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Publié par Bob Woodward

La France, pays de la censure?

Zemmour censuré

L’émission « Ça se dispute » n'a pas été diffusée vendredi 19 décembre, et elle ne reprendra pas. La décision a été prise par la direction d’i-Télé au terme d’une semaine d’une polémique à propos de l’interview donnée au Corriere della Sera dans laquelle Eric Zemmour critique les musulmans

Micro fermé. Plusieurs associations réclamaient dès jeudi 18 décembre, qu'Eric Zemmour soit privé d'antenne. Ses propos sur les musulmans, publiés dans un entretien au journal italien Corriere della Sera, ont déclenché une vague d'indignations. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a d'ailleurs été saisi.

Quelques jours plus tôt, la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), l'Union des étudiants juifs de France (UEJF), ou encore le Conseil représentatif des associations noires (CRAN) annonçaient vouloir porter plainte. Alors faut-il interdire Eric Zemmour sur les ondes ?

Longtemps, en France, la presse a été un véritable et très utile contre-pouvoir en face de tous ceux qui tentaient d'imposer une quelconque vérité. Cette presse d'autrefois avait l'avantage considérable d'exister en pratiquant le pluralisme.

Sait-on qu'avant la guerre de 1939 on pouvait trouver chaque jour dans les kiosques parisiens : Le Petit Parisien (1,7 million d'exemplaires), Paris-Soir (1,4 million), Le Journal (400 000), L'Humanité (350 000), Le Matin (300 000), Ce Soir (280 000), L'Oeuvre (260 000), L'Echo de Paris (183 000), Le Petit Journal ( 180 000) , Le Populaire ( 150 000 ) , La Croix ( 140 000) , L'Intransigeant ( 135 000 ) , L'Excelsior ( 132 000) , Paris-Midi (100 000), Le Figaro (80 000), L'Epoque (75 000), Le Temps (70 000), L'lnformation (50 000), L'Action française (45 000), La Liberté (30 000), Les Débats (25 000), L'Aube ( 15 000) , Le Peuple ( 15 000) , La République ( 15 000) , L'Homme libre (5 000), Le Petit Bleu (5 000) et L'Ordre (5 000) ? Soit, chaque jour, 27 titres différents, allant de L'Humanité à L Action française, en passant par La Croix, sans parler, bien sûr, de la presse hebdomadaire, de la presse spécialisée ou de la presse de province.

Aujourd'hui, à Paris, on ne trouve plus dans les kiosques comme quotidiens généralistes que Le Parisien (643 000 exemplaires), Le Monde (405 000), Le Figaro (370 000), Libération (171 000), France-Soir (120 000), La Croix (84 000) et L'Humanité (50 000), sept titres seulement et avec un tirage total infiniment inférieur, deux de ces titres, L'Humanité et France-Soir, étant d'ailleurs depuis longtemps à l'agonie.

On est passé de 6 145 000 exemplaires vendus chaque jour à Paris à 1 843 000 alors que la population de Paris intra-muros ne baissait, entre 1939 et aujourd'hui, que de 2 850 000 à 2 120 000 habitants.

Cela ne facilite évidemment pas le pluralisme, le débat d'idées, la vie démocratique. D'autant moins que ces quotidiens parisiens respectent scrupuleusement la fameuse "pensée unique".

Il est d'ailleurs amusant de voir à quel point cette presse, celle qu'on croit de droite, comme celle qui est de gauche, a soutenu à bout de bras... Balladur en 1995, a annoncé la mort politique de Chirac à plusieurs reprises, notamment en 1994 et en 2001, a pronostiqué un score époustouflant pour Chevènement en 2002 alors qu'aucun de ces "grands" (les guillemets s'imposent) journaux nationaux n'a jamais imaginé une seule seconde l'hypothèse que Le Pen pourrait éventuellement battre Jospin..

La France, pays de la censure?

Les associations ont beau porter plainte devant la justice, une autre question demeure : peut-on interdire à Eric Zemmour de passer à l’antenne ? L’auteur du Suicide français fait en effet régulièrement la tournée des plateaux de télévisions et des matinales depuis la sortie de son essai, qui s’est vendu en moins de 3 mois à plus de 150 000 exemplaires. Il est également éditorialiste sur RTL, iTélé et Paris Première.

Fouad Bahri, le rédacteur en chef adjoint de l’hebdomadaire Zaman France, a publié jeudi 18 décembre une lettre ouverte au président du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) en appelant à la censure d’Eric Zemmour, car celui-ci ne respecterait pas “la dignité de la personne humaine” dans ses propos.

Dominique Sopo, président de l’association SOS Homophobie, s’est également fendu d'une tribune dans le Huffington Postpour “faire cesser la diffusion de la haine de Eric Zemmour” dans les médias.

Le CSA a pourtant les pieds et poings liés. Il l’a expliqué dans une lettre ouverte en réponse à Dominique Sopo, rappelant que les chaînes et radios françaises étaient libres “de traiter les sujets ou d’inviter les personnalités de leur choix“.

http://www.toutelatele.com/eric-zemmour-a-la-television-le-csa-repond-a-dominique-sopo-president-de-sos-racisme-66840

En revanche, le Conseil supérieur de l’audiovisuel a précisé qu’il veillerait à ce que les programmes concernés “ne contiennent aucune incitation à la haine ou à la violence pour des raisons de race, de sexe, de mœurs, de religion ou de nationalité.” Tout l’enjeu autour de la limite des pouvoirs du CSA réside dans cette contrainte temporelle : le conseil peut contrôler ce qu’il s’est dit, a posteriori, mais ne peut pas interdire qu’une personne s’exprime, alors qu’on ne sait pas encore ce qu’elle va dire.

Les journalistes vent debout contre Eric Zemmour

Il n’empêche qu’au sein des médias qui emploient Eric Zemmour, on commence à remettre en question sa présence sur les ondes. Anne Le Hénaff, présidente de la société des rédactions de RTL, l’explique : “Nous avons déjà protesté plusieurs fois auprès de la direction mais nous n’avions jamais communiqué à l’extérieur. Cette fois-ci, on a senti quelque chose monter dans la rédaction. Cela a été la goutte d’eau…”

Du côté de la chaîne iTélé, des mesures ont déjà été prises. La direction a déprogrammé le numéro de Ça se dispute, l’émission dans laquelle débat Eric Zemmour depuis 2003, qui devait être diffusé ce vendredi 19 décembre. À la place, Eric Zemmour sera interrogé par le présentateur Olivier Galzi sur la controverse en cours...émission également annulée. L’émission spéciale de Ça se dispute qui devait avoir lieu à la fin de l’année a été, quant à elle, complètement supprimée.

S’il n’y a pas d’obligation légale à interdire Eric Zemmour de plateau, les médias songent ainsi quand même à se prémunir contre de futurs dérapages. Une chose est sûre : le polémiste n’est plus considéré comme “journaliste” à temps plein au sein des rédactions. Le président de RTL Radio l’a rappelé décrivant Eric Zemmour comme un “intellectuel”, qui n’est “sûrement pas un homme politique, de moins en moins un journaliste.” Journaliste ou intellectuel, le polémiste ramène en tout cas toujours autant d’audience aux médias qui l’accueillent.

La France, pays de la censure?

Pourquoi une telle censure?

Les "grandes signatures" - Mauriac, Camus, Aron, Siegfried, Cartier, Cau, Viansson-Ponté - n'ont pas été remplacées et les grands patrons de presse, Beuve-Méry, Brisson, Lazareff, Smadja, Lazurik, Jean Marin, ont été remplacés le plus souvent par des énarques ou des gestionnaires ne connaissant strictement rien à la presse.

Mais au-delà de cette médiocrité, ce qui a surtout découragé les lecteurs et les a détournés à tout jamais de la presse écrite c'est sans doute cette soumission à "la pensée unique".

Les journalistes semblent interchangeables. On passe d'un titre à l'autre sans état d'âme, sans scrupule et en essayant de faire jouer sa clause de conscience. Le rédacteur en chef d'un hebdomadaire de gauche devient directeur de la rédaction d'un quotidien de droite puis se retrouve directeur de la rédaction d'un autre hebdomadaire encore plus à droite avant de prendre la direction d'un autre hebdomadaire plutôt centriste ; un autre fait des allers et retours de la droite à la gauche sans que cela ne gêne personne et surtout pas lui.

En outre les hommes politiques travaillent et positionnent des membres de leur famille dans la presse: la femme d'un ministre anime une émission politique sur une chaîne et la compagne d'un autre ministre anime des débats politiques sur une autre, alors que le neveu du président faisait des émissions sur une troisième et que le beau-frère du même président était la vedette d'une série grand public.

Garantir la liberté d'expression

Le député PS Bruno Le Roux a appelé dans un communiqué à faire "cesser les propos" d'Eric Zemmour sur les plateaux télé et dans les colonnes de journaux. "Il est très important de garantir sa liberté d'expression, lui rétorque dans Metronews le député UMP de Paris Claude Goasgen. Bruno Le Roux devrait se taire. Nous sommes une démocratie, pas un état socialiste."

L'avocat Gilles-William Goldanel assure lui aussi qu'il faut défendre la liberté d'expression. Invité sur le plateau de BFMTV, il affirme que c'est à la justice de trancher et non aux associations : "Ce n'est pas à SOS Racisme de décider qui doit passer à la télévision, qui ne doit pas passer", estime-t-il.

Dans tous les cas, le CSA, qui a été saisi à plusieurs reprises, n'a d'autorité que sur les médias audiovisuels, soit la télévision et la radio. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel n'a donc pas de prise sur la presse écrite ou encore les sites internet. Même si Eric Zemmour était privé d'antenne, le polémiste aurait toujours la possibilité d'être invité dans d'autres médias.

Par ailleurs, à l'instar de Dieudonné, Eric Zemmour pourrait très bien choisir d'enregistrer ses propres vidéos. En les postant sur des plateformes comme YouTube, le polémiste s'assurerait encore de toucher un large public.

La France, pays de la censure?

La France ne débat pas, elle impose, contraint, assène, balance, pourvu que chacun ait pu dire sa petite phrase. On peut s’étonner que l’on parle encore d’esprit français tant ce concept est aujourd’hui totalement vidé de tout sens. Le débat se limite au clivage habituel et à une prise de parole autoritaire. L’arrogance remplace l’argument, la violence fait jouir ceux qui crient le plus fort. Mieux vaut un débat, même difficile, qu’une interdiction sans aucune valeur pédagogique.

priver Eric Zemmour n'est pas une bonne stratégie. "L'interdire des médias aurait un effet contraire. Cela le victimiserait. Il ne faut pas lui donner plus d'importance en lui permettant de se présenter comme un petit malheureux", assure Esther Benbassa, sénatrice Europe Ecologie-Les Verts, à Metronews.

Même constat pour Rost, artiste et président du collectif Banlieues Actives: "En interdisant d'antenne Eric Zemmour, on va le victimiser. On a déjà fait l'expérience avec l'affaire Dieudonné, il n'a jamais été aussi populaire, assure-t-il. Au lieu de l'interdire d'antenne, il faut arriver à lui opposer des gens qui sont capables de présenter des vrais arguments pour démonter ses thèses."

Les media vont-ils pouvoir trouver ces personnes? Rien de moins sûr...

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