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Publié par CHEMS AKF

La nouvelle hospitalisation du président Bouteflika intervient à un moment critique pour une Algérie frappée au cœur par l’effondrement du prix du pétrole. En effet, si la bombe sociale algérienne n’a pas encore explosé, c’est grâce à la manne pétrolière qui permet à l’Etat de subventionner pour 60 milliards de dollars par an la consommation des « classes défavorisées ». A cette somme, il convient d’ajouter 20% du budget de l’Etat qui est consacré au clientélisme. Un exemple: avec 6% de toutes les dotations ministérielles, le budget du ministère des Anciens combattants est supérieur à ceux de l’Agriculture (5%) et de la Justice (2%). Avec un pétrole à 85 ou même à 80 dollars le baril, il va donc falloir tailler dans les subventions, ce qui va bousculer les équilibres sociaux et politiques.

Etat des lieux d’un pays qui risque d’exploser à tout moment.

En 2011-2012, si l’Algérie échappa au « printemps arabe », ce fut essentiellement parce que ses réserves de devises lui permirent d’acheter la paix sociale. Les révoltes populaires qui y étaient alors nombreuses ne s’engerbèrent pas dans un mouvement révolutionnaire de fond. L’ébullition sociale du mois de décembre 2011 et du début du mois de janvier 2012 cessa spontanément car, perfusées de subventions, les catégories sociales les plus démunies ne cherchèrent pas à provoquer une révolution.

Or, ce qui était possible avec un baril de pétrole à 110 dollars ne l’est plus quand son prix frôle les 80 dollars. En effet, l’Algérie qui importe l’essentiel de ses biens de consommation a besoin d’un baril de pétrole à 100 dollars minimum pour assurer ses équilibres budgétaires; en dessous de ce prix, elle doit puiser dans ses réserves de change.

Aujourd’hui, l’Algérie consacre le quart de ses recettes tirées des hydrocarbures – ses seules recettes d’exportation -, à l’importation de produits alimentaires de base dont elle était exportatrice avant 1962. Bon an, mal an, l’agriculture et ses dérivés ne permettent en effet pas de satisfaire plus de 40 à 50% des besoins alimentaires du pays. Les seules importations de céréales se montent ainsi en moyenne à 3 milliards de dollars, somme à laquelle il convient d’ajouter le reste des produits alimentaires, soit, pour les neuf premiers mois de l’année 2014, la somme de 8,63 milliards de dollars, en augmentation de 17,6% par rapport à la même période de l’année 2013. La seule facture de lait en poudre atteindra quasiment 2 milliards de dollars pour la totalité de l’année 2014.

En 2013, l’importation des biens alimentaires et des biens de consommation représenta 36 % de la facture de tous les achats faits à l’étranger ; en 2014, le pays est le premier importateur africain de biens alimentaires pour un total de 12 milliards de dollars (Centre national de l’informatique et des statistiques-douanes-CNIS).

A ces sommes, il convient d’ajouter les subventions que l’Etat accorde aux denrées alimentaires importées et aux produits énergétiques, ce qui représente 30 % du PIB national.

Troisième producteur africain de pétrole …

… l’Algérie est actuellement lourdement affectée par la baisse des cours du baril dont le prix est passé de 110 dollars au mois de juillet 2014 à 85 dollars le 15 octobre et à près de 80 le 14 novembre. Comme le budget 2014 était basé sur le prix d’un baril supérieur à 100 dollars, cette baisse plombe donc une économie fondée sur le tout pétrole-gaz qui assure au moins 95 % des recettes en devises du pays. Selon les douanes algériennes (19 octobre 2014), les exportations hors hydrocarbures représentaient à cette date 4,17 % du montant total des exportations algériennes.

De plus, depuis 2011, l’on sait que les réserves de gaz de l’Algérie ont été surestimées. Quant à la production de pétrole, elle baisse et le pays n’aurait encore, selon certaines sources, que pour deux à trois décennies de réserves. Cette baisse de production fut un temps masquée par le prix élevé du baril (plus de 110 dollars); elle ne l’est plus avec les prix actuels.

Au mois de janvier 2014, afin de relancer la production pétrolière, l’Etat algérien a fait un appel d’offres international pour 31 nouveaux périmètres de recherches, or, seul 4 périmètres ont trouvé preneur.

Le pays est donc dans une impasse d’autant plus étroite que la tension sur la frontière libyenne l’oblige à des dépenses militaires considérables. En 2014, le budget du ministère de la Défense totalise ainsi 23% du budget de tous les ministères, soit une augmentation de 10% par rapport à 2013.

Certes, l’Algérie dispose d’un matelas de plus de 200 milliards de dollars de réserves de change, mais, au rythme où vont les choses, il va vite être à plat. Combien de temps ce bas de laine permettra-t-il de contenir le cataclysme social qui couve ? Là est toute la question.

 

Une bombe à retardement sociale

Selon le quotidien El Watan en date du 16 septembre 2014, la ville d’Alger est « cernée de bidonvilles » dans lesquels vivent « 72 000 familles » et selon le quotidien Le Soir d’Algérie en date du 18 octobre, l’Algérie compterait 1 9320 000 familles démunies soit une augmentation de 304 000 familles par rapport à l’année 2013. Certains observateurs ne craignent donc pas de parler de « clochardisation » d’une partie de la population. Il s’agit là d’une véritable bombe à retardement qui peut exploser à tout moment.

Signe de la tension sociale qui règne, les policiers se sont mis en grève au mois de septembre. Le chômage des jeunes atteint au minimum 35 % avec pour résultat l’émigration de la jeunesse et des diplômés. A ce jour, près de 2 millions d’Algériens nés en Algérie ont émigré, dont une partie importante de cadres formés dans ses universités durant les décennies 70 et 80. Sur ce total, 1 460 000 se sont installés en France.

Aux tensions sociales s’ajoutent les problèmes ethniques qui prennent de plus en plus d’ampleur dans la région du Mzab entre Mozabites et Arabes, cependant qu’au mois d’octobre 2014, les Touareg menacèrent de « monter à Alger » pour assiéger la Présidence si leurs revendications n’étaient pas acceptées. Le pays est également fracturé entre idéologie arabiste et berbérisme. Les Kabyles n’ont ainsi pas renoncé à lutter contre l’arabisation forcée qu’ils subissent depuis 1962, certains allant même jusqu’à parler de politique d’effacement de l’identité berbère.

Au point de vue religieux, même si les Frères musulmans ont subi une cinglante défaite lors des élections municipales et législatives de 2012, l’islamisme politique constitue encore une force très puissante. De plus, il importe de ne pas perdre de vue que l’Algérie fut le creuset dans lequel naquirent les groupes djihadistes dont le pouvoir de nuisance est toujours réel comme l’ont montré la prise d’otages sur le site gazier d’In Amenas au mois de janvier 2013 et le meurtre d’un touriste français au mois de septembre dernier.

Politiquement, l’Algérie est en pleine incertitude avec un président donné comme moribond et qui n’aurait plus que quelques instants de lucidité par jour.

L’Algérie, une impasse économique et politique
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