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Publié par Bob Woodward

Gestion de la barbarie

La dernière vidéo d'exécution de l'État islamique a une nouvelle fois choqué le monde entier par sa radicalité et son extrême violence. Diffusé par la branche de production principale de l'organisation, Al-Furqan, ce film d'une trentaine de minutes, à la qualité de production irréprochable, justifie d'un point de vue théologique, citations de textes sacrés et images de destructions de sites religieux chrétiens à l'appui, le sort réservé aux chrétiens vivant dans les territoires conquis par l'État islamique. Il s'achève sur les images glaçantes de deux exécutions de chrétiens éthiopiens dont l'une, filmée sur la côte libyenne, évoque par sa mise en scène une vidéo diffusée en février dernier montrant l'exécution de coptes égyptiens. Comble de la perversité, la vidéo met en scène le «témoignage» de chrétiens d'Iraq ayant accepté de payer l'impôt qui leur permet de conserver leur foi et de survivre.

Malgré l'horreur qu'elle inspire, et au-delà de la question absolument fondamentale de la situation dramatique des chrétiens d'Orient, cette vidéo trahit, à l'égal des précédentes, une stratégie de guerre médiatique pensée et réfléchie. «Il y a une raison stratégique derrière chaque exécution de l'État islamique», expliquait l'été dernier Aaron Y. Zelin, chercheur au Washington Institute et spécialiste des mouvements jihadistes. L'État islamique mènerait donc ce qu'on pourrait appeler une realpolitik de la terreur, de sorte que chaque mise en scène macabre répond à une logique rationnelle du point de vue de la propagande et de la guerre médiatique.

L'utilisation de la violence à des fins politiques n'est pas une question nouvelle. Aux premières pages de Surveiller et punir (1975), Michel Foucault décrit le supplice d'un condamné, Robert-François Damiens, jugé coupable d'avoir tenté d'assassiner Louis XV. L'exécution, particulièrement atroce, dura plus de deux heures. Pour Foucault, ce supplice est l'une des dernières manifestations en Occident de ce qu'il appelle le «spectacle punitif» et de toute la charge symbolique qui lui est associée. «La punition a cessé peu à peu d'être une scène» écrit-il. Cette disparition progressive des supplices théâtraux s'explique notamment, pour Foucault, par le fait que ces mises en scène faisaient «du supplicié un objet de pitié ou d'admiration», et que par conséquent «l'exécution publique est perçue maintenant comme un foyer où la violence se rallume».

Gestion de la barbarie

Nicolas Machiavel, dans le fameux chapitre XVII du Prince (XVIème siècle), explore également cette question de la violence comme outil politique. Il y explique que la cruauté de César Borgia lui a permis de «rétablir l'ordre et l'union dans la Romagne», là où «le peuple florentin, pour éviter le reproche de cruauté, laissa détruire la ville de Pistoie». Cependant il prend soin de nuancer cette affirmation en rappelant les limites qui s'imposent au Prince dans l'exercice de ses fonctions: «Le prince qui veut se faire craindre doit s'y prendre de telle manière que, s'il ne gagne point l'affection, il ne s'attire pas non plus la haine».

Les idéologues de l'État islamique n'ont sans doute jamais lu Michel Foucault ou Machiavel. En revanche, il puisent leur inspiration dans un texte fondateur de l'idéologie jihadiste ultra-violente: «Gestion de la barbarie», écrit par un certain Abu Bakr Naji qui aurait été l'un des principaux leaders chargés de la propagande d'Al-Qaeda. Comme le révèle un ouvrage paru en février 2015, ISIS: inside the army of terror (Michael Weiss, Hassan Hassan), ce traité figure parmi les ouvrages de référence de l'État-major de l'État islamique. Diffusé sur Internet en 2004, il a été traduit en anglais et en français. Il se veut une justification rationnelle de l'extrême violence perpétrée par les jihadistes avec pour objectif l'édification d'un État islamique.

Pour justifier la violence radicale, l'auteur s'appuie en particulier sur l'exemple de la dynastie des Abbassides (régnante du VIIIème au XIIIème siècle) qui s'est imposée, selon lui, à travers la violence là où ses adversaires ont échoué par leur indulgence et leur trop grande miséricorde. S'appuyant également sur l'exemple des compagnons du prophète Mahomet, qui selon lui «avaient conscience de la nécessité de la violence à certaines époques», Abu Bakr Naji insiste, prenant soin de distinguer jihad et Islam: «Le jihad n'est que violence, cruauté, terrorisme et massacres» écrit-il, avant d'ajouter: «Ceux qui n'ont pas connu la dureté de la guerre ne peuvent pas comprendre le rôle de la violence dans la guerre militaire et médiatique contre les infidèles». Car il y a bien, selon Abu Bakr Naji, deux stratégies complémentaires pour établir un État islamique: une stratégie militaire «destinée à disperser les forces de l'ennemi et à mettre à mal ses capacités militaires et financières», et une stratégie médiatique dont l'objectif est à la fois de convaincre le plus de monde possible à rejoindre les rangs du jihad (donc: recruter) et de démoraliser les troupes de l'ennemi, les pousser à la désertion.

Gestion de la barbarie

Abu Bakr Naji décrit également ce qu'il appelle la «stratégie du prix à payer». À chaque action de l'ennemi, celui-ci doit anticiper -et craindre- la réplique violente qui suivra. Cette stratégie amènera l'ennemi à «réfléchir mille fois avant de s'attaquer» aux régions contrôlées par les jihadistes. L'auteur évoque ainsi la possibilité de mener des attentats ou des kidnappings (notamment de journalistes…) afin d'accroître la force de frappe de la communication. Car le but fondamental de ces actes est de délivrer un message et de l'adresser au plus grand nombre. Il insiste sur l'importance de trouver pour chaque action violente une justification «rationnelle, appuyée sur la Sharia» et de «montrer» qu'elles sont dans l'intérêt de l'Oumma, la communauté des croyants.

Ce texte, publié en 2004, semble décrire très précisément la stratégie que mène aujourd'hui l'Etat islamique, en particulier du point de vue de la propagande et de la guerre médiatique. Il n'est point besoin ici de rappeler l'efficacité de cette propagande, qui conduit de plus en plus de musulmans radicalisés à rejoindre les rangs de l'Etat islamique en Iraq ou en Syrie et qui marque en profondeur l'imaginaire et l'inconscient occidental. Notons que la «Gestion de la Barbarie» a été écrit alors qu'Internet n'était pas encore l'outil de communication et de diffusion universel qu'il est devenu aujourd'hui. Abu Bakr Naji a une obsession dans son traité jihadiste: être en mesure de s'adresser à ce qu'il appelle «les masses», au plus grand nombre. Cette condition dépendait d'un élément sur lequel les jihadistes n'avaient pas de prise: le filtre médiatique. Avec Internet, ce filtre a entièrement disparu, ce qui nous rend d'autant plus vulnérables...

Gestion de la barbarie

Gestion de la barbarie se veut donc être le parfait manuel du djihadiste. Ce livre, passé inaperçu ou presque en France, a déjà gagné le surnom de "Mein Kampf des islamistes". Écrit en arabe et publié sur Internet en 2004, il est aujourd'hui traduit en plusieurs langues. Son auteur, Abu Bakr Naji, est l'un des théoriciens les plus lus parmi les chefs djihadistes, aussi bien au sein de l'organisation État islamique que d'Al Qaeda. Selon Valeurs actuelles, Abubakar Shekau, le chef de Boko Haram au Nigéria, en aurait fait son livre de chevet.

Au fil des 248 pages, Abu Bakr Naji décrit la stratégie du chaos nécessaire pour soumettre l'Occident à l'islam. La méthode est simple : viser les touristes occidentaux dans les pays arabes (attentat de Charm el-Cheikh du 23 juillet 2004 - 88 morts) ; assassiner les journalistes (un principe appliqué par l'organisation de l'État islamique) ; kidnapper les employés des compagnies pétrolières (comme à In Amenas en Algérie en 2013); commettre des attentats de manière répétée afin de créer un sentiment de peur.

L'autre objectif de Gestion de la barbarie ? Faire du monde arabe un gigantesque califat islamique. Pour y parvenir, Abu Bakr Naji dit qu'il faut s'appuyer sur la violence et la misère subies par les populations locales pour gagner leur confiance : promettre une sécurité accrue, une protection sociale ou encore l'application de la charia. Abu Bakr Naji rêve de voir la Jordanie, l'Arabie saoudite, le Yémen, la Turquie, le Pakistan ou encore le Maroc rejoindre son califat.

Publié en 2007 par les Éditions de Paris, une maison d'édition basée à Versailles et spécialisée notamment dans les ouvrages en lien avec l'islam, le livre est en vente libre. Sur Amazon, où il figure à la 56e place des meilleures ventes dans la catégorie "terrorisme", l'éditeur le présente ainsi : "Ce document hallucinant donne un sens aux informations de la presse. Il faut le lire et le faire connaître pour qu'il ne soit pas dit : Nous ne savions pas !" Le savoir ne suffira pourtant pas à mieux supporter décapitations, attaques kamikazes ou destruction du patrimoine mondial.

Gestion de la barbarie

La lecture de ce livre d’Al-Qaïda n’est pas une lecture facile. Mais elle est essentielle et, à bien des égards, vitale. Tout y est dit sans équivoque. Avec une précision clinique qui fait froid dans le dos. On nous y décrit le sort qui doit être réservé à l’Occident en général et à l’Occident chrétien en particulier. Les consignes que donne, les tactiques que l’on y propose, les « recettes » que l’on y énumère ont, pour certaines, déjà été appliquées, d’autre sont en application au moment même où nous écrivons, d’autres encore sont en gestation.

Ce texte, jamais traduit en français, a été longuement étudié par le Combating Terrorisrn Center de West Point (le Saint-Cyr américain) et l’Olin Institute For Strategic Studiesd’Harvard, vigilants observateur de la menace islamiste. Dans l’esprit même du philosophe chinois Sun Tzu : « Si tu connais ton ennemi et si tu te connais toi-même, ta victoire ne fera aucun doute. Si tu connais le Ciel et si tu connais la Terre, tu peux faire que ta victoire soit encore plus complète. »

Gestion de la Barbarie relève de ce que les idéologues du jihad appellent des « études stratégiques ». À savoir des essais qui ont pour objet d’analyser les forces et les faiblesses du jihadisme comme les forces et les faiblesses de ses ennemis : les États-Unis et leurs alliés, pour faire court. À ce titre, Gestion de la barbarie « révélée » par l’Olin Institute For Strategic Studies, est un livre qu’il convient de faire connaître à un maximum de gens. Et d’abord à nos gouvernants bien souvent négligents à l’égard de tels travaux jugés rébarbatifs.

Le Combating Terrorism Center note : « Une raison de la négligence des travaux de ce genre tient au fait qu’ils sont écrits en arabe et qu’ils sont d’une taille importante. Et ils sont beaucoup plus difficiles à traduire que les diatribes habituelles de Ben Laden et des autres leaders de premier plan. À la différence de ces diatribes destinées au plus grand nombre, les textes stratégique jihadistes exigent des traducteurs connaissant bien les études stratégiques occidentales (dont les islamistes s’inspirent lourdement), l’histoire et la théologie médiévales islamiques et leurs développements contemporains. La récompense, après avoir dépassé ces obstacles, est incommensurable : ces travaux jihadistes sont intelligents (et diaboliquement intelligents), ce sont des manuels d’insurrection globale rédigés par des penseurs particulièrement doués. La question peut se poser de savoir si ces textes guident les actions des jihadistes de terrain. Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’ils sont lus et étudiés par l’intelligentsia jihadiste et qu’ils sont la meilleure des sources pour comprendre la nature intrinsèque du mouvement jihadiste.»

Qui est « Abu Bakr Naji », l’auteur de Gestion de la Barbarie ? Il est fort probable que ce nom soit un pseudonyme collectif. D’autres essais, signés par le même « Abu Bakr Naji » ont été publiés sur le magazine internet d’Al-Qaïda, Sawt al-Jihad. Pseudonyme collectif ou individualité, « Abu Bakr Naji » est, en tout état de cause, l’un des penseurs les plus importants du mouvement jihadiste avec Ayman al-Zawahiri (auteur de Combattants sous la bannière du prophète), Abu Qatada (auteur de Entre deux méthodes) et Abu Mus’ab al-Suri (auteur d’Observations sur l’expérience jihadiste en Syrie.

Que dit Abu Bakr Naji? Qu’il ne croit pas que le mouvement jihadiste peut vaincre les États-Unis via un affrontement frontal mais qu’il peut le faire au prix d’une guerre planétaire et terroriste. En propageant partout la peur, la mort, la haine, en frappant les alliés — musulmans et non-musulmans — des infidèles, en ruinant les économies des puissances occidentales, se mettra en place une barbarie (nous aurions pu aussi bien traduire le titre arabe par Gestion de la sauvagerie) que les jihadistes auront à gérer. Et c’est de cette gestion (ce management en anglais), étape indispensable, qu’émergera le califat, la victoire d’Allah, le règne de l’Oumma.

Les actions terroristes tous azimuts, explique — et veut démontrer — Abu Bakr Naji, créeront un tel sentiment d’insécurité que des régions entières, des régions « barbares », des régions « sauvages », seront abandonnées aux jihadistes qui s’appliqueront alors à les gérer, appelés à le faire — suppliés de le faire — par les populations (musulmanes mais aussi non-musulmanes) hébétées de terreur et avides d’un retour à l’ordre. Une fois l’ordre islamique, l’ordre de la charia, rétabli, la marche vers le califat coulera de source.

Gestion de la barbarie

Ce libre parle de la façon dont les fanatiques musulmans pourraient réduire à merci et envahir les pays chrétiens, non par les armes mais par le terrorisme et divers procédés d’intimidation pour désorganiser la société, ruiner l’autorité, réduire à néant les forces de résistance et préparer une totale prise en mains, une gestion de la « barbarie » alors en place. Pouvons-nous penser que cela soit possible sans que l’ennemi, attaquant déterminé, ne soit d’abord accepté dans cet Etat pris pour cible ? Sans qu’il y trouve des complices, le ver est dans le fruit ou, plus important sans doute, une forme d’inconscience ou de démission ? Or, cette confusion et cette manière de lâcheté intellectuelle qui refusent de voir où est le vrai, nous l’avons, en Occident et plus particulièrement en France, cultivée, choyée, pendant des siècles par le jeu d’alliances inconsidérées et de mises en condition souvent préparées par nos élites. Cela remonte, pour le moins, au temps de la mirifique alliance du roi très chrétien, roi de la France fille aînée de l’Eglise, avec les Turcs. À la mi-juillet 1543, la flotte ottomane fut accueillie en grande pompe à Marseille; une escadre franco-turque alla bombarder Nice et, le 13 octobre, deux cents galères s’ancrèrent devant Toulon livré corps et âmes, pendant six mois, aux janissaires qui firent la course aux esclaves dans l’arrière-pays. Pour se justifier, les agents du roi montèrent une grossière machine de propagande qui, depuis lors, n’a cessé d’empoisonner l’opinion : turco-manie à tous crins, fascination de l’Orient, images idylliques du sérail et du sultan, des Lettres persanes, du Mamamouchi de Monsieur Jourdain et des Indes galantes de Versailles à la belle et douce Aziyadé de Pierre Loti, tout à l’unisson.

Les Français n’ont porté aucun secours aux chevaliers de Malte assiégés par les Ottomans en 1465 et cette résistance des chevaliers hospitaliers, l’un des hauts faits de toute l’histoire militaire en Méditerranée, leur fut complètement étrangère : interdiction du roi. Ceux qui prirent le risque d’y aller furent condamnés et virent leurs biens confisqués. Nous étions aussi, et là encore de propos délibéré, absents à Lépante. Ce qui, histoire propagande oblige, fit dire que ce n’était qu’une toute médiocre victoire sur une toute petite escadre turque (deux cent cinquante grosses galères !) et surtout, puisque nous n’y étions pas, « une guerre pour rien ». Aujourd’hui encore, nos manuels d’enseignement n’en parlent pas, si ce n’est en quelques lignes perdues dans une sorte de fatras, pour ne pas en dire trop. Nous ne voulons toujours pas croire que l’offensive ottomane n’avait pas pour but le contrôle de quelques îles de la mer orientale mais, bel et bien, la conquête de Rome. Le sultan le criait à ses troupes la veille de la bataille. Les Turcs vainqueurs à Lépante, les défenses de l’Italie s’effondreraient et Rome succomberait. Constantinople en 1453 et Rome, de la même façon, soumise au même sort, aux mêmes profanations, cent vingt ans plus tard ! Le pape l’a dit et redit mais les Français n’en voulaient rien savoir.

Ils n’étaient pas non plus, en 1683, à la défense de Vienne, capitale d’un empire trop détesté. En 1854, premier coup d’éclat du règne. Napoléon III se joint aux Anglais et aux Turcs pour faire la guerre aux Russes qui avaient eu le front d’attaquer quelques provinces ottomanes et prétendaient faire croiser librement leurs navires en Méditerranée. De cette malheureuse campagne, où les Français et les Anglais perdirent ensemble plus de cent mille hommes, l’on fit un titre de gloire, honorée par de belles cérémonies et plusieurs baptêmes dans Paris : place et rue de Crimée, boulevard de Sébastopol. Qui pourrait oublier le zouave de l’Alma, héros débonnaire, les pieds dans l’eau?

1993, la Bosnie; 1999, le Kosovo : à deux reprises, guerre aux chrétiens serbes, orthodoxes certes mais chrétiens tout de même pour, en fin de compte, livrer une part des Balkans aux islamistes affirmés. De bons journalistes affirmaient alors, tout ordinairement, que les musulmans, qu’ils disaient « modérés », étaient plus fréquentables que ces chrétiens-là. Ils ne connaissaient donc pas Alija Izebegovic, auteur d’un livre qui parlait haut et clair de son désir d’instaurer en Bosnie une république islamique. Et de glorieux aviateurs bombardaient Belgrade de très haut. Accord parfait en France à l’époque. Mais l’on compte, aujourd’hui, ceux qui informent leurs lecteurs sur les monastères pillés et mis à bas, sur les crimes au nom de la religion, sur les misérables camps de réfugiés chrétiens en Serbie.

C’est un état d’esprit contre lequel il semble que l’on ne puisse rien. Et déjà l’on capitule. L’histoire des croisades n’est plus vraiment enseignée à l’Université et n’est plus sujet de recherches, sinon par ceux qui proclament à l’avance leur dessein de condamner les Francs. Ces derniers temps, nombre de journalistes et quelques historiens même, qui se disent bien informés, veulent nous faire croire que le jihad, cette guerre sainte prêchée aux musulmans et, en bien des temps, imposée comme un devoir, n’avait été qu’une riposte aux croisades. C’est ne rien en savoir ou avoir tout oublié. Ou, plutôt, prendre la « cible » pour ce qu’on voudrait qu’elle soit. La première croisade ne fut rien d’autre que la dure aventure de foules innombrables de pèlerins qui voulaient prier librement à Jérusalem. Non du tout une guerre sainte, puisqu’ils n’avaient jamais entendu parler de l’Islam et n’en pouvaient rien connaître; et leurs chefs pas davantage. La guerre sainte musulmane, elle, fut bien réelle et s’est faite, non dans les années 1100 mais quelque quatre cents ans plus tôt, très peu de temps après l’Hégire. Les Arabes ont pris Ctésiphon, capitale des Perses sassanides en 634. Deux ans plus tard, ils remportaient l’éclatante victoire de Yarmouk contre les Byzantins et soumettaient la Syrie et la Palestine, avant d’occuper l’Égypte, en 642, sans doute sans trop de mal mais, là aussi, par la force des armes. Il leur fallut trois campagnes pour chasser les Byzantins de Carthage et, par deux fois, ils échouèrent à prendre Constantinople. La conquête de l’Afrique du Nord, face aux tribus berbères, chrétiennes ou juives, résolument hostiles, acharnées à défendre leurs libertés et leur foi, leur a coûté plus d’un siècle d’efforts et de graves revers.

On veut oublier ce long passé guerrier et, en tout cas, nous faire croire que nos forces de dissuasion nous mettent à l’abri d’une attaque armée. Et nous devons aussi penser que les actes de terrorisme ne concernent que quelques sectes ou sociétés isolées et ne répondent à aucun plan d’ensemble. Au moment même où l’on apprend que les maîtres de la King Fahd Academy, fondée à Londres en 1985 par le gouvernement saoudien, décrivent les juifs comme des singes et les chrétiens comme des porcs (Times du 6 février 2007), certains commentateurs, dans les journaux insoupçonnables de complicité ou à une radio bien française, interprète du pays réel, affirment qu’il n’existe aucune formation religieuse ou politique qui songerait à établir en France une République islamique et y travaillerait déjà. Le livre, Gestion de la barbarie, nous donne la vraie réponse.

Gestion de la barbarie

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