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Publié par Bob Woodward

L'organisation terroriste de l’Etat Islamique (EI) serait sur le point d’introduire sa propre devise, et de battre monnaie avec des pièces en or et en argent pour renforcer son califat, rapporte le Daily Mail.


Des militants de l’EI auraient rapporté sur les médias sociaux que les religieux de Mossoul et de la province irakienne de Ninive ont affirmé au cours de prières que le groupe allait utiliser une ancienne monnaie islamique, le dinar.

 

Une nouvelle monnaie

De nos jours, beaucoup de monnaies fiduciaires portent encore le nom de dinar, mais comme toutes les monnaies modernes, elles sont exprimées sous la forme de pièces et de billets. Cependant, le groupe terroriste envisagerait de créer un dinar à l’image de celui d’autrefois, lorsque cette monnaie n’était constituée que de pièces d’or et d’argent. Cette devise ne serait utilisée que dans les régions contrôlées par le groupe. La décision est symboliquement très forte. Le groupe Etat islamique a annoncé jeudi 13 novembre qu'il allait frapper sa propre monnaie, des pièces en or, argent et cuivre, qui seront utilisées sous le territoire qu'il contrôle en Syrie et en Irak d'ici trois semaines. "Si Dieu le veut, différentes pièces vont être fabriquées en or, argent et cuivre", a affirmé l'EI dans un communiqué diffusé sur les forums djihadistes. Quelques jours après les rumeurs selon lesquelles Abou Bakr al-Baghdadi aurait été gravement blessé, il vient de proférer – mais le message n’a pas encore été authentifié – de nouvelles menaces contre les Juifs et les Croisés. Et l’Etat islamique veut désormais, comme un véritable Etat, battre monnaie !

Dans un communiqué, l’Etat islamique annonce en effet vouloir lancer une nouvelle monnaie, afin de remplacer celles des Etats officiels où il s’est implanté, en l’occurrence l’Irak et la Syrie. Dans le langage djihadiste, plus fleuri, cela est évidemment plus parlant, puisqu’il s’agit de « libérer les musulmans de l’oppression économique satanique ». Fouad Massoum (le président irakien) et Bachar el-Assad ont dû apprécier…

Battre monnaie d’or, argent et bronze

 
Les pièces prévues seraient les suivantes : dix et vingt fils (le fils vaut un centième de dirham) en bronze, trois pièces de un, cinq et dix dirhams en argent, et deux pièces de un et cinq dinars en or. Histoire de revenir aux belles heures du califat omeyyade des premiers siècles. Une fabrication rendue possible depuis que l’Etat islamique a fait main basse sur d’importantes quantités d’or et d’argent, tant dans les banques que chez les particuliers, dans les deux pays.
 
Il va de soi que l’emploi de métaux précieux risque de provoquer spéculation et vols, et il n’est pas sûr que la charia suffise à les empêcher. On se rappellera en effet que, il y a quelques années, de petits malins s’étaient aperçu que le peso philippin était une pièce identique au dirham or des Emirats (alors qu’il ne vaut que quelques fils), et qu’il en était résulté une fraude massive dont avaient notamment pâti les casinos du pays.

L’Etat islamique, un véritable Etat ?


Assurément, la création de cette monnaie offrirait plusieurs avantages au groupe Etat islamique. Premièrement, elle renforce son indépendance vis-à-vis d’Al-Qaïda, dont il a été exclu en début d’année, après qu’Abou Bakr al-Baghdadi eut renié son serment d’allégeance auprès du successeur de Ben Laden.

Deuxièmement, cela lui permettrait de s’arroger les prérogatives d’un véritable Etat. En cela, il continue l’entreprise commencée cet été par la mise en place de taxes diverses, et l’ouverture de ministères dépendant directement de lui.

Troisièmement, l’Etat islamique augmenterait ainsi sa puissance financière. Celle-ci n’est d’ores et déjà pas nulle puisqu’on estime à quelque 90 millions de dollars mensuels les sommes que le groupe retire de la vente, au marché noir (mais à qui ?), du pétrole provenant des champs irakiens et syriens qu’il occupe.

Voici trois questions que pose cette annonce. Daech, organisation qui contrôle un territoire aussi grand que le Royaume-Uni, mais en grande partie désertique, explique que l'objectif est de remplacer "le système monétaire tyrannique imposé aux musulmans qui a conduit à leur oppression". Le communiqué précisé aussi que l'objectif est de libérer les musulmans du "mercantilisme et de l'oppression économique satanique".

"Battre sa propre monnaie est un marqueur très fort de souveraineté, c'est le moyen de s'affirmer en tant qu'État, analyse Jérôme Héricourt, économiste au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII). Frapper sa monnaie, est un pouvoir régalien, l'État islamique entend donc signifier aux yeux du monde qu'il est légitime".

Autre raison de ce choix : reprendre un symbole de l'histoire de l'islam. Selon celui-ci, la frappe d'une nouvelle monnaie accompagne les renaissances.

Le choix de ces matériaux n'est en réalité pas si surprenant. "Daech joue sur le côté sonnant et trébuchant, poursuit Jérôme Héricourt. Si l'État islamique avait décidé d'imprimer des billets, ils n'auraient eu aucune valeur. Ce n'aurait été que du papier que personne n'aurait pris au sérieux car le billet pour être respecté doit être ancré dans les conventions sociales. L'or ou l'argent ont en revanche une valeur réelle. Une pièce en or a toujours de la valeur."

Pour d'autres économistes ces métaux permettront aussi à cette monnaie de ne pas être convertible. Comme à l’époque des rois du Moyen-Âge, cela leur permettra de fixer arbitrairement la valeur des choses selon leur propre code moral, sans qu’il soit possible de faire des comparaisons internationales, puisque personne d’autre n’utilise cette monnaie et qu’il n’existera pas de taux de change.

La gestion d'un tel système monétaire n'est toutefois pas sans poser de problème. La monnaie "devra être frappée dans des établissements spéciaux ayant reçu l'aval du calife Al-Baghdadi" précise Olivier Hanne, spécialiste de l'histoire de l'islam à Metronews.fr. Mais la liberté d'action du califat pose question compte tenu des frappes aériennes menées contre lui.

La dépendance à l'or, à l'argent et au cuivre devrait aussi poser des difficultés selon les spécialistes. "Le prix de l'or et des deux autres métaux varie fortement comme le cours des matières premières, poursuit Jérôme Héricourt. Si les cours augmentent, cela pourrait être assez préjudiciable à l'Etat islamique". En fouillant un peu, on peut découvrir qu’un site fait la promotion du dinar-or et du dirham-argent, le site E-dinar.com situé aux Émirats Arabes Unis, une coïncidence?

Cette monnaie fut introduite par Othman ibn Affan, troisième calife de l’islam au VIIeme siècle. Elle était composée de pièces en or d’un poids de 4,3 grammes, le dinar islamique, et de pièces en argent d’un poids de 3 grammes, le dirham islamique. Des imams à Mossoul et dans la province de Ninive ont annoncé son retour prochain.

L’État islamique alimente sa trésorerie via des sources multiples : la vente de pétrole au marché noir issu des installations en Irak et en Syrie, qui rapporterait près d’un million de dollars par jour, à laquelle il faut ajouter les fonds provenant de généreux donateurs des monarchies du Golfe (Qatar, Emirats Arabes Unis), le butin amassé lors du pillage des zones contrôlées, ainsi que le fruit des tractations avec les États dont il détient des otages. Or et argent constituent une richesse sûre, contrairement aux montagnes de papier-monnaie.

Dans le système de Bretton Woods, (juillet 1944), seul le dollar reste convertible en or. C'est le Système d'Etalon Change-Or (Gold Exchange Standard), et chaque pays contrôle la convertibilité de sa monnaie en dollar.

Jusqu'en 1971, le système monétaire international est resté mixte (métallique et fiduciaire) puisqu’il était possible d’échanger des billets (dollar) contre de l'or. Le 15 août 1971 la situation financière insupportable des États-Unis (notamment à cause des dépenses de guerre au Viêt Nam) conduisent le président Nixon à « suspendre » (en réalité mettre fin à) la convertibilité du dollar en or.

En 1976, cent ans après la démonétisation de l’argent, la conférence internationale tenue les 7 et 8 janvier 1976 à Kingston conclue aux accords de la Jamaïque et entérine la disparition de l’or comme étalon monétaire, le cours des différentes devises devenant officiellement flottant.

Le nouvel étalon or sera-t-il le dinar de l’Etat islamique ?

Nouveau programme scolaire

En septembre, des medias avaient rapporté que l’EI avait imposé son programme scolaire aux écoles primaires situées sur le territoire grand comme la Belgique qu’il contrôle, et qui comprend de larges zones de l’Irak et de la Syrie.

Désormais, les enfants de ces écoles n’apprendront plus de techniques artistiques ou musicales, ni la philosophie, les sciences sociales, l’histoire, la géographie ou la littérature. Ces matières seront remplacées par d’autres matières approuvées par l’EI : idéologie, médecine, ingénierie, chimie, physique, gestion, agriculture, ou Islam.

L’Etat islamique détient maintenant tous les pouvoirs régaliens…un nouvel Etat est né !

Un nouvel Etat est né.
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