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Publié par Bob Woodward

L'Indonésie ne va pas plier face à l'Occident

Le gouvernement indonésien a annoncé jeudi avoir donné l'ordre de préparer les exécutions de dix condamnés à mort pour trafic de drogue, dont le Français Serge Atlaoui, incarcéré depuis dix ans, et qui affirme avoir installé des machines industrielles dans ce qu'il croyait être une usine d'acrylique, et qui abritait en réalité une fabrique clandestine d'ecstasy.
L'Indonésie a prié des ambassades d'envoyer du personnel à la prison de très haute sécurité où doivent être exécutés une dizaine de condamnés à mort, majoritairement des étrangers accusés de trafic de drogue, a-t-on appris vendredi de sources diplomatiques.
"C'est exact, on nous a demandé d'être là samedi", a dit une source qui s'exprimait sous le sceau de l'anonymat.

Aucune date n'a cependant été fixée pour les exécutions. Les dix condamnés, originaires d'Australie, France, Brésil, Philippines, Nigeria, Ghana et Indonésie, seront alignés ensemble devant un peloton d'exécution.

Paris ne cesse de hausser le ton depuis le rejet du dernier recours du Français mardi par la Cour suprême d'Indonésie pour tenter de le sauver. Cette exécution
"serait dommageable pour l'Indonésie, dommageable pour les relations que nous voulons avoir avec elle", avait déclaré mercredi le président français François Hollande, en rappelant son opposition à la peine de mort, abolie dans son pays en 1981. "Pour Serge Atlaoui la mort ne peut pas être la sanction. Jusqu'au dernier moment, nous devons tout faire pour que l'exécution n'ait pas lieu" a affirmé le chef de l'Etat, à l'issue d'un sommet européen.

Dans une lettre adressée à son homologue indonésienne, dont l'AFP a eu une copie jeudi, le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a dénoncé le fait que, selon lui, Serge Atlaoui n'a "pas bénéficié du plein exercice de ses droits", "du fait de graves dysfonctionnements de la justice indonésienne".

L'Indonésie ne va pas plier face à l'Occident

Vainqueur de la présidentielle de 2014, Joko Widodo, dit "Jokowi", dirige l'Indonésie depuis le 20 octobre 2014.

Premier président sans lien avec le régime du dictateur Suharto, qui a dirigé le pays entre 1967 et 1998, il était très bien perçu par les associations des droits de l'homme. Celles-ci avaient placé beaucoup d'espoirs dans cet homme, issu d'un milieu modeste, pour développer les libertés fondamentales.

 

Des exécutions régulières

C'est dire si ces ONG ont été déçues quand l'une des premières décisions de Joko Widodo fut de rejeter les demandes de grâce de six condamnés à mort pour trafic de drogue, dont tous les recours judiciaires avaient été épuisés. La décision de "Jokowi" a alors ouvert la voie à la reprise des exécutions, qui avaient cessé depuis novembre 2013. Début janvier, ces six personnes, dont cinq étrangers (et parmi eux un Néerlandais), sont ainsi passées devant le peloton d'exécution.

Pourquoi une telle fermeté ? Selon l'analyste politique Yohanes Sulaiman, interrogé par l'AFP, "Jokowi est profondément convaincu qu'une exécution est un must pour faire face au trafic de drogue", un trafic qui fait chaque année des centaines de morts dans le pays.


Nouvelle liste de dix condamnés

Outre les exécutions de janvier, cette nouvelle politique a également relancé, et surtout accéléré, les cas des condamnés à mort dont les affaires n'étaient pas encore closes juridiquement. Ce fut le cas pour dix personnes, dont le Français Serge Atlaoui.

Bloqué depuis de long mois, son dossier a subitement franchi plusieurs étapes, la dernière étant celle de la cour suprême mardi. La justice indonésienne a fait savoir que les condamnés figurant sur cette deuxième liste seraient passés par les armes au même moment. Aujourd'hui, plus rien ne s'y oppose puisque l'ultime recours, présenté par un Ghanéen, a également été rejeté mardi. L'exécution pourrait donc avoir lieu très rapidement.

L'Indonésie ne va pas plier face à l'Occident

Le cas de Michaël Blanc

Michaël Blanc, le Français le plus anciennement détenu en Indonésie, a presque subi le même sort que Serge Atlaoui: il a été remis en liberté conditionnelle lundi 20 janvier 2014 après quatorze ans d'enfermement. « Il est sorti de prison. Il a signé les papiers de sa libération », a annoncé sa mère, Hélène Le Touzey, qui vit en Indonésie depuis l'arrestation de son fils.

Michaël Blanc n'a, quant à lui, pas voulu faire de commentaires, « trop sous le choc », a-t-elle précisé, jointe par l'AFP dans une voiture qui la menait de la prison à trois bureaux administratifs où l'ancien détenu doit régler des formalités.

Le Français, âgé de 40 ans, avait été arrêté le lendemain de Noël 1999 à l'aéroport de Bali avec 3,8 kg de haschich dissimulés dans deux bouteilles de plongée. Il avait affirmé qu'elles appartenaient à un ami qui les lui avait confiées pour les transporter. Il avait été condamné à la perpétuité le 16 novembre 2000, une peine jugée très sévère en France et qui avait suscité une importante campagne médiatique. La condamnation avait finalement été commuée en vingt ans de prison en décembre 2008, en grande partie grâce à l'engagement extraordinaire de sa mère, qui a tout abandonné pour vivre auprès de son fils.

« La Madone des prisons »

Hélène Le Touzey avait entamé dès 2011 le dossier de libération conditionnelle de Michaël mais tout achoppait sur une loi indonésienne qui interdit l'octroi d'un titre de séjour à un étranger repris de justice. De ce fait, les étrangers théoriquement libérables après avoir effectué les deux tiers de leur peine n'étaient pas relâchés, à la différence des Indonésiens.

Mais le verrou a finalement été levé : Michaël Blanc est autorisé à rester en Indonésie jusqu'à la fin de sa peine le 21 juillet 2017, plus une année de probation. En revanche, en l'absence de convention de transfèrement entre la France et l'Indonésie, il ne pourra pas quitter l'archipel pendant cette période. Il logera chez sa mère, dont la maisonnette, meublée de bric et de broc grâce à l'aide d'amis, n'a ni eau chaude ni climatisation.

Au fil des ans, Hélène Le Touzey a élargi le combat pour son fils aux nombreux détenus étrangers perdus dans les méandres des démarches administratives : « Je suis devenue la Madone des prisons. Je rends visite, j'écoute, j'apporte quelques bricoles, je suis partie prenante à des dossiers... »

L'Indonésie ne va pas plier face à l'Occident

Sur place, on sait Serge Atlaoui en contact avec la mère d'un autre Français, Michaël Blanc. Hélène le Touzey, élue conseillère consulaire pour cette région, est désormais l'une des représentantes de la communauté française. Elle aide notamment les prisonniers.

Son fils a été libéré après 14 ans de prison en Indonésie. Il habite avec elle et a repris son métier de cuisinier. Il devra rester en Indonésie au moins jusqu'en 2018. En attendant, Michaël doit garder le silence et ne pas parler à la presse. Quant à Hélène, elle souhaite maintenant "aller de l'avant" et ne répond plus aux médias. Dans cette période où le pouvoir indonésien en place semble plus ferme, il convient aussi de rester prudent.

Une histoire différente


Serge Areski Atlaoui, un artisan-soudeur originaire de Metz, affirme être venu en Indonésie en 2005 pour travailler à la maintenance d'une usine d'acrylique qui devait en fait produire des cachets d'ecstasy. Le Français a été condamné en première instance à la réclusion criminelle à perpétuité et a fait appel, avant de se voir infliger la peine de mort.

Michaël Blanc avait, lui, été arrêté en 1999 avec 3,8kg de haschich cachés dans des bouteilles de plongée. Il a toujours affirmé que ces bouteilles lui avaient été confiées par un ami. Passible de la peine de mort, comme Serge Atlaoui, il avait été condamné, en novembre 2000, à la prison à perpétuité. Une peine confirmée en appel. Puis, pour bonne conduite, sa peine avait été commuée en 20 ans de prison ferme avant que la Justice indonésienne décide finalement une libération conditionnelle.

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84% de la population pour la peine de mort en cas de trafic de drogue

La mobilisation entourant certains cas, notamment celui de Serge Atlaoui et de deux Australiens dont le sort choque aussi dans leur pays, peut-elle amener Joko Widodo à assouplir sa position ? C'est très peu probable. "Politiquement, il a compris que les Indonésiens voulaient un dirigeant ferme, et il veut montrer qu'il est un président ferme, comparé à son prédécesseur réputé pour son indécision", explique Yohanes Sulaiman.

Céder aux appels à la clémence pourrait donc avoir un coût politique très important pour le président. Il serait notamment très critiqué par ses opposants au Parlement et au sein même de son parti pour agir de manière trop timorée face à des pays étrangers. Voire dans la population, qui soutient à 84% la peine de mort pour les trafiquants de drogue.

Widodo a demandé la grâce d'une Indonésienne... en Arabie saoudite

Joko Widodo ne semble donc pas craindre une crise avec la France et l'Australie, les pays les plus en pointe pour obtenir la grâce de leurs ressortissants. Comme Paris, Canberra a aussi menacé Jakarta de "conséquences" sur les relations bilatérales en cas d'exécution. Mais il est très peu probable que les deux pays, voire l'Union européenne, qui se dit solidaire de la France, aillent jusqu'à imposer un boycott économique d'envergure à l'Indonésie, première économie de l'Asie du Sud-Est et dont la position est stratégique dans le commerce mondial. Il est également très improbable que les touristes ne se rendent plus sur les îles paradisiaques de Bali.

Bref, la vie de Serge Atlaoui dépend aujourd'hui uniquement du bon vouloir de Joko Widodo. Le même homme qui a justement demandé au roi d'Arabie saoudite d'accorder, sans succès, sa grâce à une Indonésienne condamnée pour meurtre. C'était la semaine dernière.

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