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Publié par Bob Woodward

 

Si la problématique n’est pas nouvelle, loin s’en faut, le soudain intérêt pour ce thèmemanifesté par nos dirigeants depuis quelques mois doit nous interpeller. François Hollande et Najat Vallaud Belkacem sont sous les feux de la rampe!

A quoi devons nous cette apparente prise de conscience ?

 

La réponse tient en deux chiffres :

 

  • 5 078 800 demandeurs d’emploi fin août, soit une augmentation de 6% sur un an selon les statistiques de Pôle Emploi. 10,2% de la population active au sens du Bureau International du Travail.
  • 22,8% des jeunes de notre pays sont sans emploi.

Inutile ici de s’enorgueillir de la faible augmentation sur un an (1,5%) cette tendance

n’étant due qu’à une utilisation quantitative des emplois d’avenir dont on connait justement le singulier manque « d’avenir » et le coût pour la collectivité.

Les conséquences humaines et économiques sont évidentes et graves. Réduire significativement le chômage passe obligatoirement par la mise en adéquation de la

qualification des actifs et futurs actifs avec les besoins de l’économie.

Il faut rappeler que dans le même temps où nos compatriotes cherchent désespérément un emploi, des branches entières clament leur manque de main d’œuvre qualifiée. Nous ne nous attacherons  pas ici au chiffre « officiel » des emplois non pourvus car nous savons tous que la majorité des offres d’emplois ne passe pas par Pôle emploi.

Le chiffre réel est bien plus important que celui que l’on nous donne en pâture.  Le constat est malheureusement évident, nous sommes face à un enjeu sociétal littéralement méprisé dans les dernières décennies par nos dirigeants de droite comme de gauche.

Alors même que l’importance du transfert des compétences aux générations suivantes n’est pas une découverte liée à l’évolution récente de nos modes de production, mais le fruit d’une longue évolution historique.

La transmission familiale de la société agricole, la relation : maître/apprenti de l’artisanat ont rythmé l’acquisition des savoirs et savoir- faire au fil des générations ; Le Moyen-âge avait déjà son contrat d’apprentissage...

 

Une histoire mouvementée

 

Si le XIXème siècle a marqué un tournant provoqué par le changement des modes de production, il n’a pas pour autant exclu ce type de transmission ; il a simplement déplacé les responsabilités en lescollectivisant. L’Etat et les industries se sont associés pour répondre aux besoins du XXème siècle. Des écoles professionnelles s’ouvrent et dès 1911 l’Etat prend la main avec l’appui du patronat. En 1919, la loi Astier crée le certificat d’aptitude professionnelle. Le tutorat reste ainsi au cœur de ce nouveau processus formatif. Conçu à l’origine pour répondre aux besoins des employeurs locaux, le diplôme évoluera vers une dimension nationale, confortée par la conclusion dans le secteur de la métallurgie en 1936 de la première convention collective. La loi du 4 octobre 1943 confiera à l’Etat le monopole de l’organisation des examens et de la délivrance des diplômes. Le modèle : formation-examen-diplôme, devient dominant. Clef de l’insertion et de l’évolution dans l’entreprise, il est rythmé par les conventions collectives qui se multiplient. Elles hiérarchisent le salariat, chaque niveau de qualification correspondant à une filière de formation ainsi qu’à un diplôme celui-ci déterminant la classification au sein de la convention applicable. Nous voyons ainsi comment, sous le couvert certes nécessaire de structuration, se mettent en place les rigidités qui peu à peu vont participer au blocage du système de formation professionnelle français. Il est rapidement constaté que ce parcours formatif ne concerne en fait qu’une minorité de jeunes. La formation des actifs de premier niveau de qualification ne progresse guère.

 

L'éducation populaire

 

S’impose alors peu à peu le concept d’ « Education Populaire » destiné à diffuser la connaissance au plus grand nombre développé par Condorcet dès 1782. Il se traduira en 1946 par l’inscription dans le préambule de la Constitution du « Droit à la formation professionnelle ». Il faudra attendre 2001 pour que s’opère, tout au moins dans les esprits, la véritable rupture avec le lien : formation-certification par la création de la validation des acquis de l’expérience (VAE). Le premier acte du système de formation professionnelle continue, s’écrira à l’issue des accords de Grenelle, dans le premier Accord National Interprofessionnel (ANI) en 1970 codifié par la loi du 16 juillet 1971 modifiée de nombreuses fois et en dernière date le 5 mars 2014. Il sera relayé au niveau européen en 2003, le Conseil Européen faisant du principe d’éducation et et de formation tout au long de la vie un élément structurant de la Stratégie Européenne pour l’Emploi. Principe repris en France par l’ANI du 20 septembre 2003 qui déclina cette orientation en un concept : le droit d’acquérir des compétences nouvelles tout au long de la vie. Un objectif : que chaque actif ou futur actif s’inscrive dans un dans un projet professionnel. Des moyens : un ensemble de mesures permettant la construction de parcours individualisés.

 

Un système efficace?

 

40 ans plus tard il semble légitime de poser la question de l’efficacité de ce système ? La réponse ces chiffres cités en introduction. Si, bien évidemment, la raison du chômage de masse ne se trouve pas exclusivement dans un dysfonctionnement des modes de formation, il n’en demeure pas moins un des éléments fondamentaux de l’inadaptation de l’offre de travail à la demande des entreprises. Un système de formation initiale et continue performant est un facteur incontournable de sécurisation des parcours professionnels.Mais alors, pourquoi ce qui semble performant en théorie demeure d’une très faible efficacité ? Au fil des années et des textes il a en réalité engendré un monstre à plusieurs têtes et multiples bras démuni de toute cohérence et donc de coordination. Le seul dénominateur commun est la capacité à générer d’énormes dépenses financées, comme de coutume, par l’entreprise et le citoyen. Ces mêmes entreprises qui pour certains parlementaires porte l’entière responsabilité de cette « gabegie » annoncée de 32 milliards d’euros en 2013, mettant ainsi un obstacle à la formation des demandeurs d’emploi ! Plus de 20 milliards sont utilisés par l’Etat, les Conseils régionaux et Pôle Emploi pour assurer le financement de programmes de formation des demandeurs d’emploi, programmes au demeurant jamais évalués ni en coût ni en efficacité. Il faut également noter que 6 de ces 20 milliards sont affectés à la formation des personnels des Fonctions Publiques Etatique, Territoriale et Hospitalière...est-ce réellement prioritaire ? L’entreprise finance 13 milliards dont seulement 5,5 sont utilisés directement pour la formation de ses salariés dans le cadre de son plan de formation.

 

 

Une nébuleuse de partenaires sociaux

 

Au fil des accords et des textes législatifs les acteurs se sont multipliés au nom du paritarisme et de la mutualisation des moyens, sans que pour autant l’Etat se désengage. Interviennent ainsi le Ministères de l’Education Nationale, le Ministère du Travail, Le Secrétariat d’Etat au Budget, mais également les secteurs privés lucratifs et non lucratifs. Les partenaires sociaux ont eux aussi un rôle déterminant au sein des différentes structure telles que les Organismes Paritaires Collecteurs Agréés (OPCA) qui collectent et gèrent les fonds des entreprises, les Commissions Paritaires pour l’Emploi (CPNE) qui dans chaque branche professionnelle doivent, en principe, définir la politique de formation de ces dernières. Les partenaires sociaux sont également présents au niveau de chacune des couches du fameux « millefeuilles ». Commissions diverses et variées désignées par des sigles abscons (PLIE, CLI, COREF...).

 

Acteurs auxquels il convient d’ajouter les structures dont l’objectif affiché est de permettre la rencontre de l’offre et de la demande en matière d’emploi. Pôle Emploi, bien évidemment, mais aussi le réseau des Missions locales moins connu du public. Destiné à faciliter l’insertion des jeunes, il a été créé au début des années 80. Ce réseau compte à l’heure actuelle environ 12000 salariés répartis sur 4600 points d’accueil et coûte à la collectivité la modique somme de 543 millions d’euros par an (chiffre 2012). Avons-nous pour autant moins de jeunes au chômage ?

Cette liste n’est malheureusement pas exhaustive mais elle éclaire pour partie les raisons pour lesquelles les sources de dépenses se sont multipliées au fil des ans, pour aboutir au vaste gaspillage que nous connaissons aujourd’hui. Outre l’entreprise qui finance la formation et sessalariés et participe par la mutualisation à la formation des demandeurs d’emploi, les fonds sont distribués par l’Etat via sa politique contractuelle, les collectivités territoriales et principalement les Conseils Régionaux dans le cadre des Contrats Régionaux de Formation, ainsi que par l’Union Européenne qui redistribue notre cotisation par l’utilisation du Fonds Social Européen (FSE) et des nombreux programmes d’initiative européenne liés aux politiques d’emploi des Etats membres. Quels contrôle pour qu’elle efficience ? Toute la difficulté est là ! La nébuleuse créée depuis 1971 rend quasiment impossible un véritable pilotage du système. Une action en profondeur s’impose de manière urgente au-delà des simples déclarations de bonnesintentions. Elle doit avoir pour objectifs immédiats de refonder intégralement le système en un ensemble cohérent, d’optimiser les financements, de mettre en place des outils de contrôle del’utilisation des fonds et d’assurer une évaluation qualitative des politiques mises en œuvres. Aux dires récents de quelques représentants d’organisations syndicales salariales et patronales, la dernière loi sur la formation professionnelle de mars 2014 aurait résolu l’ensemble de ces dysfonctionnements...chiche ? Mme Najat Vallaud Belkacem a du pain sur la planche!

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