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Publié par Bob Woodward

Le Maroc, nouvelle terre de l'Etat Islamique

L’homme maîtrisé dans le train par des militaires américains en permission, alors qu’il s’apprêtait à faire usage d’une kalach­nikov et d’un pistolet automatique Luger, est décrit non comme un terroriste mais comme un « SDF » par l’avocate commise d’office qui l’a conseillé juste après son arrestation à Arras, Me Sophie David. Quelqu’un de « squelettique », « qui ne mange pas à sa faim » et sans barbe – bien loin des photos du jeune homme costaud et barbu circulant sur les réseaux sociaux…

Né le 3 septembre 1989 à Tétouan, dans le nord du Maroc, Ayoub El-Khazzani va vivre sept ans en Espagne, à Madrid puis à Algésiras (en Andalousie, en face du Maroc), entre 2007 et mars 2014. C’est son père, Mohamed, qui a fait venir toute sa famille – sa femme, ses deux fils et ses trois filles – après avoir réussi à régulariser sa situation. Quand Ayoub arrive à Madrid, il a 18 ans. Il s’y fait connaître des services de police qui l’arrêtent deux fois, en mai et en décembre 2009, pour trafic de haschisch. À cette époque, pour les autorités espagnoles, il n’est qu’un petit trafiquant parmi d’autres.

Il se fait arrêter à nouveau en septembre 2012 à Ceuta, alors qu’il revient du Maroc, encore pour une histoire de drogue. Mais à ce moment-là, Ayoub n’est plus tout à fait le même. Il a 23 ans et s’est laissé pousser la barbe. Les services de renseignement espagnols, raconte le quotidien El País, découvrent qu’il est en contact avec des suspects islamistes déjà sous surveillance et qu’il profère des discours légitimant le djihad. Fin 2012, il est officiellement fiché comme « potentiellement dangereux » et inscrit dans la base de données partagée par les polices de l’espace Schengen. Mohamed, le père d’Ayoub El-Khazzani, décrit lui au journal britannique The Telegraph son fils comme « un bon garçon, très travailleur » qui ne parlait pas de politique, « juste de football et de pêche ».

En 2013, la famille déménage à Algésiras. Elle vit d’abord dans le « quartier des toreros », où toutes les rues ont des noms de matadors, puis à El Saladillo, une zone marginale de HLM blancs délabrés, construits dans les années 1980, où résident environ 3 000 des 8 000 Marocains qui vivent dans la ville. Presque tous les habitants sont au chômage, on y vit de la débrouille et du trafic de haschisch. Le père recycle de la ferraille. La famille El-Khazzani passe inaperçue. On les connaît mais on les remarque à peine. « Ce sont des gens humbles qui gagnent leur vie comme ils peuvent », décrit Kamal Cheddad, qui dirige une association islamique du quartier.

M. Cheddad se souvient « d’un jeune qui jouait au foot avec ses copains et ne faisait pas de vagues ». Il « allait prier un peu partout, on le voyait dans les six mosquées de la municipalité, mais il avait l’air tout à fait normal. » En réalité, Ayoub fréquente surtout la mosquée radicale de Taqwa du quartier voisin de Moncayo, située entre un grand supermarché et le centre d’internements des étrangers de la Piñera, où l’on entasse les immigrants clandestins.

Le Maroc, nouvelle terre de l'Etat Islamique

Cependant la région de Tétouan regroupe 35% des départs pour le djihad en Syrie et en Irak….Ayoub El-Khazzani est né à Tétouan et revenait régulièrement dans cette région.

Quand le roi Mohammed VI est arrivé au pouvoir, il y a 16 ans, le Maroc ne reconnaissait pas l'existence d'une menace islamiste sur son territoire. Cette réalité s'est fait jour entre 1999, année d'intronisation du souverain, et 2003, avec les attentats de Casablanca – perpétrés par une dizaine de terroristes, ils firent 41 morts et une centaine de blessés.
Cette période est marquée par une réelle prise de conscience nationale. Le roi en a tiré les conséquences au moment du Printemps arabe en laissant des islamistes accéder au pouvoir. L'actuel Premier ministre est ainsi issu du Parti justice et développement (PJD), une formation que l'on peut rapprocher des Frères musulmans égyptiens.

Il est difficile de parler d'islamisme de manière globale car il existe des tendances bien distinctes. On peut d'abord citer le mouvement Justice et bienfaisance (Al Adl Wal Ihsane), créé en 1973. Il s'agit d'une formation non autorisée mais tolérée par le gouvernement et qui peine à reconnaître la légitimité du régime. Mais depuis la mort de son chef historique, Abdessalam Yassine, en 2012, ce parti confrérique semble en train d'être intégré par le pouvoir.

Un troisième groupe – le plus dangereux – est composé de salafistes et de jihadistes. Des milliers de jeunes Marocains sont partis faire le djihad en Syrie – certains ont d'ailleurs émigré depuis l'Europe. Ces islamistes radicaux représentent un risque considérable pour le Maroc sur le plan interne, et le risque est bien identifié. Si le risque sécuritaire est relativement élevé (attentats terroristes), le risque de déstabilisation du régime est, à mon avis, plutôt faible. C’est durant l’été 2012 qu’un nombre significatif de jihadistes marocains commencent à se rendre en Syrie pour combattre le régime de Bachar al-Assad, à l’instar de combattants tunisiens, libyens, saoudiens, tchétchènes ou occidentaux. Le départ des combattants marocains pour la Syrie n’est donc pas plus tardif mais force est de constater qu’il a longtemps suscité peu d’intérêt au sein de la société marocaine, contrairement à la Tunisie où la question syrienne divise la classe politique. Cependant, la formation d’un groupe jihadiste marocain en Syrie, Harakat Sham al-Islam (HSI), en août 2013, a constitué un tournant dans la perception de ce phénomène, considéré désormais comme une menace terroriste potentielle, régulièrement évoquée dans la presse. Evalué à la fin de l’année 2013 à près d’un millier d’hommes, on peut désormais estimer à environ 1500 combattants le nombre de Marocains qui participent au Jihad en Syrie, voire plus de 2000 si l’on y ajoute les binationaux français, belges et hollandais issus de la diaspora marocaine, qui eux sont aussi présents en Syrie. La plupart d’entre eux sont originaires du Nord du Maroc ou de Casablanca et appartiennent majoritairement à des milieux modestes ou à la classe moyenne, même si l’on peut aussi trouver quelques exceptions venues de milieux plus aisés.
Au sein du HSI, le fondateur du groupe, Ibrahim Benchekroun, tué le 2 avril 2014, et son successeur présumé Mohamed Mazouz, sont deux anciens des camps d’entraînements d’al-Qaïda en Afghanistan. Détenus successivement dans les prisons de Bagram et Kandahar en Afghanistan, puis de Guantanamo à Cuba, ils ont également été impliqués dans des affaires de terrorisme au Maroc, ce qui leur a valu plusieurs années d’incarcération avant leur départ en Syrie.

Le Maroc, nouvelle terre de l'Etat Islamique

Hormis les leaders de ce groupe marocain, dont les parcours s’inscrivent dans les cursus classiques des cadres moyens d’al-Qaïda, une nouvelle génération de militants a fait son apparition, souvent plus radicaux que leurs aînés : ils constituent aujourd’hui la majorité des recrues marocaines de l’État Islamique (EI). Si pour le moment, on ne peut pas encore parler de "têtes pensantes" marocaines au sein de l’EI, certains jeunes se sont distingués sur le front, jusqu’à devenir chef de brigade, comme par exemple Abdelaziz al-Mihdali, tué près d’Alep le 21 mars 2014. A l’instar de ce que l’on a pu constater pour les jihadistes français et plus largement occidentaux, les réseaux sociaux tels que Facebook ou Twitter jouent un rôle essentiel tant dans la phase de "conscientisation" des jeunes au Jihad syrien que dans la phase "logistique". Ainsi une page Facebook jihadiste intitulée "Les nouvelles des Mujahidin marocains au Pays du Levant" (Akhbar al-Mujahidin al-Maghariba fi Bilad ash-Sham), aujourd’hui suspendue pour son radicalisme, donnait des conseils précis aux volontaires s’apprêtant à quitter le Maroc.

Il leur était conseillé de rassembler au moins 2000 dollars avant leur départ, afin de pouvoir s’acheter une arme dès leur arrivée en Syrie. L’auteur du texte leur recommandait également d’emporter avec eux plutôt des vêtements de couleur noire (sans doute moins suspects, en cas de fouilles à l’aéroport, qu’une tenue de camouflage kakie). Enfin, il leur était interdit d’apporter du matériel audiovisuel comme par exemple un caméscope, en leur rappelant qu’une section médiatique se chargerait elle-même de la réalisation des films de propagande. Si les premiers jihadistes marocains en Syrie sont probablement venus d’Irak, où certains d’entre eux combattaient depuis plusieurs années, l’écrasante majorité des volontaires marocains sont entrés en Syrie après avoir transité en Turquie, accessible sans visa pour tous les ressortissants des pays arabes.

Après leur arrivée en Syrie, il semblerait que la plupart des jihadistes marocains rejoignent le groupe HSI, fondé en 2013 par Ibrahim Benchekroun, dont l’écrasante majorité des membres sont des Marocains. Le reste des combattants originaires du Maroc, en particulier les plus jeunes, intègrent les rangs de l’EI et plus rarement ceux de Jabhat an-Nusra, la branche syrienne d’al-Qaïda. Enfin, une petite minorité intègre les brigades des Ahrar ash-Sham, une formation salafiste non jihadiste, appartenant au Front Islamique, reconnu comme un interlocuteur légitime par Robert Ford, ancien Ambassadeur américain à Damas et responsable du dossier syrien au sein de l’administration Obama. Bien que les services marocains répriment désormais les cellules accusées d’organiser le recrutement de combattants pour la Syrie, on ne peut écarter l’hypothèse auparavant d’une relative bienveillance de l’appareil sécuritaire, afin de détourner les jihadistes les plus motivés du front malien, où l’armée française combat les jihadistes depuis le déclenchement de l’opération Serval en janvier 2013. À la suite de l’offensive française, qui a provoqué la chute des bastions jihadistes du Nord-Mali, certains experts redoutaient que la guerre au Mali, à proximité du Royaume, ne devienne le jihad de prédilection des Marocains.

Toutefois, force est de constater que c’est le Levant, et pas l’Azawad [territoire du Nord du Mali dont l’indépendance est revendiquée par les séparatistes touaregs], qui a suscité l’écrasante majorité de ces vocations jihadistes au sein du Royaume chérifien. À tel point que le groupe marocain HSI, qui compte aujourd’hui des centaines d’hommes entraînés, disposant de soutiens financiers mais aussi d’un arsenal obtenu grâce à ses alliés du Front islamique, soutenus par les régimes du Golfe, pourrait à terme devenir le noyau d’un mouvement jihadiste armé au Maroc. Face à cette menace, les autorités marocaines ont décidé d’incarcérer systématiquement tous les jihadistes revenant de Syrie, afin de bien faire comprendre à tous ceux qui partent ou envisagent de partir que leur Jihad au Levant doit être un voyage sans retour. À la différence des jihadistes français, les jihadistes marocains s’identifient encore à de larges segments de leur société d’origine, qu’ils considèrent toujours comme majoritairement musulmane. Par conséquent, la plupart d’entre eux, si ce n’est la totalité, s’oppose à des attentats visant indistinctement leurs concitoyens, contrairement à de nombreux jihadistes français, pour qui Mohamed Merah fait figure d’exemple à suivre.

En revanche, les institutions de l’État marocain, considéré comme apostat, et ses services de renseignements, pourraient potentiellement constituer les cibles d’un mouvement armé jihadiste au Maroc, qui s’appuierait sur des combattants formés sur le front syrien.
Tant que l'Algérie sera stable, le Maroc – qui est assez isolé du reste du monde musulman – ne sera pas exposé à une menace importante. Le vrai risque serait de voir revenir les milliers de jeunes gens partis combattre en Syrie. Les services de sécurité et de renseignement marocains sont d'ailleurs extrêmement vigilants sur ce point, tout comme les services tunisiens et algériens.

 

Le Maroc, nouvelle terre de l'Etat Islamique

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amex 13/01/2016 12:18

TOUS LES ATTENTATS CHIMIQUES-NUCLEAIRES QUI VONT SE PRODUIRE EN 2016 EN FRANCE ET EN EUROPE PRENNENT LEURS ORIGINES A PARIS ET LYON EN FRANCE. BASES OPERATIONNELLES DU MOSSAD COMME VOUS AVEZ PU LE VOIR LE 7 JANVIER 2015 ET LE 13 NOVEMBRE 2015. La gueoula debute lors de la premiere lune satano-talmudique de sang de la tetrade 2014/2015, et se finit lors de la derniere lune satano-talmudique de sang de la triade 2017/2018. 14-18, du deja vu en matiere de satanisme talmudique! L'enorme probleme pour Tel Aviv est que la defaite est au rendez-vous a Tel Aviv... a Paris, Londres, Berlin aussi... Et Allah swt, et son Messager Muhammad saws savent assurement le mieux...

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