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Publié par Bob Woodward

D'après une enquête publiée par le média américain Buzzfeed, des intermédiaires liés à l'Etat islamique tenteraient de négocier la vente du corps de l'otage américain James Foley, décapité le 19 août dernier. Selon leur envoyé spécial en Turquie, le groupe terroriste serait prêt à l'échanger contre un million de dollars, échantillon d'ADN à l'appui pour prouver l'identité de James Foley.

Cette démarche "met en évidence la cruauté qui entoure les prises d'otages, devenu un véritable business pour l'Etat islamique (…) et les calculs froids de l'organisation terroriste pour soulever encore plus d'argent", écrit Buzzfeed qui s'appuie sur trois sources, qui agiraient en tant qu'intermédiaires dans la transaction : un homme d'affaire, un haut responsable de l'Armée syrienne libre (ASL) et "un ancien rebelle syrien".

 

 

"Ils veulent d'abord l'argent"

Ce dernier raconte avoir été approché par "un chef de l'Etat islamique" qui lui aurait "demandé d'entrer en communication avec le gouvernement américain ou la famille de James Foley". "Ils veulent un million de dollars, et après ils enverront l'ADN en Turquie, mais ils veulent d'abord l'argent", a déclaré l'ancien rebelle syrien.

Début 2014, l'Etat islamique détenait une vingtaine d'Occidentaux en Syrie. Les otages européens sont libérés au fil des mois, les gouvernements ayant accepté de verser des rançons à l'organisation terroriste. En revanche,
les Etats-Unis et la Grande Bretagne refusent de se soumettre à cette marchandisation des otages. Les terroristes ont exécuté les journalistes américains James Foley et Steven Sotloff, les Britanniques Alan Henning et David Haines et l'Américain Peter Kassig. Cette proposition macabre intervient après les assassinats de Steven Sotloff, Alan Henning et Peter Kassig, trois otages américains et anglais détenus depuis de longs mois par l’organisation terroriste. Face au refus des gouvernements de Washington et Londres de négocier et verser des rançons, contrairement à d’autres pays européens, le groupe Etat islamique avait fait le choix des exécutions filmées, diffusées sur Internet dans des vidéos de propagande.

Pourtant, le groupe avait essayé de négocier directement avec les familles, en toute discrétion, préférant à l’époque l’argent aux exécutions. «Après plus d’une année sans le moindre contact, les Foley ont reçu leur premier message de la part des ravisseurs de Jim le 26 novembre 2013 pour réclamer de l’argent, vite. Après que les activistes ont prouvé aux Foley et aux enquêteurs qu’ils détenaient effectivement Jim, ils ont formulé leur unique demande d’une rançon de 100 millions d’euros ou la libération des prisonniers non identifiés détenus par les Etats-Unis», expliquait le GlobalPost, média pour lequel travaillait le journaliste et qui a publié les courriers reçus par la famille Foley. Ainsi, ce choix de réclamer de l’argent en échange de la dépouille de James Foley montre-t-elle le besoin d’argent des terroristes, qui avaient formulé plusieurs demandes en l’espace de neuf mois.

Dans un texte envoyé le 12 août dernier, suite aux frappes américaines visant les positions islamistes dans le nord de l’Irak, la tentative de négociation avait tourné court: «Nous vous avons donné de nombreuses occasions de négocier la libération de vos citoyens, notamment via des opérations financières que d’autres gouvernements ont acceptées. Nous vous avons également proposé un échange de prisonniers, dont la libération de notre sœur Dr Afia Siddiqi, mais vous nous avez fait savoir très rapidement que vous n’étiez pas intéressés.» Ce message annonçait la mort prochaine du photoreporter de 40 ans. La vidéo montrant son exécution en plein désert a été publiée une semaine plus tard.

Le tragique exemple somalien

Marie Dedieu est un exemple frappant de ce business des dépouilles d’otage. La Française qui a été retenue en otage en Somalie et dont la mort a été annoncée mercredi 19 octobre 2011, était une féministe qui avait élu résidence de longue date sur l'île kényane de Manda, près de Lamu, son "petit paradis".

Cette femme de 66 ans, tétraplégique, souffrait d'un cancer et d'insuffisance cardiaque. Ses ravisseurs, soupçonnés d'être des insurgés islamistes somaliens, l'avaient enlevée chez elle, dans une maison en bord de plage, dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre, sans se soucier de son fauteuil roulant ni des médicaments qui lui étaient nécessaires. Selon une source diplomatique à Paris, Marie Dedieu "était en phase terminale et sans médicaments elle ne pouvait pas tenir plus de deux ou trois jours".

Marie Dedieu s'était installée il y a une quinzaine d'années dans un petit archipel situé sur la côte nord du Kenya, vivant d'abord sur l'île principale de Lamu, avant de faire construire une maison, il y a sept ans, sur celle de Manda, plus isolée, qui lui fait face.

A Paris, dans les années 1970, elle avait été une militante engagée du mouvement féministe, selon plusieurs publications. En 1971, elle avait signé le fameux "Manifeste des 343" qui proclamaient à la "une" de l'hebdomaire Le Nouvel Observateur qu'elles avaient bravé l'interdit de l'avortement.

A cette époque, selon l'ouvrage Les Editions des femmes : histoire des premières années, 1972-1979 (L'Harmattan), de Bibia Pavard, elle fait partie du "premier cercle" de la maison d'édition créée par Antoinette Fouque, qui participa à la fin des années 1960 à la fondation du Mouvement de libération des femmes (MLF).

Selon Bibia Pavard, Marie Dedieu a été directrice de publication du journal "menstruel" lancé par le MLF Le torchon brûle, journal aux contributions anonymes et fluctuantes, qui publiera six numéros entre 1971 et 1973.

A cette époque parisienne, elle s'essaye également au cinéma en campant, aux côtés de Jean-Pierre Léaud, un petit rôle de prostituée engagée dans le film Domicile conjugal, réalisé par François Truffaut en 1970.

Peu de temps après, un grave accident de voiture lui fera perdre toute mobilité, la contraignant à se déplacer en fauteuil roulant.

Dans les années 1990, elle découvre l'archipel de Lamu, dans l'est du Kenya, en rejoignant un ami qui l'a invitée à y célébrer Noël. "Là, il s'est passé quelque chose de miraculeux : Marie s'est mise à remarcher, très difficilement certes, mais c'était incroyable, témoigne l'un de ses amis cité par Le Parisien. Il y avait quelque chose sur cette île qui lui faisait du bien." Marie Dedieu décidera quelques mois plus tard de s'installer dans l'archipel.

Là-bas, malgré ses difficultés à se mouvoir, elle se fait conduire tôt chaque matin sur la plage pour y fait des étirements et de la gymnastique. Elle rejoint des amis dans les cafés des alentours et ne manque aucun événement de la vie locale, selon Abdalla Fadhil, l'ancien maire de Lamu et Manda, propriétaire du terrain où Mme Dedieu avait fait bâtir sa maison – un abris traditionnel de style swahili, avec un toit de chaume, largement ouvert sur l'extérieur, et donnant immédiatement sur la mer.

Elle y vit avec John Lepapa, un Kényan de 39 ans d'origine masaï, qui l'assistait, lorsqu'elle revenait de France, où elle rendait visite à son père âgé, en Lorraine, et disposait d'un appartement, à Paris. Marie Dedieu en rentrait à peine quand elle a été enlevée. Au lendemain de ce rapt, le maire adjoint de Lamu, Ajar Ali, avait confirmé qu'elle "était très proche" de la communauté locale, la présentant comme une "femme extraordinaire".

C'était "une pionnière". "Elle avait un peu découvert Manda, c'était une des premières à s'y être installées. Ce n'est pas du tout la clientèle très people et très riche" qui est arrivée depuis, affirme un diplomate français qui l'avait rencontrée l'an dernier chez elle.

Selon ses proches, la Française avait observé avec beaucoup de scepticisme la construction par d'autres ressortissants étrangers, à Lamu et dans ses environs, d'immenses villas, dont le luxe souvent ostentatoire tranche avec la pauvreté de l'immense majorité de la population locale.

Son corps "à vendre"

La France a réclamé la restitution au plus vite du corps de Marie Dedieu. Mais Gérard Longuet, ministre de la Défense à l’époque, a déclaré que ses ravisseurs cherchaient "à vendre sa dépouille, c'est le comble de l'abjection." Mais la France ne mènera pas de représailles car les preneurs d'otage ne sont qu'une "petite bande", a-t-il ajouté.

"Prendre une femme de cet âge, malade, paralysée, ne pas lui donner ses médicaments, laisser développer une septicémie dont elle est vraisemblablement morte, et proposer la vente de la dépouille ! Ce sont des gens qui ne méritent que le mépris", a déclaré Gérard Longuet. Cependant, l'armée française ne programme pas de représailles, car il s'agit "d'une petite bande, d'une petite minorité, une exception qui déshonore ce territoire, mais ce n'est pas le territoire", a-t-il souligné.

Des cadavres vendus par l’EI

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