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Publié par Bob Woodward

 

Sitôt annoncé, sitôt exécuté. Conformément à l’engagement pris par François Hollande lors de sa conférence de presse du 18 septembre 2014, deux Rafale de la base française 104 d’Al-Dhafra, aux Emirats arabes unis, près d'Abu Dhabi, ont bombardé vendredi matin des cibles « non mouvante » de l’Etat islamique, dans la région de Mossoul. En clair, un dépôt de munitions, entièrement détruit selon un communiqué de l’état-major des armées. D’après l’Elysée, ces premières frappes aériennes répondaient à une demande explicite du président irakien Fouad Massoum. Il y en a eu d’autres depuis. En nombre limité. Très limité même. Et exclusivement sur le territoire irakien.


 

La France à la limite de ses possibilités

A cela plusieurs raisons. Financière d’abord: les opérations Serval et Sangaris au Mali et au Centrafrique ont explosé le budget des « Opex » (opérations extérieures) alors même que celui de la Défense se trouve, selon le jargon militaire, au « taquet ». Plus fondamentalement, si la France entend figurer comme partenaire de premier plan de la coalition anti-EI initiée par les Etats-Unis, dument informée de ses grandes orientations, elle veut écarter tout risque d’enlisement dans une aventure aux conséquences imprévisibles. La guerre contre les 20 à 30 000 combattants de l’EI, dont de nombreux étrangers, répartis sur divers fronts en Irak et Syrie, sera affaire de longue haleine. Pour la plupart des experts, aussi intenses et durables soient les campagnes de frappes aériennes, sans intervention de troupes au sol, elles ne suffiront pas à casser le noyau dur de Daech.
 


Qui alors pour porter le coup fatal dans un an ou deux ans, peut-être plus, quand Washington, Paris et Londres ont écarté tout envoi de soldats ? Une armée irakienne qui s’est effondrée devant les djihadistes ? Les peshmergas kurdes, courageux mais désorganisés malgré les tonnes d’armement livrées par les Occidentaux ? A moins que les milices chiites irakiennes, plus ou moins inféodées, financées et armées par l’Iran ne tirent leur épingle du jeu pour ensuite mieux imposer leur suprématie dans le « nouvel Irak ». En tout état de cause, le rôle de Téhéran, aux côtés ou contre la coalition, peut-être les deux à la fois, semble plus que jamais décisif.

Le manifeste de l’EI contre l’Iran

Un manifeste, qui aurait été écrit par un officier supérieur de l’Etat islamique, Abdullah Ahmed al-Meshedani et découvert par le Sunday Times appelle les militants de l’Etat Islamique à se préparer à une guerre contre la République d’Iran et contre Bashar el-Assad en proposant une alliance inattendue avec la Russie. Le Sunday Times a révélé ce document incroyable qui proposerait d’offrir à la Russie le contrôle des gisements de gaz d’Anbar, en retour Moscou devrait livrer les secrets militaires nucléaires iraniens au groupe de l’EI.

Selon le Le Sunday Times, le document jugé authentique par des responsables occidentaux de la sécurité et considéré comme un manifeste politique aurait été trouvé dans la maison de l’un des commandants de l’ISIS par des commandos irakiens des forces spéciales lors d’un raid en mars dernier. Le manifeste, propose donc d’offrir à Moscou un accès au champ de gaz d’Anbar détenu par l’EI en Irak, en échange du programme nucléaire iranien. En outre,Moscou devra couper ses liens avec le régime de Bachar al-Assad en Syrie et défendre les États sunnites du Golfe de l’Iran chiite.

La centrale nucléaire de Bushehr en Iran a été construite par un entrepreneur russe dans le cadre d’un contrat signé entre Téhéran et le ministère russe de l’énergie atomique en 1995, En Septembre 2013, la Russie a transféré le contrôle opérationnel de la centrale à la République islamique.

Le document explique que l’Etat islamique souhaite dépouiller l’Iran de «toute sa puissance» en ciblant des diplomates et des hommes d’affaires iraniens ainsi que les industries iraniennes rentables comme celle du caviar et du tapis. En outre le document appelle à «un eugénisme nazi» à l’assassinat des responsables irakiens chiites, des chefs militaires et des membres des milices soutenues par l’Iran.

De son côté, l’Iran avertit qu’il attaquera les combattants de l’Etat islamique s’ils s’aventuraient à proximité de sa frontière : « Si le groupe terroriste de l’EI s’approche de nos frontières, nous l’attaquerons » a déclaré le mois dernier, Ahmad Reza, le commandant général des forces terrestres iraniennes.

L’Iran : nos amis gardiens de la Révolution

Les Iraniens à l’attaque

Des avions de chasse iraniens ont donc lancé le 2 décembre 2014, selon le Pentagone, des frappes contre le groupe Etat islamique (EI) dans l’est de l’Irak ces derniers jours. Ces frappes n’ont pas été coordonnées avec les Etats-Unis, mais elles marquent l’implication accrue de Téhéran pour lutter contre un ennemi commun qui représente une menace sérieuse pour les intérêts respectifs des deux pays.

« Nous avons des indications qu’ils ont lancé des raids aériens avec des avions F-4 Phantom ces derniers jours », a déclaré hier le porte-parole du Pentagone, le contre-amiral John Kirby. Des déclarations qui sont intervenues après que la chaîne Al-Jazeera a montré des images d’avions semblant être des chasseurs F-4, similaires à ceux utilisés par l’armée de l’air iranienne. Ces avions attaquaient des cibles dans la province de Diyala, frontalière de l’Iran.

Si les deux pays ont discuté à plusieurs reprises de la lutte contre l’organisation EI les Etats-Unis ont toutefois souligné à plusieurs reprises que les deux pays ne collaborent pas militairement.

La confirmation par les Etats-Unis que l’Iran mène des frappes aériennes contre le groupe EI illustre la manière dont la menace posée par le groupe islamiste a rapproché les deux anciens ennemis. Iran et Irak se sont en effet livré entre 1980 et 1988 une guerre sans merci qui a fait plusieurs centaines de milliers de morts. Mais aujourd’hui le gouvernement chiite iranien entretient des liens étroits avec le gouvernement chiite de Bagdad, qui éprouve de sérieuses difficultés à repousser les assauts des jihadistes sunnites.

Pour l’Iran chiite voisin, la menace des jihadistes sunnites de Daech est évidente. Pas question pour autant que Téhéran fasse partie de la coalition internationale mise sur pied par les Etats-Unis contre le soi-disant Etat islamique. Mais pourquoi donc l’Iran et les Etats-Unis ne font-ils pas d’une cause commune un combat commun ?

Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, avait estimé vendredi que l’Iran avait un "rôle" à jouer dans la lutte contre Daech… Mais en dehors de la coalition. Pour Washington, le soutien militaire apporté par Téhéran à la Syrie, pièce maîtresse de son dispositif d’influence dans la région, rend inenvisageable la participation de l’Iran à la lutte contre ce groupe qui contrôle un quart du territoire de la Syrie et au moins autant de celui de l’Irak.

Pour l’Iran, intégrer cette coalition est aussi impensable. Le Guide suprême avait indiqué la semaine dernière qu’il avait refusé la coopération que les Etats-Unis auraient demandée à l’Iran dès le début de l’offensive de Daech en Irak (en juin), parce que l’Amérique a les "mains sales". Le numéro un iranien s’était dit persuadé que Washington cherchait "un prétexte pour faire en Irak et en Syrie ce qu’ils font au Pakistan : bombarder les endroits qu’ils veulent sans autorisation" du gouvernement, en référence aux attaques de drônes que les Etats-Unis mènent dans ce pays contre des objectifs talibans.

Un socle de stabilité

Le réchauffement, tangible mais timide, des relations diplomatiques entre Washington et Téhéran dans le cadre des négociations nucléaires entre les deux pays, est une chose. L’ambition iranienne de constituer une puissance hégémonique, garante de la sécurité régionale, en est une autre. Le président iranien, Hassan Rohani, l’a confirmé, lundi à Téhéran : "L’Iran est le socle de stabilité dans cette région sensible du Moyen-Orient" qui est "aujourd’hui dominée par les troubles, l’insécurité, les massacres et l’effroi".

La présence dans la coalition du grand rival sunnite qu’est l’Arabie saoudite semble aussi de nature à rendre incompatible la participation iranienne. A moins que ce ne soit l’inverse : la participation de l’Iran pose problème à Riyad.

Mais pour devenir le maître du jeu moyen-oriental, l’Iran prend ses décisions en toute autonomie, en fonction de ses intérêts propres, pas d’intérêts communs, et surtout pas sous la bannière d’une coalition menée par son ex-ennemi numéro un.

Maître du jeu régional

L’Iran a depuis belle lurette placé ses pions en Syrie et en Irak : conseillers militaires, membres de la force Qods, le corps d’élite des pasdarans (Gardiens de la révolution), l’armée idéologique du régime.

"Dans le monde arabe, Téhéran poursuit une politique étrangère qui se résume de plus en plus à l’entretien de poches de miliciens chiites, ce qui contribue à la polarisation confessionnelle", écrit Peter Harling, responsable Moyen-Orient au think tank International Crisis Group, dans le "Monde diplomatique".

L’Iran cherche à étendre son influence jusqu’à la Méditerranée par l’établissement et l’entretien de régimes "vassalisés" à travers une région majoritairement arabe et sunnite. C’est le fameux "arc chiite" - concept sunnite censé traduire le péril chiite planant sur l’Irak juste après la chute du régime sunnite de Saddam Hussein - reliant Téhéran, Bagdad, Damas et Beyrouth, où l’influence du Hezbollah chiite est de plus en plus perceptible.

Voilà pourquoi l’Iran n’a besoin de personne pour lutter contre Daech. Ni pour soutenir la Syrie, alliée de longue date, et l’Irak, sur lequel il avait repris la main grâce à Nouri al Maliki, dont le gouvernement a tant discriminé les sunnites que certains se sont radicalisés à travers les groupes barbares de l’Etat islamique.

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plomberie paris 15/02/2015 13:22

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Cordialement