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Publié par Bob Woodward

L'expression de Christian Estrosi a donné le ton : la campagne pour les régionales sera martiale. La classe politique tire à boulets rouges sur le maire de Nice qui a évoqué une cinquième colonne islamiste en France. À gauche, le patron du PS, Jean-Christophe Cambadélis, s'est dit "très inquiet du cours néofrontiste de l'aile Sarkozy-Ciotti-Estrosi de l'UMP". Le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, et le chef des députés socialistes, Bruno Le Roux, ont également dénoncé ces propos.

À droite, certains comme Valérie Pécresse et Gérard Larcher les ont imités, l'une contestant les termes, l'autre se disant carrément "choqué" par leur utilisation. Le Front national, qui a démis Aymeric Chauprade de ses fonctions de conseiller de Marine Le Pen pour avoir utilisé la même expression, a pour sa part sorti l'artillerie lourde : Florian Philippot a dénoncé "l'outrance verbale" du maire de Nice. À tel point que le président de l'UMP Nicolas Sarkozy a dû couvrir les arrières de son vieil ami surnommé "le motodidacte". Malgré cette polémique, Christian Estrosi, coutumier des déclarations-chocs avant les élections, maintient sa position. Il "persiste et signe" sur Twitter.

Une sortie digne du frontiste Aymeric Chauprade, qui réclame même au maire de Nice des "droits d'auteur" !

Une troisième guerre mondiale ?

La troisième guerre mondiale est-elle déclarée ?

Selon les spécialistes, Christian Estrosi fait dans la démesure lorsqu'il évoque "une troisième guerre mondiale" déclarée à "la civilisation judéo-chrétienne et à la France". "La Première et la Seconde Guerre mondiale ont fait plusieurs millions de morts. Alors qu'en Europe et aux États-Unis les djihadistes ont fait moins de 4 000 morts. Et 90 % des massacres perpétrés par des islamistes radicaux tuent des musulmans", rappelle Farhad Khosrokhavar. Selon lui, nous ne sommes pas dans "une guerre de civilisations, mais dans un rejet de la civilisation. Daesh s'attaque à des chrétiens, des juifs ou à Charlie Hebdo, parce qu'il considère leurs actions comme une réponse à la dégénérescence du monde". Dans ce cadre, s'il récuse l'idée d'une guerre mondiale, le terme "islamo-fascisme", par contre, ne le choque pas. Il s'agit bien d'un totalitarisme.

La menace islamiste

Les "islamistes" qui sévissent sur notre territoire seraient donc, selon Estrosi, des "partisans cachés" et "hostiles" disséminés sur le territoire français et menaçant sa sécurité. Islamistes, tout d'abord. Si on entend ce mot dans son acception la plus usuelle, il désigne les musulmans intégristes, par opposition aux musulmans "ordinaires", cette "immense majorité des musulmans de France qui aujourd'hui placent les lois de la République au-dessus des lois religieuses", selon les termes du député-maire de Nice.

Mais le Larousse donne une seconde définition de l'islamisme : il s'agit d'"un mouvement regroupant les courants les plus radicaux de l'islam, qui veulent faire de celui-ci non plus essentiellement une religion, mais une véritable idéologie politique par l'application rigoureuse de la charia et la création d'États islamiques intransigeants". Selon l'islamologue Samir Amghar, si l'on se fie à cette seconde définition, il n'existe pas d'islamiste en France : "Les islamistes sont dans une logique de conquête du pouvoir. Mais il n'y a pas de mouvement musulman en France qui s'inscrit dans cet héritage de l'islam politique, qui veut conquérir la France", affirme-t-il.

N'en déplaise à Houellebecq, à ce jour, le plus forcené des djihadistes ne vise pas à instaurer une "république islamique" ou un califat en France. "Même les frères musulmans ne sont pas dans une logique de conquête. Ils tentent- en vain - d'influencer le pouvoir français. Et les salafistes sont dans l'indifférence par rapport au pouvoir politique. Ils vivent sur une autre planète. Le terme islamiste est donc impropre pour désigner le phénomène en France", poursuit-il. En ce sens, Christian Estrosi a tort de parler d'une menace islamiste."

 

Une troisième guerre mondiale ?

Et les cinquièmes colonnes ?

Si Christian Estrosi désigne les franges extrémistes de l'islam, l'expression de "cinquièmes colonnes" reste très exagérée : "Est-ce que les jeunes qui partent en Syrie et commettent des attentats en France peuvent être qualifiés de cinquième colonne ? s'interroge Farhad Khosrokhavar. Il faut déjà qu'ils soient lucides et conscients de ce qu'ils vont faire. Ce sont souvent des adolescents qui ne savent pas ce qu'ils font. On peut éventuellement parler de cinquième colonne pour les frères Kouachi, mais leur cas ne représente pas la majorité des extrémistes musulmans", estime le chercheur à l'Ehess. Christian Estrosi, avec sa « troisième guerre mondiale », doit bien avoir aussi une petite idée régionale derrière la tête, en venant chasser sur les terres du FN (mais est-ce être FN que de dire la vérité ? On se souvient de Tartuffe : « C’est être libertin que d’avoir de bons yeux »).

Mais, au fait, une cinquième colonne, c'est quoi ?

L'expression "cinquième colonne" a été utilisée pour la première fois en 1936 pendant la guerre d'Espagne. Les franquistes tentent alors de prendre Madrid aux républicains. L'armée qui se dirige vers la ville est disposée en quatre colonnes. Pour faire paniquer l'adversaire, le général Emilio Mola évoque à la radio une cinquième colonne disséminée au milieu des partisans du camp républicain, prête à envahir Madrid de l'intérieur. Une pure invention, donc! Cette stratégie militaire n'a pourtant pas été suffisante pour prendre la capitale. La bataille est perdue, mais l'expression est restée. Elle a notamment été réutilisée à plusieurs reprises par des hommes politiques français et étrangers.

Petit détail, Estrosi met carrément l'expression au pluriel, qui évidemment accentue la menace : invisible, elle est de surcroît multiple, voire proliférante !

Au regard de l'histoire, Christian Esrosi est donc resté fidèle à la stratégie du général franquiste : en expliquant que les Français islamistes constituent des cinquièmes colonnes en déclarant la troisième guerre mondiale, il exagère la menace. Comme Mola, il bluffe afin de gagner une bataille. Oui, mais laquelle ? Le député-maire de Nice est candidat aux régionales en Paca face à Marion Maréchal-Le Pen. "Estrosi, no pasarán !" sera-t-il le prochain cri de ralliement des partisans de la candidate frontiste ?

Alors, parler de « cinquième colonne » est un grossier abus de langage. La référence aux Allemands infiltrés avant la dernière guerre (y en eut-il tant que ça ?) est même inadéquate : nous exportons des terroristes, nous, en ce moment, bien plus que nous n’en importons. Du produit Made in France. Cervelles garanties vides. La politique des ZEP s’en est chargée depuis vingt ans.

À noter que le mot « guerre » n’a pas été inventé par Estrosi. Il y a deux mois, après les attentats parisiens, Umberto Eco avait averti : « Siamo in guerra. L’ISIS è il nuovo fascismo. » Mais là encore, le démon de l’analogie avec le nazisme avait frappé.

Interrogé en mars 2015 sur la montée en puissance du Front national, Christian Estrosi évoque les problèmes d’insécurité. «Nous avons aussi notre part de responsabilité de ne pas avoir pris toutes les mesures nécessaires lorsque nous étions au gouvernement alors que nous avions réussi quand Sarkozy était ministre de l’Intérieur entre 2002 et 2007», assure-t-il. Mais le maire de Nice est «convaincu que ce qui amène à voter pour le FN, à droite comme à gauche, c’est plus une souffrance, la crise économique, la perte de croissance, le chômage…».

Nicolas Sarkozy s’est dit favorable cette semaine à la décision prise par le maire de Chalon-sur-Saône de supprimer le menu sans porc à la cantine au nom de la laïcité. «Je ne veux pas entendre parler, ni de halal, ni de casher bien évidemment (…) mais quand on est issu d’une famille où l’éducation fait qu’on ne mange pas de porc, je ne veux pas imposer à des enfants de consommer du porc. Voilà pourquoi nous faisons des menus différenciés», assure de son côté Christian Estrosi.

 

Se rapprocher de le Russie et d’Israël pour éviter une «3e guerre mondiale»

Christian Estrosi est très critique vis-à-vis de la politique diplomatique française, qu’il trouve «incohérente». «Quand je vois qu’on refuse de livrer deux Mistral à la Russie, et qu’en même temps on se vente de livrer 24 Rafale à l’Egypte, dont on ne sait pas si demain les Frères musulmans ne reprendront pas le pouvoir et ne retourneront pas les 24 Rafale contre nous…». «La Russie qui sont nos amis, Israël qui est notre ami de toujours… unissons nous ensemble pour mettre un terme à ce qui sera la troisième guerre mondiale. Sans ça, nous n’y viendrons pas à bout». Christian Estrosi, soutien inconditionnel d’Israël, ne fait-il pas le jeu de l’Etat Islamique par des propos outranciers ?

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