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Publié par Bob Woodward

Le suicide de la gauche: le cas Michel Onfray

Manuel Vall, invité dimanche 8 mars du Grand rendez-vous Europe 1-I-Télé- Le Monde, s'en est pris au philosophe Michel Onfray qu'il a accusé de "perdre les repères" et de préférer l'intellectuel de la Nouvelle droite, Alain de Benoist, à Bernard-Henri Lévy.

"Quand un philosophe connu, apprécié par beaucoup de Français, Michel Onfray, explique qu'Alain de Benoist, qui était le philosophe de la Nouvelle droite dans les années 70 et 80, qui d'une certaine manière a façonné la matrice idéologique du Front national, avec le Club de l'Horloge, le Grece, (...) au fond vaut mieux que Bernard-Henri Lévy, ça veut dire qu'on perd les repères", a dénoncé le Premier ministre sur Europe 1/iTELE/Le Monde.

"Dans ce moment-là, mon rôle, le rôle des formations politiques, c'est de faire en sorte qu'on comprenne quels sont les enjeux", a-t-il confié.

Le suicide de la gauche: le cas Michel Onfray

Michel Onfray, le traître

Depuis un tweet sur la "théorie du genre" et quelques déclarations sur France inter, Michel Onfray est devenu un traître à la cause, véritable paria de son camp. Le philosophe est désormais qualifié de réactionnaire ou de "Finkielkraut bis" par des médias plutôt marqués à gauche et qui s'érigent en gardiens du temple de la pensée — de gauche — autorisée.

Il aura suffi d’une sortie à Michel Onfray pour devenir le paria de son propre camp. Autrefois philosophe favori de la gauche, depuis ses récentes prises de position, Michel Onfray est traité en traître à la cause.

Sa faute ? D’abord, d'avoir posté un tweet le 10 septembre 2014 relevant plus du bon sens que de l’idéologie : « Et si à l’école, au lieu de la théorie du genre et de la programmation informatique, on apprenait à lire, écrire, compter, penser ? »

Rue 89 a immédiatement répondu à Michel Onfray: la théorie du genre n’existe pas et la programmation informatique au primaire, c’est très utile. Le tout développé sur la longueur et à partir de comparaisons avec Nadine Morano et la Manif pour tous...

Mais Michel Onfray a remis le couvert le 12 septembre 2014 sur France Inter franchissant la ligne rouge en évoquant encore l’enseignement de la « théorie du genre » à l’école : la sortie de route de trop, impardonnable comme si la « théorie du genre » était devenu le nouveau point godwin des ordonnateurs de la pensée.

La déclaration a irrité nombre de rédactions parisiennes. L'Express hésitait à trancher quant à la nature du propos : « Dérapage ou provocation ? ». Et de se demander si l’intellectuel, autrefois célébré, ne serait pas « le fils naturel de Jean-Paul Brighelli et de Farida Belghoul ? ».

Les fact-checkeurs du Monde ont rapidement accusé le philosophe de « philosophie de comptoir » tentant de le remettre dans le droit chemin en assénant leurs « évidences ». Pour ce Ministère de la vérité journalistique, « la théorie du genre n’existe pas », il n’est question que « d’études de genres ». Tarte à la crème simpliste, jamais argumentée mais martelée jusqu'à plus soif et reprise en chœur par tous ceux tombés sur Michel Onfray cette semaine.

Le suicide de la gauche: le cas Michel Onfray

Onfray, un « Finkielkraut bis » d'après Arrêt sur images

S’il existe des « études de genre » parfaitement innocentes au sens de l’étude de la variation historique et sociale de la présentation des sexes, la « théorie du genre » désigne bel et bien l’application radicalisée du principe que si l’assignation sexuelle est une construction sociale, sa déconstruction est non seulement possible mais parfaitement souhaitable et nécessaire.

Certes, cette « théorie du genre » n’est pas enseignée à l’école et les « ABCD de l’égalité » qui ont déchaîné des passions irrationnelles, marquaient plus par leur niaiserie que par leur contenu idéologique.

Pour ce qui est de l’enseignement de la lecture et de l’écriture, nos « rappelleurs d’évidence » se contentent de mentionner qu’en CP et CE1, 360 heures sont consacrés à l’étude du français, oubliant sciemment de s’intéresser à l’efficacité du système et à l’acquisition de ces compétences. Un détail sans doute... Comme ils oublient de rappeler qu'il y a quarante ans un élève de CP bénéficiait de 15 heures de français contre 9 actuellement.

« Venons en aux faits » comme le promettent les Décodeurs: en 2014 une note de l'Inspection Générale estimait que 9,6 % des jeunes de 17 ans n’accédaient pas à la compréhension des textes, « faute de vocabulaire ». Le nombre d’élèves quittant l’enseignement primaire en situation d’échec s'estime à 15%. Bref, passer plus de temps sur les enseignements de base ne serait pas superflu plutôt que d’embrouiller l’esprit de nos chères têtes blondes avec des problèmes qu’ils auront tout loisir d’aborder plus tard et sans doute encore plus sereinement, s’ils savent lire et écrire et penser…

Dans un article revenant sur le cheminement intellectuel d’Onfray, le site Arrêt sur Images voit dans ces sorties un « coming out réac’ », au point de le qualifier de « Finkielkraut bis » — outrage ultime pour le journaliste conditionné à penser dans les clous.

Le suicide de la gauche: le cas Michel Onfray

La gauche en état de mort cérébrale

Comme Les Décodeurs, comme l’Express, comme Rue89, Arrêt sur images s’interroge sur ce qu’il appelle « la nouvelle bombe d’Onfray » : « Pourquoi le philosophe connu pour être un chantre de l'athéisme, enfourche-t-il ce combat ? Il y a un an, étonnamment, il parvenait dans une même tribune à allier critique des ABCD de l'égalité visant à déconstruire les stéréotypes femmes/hommes et défense de l'athéisme » questionne le site, apparemment hermétique à tout cheminement de la pensée : ce que tu penses un jour, tu le penses toujours ! Et de regretter que « de philosophe hédoniste, iconoclaste, et relativement inclassable, Onfray vient, sur plusieurs points, de rejoindre Finkielkraut ».


Un tir groupé qui relève du procès en excommunication, comme si pointer les dérives dites « réactionnaires » des intellectuels de gauche était désormais devenu un marqueur identitaire d’une gauche labellisée « véritable », mais en état de mort cérébrale, d'asphyxie politique et incapable de penser le progressisme au-delà de quelques questions sociétales et d’indignations relevant du réflexe pavlovien.


Ô surprise, Libération s’y est bien essayé mercredi 17 septembre 2014 en consacrant sa une au livre du géographe Christophe Guilluy. Dans son éditorial Laurent Joffrin appelle à lire l’ouvrage de toute urgence, « même si ce n’est pas pour en épouser tous les thèses politiques ». Mais dans les pages intérieures, le chercheur y est déjà qualifié de "Onfray de la géographie" comme pour mieux faire transpirer l’idée du traître à la cause. Il faut dire qu'Onfray pour la gauche en générale et Libé en particulier, est un traître cumulard : notre homme s'en est pris à Sartre, Badiou et, comme nous le rappelions récemment, a le don de ne pas exclure l'islam du champ de son anti-cléricalisme.

Lire "La France périphérique » du géographe Ch.Guilluy. Une vraie réflexion sur les vrais sujets qui fâchent la fausse gauche de Libé...
— Michel ONFRAY (@michelonfray)

A ces gardiens du temple de la pensée conforme, incapables de concevoir que la crise qui couve à gauche réclame de penser au-delà de son camp, Michel Onfray a répondu— cela les fera hurler — sur FigaroVox : « Comment peut-on penser cette civilisation mourante qui est la nôtre quand on est enfermé dans les catégories d’une certaine gauche ? On ne peut pas. Moi qui suis athée, je préfère un chrétien intelligent à un athée débile. Moi qui suis de gauche, je préfère un homme de droite intelligent à un homme de gauche débile. On s’interdit de penser la moitié du monde en considérant qu’on a des catégories pour voir le monde. Non, on voit le monde et les catégories nous servent. Accessoirement, elles sont de droite ou de gauche ».

Un avis sans doute difficile à faire admettre à ces récents contempteurs du nouvel Onfray, auxquels le doute semble inaccessible. Pour ceux-là, la gauche ne se discute pas : « La gauche, tu l’aimes ou tu la quittes ! »

Suite à l'éviction d'Eric Zemmour d'I-Télé, Michel Onfray souligne la perte des idéaux de la gauche: " Zemmour est une excellente aubaine pour la gauche: il suffit d'en faire l'homme de droite par excellence, le représentant du «bloc réactionnaire» comme le martèle Cambadélis, (ancien trotskyste, condamné par la justice, mais néanmoins patron du PS…) le spécimen du penseur d'extrême-droite, pour se trouver un bouc émissaire qu'on égorge en famille, en chantant ses propres louanges pour une si belle occasion. «Nous sommes donc bien de gauche, nous, puisqu'il est de droite, lui!» vocifèrent-ils en aiguisant le couteau.

Ce que la gauche veut faire oublier c'est moins son bilan que son appartenance, avec la droite libérale, au club de ceux qui font le monde comme il est. Autrement dit: au club de ceux qui nourrissent le Front National qui ne vit que des souffrances générées par le marché. Il y a donc intérêt pour eux tous, droite libérale et gauche libérale, à se retrouver comme un seul homme pour égorger la victime émissaire qui dit que le FN progresse avec un quart de siècle de la politique de ces gens-là."

Il serait enfin temps d'écouter Michel Onfray fustigeant une gauche qui est en train de se suicider.

Le suicide de la gauche: le cas Michel Onfray
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Tietie007 28/09/2015 11:15

Onfray qui tacle régulièrement Mélenchon pour son robespierrisme et qui soutient ce jacobin de Chevènement, fan de l'Incorruptible ...

BOVET 22/09/2015 17:37

Merci pour votre article. Onfray n'a guère besoin, mais je le lui offre quand même.