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Publié par Bob Woodward

Six Français sur dix souhaitent que Manuel Valls reste à la tête de l'exécutif et maintienne le même cap économique, selon un sondage Ifop pour le Journal du dimanche (JDD). En revanche, 67% d’entre eux sont opposés à un retour des Verts au sein du gouvernement.

En dépit du message envoyé lors des élections départementales dimanche dernier et le revers cinglant subi par la gauche qui a vu une trentaine de départements lui échapper, pas moins de 6 Français sur 10 ne veulent pas d’un changement de Premier ministre, d’après un sondage Ifop pour le Journal du dimanche (JDD). Et ils souhaitent même que Manuel Valls maintienne le même cap économique.

Selon cette enquête d’opinion, 62% des personnes interrogées rejettent un changement de Premier minstre « dans les semaines qui viennent ». Seules 37% d’entre elles l’appellent de leurs voeux (1% sans opinion). Elles sont nettement plus partagées sur l’opportunité d’un remaniement gouvernemental, souhaité par 49% et rejeté par 50%.

Que penser de ce sondage commandé par un journal qui vit grassement des subsides de l’Etat ?

La presse écrite aux ordres de Matignon

 

Le groupe Lagardère

Le groupe Largardère possède le JDD auteur de ce sondage loufoque, mais est également le détenteur d’autres titres de la presse écrite :

- Parmi les titres vendus en France : Le Journal du Dimanche, Paris Match, Elle, Première, Psychologies Magazine, Public, Version Femina, Télé 7 jours.
- Le groupe détient 20% de L’Alsace, 15% de La Dépêche du Midi et 5,4% du Monde.
- Lagardère détient aussi une participation de 25% dans les Éditions Philippe Amaury (Le Parisien, L’Équipe).
- Hachette Holding  détient 42% du groupe Marie Claire (Marie Claire, Marie Claire Maison, Cosmopolitan, Cuisines et Vins de France, Avantages, Marie Claire Idées, Famili, Marie France, 100 Idées Jardin), qui est contrôlé par la famille Prouvost à 58%.

Le Monde, Paris Match, Télé 7 jours et Le Parisien sont parmi les 20 journaux les plus subventionnés de France…le groupe Lagardère peut donc remercier Matignon !

La presse écrite aux ordres de Matignon

La presse sous influence de l’Etat

Selon la Cour des Comptes – dans un rapport de juillet 2013–, les aides publiques à la presse, pour lesquelles une évaluation est donnée dans les documents budgétaires, s’élèvent à € 684,3 millions en loi de finances initiale pour 2013.

Selon l’acception plus ou moins large que l’on donne aux aides à la presse écrite, l’évaluation prend en considération :

  • l’aide à la presse proprement dite pour un montant de € 394,7 millions en loi de finances initiale pour 2013,
  • la contribution de l’État à la mission de service public assurée par l’Agence France-Presse (AFP), qui constitue actuellement une part non encore isolée de l’enveloppe relations financières avec l’Agence France-Presse retracée sur le programme 180 – Presse, action n° 1, enveloppe figurant pour un montant de € 119,6 millions en loi de finances initiale pour 2013 ;
  • la mesure fiscale d’abattement pour frais professionnels des journalistes, assimilable à une aide de la presse, d’un coût de l’ordre de € 60 millions (non retracée dans le fascicule d’évaluation des voies et moyens) ;
  • un ensemble de mesures d’exonérations sociales (notamment, abattement d’assiette sur les rémunérations des journalistes, taux réduit de calcul de certaines cotisations sur la masse salariale des journalistes), rarement prises en compte dans le chiffrage des aides à la presse et dont le montant n’est pas évalué.

Le secteur de la presse écrite regroupe en France environ 2 200 entreprises qui emploient 80 000 salariés dont 25 000 journalistes, et qui éditent environ 9 000 titres. Entre 2006 et 2012, les crédits consommés pour les aides à la presse sont passés de € 145,6 millions à € 267 millions, soit près d’un doublement après un saut en 2009.

Selon la Cour des Comptes, « les comparaisons internationales réalisées au cours des dernières années font apparaître que tous les pays aident la presse, et plus largement les médias. » Et selon la Cour, les données disponibles permettent d’identifier trois groupes de pays. On regrettera que la Cour ne donne aucune justification significative de ces groupes.

La Finlande, l’Allemagne et le Royaume-Uni forment le premier groupe. Selon la Cour, ils ont un modèle dual, alliant un fort financement du service public audiovisuel avec de considérables subventions indirectes pour la presse privée. Ces trois pays ont les plus hauts montants d’aide publique totale pour les médias (mesurés en euros par habitant). Pour ma part, étant donné les informations décrites dans le rapport, je considère que le Royaume-Uni a peu de choses à voir avec la Finlande et l’Allemagne.

Caractérisés par les plus faibles taux de lecteurs de titres de presse écrite en Europe, la France et l’Italie forment le deuxième groupe constitué. Ils ont mis en place un modèle mixte d’aides, combinant des niveaux faibles de financement pour les médias audiovisuels de service public avec un mélange de formes directes et indirectes de soutien aux médias du secteur privé (en France pour les journaux, en Italie pour certains radiodiffuseurs locaux). Parmi les pays étudiés, la France arrive ainsi au quatrième rang et l’Italie au cinquième pour ce qui est du niveau total d’interventions, après la Finlande, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Concernant la France, ce classement serait certainement différent si l’on prenait en compte la seule presse écrite, fortement aidée. Que la Cour n’y procède-t-elle pas !

Troisième groupe à lui tout seul considéré, les États-Unis. Selon la Cour, ils constituent un cas à part, avec un modèle que l’on pourrait qualifier de minimaliste, alliant de faibles niveaux de soutien aux médias audiovisuels de service public et un faible niveau d’aides indirectes à la presse privée.

La presse écrite aux ordres de Matignon

5 milliards d’euros !

Le rapport public annuel 2013 de la Cour des comptes estime donc les aides directes et indirectes accordées à la presse écrite entre 2009 et 2011 à… 5 milliards d’euros !

Au terme des états généraux de la presse convoqués par Nicolas Sarkozy en 2008, un plan d’aide à la presse écrite avait été décidé pour la période 2009-2011 qui avait conduit à un doublement des dépenses de l’État en faveur de la presse écrite.

La presse bénéficie en effet d’aides directes : aides à la diffusion (transport postal, portage, réductions de tarif SNCF, etc.), aides au pluralisme, aides à la modernisation (financement des abonnements jeunes 18-24 ans, aides aux diffuseurs, etc.), développement des services et des entreprises…

Mais elle bénéficie également d’aides indirectes : subvention Poste pour distribution de la presse en zone peu dense, investissement publicitaire dépensé par l’État, exonération de charges sociales pour les colporteurs, déduction forfaitaire de frais professionnels de 7600 euros par an pour les journalistes, etc… et surtout taux « super réduit » !

Les Français l’ignorent le plus souvent mais la presse est en effet soumise à un taux de TVA particulièrement léger puisqu’il est de… 2,1%. A côté du « taux normal » à 19,6% applicable à la plupart des biens et des services vendus, et à côté du « taux réduit » (5,5 ou 7%) réservé aux produits de première nécessité, il existe un taux dit « super réduit » à 2,1% dont bénéficient les ventes de presse écrite… mais non les médias présents sur Internet, soumis, eux, au taux de 19,6%.

« Sur la période 2009-2011, le plan d’aide s’est donc traduit par plus de 450 millions d’euros de dépenses budgétaires supplémentaires. En prenant en compte le coût de l’avantage du taux de TVA à 2,1% par rapport au taux normal de TVA à 19,6%, le total cumulé des aides directes et indirectes accordées au secteur de la presse écrite sur cette même période peut être estimé à 5 milliards d’euros », écrit la Cour des comptes sans ambigüité.

Sachant que le chiffre d’affaire global du secteur de la presse est de 9,6 milliards par an, soit environ 30 milliards sur trois ans, les aides représentent ainsi 18% de ce chiffre d’affaire…la Presse est donc soumise aux aides de l’Etat et de son gouvernement.

Au vu de ce chiffre, la question qui se pose est la suivante : de quelle marge de liberté dispose-t-on pour critiquer celui qui nous nourrit ? La défiance des Français vis-à-vis de la presse, qui ne fait que s’accroître, apporte un élément de réponse…

 

La presse écrite aux ordres de Matignon

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