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Publié par Bob Woodward

Barak Obama et ses conseillers ont estimé que le chemin parcouru par Raoul Castro depuis le 6e Congrès du Parti Communiste Cubain, en 2011, était une voie sans retour. Cette année-là, Raoul Castro a clairement exprimé sa volonté de faire entrer Cuba dans la modernité, ou au moins, à se diriger à doses homéopathiques vers un modèle économique libéral, sans être tout à fait le modèle chinois.

En 2012, quand il a fait venir à ses côtés, au Conseil d'Etat, des économistes indépendants du parti, considérés comme libéraux, qu'il a privatisé des centaines de milliers d'hectares de terre, enfin rendues aux paysans, contrairement à la légende de la réforme agraire de 1959, les Américains ont compris que ces choix étaient irréversibles.

Pourquoi les Etats-Unis ont-ils attendu deux ans de plus avant de normaliser leurs relations avec La Havane ?

Il y avait encore le problème des prisonniers politiques à régler, et la libération d'un fonctionnaire américain que les Cubains présentaient comme un espion. Aujourd'hui, le contentieux est levé. L‘homme a été libéré. En fait, à cette époque, il y a deux ans, le vrai problème était de connaître avec précision l'état de santé de Fidel Castro. Pouvait-il encore jouer les trouble-fête ? Renvoyer le pays dans la dogma communiste ? Gêner son frère Raoul, voire comploter contre lui ?

Cette hypothèse était caduque, car le Commandante n'était plus que l'ombre de lui-même, un vieillard en début de démence sénile, incapable de peser sur quoi que ce soit. Raoul Castro avait définitivement placé ses hommes dans tous les rouages de l'Etat et, à Washington, plus personne ne doutait de son pragmatisme. Il avait les mains libres.

 

Quid de la réputation de dur des durs de la dictature cubaine de Raul Castro ?

Il avait cette réputation à tort. Il était dur mais il était aussi beaucoup plus pragmatique, plus réaliste. Il était le petit frère, l'homme de l'ombre, mais c'est lui qui tenait la boutique, en particulier l'armée, toute puissante, qui gérait l'île comme un multinationale. Cuba était une dictature militaire tropicale avec un hâbleur et un acteur hors pair à sa tête, mais celui qui avait les mains dans le cambouis était Raoul.

Il était le comptable sceptique mais obéissant des erreurs et des errements de son aîné. Lors de la perestroïka, il avait clairement pris position pour Gorbatchev, en interne. Il fut sèchement renvoyé dans les cordes par Fidel Castro qui haïssait Gorbatchev. Ce dernier avait même cru qu'un attentat contre lui avait été envisagé lors de sa visite à La Havane, à la fin des années 80. Si Raoul avait été écouté à cette époque, Cuba aurait pu évoluer bien plus tôt vers un régime démocratique, car il est depuis longtemps un partisan de la real politique.

Les négociations secrètes avec les USA existent depuis plus de 10 ans. Il en est le principal instigateur. Pour bien comprendre la situation cubaine, il faut savoir que l'île survit depuis vingt ans grâce à l'argent des Cubains exilés aux USA, principalement en Floride, devenus citoyens américains. Ils versent chaque année ce qu'on appelle les remesas, qui représentent près de la moitié des recettes de l'île. On peut dire que, malgré l'embargo officiel, Washington nourrit la population –restée "enfermée" sur l'île.

Aujourd'hui, les Américains veulent un retour sur investissement. Or, depuis deux ans, Raoul Castro a opéré un changement stratégique dans son projet de développement. Il s'est appuyé sur le Brésil, et non plus sur le Vénézuela, englué dans sa crise économique. Le président cubain a fait venir des investisseurs de Sao Paolo pour faire du port de Mariel la plaque tournante du commerce maritime entre les deux continents. C'est un projet colossal. Washington ne veut pas être sur la touche.

Obama a besoin d'avoir des relations normalisées avec les décideurs cubains pour investir à son tour et contrecarrer la domination brésilienne sur cette partie de la mer des Caraïbes. C'est un point stratégique, voire capital pour l'administration américaine, comme il l'était dans les années 30. D'une certaine manière, l'ouverture de Cuba au capitalisme rebat les cartes, et Obama ne veut pas faire la queue pour peser sur les choix cubains.

Cet événement signe-t-il la mort symbolique de Fidel Castro ?

A Cuba, les gens, depuis plusieurs années, appellent Fidel le "coma andante", qu'on peut traduire par le "coma en marche", ou encore "la momie". Il est donc déjà dans un espace qui en fait un demi-fantôme. Tout le travail de Raoul Castro, beaucoup plus habile que certains le pensaient, a été de gérer cette transition vers un nouveau Cuba sans bain de sang, en installant des airbags un peu partout pour que le choc soit le plus doux possible, et, surtout, pour qu'on oublie les exactions de ce régime.

Raoul n'a eu qu'un seul but, ces six dernières années, depuis le retrait de Fidel en 2008 : éviter que le peuple fasse un inventaire du régime. Le choix américain d'enterrer la hache de guerre et d'en finir avec une situation quasi ubuesque, en particulier le maintien d'un embargo économique inefficace pendant un demi-siècle est le signe que le "petit frère", ancien stalinien pur et dur, a sans doute réussi son pari.

Le gouvernement cubain a rendu public le règlement des opérations commerciales concernant la première zone industrielle de libre-échange dans le pays.

Le 4 avril 2013 fera date pour tous ceux qui attendaient un certain décollage économique à Cuba. En effet, le gouvernement de l’Ile a publié les différents points d’un de ses projets les plus ambitieux : la création de la Zone Spéciale de Développement de Mariel, située sur le port du même nom (à 60km à l’ouest de la capitale).

La publication du règlement des opérations commerciales concernant la première zone de libre échange du pays peut être considérée comme une invitation plus précise aux capitaux étrangers, susceptibles d’investir à Cuba et d’y oxygéner ainsi son économie.

Le Ministère des Finances et des Prix a précisé dans la « Gaceta Oficial » que la zone en question bénéficierait d’un régime douanier spécial pour importer, produire et vendre des marchandises, tant sur le marché national qu’international. D’autres part, les sociétés qui voudraient opérer sur cette zone verraient « certaines marchandises » exemptées d’impôts d’importation, puis ces dernières seraient réexportées avec une meilleure valeur ajoutée.

Grâce à ce projet, c’est l’industrie aéronautique, celle des matériaux de construction, des appareils électriques et électroniques, du textile, du meuble, l’industrie alimentaire et d’autres encore qui pourraient s’implanter. La zone, en tant que concessionnaire, offrira à la location des lots industriels, commerciaux ainsi que des magasins. De la même façon, on pourra y construire des navires industriels, fournir de l’électricité, de l’éclairage public, proposer des services de téléphonie et de la restauration. D’autre part, elle offrira aussi des show-rooms, des bureaux ainsi que la possibilité d’effectuer des démarches pour l’obtention de permis ou d’autres services administratifs.

« Toutes les personnes juridiquement installées sur le territoire national peuvent bénéficier des régimes précédemment cités, dès l’instant qu’elles remplissent les conditions établies par le présent règlement », indique le texte du 4 avril 2013. Il y est ajouté que les entreprises qui réaliseraient des exportations avantageuses pour l’économie nationale, pourraient bénéficier du remboursement des droits d’exportation.

La Zone Spéciale de Développement de Mariel -dont le coût approximatif est de 900 millions de dollars- pourrait voir le jour grâce au co-financement du Brésil et de Cuba (à hauteur du 70% pour le Brésil et de 30% pour Cuba).

Un « méga-port » fait aussi partie du projet : sa construction doit débuter ce mois-ci et il remplacera celui qui sert actuellement au commerce maritime dans la Baie de La Havane. Et les habitants de la capitale en rêvent depuis longtemps.

L’Ile commença à s’ouvrir aux investissements étrangers à partir de 1993. Cela faisait partie d’une série de mesures pour pallier aux effets de la « Période Spéciale ».

En novembre 2012, lors de l’inauguration de la 30ème Foire internationale de La Havane, Rodrigo Malmierca, le ministre des Investissements Etrangers et du Commerce Extérieur, a déclaré que l’ouverture de cette « zone franche » est à envisager dans le cadre des réformes économiques du président Raúl Castro. Elle vise à « augmenter les exportations en remplacement des importations » et représente « une opportunité intéressante pour les capitaux étrangers » dont l’apport est aujourd’hui essentiel pour le pays et le sera également à l’avenir.

Avec ses 700 premiers mètres de quai inaugurés lundi, le «mégaport» de Mariel, à 45 km à l'ouest de La Havane est présenté comme le symbole de l'ouverture de Cuba vers l'avenir et la modernité, malgré l'embargo américain.

Mais pour devenir plus qu'un symbole, Mariel et sa zone franche devront surmonter un handicap majeur : le manque d'investissements et le sévère embargo financier et commercial imposé depuis un demi-siècle par Washington à l'île communiste.

Mariel, célèbre pour avoir été le théâtre d'un exode massif de Cubains en 1980, est le premier «mégaport» des Caraïbes et mise sur l'extension du canal de Panama, prévu en 2015, pour servir de point de distribution des marchandises venues d'Asie vers l'Amérique du Nord, l'Europe et l'Afrique.

Plus grand projet d'infrastructures jamais lancé à Cuba, le port de Mariel couvre 465 km2, avec sa zone d'entreprises.

Construit par le groupe brésilien Odebrecht grâce à un crédit brésilien de 600 millions de dollars, il a été inauguré lundi en présence de la présidente brésilienne Dilma Rousseff, en marge du 2e sommet de la Communauté des États d'Amérique latine et des Caraïbes (CELAC), dont Cuba a assumé la présidence en 2013.

«Le Brésil est fier de s'associer à Cuba dans ce projet, le premier grand port terminal de conteneurs des Caraïbes», a affirmé la présidente brésilienne après avoir coupé le ruban d'inauguration aux côtés de son homologue cubain Raul Castro.

Le port sera géré par l'entreprise PSA International, de Singapour, qui gère déjà certains des plus grands ports du monde.

 

Centre névralgique

Mariel est destiné à recevoir en provenance d'Asie les navires «Postpanamax» qui peuvent transporter jusqu'à 12 000 conteneurs, avant d'en redistribuer les marchandises à travers l'Atlantique.

Et permettre à Cuba de renouer avec la tradition de centre commercial névralgique qu'elle occupait à l'époque de l'empire colonial espagnol en Amérique latine.

À terme, le port et ses 2400 mètres de quais devraient permettre de traiter un million de conteneurs par an. Une zone franche est prévue pour accueillir les investisseurs étrangers, qui devraient bénéficier de nouvelles conditions avec une loi qui doit sortir en mars.

Les autorités cubaines ont indiqué qu'elles visaient une clientèle d'entreprises de haute technologie, notamment dans l'agro-industrie, les biotechnologies et l'informatique.

Selon la directrice de la Zone de Développement spécial (ZED) de Mariel, Ana Igarza, «des propositions d'investissements» ont déjà été présentées par des entreprises du Brésil, du Mexique, d'Argentine, du Chili et de la République dominicaine.

Une base logistique est déjà en place pour les entreprises étrangères de recherche pétrolière. Une autoroute et une voie ferrée reliant le port à La Havane sont encore en construction.

Mais tous ces projets nécessitent des capitaux qui font encore cruellement défaut à Cuba, notamment en raison de l'embargo américain qui réduit considérablement les candidats au marché cubain.

«Il nous faut des investissements de l'ordre de 3 milliards de dollars par an», a récemment jugé l'économiste cubain Juan Triana, de l'Université de La Havane.

Les efforts d'ouverture lancés par Fidel Castro dans les années 90, après la chute de l'empire soviétique, n'ont pas donné les résultats espérés et le nombre d'entreprises étrangères opérant à Cuba est en forte réduction, diminué de moitié ces dernières années.

Une séance extraordinaire du Parlement a eu lieu en mars 2014 pour approuver une nouvelle loi sur les investissements étrangers, qui devrait notamment prévoir la fin des joint-ventures avec des entreprises cubaines qui sont jusqu'à présent la règle pour tout investisseur étranger.

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