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Publié par Bob Woodward

Gay et Mariniste...

 

Le outing de Florian Philippot par Closer révèle les tractations du FN envers les mouvements gay.

Nombre d'adhérents du FN s'interrogent sur la ligne du Front national sur le mariage des homosexuels, sur les absences de Ma­rine Le Pen aux manifestations contre le « mariage pour tous” …

D’un côté, Marine Le Pen affirme qu’elle l’abrogera sitôt arrivée au pouvoir. De l’autre, des élus FN célèbrent le mariage… de candidats du Front national avec des « époux » de même sexe ! (…)

Aux municipales de mars dernier, Laurent Samuel était en 8e position sur la liste du Rassemblement Bleu Marine conduite, à Tonneins dans le Lot-et-Garonne, par Maryse Aubert, une secrétaire à la re­traite. Le scrutin s’est bien déroulé. Le RBM, avec près de 22 % des voix, a ob­tenu trois élus. Et samedi 9 août, Ma­ryse Aubert a obtenu du maire divers droite au beau nom de Dante Rinaudo l’autorisation de célébrer le mariage de son ancien colistier. Jusque-là, rien d’extraordinaire.

Ce qui est un peu moins ordinaire est que Laurent Samuel, 33 ans, VRP, can­didat mariniste donc, a épousé Laurent Delage, 42 ans, chef de couvoir (celui qui dirige l’équipe chargée de veiller à la bonne éclosion des œufs dans une entreprise avicole). Et que Ma­rine Le Pen, dont l’absence aux ma­nifestations contre le « mariage pour tous » avait été contestée, ne cesse de répéter : « Moi au pouvoir, j’abolirai le mariage pour tous. » Et en attendant qu’elle soit au pouvoir, ses élus peuvent faire n’importe quoi ?

Damien Obrador, jeune élu de Cabagnac-et-Villagrains en Gironde a marié deux de ses collistiers… ensemble. Le jeune homme s’est même fait le promoteur du « mariage » gay et de la procréation médicalement assistée, si on en croit Minute.

Le mouvement contre le mariage pour tous se radicalise pourtant. Les groupes d'extrême-droite s'échauffent, certains députés de droite également... Pourtant, en début d'année, c'était l'effacement de Marine Le Pen qui paraissait faire événement. On évoquait l'influence sur elle d'un lobby gay. Que s'est-il passé entre temps ?

Bien loin d'être contradictoires, ces deux séquences dessinent ensemble la structure de l'extrême-droite actuelle. Et derrière ce qui apparaît comme une avancée de l'extrême-droite se dessinent des tensions et des concurrences bien plus discrètes et des dynamiques sociales bien plus profondes.

 

La famille Le Pen et les gays

 

Le Front national a toujours compté des gays dans ses instances, Jean-Marie Le Pen en ayant aussi parmi ses amis et ses proches. Pour ce dernier la question de l'homosexualité n'est tout simplement pas une question politique.

 

En matière de mœurs, l'actuel président d'honneur du FN n'est pas un homme rigoriste. Ne lui déplaisent que la revendication communautaire et l'affichage d'une ambiguïté de genre. Le FN ne tenait conséquemment nul discours puritain.

 

Lors des débats sur le Pacs, l'excès était plus du côté de la député Christine Boutin brandissant la Bible que de Bruno Gollnisch certifiant que le FN ne prônait nulle "politique de la braguette" mais mettant en avant le souci d'une société où l'individu participe à un systèmes de normes qui le dépassent et l'encadrent.

 

Dans ce contexte, on ne peut s'étonner des propos de Jean-Marie Le Pen tenus ce 19 avril 2013 sur les terres de Bruno Gollnisch. Le vieux tribun a comparé Frigide Barjot aux "popes fous" menant les foules lors "des pogromes", tout en se félicitant de "la réaction contre la désintégration des valeurs".

 

Marine Le Pen partage avec son père l'absence de puritanisme. Elle est de ces femmes que l'on dit "gay friendly". Mais, chez les Le Pen, confondant volontiers l'ordre du parti et leur bon plaisir, son ascension a donc été accompagnée de celle de ses amis homosexuels.

 

Cela a fourni un angle à ses opposants. Furent dénoncés les "invertis notoires" marinistes, la "cage aux folles" que serait devenu le siège du parti. Marine Le Pen savait profiter de la violence des attaques pour faire passer un message dans les médias : elle représenterait la modernité, l'ouverture, tandis que les partisans de Bruno Gollnisch constitueraient une extrême-droite traditionnelle dont elle purgerait le FN.

Un populisme gay-friendly ?

 

En fait, l’opposition interne à ces jeunes hommes gays qui forment l’un des premiers cercles autour de Marine Le Pen n’est pas réductible à l’homophobie, à la réaction d’une extrême-droite "traditionnelle" contre une "moderne".

 

Le problème est politique à plusieurs titres. Après l'accession de Marine Le Pen à la présidence du FN en 2011, est mise en cause la construction d'un lobby gay au sein du FN, où les places de cadres seraient allouées aux amis. C’est pourquoi les critiques n’émanent pas que des nationaux-catholiques : le parti, dans son évolution néo-populiste post-2001, a placé au centre de son discours la défense de la République contre les communautarismes.

 

L’idée d’un "communautarisme gay" en son sein lui pose un problème idéologique et non uniquement moral. Surtout, une attitude qui vise à l’isolement de Marine Le Pen est diagnostiquée par certains "lepénistes". Un groupe de la direction est particulièrement pointé du doigt par plusieurs cadres. Marine Le Pen est dite être en risque de s’isoler du mouvement et de faire la faute suprême en politique : devenir une chef subordonnée à son entourage.

L'hebdomadaire d'extrême-droite "Minute" s'en saisissait en janvier 2013 et titrait en couverture "Existe-t-il un lobby gay au FN ?", lançant une polémique.

 

Manifestations et contradictions

 

Marine Le Pen se rendait donc à la ligne de son éminence grise : se tenir à l'écart des manifestations contre le mariage pour tous. La confusion la plus grande sévissait quant à la ligne du parti en la matière. Les cadres du parti étaient présents au premier cortège : Marion Maréchal-Le Pen, Louis Aliot, Bruno Gollnisch, etc. La nièce la présidente paraissait bien porter grâce au poids de la marque "Le Pen" l'opposition à la ligne Philippot promouvant une réorientation souverainiste du lepénisme.

 

Au fur et à mesure des semaines, ce sont les groupes radicaux qui ont su apparaître sur le devant de la scène.

 

Au premier chef, ce furent les Jeunesses nationalistes. Ce n'est pas un hasard : celles-ci sont menées par d'anciens soutiens de Bruno Gollnisch purgés au nom de leur radicalité. Mais cette dernière s’inscrivait dans une structure idéologique forte, les radicaux bénéficiant d’une "vision du monde" interprétant les faits selon une forme idéologique fixe. Ils agissent donc actuellement pleinement en cohérence avec ce qu'ils sont.

 

En revanche, les nouveaux membres du FN, les "marinistes", relèvent d’une forme fluide. Leur critique politique est d’abord mue non par un projet politique intégral, mais par un rejet de la présence immigrée et de "l'islam conquérant".

 

Le rejet de la société multiculturelle

 

Ce dont il est ici question, au-delà du problème de la stabilité de l’encadrement, est donc au cœur de la mutation néo-populiste du Front national. Le discours de Marine Le Pen ne présente nullement l’édification d’un ordre nouveau mais fait du Front national le parti de l'anti-postmodernité, c’est-à-dire du rejet de la liquidation de la société de l’État-nation en sociétés d’individus autonomes où chacun bricole son propre credo idéologique.

 

La dédiabolisation mariniste a entraîné une libération quant au socle idéologique au bénéfice d’un utilitarisme politique. Désormais au FN aussi, on fait son "marché" idéologique. On n’est pas tenu d’intégrer une vision du monde. On vient au FN en étant gay ou juif ou homosexuel ou franc-maçon. Cette attitude post-moderne au sein du parti anti-post-modernité s’explique par le déplacement de la post-modernité sur la question de l’islam, fait "totalitarisme" agressant les minorités tels que gays ou juifs.

 

Ce qui est dénoncé derrière "l’islamisation" n’a que peu à voir avec l’islam mais beaucoup avec l'état de nos sociétés atomisées socialement, culturellement, économiquement, où chacun se fait sa vision solitaire du monde en hybridant des normes et idées éparses. Tout cela est réduit au multiculturalisme et ce dernier aux masses arabo-musulmanes.

 

Récupérer la radicalisation

 

La radicalisation de l'opposition au mariage pour tous doit se comprendre dans ce contexte. Les radicaux d'extrême-droite cherchent à rejouer le scénario des manifestation de 1984 qui avaient gonflé les effectifs d'un GUD microscopique en apparaissant à la pointe de l'agitation. Face à la gauche au pouvoir, il s'agit de savoir récupérer des éléments en radicalisation. Mais le pourrissement du débat a amené une reconfiguration inattendue.

 

Un continuum des droites apparaît dans cette agitation. Elles se retrouvent car mobilisées toutes ensemble par le rejet du libéralisme culturel de la gauche. Ce libéralisme culturel a amplement contribué à la séparation entre le Parti socialiste et les classes populaires ces dernières décennies.

 

Or, avec l'opposition au mariage pour tous, le rejet du libéralisme culturel paraît aujourd'hui parvenir à dessiner un arc de convergences des droites et des classes sociales. Il y a là comme un banc d'essai pour des droites qui se retrouvent certes sur des valeurs mais non jusque là sur des idées – ainsi sur la question de l'euro l'électorat UMP est-il aux antipodes des positions souverainistes.

 

Les droits des homosexuels sont désignés comme participant à la liquidation des cadres structurants, véritable cible des opposants : se cristallisent grâce à un thème les diverses tensions de rejet de l'ordre social présent.

Le désordre des droites

 

En ce qui concerne le lepénisme, force est de constater qu'il est aujourd'hui plus investi par Marion Maréchal-Le Pen que par Marine Le Pen. La jeune député frontiste a pris soin de défendre les militants radicaux appréhendés, les qualifiant de "prisonniers politiques". Elle a ainsi assuré le lien entre les chapelles des extrêmes-droites.

 

En revanche, Marine Le Pen ne sera pas parvenue à articuler l'opposition intégrale au système porté par les radicaux et le consumérisme idéologique des nouvelles générations de droite radicalisée. C'était pourtant là le cœur du "compromis nationaliste" que son père avait su assurer 40 ans durant.

 

On ne s'étonne donc pas que les groupuscules prennent de l'ampleur à l'extérieur du FN et servent aujourd'hui d'aiguillon idéologique à la coagulation des droites. En absence d'une direction ferme du champ tout entier de l'extrême-droite, ce sont les forces centrifuges qui s'activent et transforment le débat public en désordre public.

 

Des tractations bien menées

 

Marine Le Pen ne s’est pas contentée de repêcher le fondateur de Gaylib qui s’est fait viré à la fois de l’UMP et de son propre mouvement Gaylib, dont il est fondateur. Elle lui a également promis un poste rémunéré. La promesse de ce poste rémunéré n’est pas anodin du tout. Le lobby gay aurait-il eu à recaser l’un de ses serviteurs ?

Selon les propos de Marine Le Pen rapportés par Valeurs actuelles ci-dessus, ce poste rémunéré aurait été spécialement créé en l’honneur du fondateur de Gaylib, puisque « ce type de poste n’existe pas au RBM », affirme Marine Le Pen.

Le siège du Front national appelé ce matin au téléphone, notre interlocuteur nous a dit que depuis hier les appels de protestation n’avaient pas cessé au standard. Il a précisé que Sébastien Chenu avait été viré à la fois de l’UMP et de Gaylib.

Très étrange donc que Marine Le Pen aille faire les fonds de poubelle de l’UMP et de Gaylib pour repêcher un personnage qui rassemble tous les stigmates pour déplaire à son électorat… Rien de surprenant que les membres du Bureau politique émettent des réserves sur la venue d’un militant LGBT, même s’ils ont l’habitude d’avaler toutes sortes de couleuvres.

Ce qui est plus surprenant c’est que Marine Le Pen persiste à maintenir Sébastien Chenu dans son rassemblement malgré ces nombreuses protestations du haut en bas de l’électorat frontiste. Si Florian Philippot, malgré l’audience que lui accorde les gros médias, n’est arrivé que 4ème lors des élections du bureau politique à Lyon, son « orientation » sexuelle n’y est certainement pas étrangère. L’électorat du Front national est particulièrement porteur des valeurs traditionnelles.

Faut-il dans ce cas penser que le roulement d’attaques médiatiques que MLP a subi depuis quelques jours avec pour prétexte l’emprunt russe du FN ainsi que ses déclarations concernant la torture, auraient été apaisé par une caution faite au Lobby gay en la personne de Sébastien Chenu ?

Curieusement, depuis l’annonce de l’intégration de Sébastien Chenu au RBM, brusquement, les attaques des médias du système se sont arrêtées.

On peut également supposer que la nomination de Florian Philippot à la tête d’un des plus hauts postes de l’appareil frontiste en 2010 n’était pas arrivé par hasard non plus … Depuis cette date, Marine Le Pen jouit d’une certaine bienveillance dans les médias à laquelle le FN n’était pas accoutumé auparavant.

Depuis l’origine des tractations secrètes existent au Front National. La plus connue: Jean-Marie Le Pen, par exemple, avait monnayé son appel à voter pour Bernard Tapie à Marseille en 1993 par exemple. On peut supposer sans trop prendre de risques que Florian Philippot qui vient du gaullisme ait été le résultat d’une tractation de cet ordre et qu’il soit un sous-marin du système et des mouvements gays…

En ce qui concerne Sébastien Chenu, il est difficile, en dehors d’une tractation avec les médias, de comprendre ce que Marine Le Pen pourrait attendre de son adhésion à son Rassemblement Bleu Marine. En effet, il ne tient le peu de notoriété qu’il possède, que de sa particularité de militant LGBT, fondateur de Gaylib au sein de l’UMP. Il a été d’ailleurs également viré de son propre mouvement » Gaylib », selon notre interlocuteur du FN au téléphone ce matin. Il n’a ainsi aucun moyen de rapporter des voix au Front, par contre il en fera beaucoup perdre. Il y a donc forcément anguille sous roche.

Les belles prises médiatiques se multiplient au FN. Et cela s'est passé au cœur de Paris, dans le 3e arrondissement de Paris. Sur la liste municipale du FN, les électeurs ont eula surprise de trouver en mars dernier Jean-François Belmondo, qui n'est autre que le neveu de Jean-Paul Belmondo. Agé d'une cinquantaine d'années, celui qui tient une pharmacie dans le 11e arrondissement voisin sera, à n'en pas douter, la star de cette liste emmenée par Sophie Duval, une quadragénaire.

Jean-François Belmondo, ouvertement gay, a pris sa carte du FN en 2012. « La communauté homosexuelle est devenue très ouverte au FN », explique-t-il au quotidien. D'ailleurs, « sur les six garçons de notre équipe, cinq sont homosexuels », ajoute-t-il.

Sans oublier un autre membre du FN qui a fait couler beaucoup d'encre: Steve Briois, homosexuel et maire d'Hénin-Beaumont.

 

Les dérapages ne sont plus acceptés

Dans les années 80/90, les dérapages de Jean-Marie Le Pen – par exemple sur les « sidaïques » – avaient peu de chances de séduire des homosexuels très sensibles au problème du SIDA et plus largement aux questions d’égalité des droits (en termes de mariage, d’adoption,…). De manière plus générale, on a toujours observé un certain consensus parmi les élites intellectuelles de l'extrême-droite pour s’opposer aux revendications politiques de la communauté gay. Marine Le Pen n'a, en revanche, pas hésité à s'exprimer sur le sujet, notamment en déclarant que dans certains quartiers "il ne faisait pas bon d'être homosexuel". On retrouve là certains accents de la rhétorique d’un Pym Fortuyn qui réussit, aux Pays-Bas, à conjuguer nationalisme et libéralisme sociétal dans leur opposition commune à l'Islam.

Si le FN n'a pas modifié son discours politique sur le sujet (notamment sur la question du mariage), on n’observe plus de rejet de ce parti au sein des Français affirmant une part d’homosexualité.

Cette relative bonne tenue du FN au sein de l’électorat gay tient sans doute à la composition même de cet électorat : plus masculin et plus jeune que la moyenne. Or, c'est au sein des hommes et des jeunes que Marine Le Pen réalise ses meilleurs scores. De même, le fait qu’une partie importante de la population gay réside en Ile-de-France peut aussi expliquer sa sensibilité au discours sécuritaire et anti-immigrés du FN. L'insécurité y est comme chacun sait plus élevée qu'en milieu rural, et les homosexuels en font eux aussi les frais, des faits divers relatant l'agression de gays par des jeunes de cité ayant pu traumatiser une partie de la communauté. Sans faire de compétition victimaire, on peut imaginer que l'exposition des homosexuels à un nombre d’agressions plus élevé que la moyenne peut en pousser certains à adopter le discours sécuritaire porté par le Front National.

 

Enfin, la désignation par le FN de l'Islam comme ennemi commun de l'identité nationale joue un rôle non négligeable chez des gens pour qui cette religion peut apparaître comme une véritable menace contre leur mode de vie et les libertés en matière de mœurs.

 

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