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Publié par Bob Woodward

Zemmour est-il un salaud?

Le cas Zemmour

Comme Ivan Rioufol l'a relevé, signe des temps, la pièce de Bernard-Henri Lévy, soutenue et applaudie par le Tout-Paris, président de la République compris, s'est arrêtée prématurément et le livre d'Eric Zemmour, médiatiquement démoli, est plébiscité par le public (Le Figaro).

Que ce dernier "affole l'Audimat" et que la détestation manifestée à son encontre par une majorité de journalistes le fasse bénéficier de la sympathie intellectuelle de beaucoup de citoyens est une évidence (Le Parisien).

Mais toutes les attaques ne sont pas médiocres. Si certaines sont seulement inspirées par la jalousie, d'autres lui intentent un procès de fond et, négligeant le journaliste, s'en prennent à l'homme politique que Zemmour serait devenu. Je songe notamment à un billet fin et caustique d'Ariane Chemin sur son intervention aux côtés de Robert Ménard à Béziers et aux analyses, par exemple, de Nicolas Truong et de Luc Bronner dans Le Monde. Pour celui-ci, Eric Zemmour serait "le révélateur des angoisses françaises".

Zemmour est-il un salaud?

Pourquoi pas ? Ce ne serait pas honteux.

A bien examiner les griefs essentiels, je les perçois moins comme des contradictions fondamentales et argumentées que comme une manière sarcastique et un tantinet condescendante de mettre en cause la démarche de Zemmour. On ne lui répond pas, on se moque. Parce qu'on a à se colleter avec une approche apparemment à droite mais si inventive et atypique qu'on est perdu et que le vivier conventionnel des répliques classiques est inexploitable.

Il tirerait, d'abord, des conclusions péremptoires de séries télévisées comme "Hélène ou les garçons", ou de certaines chansons, de certains films. Il oserait attacher de l'importance, pour décrire l'évolution de notre société, à des marqueurs culturels qui, pour être dans l'instant anodins, se sont révélés sur le long terme comme l'amorce de changements décisifs. Qui peut contester la validité d'une telle méthode allant puiser dans le terreau et la représentation du quotidien des indices signifiants ?

Il est d'autant plus piquant d'entendre la dénonciation de la gauche dominante qu'elle n'a cessé, et souvent à juste titre, d'insister sur le caractère pédagogique des événements culturels en les mettant souvent au premier plan de l'histoire d'un pays. Parce que les références choisies par Eric Zemmour ne lui conviendraient pas, cette grille d'explication par la culture serait illégitime ?

Ensuite, on a l'impression que l'auteur du "Suicide français" a commis un crime de lèse-majesté parce qu'il a eu l'audace, lui journaliste talentueux mais iconoclaste et étiqueté du mauvais côté de l'esprit, de présenter une vision globale, en quelque sorte un système ayant l'impudence de damer le pion à la conception dominante du camp d'en face.

Le scandale est que celle-ci n'ait plus été contestée par des adversaires disséminés et de ce fait fragiles et peu convaincants - des solitudes face à un rouleau compresseur ! - mais qu'elle soit dorénavant atteinte de plein fouet par une offensive dont la vigueur intellectuelle et "sociétale" ne le cède en rien à l'hégémonie trop longtemps exclusive du bloc contraire bienséant et, lui, évidemment moral. Outré d'être chassé des terres qu'il occupait seul, avec bonne conscience.

Ce qui est intolérable, si on cherche le ressort originel de cette vindicte, tient évidemment à la liberté d'expression de Zemmour, à l'expression de sa liberté. Si on n'admet pas le choc de cette provocation inouïe dans un univers figé, structuré, solidifié, momifié autour de certitudes d'autant plus inébranlables qu'elles n'ont jamais été touchées même du bout de la pensée et de la curiosité, on ne comprendrait pas par exemple le ton haineux dont certains ont usé contre Zemmour parce que celui-ci a affirmé que "90% des juifs français ont été sauvés par Pétain".

Même si la position de Zemmour sur ce point est quelque peu erronée, il ne s'agit jamais que d'un débat historique qui pourrait être stimulant puisque ce pavé dans la mare de l'Histoire a mis à mal le confort d'une historiographie officielle et intouchable. Il a fait bouger, il a vivifié. Il n'est coupable que d'avoir dérangé des intelligences et des savoirs enkystés.

Le principal, en l'occurrence, réside moins dans l'énonciation du propos, qui doit en effet être discuté - Serge Klarsfeld n'est pas totalement dénué de crédibilité sur ce terrain - que dans le fait que Zemmour ait eu la liberté et l'insolence de le tenir. Qu'il ait eu la volonté, par l'écriture, de démontrer qu'aucun sujet n'était tabou sauf à considérer notre espace démocratique comme condamné à perpétuité à la pauvreté et au simplisme.

Zemmour est-il un salaud?

Eric Zemmour est venu, avec son livre, se mêler de ce qui ne nous regardait pas. Il y a en effet des chasses gardées et des idées confisquées, comme il y a des droits acquis. On n'a pas le droit de toucher à des certitudes, consacrées par le conformisme intellectuel et médiatique, sur lesquelles on peut dormir sans craindre d'être réveillé par quiconque.

Eric Zemmour serait disqualifié parce qu'il serait réactionnaire. Nous sommes quelques-uns, sur un registre divers, à ne pas nous effondrer face à une telle qualification, bien au contraire. Pour ma part, je l'ai toujours vécue comme un hommage au point de me définir comme tel en me distinguant du conservateur qui, lui, cultive une adoration quiète et bête pour le passé dans sa globalité et refuse tous les mouvements, quelle que soit leur nature.

Quand je lis trop souvent, comme si la cause était entendue, la mise au ban de ce qui est réactionnaire, sans qu'on précise quoi que ce soit sur la substance mais en accablant au nom de ce péché qui serait mortel, quand les thèses de Zemmour sont jugées fausses parce que "réactionnaires", je m'interroge sur la capacité de notre société et de notre monde politique à réfléchir et à fuir la commodité du réflexe pour la pertinence de l'opinion.

La "réaction" serait "une tendance politique qui s'oppose aux évolutions sociales et s'efforce de rétablir un état de choses ancien".

En retenant cette définition telle quelle, je ne vois pas en quoi une telle attitude serait intrinsèquement négative et connotée comme un opprobre. Le fil du temps, il convient de le répéter, n'est pas forcément progressiste et la marche en avant mécanique représente souvent une régression sur le fond des choses et la qualité des comportements.

Le réactionnaire clairvoyant est à l'abri de cette ineptie qui ferait du passé un paradis perdu magique en tout mais n'a pas peur de soutenir que sur beaucoup de points dérisoires ou profonds, "c'était mieux avant".

Il ne faut pas cesser de combattre cette facilité qui permet aux bien-pensants et aux paresseux de l'esprit de s'installer dans une lumière prétendue quand l'ombre serait réservée aux réactionnaires. J'attends encore qu'on me dise pourquoi il serait plus éthique et politiquement plus noble de se satisfaire de la société et des institutions d'aujourd'hui, quand elles se délitent et nous entraînent vers le pire, plutôt que de s'efforcer, avec courage et détermination, de redonner sens et actualité à celles d'hier si le meilleur les inspirait.

Zemmour est-il un salaud?

Faire taire les voix dissonantes : l’obsession de la gauche liberticide. La tentation de la censure est portée par Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur. Récemment, il jugeait "indispensable" de "réguler internet", libre forum accusé d’être la cause de l’endoctrinement des islamistes. "90% des extrémistes se sont radicalisés sur la Toile et non en allant voir un imam à la mosquée", soutenait-il. Depuis, la mosquée de Lunel (Hérault), ville d’où sont partis dix djihadistes pour la Syrie, a refusé de condamner ces départs, en déclarant : "La plus grosse filière djihadiste, c’est François Hollande". Cette fois, c’est Eric Zemmour qui est la cible de Cazeneuve. Dans un communiqué, le ministre "affirme son soutien aux musulmans de France odieusement attaqués par Zemmour et appelle tous les républicains à réagir et à manifester leur solidarité". Dans la foulée, le président du groupe socialiste, Bruno Le Roux, déclare : "Il est temps que les plateaux télé et les colonnes des journaux cessent d’abriter de tels propos". Les Jeunes socialistes demandent pour leur part que l’auteur du best-seller, Le Suicide français, "cesse d’être présenté dans les médias comme un chroniqueur neutre quand il passe son temps à défendre les thèses de l’extrême droite en toute partialité". SOS Racisme promet une plainte pour incitation à la haine raciale. Aux yeux de la gauche, qui cumule ses ronds de serviette dans les médias audiovisuels, rien ne doit troubler trop longtemps son confort intellectuel. Les quelques porte-voix des Oubliés ne sont pas les bienvenus chez les épurateurs "éthiques".

C’est bien sûr une intolérance à la liberté d’expression que montre une nouvelle fois la gauche prétendument morale. Le énième procès contre mon confrère, entamé hier soir, en son absence, sur Canal +, est un petit bijou de stalinisme, avec ses fausses accusations et ses amalgames. "Zemmour envisage la déportation des musulmans", répètent les perroquets à la lecture d’un entretien au Corriere della Serra paru le 30 octobre et ébruité le 15 décembre par un blog de Jean-Luc Mélenchon. En réalité, la question retranscrite : "Que suggérez-vous de faire : déporter cinq millions de musulmans français ?" - à laquelle Eric répond en rappelant le précédent du rapatriement des pieds-noirs - n’a jamais été posée avec ce terme outrancier suggérant un parallèle avec la Shoah. Le journaliste italien, Stefan Montefiori, a admis avoir lui-même ajouté le mot lors de l’écriture en italien du texte. L’accusation en racisme est donc injurieuse. Il est aussi fait reproche à mon confrère d’avoir déclaré, à propos des musulmans, qu’ils constituent en France "un peuple dans le peuple, des musulmans dans le peuple français", situation qui "nous conduira au chaos et à la guerre civile". La généralisation abrupte n’est pas heureuse. Mais elle vaut celle de François Hollande quand il assure lundi, à contrario, que l’intégration est un succès. Il y a des musulmans qui adhèrent à l’héritage français. Mais il existe aussi une importante contre-société islamisée qui rejette la culture occidentale. Elle peut faire craindre, en effet, une guerre civile. Serait-il interdit de décrire ce phénomène, et de mettre en garde sur ses possibles conséquences ? La gauche, emboitant le pas à des organisations musulmanes, s’y emploie…

Nous n'avons pas tort d'avoir raison avec Eric Zemmour.

Zemmour est-il un salaud?

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