a réussi ce dont beaucoup rêvent, il est le héros de nombreux jeunes qui se destinent au djihadisme.

Cité dans de nombreux dossiers du juge anti-terroriste Marc Trévidic, il est visé par un mandat d’arrêt international, mais avant qu’il ne soit arrêté, il recrutera des centaines ou des milliers de jeunes terroristes qui mourront en martyrs dans le chemin d’Allah. Ton posé, rassurant, c’est un homme intelligent qui sait exactement quel message il veut faire passer. Et c’est bien pour cela qu’il est le héros d'un petit groupe de musulmans de France.

Plus d’une centaine de jeunes recrutés par lui sont déjà partis combattre Bashar al Assad en Syrie.

Des Français, des Marocains, des Tunisiens, des Sénégalais, et des mineurs du quartier Saint-Roch à Nice l’ont rejoint pour suivre un entraînement militaire et prendre des cours de religion. Omar Omsen a même rapatrié une partie de sa famille.

Alors qu’il recrute pour al Qaïda, ses vidéos, qui séduisent les plus jeunes, suscitent l’admiration de l’Etat islamique qui cherche à les reproduire. C’est la force d’Omar Omsen, c’est son arme : rentrer dans leur quotidien, les isoler de leur. Omar Omsen a trouvé avec Internet un formidable porte-voix pour enrôler les jeunes via des "prêches". Le contenu de ces vidéos ? Des messages anti-occidentaux prônant la "hijra" (l'immigration définitive vers un pays "sain") que le prédicateur façonne pour les jeunes désœuvrés, en rupture avec le milieu scolaire et avec la société en général. Son "fait de gloire" le plus illustre en la matière reste le projet "19HH". Un long documentaire découpé en quatre volets qui se targue de dévoiler la "vraie" histoire de l'Humanité. Surtout, c'est le côté spectaculaire du montage de ces vidéos, dont l'esthétique n'est pas sans rappeler ce qui se fait aujourd'hui chez les propagandistes de Daech, qui leur ont assuré une efficacité redoutable.

Le compteur YouTube de sa chaîne affiche en effet près de 800.000 visionnages. Preuve de l'efficacité de sa propagande, Omar Omsen vivait en Syrie entouré de ses recrues. "Une centaine", estiment les spécialistes, dont le contingent le plus important est originaire de Nice. Aussi, le prédicateur a réussi à faire venir des mineurs, dont des jeunes filles. Son profil Facebook et ses vidéos — qui ne manquent pas de souligner l’importance de la place des femmes dans le jihad — deviennent le passage obligé des futurs candidats au départ.

 

Omar Diaby, un héros français bien ordinaire ?

Sur les 350 familles avec qui l’anthropologue spécialiste du fait religieux islamique Dounia Bouzar travaille – des familles qui ont vu partir un de leurs enfants en Syrie – pratiquement tous les ordinateurs contenaient des vidéos d’Omar Omsen. Si tous les jours, les jeunes ont des cours sur les règles du jihad, la majeure partie du temps consiste à se rendre au camp d'entrainement. Un camp décrit par Omar Omsen: "On appelle ça des moskars. Là-bas, la personne fait d'abord un entraînement physique, et ensuite militaire. Une fois qu'elle a passé plusieurs semaines dans ces camps, on lui met des armes dans les mains, on lui apprend à combattre. Quand ils sont aguerris et commencent à être de bons combattants, ils sont envoyés au front". Dans ces combats contre les troupes de Bachar al-Assad, Omar Omsen dit avoir perdu trois de ses hommes au cours de ces derniers mois.

Mais est-ce que les Français qui sont avec lui sont libres de partir s'ils le souhaitent? A cette question, ce recruteur, qui se présente comme un émir d'Al-Qaïda, répond tout en nuance: "Si c'est lui qui décide rentrer parce qu'il en a marre, que c'est difficile, que la famille lui manque, que le cinéma lui manque, la plage… On va lui faire un rappel en lui disant de se souvenir ce qu'Allah a dit", assure-t-il. Et de poursuivre: "S'il reste ferme et dit 'je n'en peux plus', alors on le laisse rentrer et on se désavouera de son acte". Se faire désavouer est un acte extrêmement fort au sein d'une katiba: c'est comme si un père reniait son fils…la mort pouvait être la conclusion finale de ce renoncement. Diaby était présenté comme le recruteur en chef d'aspirants jihadistes pour une filière d'Al-Qaïda en Syrie.

Omar Omsen, 40 ans, aurait perdu la vie dans la nuit du vendredi 7 au samedi 8 août, rapportent plusieurs journalistes spécialisés. Ils citent notamment des proches de celui qui était le chef d'une Katiba baptisée "Firkatul Ghuraba', établie à quelques kilomètres de la frontière turco-syrienne. Celui qui était considéré comme "l'une des principales figures du jihadisme français", responsable d'une centaine de départs de jeunes vers la Syrie, "n'a pas survécu à ses blessures", a indiqué sur Twitter le très informé David Thomson, journaliste pour RFI et auteur de l'ouvrage Les Français jihadistes.

Omar Diaby, un héros français bien ordinaire ?

A l’adolescence, il se fait davantage remarquer par les services de police que par ses professeurs et connaît plusieurs condamnations. D’abord en 1995, où il écope de cinq ans de prison pour un meurtre sur fond de règlements de comptes entre deux cités niçoises. Sept ans plus tard, et après un passage en prison où il découvre l’islam radical, il est mis en cause dans deux attaques de bijouterie à Monaco, alors que les policiers le recherchent pour un trafic de pièces détachées de voitures volées. Au fil des années et de sa radicalisation, il se présente dans les quartiers sensibles de Nice comme un prédicateur salafiste. Ce prosélytisme attire l’attention des services de renseignements, qui voient graviter dans son entourage de jeunes fervents radicaux, à l’image de Mourad Hadji, un trentenaire soupçonné d’avoir organisé au printemps dernier le départ de Yacine et Ayoub, deux Toulousains de 15 et 16 ans partis puis revenus de Syrie. Selon plusieurs sources, Omar Diaby — qui devient peu à peu Omar Omsen — aurait également eu des liens avec Mohamed Merah, plusieurs mois avant ses tueries.

En décembre 2011, Omsen est arrêté dans une gare de Nice, pour l’affaire de pièces détachées. Il est alors soupçonné d’inciter et d’organiser des départs vers les terres de jihad auprès d’adolescents de la cité du Bon- Voyage. Mais rien n’est prouvé.

Selon l’hebdomadaire français Le Nouvel Observateur, il effectue plusieurs peines de prison sur la Côte d’Azur pour des réglements de comptes entre bandes rivales ou des braquages. Omar découvre alors l’islam radical en détention. À sa sortie, après des années de prédication dans les quartiers sensibles de Nice, il se rapproche du groupuscule salafiste Forsane Alizza ("Les Cavaliers de la Fierté") et se fait repérer par les services anti-terroristes qui le suspectent de vouloir, fin 2011, rejoindre l’Afghanistan.

En juillet 2013, il s’envole pour le Sénégal puis gagne Tunis, où il embarque sur un bateau à destination de la Turquie. Il traverse ensuite la frontière turquo-syrienne et s’installe dans la région d’Alep. En décembre 2013, Omar Omsen rejoint donc la Syrie. Il y deviendra l'émir de la Katiba (brigade) "Firkatul Ghuraba" et va rapatrier une partie de sa famille sur place. Alors que le jihad en Syrie est trusté par le groupe État islamique, le jihadiste niçois préfère s'investir du côté d'al-Qaida. La raison: "les gens de l'EI sont en fait des jeunes ignorants sans formation religieuse sérieuse. Et puis ce sont d'anciens voyous dont le comportement déviant ressort dès qu'on leur met des armes entre les mains", expliquait sans ciller l'ancien braqueur, cité par L'Obs.

Au sein de sa brigade, les aspirants jihadistes suivent une formation militaire en vue d'aller combattre les armées de Bachar al-Assad. En marge d'une reconnaissance avant une attaque programmée contre les troupes syriennes, Omar Omsen aurait été frappé au torse par des balles et/ou des éclats d'obus.

C'est un autre français qui devient émir à la place de l'émir. Selon David Thomson, il s'agirait d'Abu Waqqas (nom d'un des compagnons de Mahomet à qui il promit le Paradis), originaire pour sa part de Savoie.

Omar Diaby, un héros français bien ordinaire ?

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