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Publié par Bob Woodward

A-t-on le droit de tout montrer?

Voilà un spectacle qui va longtemps faire parler de lui. Le Festival international d'art lyrique d'Aix en Provence (Bouches-du-Rhône) a fait modifier la mise en scène de L'Enlèvement au sérail, qui faisait explicitement référence au groupe djihadiste Daech.

La mise en scène radicale, proposée par l'Autrichien Martin Kušej, transpose l'opéra de Mozart dans un camp de djihadistes, avec ses hommes armés de kalachnikov. L'univers en tant que tel aurait pu fonctionner avec le livret de l'œuvre. En effet, l'histoire raconte la tentative d'un jeune homme pour délivrer sa promise retenue prisonnière dans le palais du pacha.

Deux scènes n'ont cependant pas été appréciées par Bernard Foccroulle, le directeur du festival. Il a jugé que la mise en scène allait trop loin. «Deux images ont été supprimées parce qu'elles nous paraissaient intolérables: une décapitation et un drapeau de Daech», explique-t-il à Europe 1. «Je ne pense pas que l'on puisse aujourd'hui utiliser l'opéra de Mozart pour un message qui est exactement l'inverse de ce que Mozart a voulu dire, c'est-à-dire que même dans la civilisation opposée, il y a en fait la même humanité partagée».

France Musique précise que la scène où les têtes de prisonniers décapités étaient montrées dans des sacs en plastique a été supprimée. Foccroulle a d'ailleurs demandé au metteur en scène d'enlever les inscriptions du drapeau noir du groupe État islamique.

Depuis 2007, année de sa prise de fonction, c'est la première fois qu'il intervient dans une production d'une telle façon.

«Ce n'est pas de la censure.»

«La question de l'image est devenue extrêmement sensible, nous n'avons pas voulu que des images piochées dans la production se retrouvent sur internet hors contexte», a expliqué Foccroulle, lors de la présentation de l'édition 2016 du festival lyrique. «Ce n'est pas de la censure, c'est de la maturité.»

Le chef d'orchestre Jérémie Rhorer, qui dirige la production, reconnaît lui aussi avoir été en désaccord avec la première proposition du metteur en scène. «Il y a des choses qui me semblent discutables, contestables. L'opéra est une société d'élite avec ses codes, ses provocations, ses subversions mais il y a aussi la société civile. Et la France connait des moments extrêmement dramatiques: un artiste ne peut pas tout se permettre.»

A-t-on le droit de tout montrer?

Nous pouvons constater que l'attentat de janvier contre Charlie Hebdo n'a pas permis d'étendre nos libertés, mais au contraire les restreint. Plus personnen n'ose plaisanter sur l'Islam ou jouer avec cette religion.

La morale n’est pas le droit : les vices de Charlie ne sont pas des crimes

La première chose à redire, me semble évidente et devrait l’être pour tout le monde. Il y a des opinions qui peuvent offenser, qu’on peut juger immorales, fausses, stupides, voire scandaleuses. Mais rien ne justifie de les interdire par la force, que ce soit la force physique ou la force de la loi. Une opinion, qu’elle nous plaise ou non, doit être librement débattue. On a le droit d’avoir de la haine ou d’avoir des opinions politiquement incorrectes sur tel ou tel sujet. Seuls la menace physique et l’appel à la violence doivent être interdits dans une société civilisée.

La liberté d’exprimer des opinions doit donc s’appliquer à tous, y compris à nos adversaires et implique de tolérer les gens dont on juge qu’ils ont tort ou qu’ils font un mauvais usage de leur liberté. On a le droit d’être égoïste, malhonnête, bête ou méchant, tant qu’on n’agresse pas autrui physiquement. En ce sens, lorsque Charlie est exécuté par des fanatiques, je me sens attaqué moi aussi dans mes valeurs et je proteste. 

La notion de crime contre la religion ou contre la pensée n’existe pas

Allons plus loin. On a entendu certains religieux revendiquer la notion de « crime contre l’Islam ». Ce concept est un faux concept et il est doublement faux : 1° parce que l’Islam n’est pas une personne, c’est un être collectif, qui n’est pas sujet de droit ; c’est donc un crime sans victime, c’est-à-dire un faux crime ; 2° parce qu’il n’y a pas de crime par la parole, ni par le dessin ou par la mise en scène.

La seule définition rationnelle du crime c’est : une agression physique contre la personne et les biens d’autrui. Car c’est la seule chose que l’on puisse mesurer objectivement. Les crimes de pensée n’existent pas car ils ne sont pas mesurables, trop subjectifs. En effet, la pensée ou la parole peuvent offenser mais ne tuent pas. Et quand commence l’offense ? C’est impossible à définir, arbitraire. La notion de crime contre la pensée est totalitaire et conduirait à mettre en prison ou censurer la plupart des écrivains et des philosophes !

On a également entendu certains religieux, catholiques ou musulmans, revendiquer le « droit de ne pas être offensé », de « ne pas être insulté ». Cette idée, qui conduit à vouloir rétablir la censure, est absurde et ne tient pas non plus. En effet, la liberté d’expression inclut la liberté d’offenser et de choquer. Et nous devons accorder cette liberté à tous : à Charlie Hebdo comme à Dieudonné, l’humoriste dont on a un peu vite oublié qu’il avait été censuré, par ceux là même qui se disent Charlie et qui réclament aujourd’hui la liberté d’expression. Drôle de tolérance à géométrie variable, qui accorde des droits aux uns et non aux autres.

A-t-on le droit de tout montrer?

 

Pourquoi l’islam provoque-t-il, dans notre pays, cette méfiance ? Pourquoi les essais qui dénoncent une « islamisation de l’Europe », ou qui témoignent des persécutions subies dans certains pays musulmans par ceux qui s’écartent de la voie de l’islam, connaissent-ils souvent de grands succès de librairie ?

 

On peut incriminer notre tradition politique républicaine, fortement teintée d’anticléricalisme ; la vieille rivalité entre l’Etat et l’Eglise, qui se serait réinvestie dans une hostilité envers une religion qui a du mal à penser la séparation entre le temporel et le spirituel, le politique et le religieux et qui supporte difficilement la critique. Mais dans d’autres pays européens, beaucoup plus décontractés en matière de sécularisation, comme les Pays-Bas, l’Allemagne, ou la Grande-Bretagne, on note une même tension.

On peut également mettre en cause le retard mis par l’Etat français à comprendre que les immigrés musulmans n’étaient pas là « de passage », ce qui l’a conduit à accepter trop tard la création et l’encadrement d’un islam de France.

Mais il y a aussi, on ne peut le nier, des manifestations d’intolérance, de refus de la liberté de conscience et d’expression, de la part de certaines communautés musulmanes en France. Des défis lancés à la République à l’école (des refus d’entendre des cours de sciences naturelles lorsqu’il est question du darwinisme ou de d’histoire, lorsqu’il est question du génocide des Juifs), à l’hôpital (le refus par certains hommes que leur épouse soit examinée par un médecin homme), ou même dans certaines rues, qui ont été annexées à l’heure de la prière par des groupes pratiquant davantage l’exhibitionnisme que la piété.

Il y a aussi le sentiment que toutes les vieilles religions ont fini par accepter la critique, la satire, la caricature, mais que l’islam, lui, revendique, parfois sous la menace de la violence, une sorte de « tarif réduit », une impunité particulière, un statut à part, qu’il prétend s’exempter du lot commun, quitte à mobiliser, à travers le monde, des milliers de fanatiques pour le moindre dessin…

A-t-on le droit de tout montrer?

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