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Publié par Bob Woodward

Les victoires successives des moudjahidines de l’Etat islamique en Syrie et en Irak, en plus de porter leurs fruits stratégiquement, permettent aujourd’hui au mouvement d’Abu Bakr al-Baghdadi d’accumuler les serments d’allégeance de la part des mouvements djihadistes du monde entier.

Les islamistes algériens qui ont enlevé et décapité l'otage français Hervé Gourdel voici une semaine ont diffusé une nouvelle vidéo dans laquelle une trentaine de membres de leur groupe réaffirment leur allégeance à l'organisation djihadiste Etat islamique (EI).

Dans cet enregistrement non daté, diffusé sur des médias sociaux fondamentalistes, on voit un chef djihadiste algérien s'adressant au groupe d'hommes des "Soldats du califat", dont certains portent des armes automatiques, dans une zone densément boisée.

Un autre homme, à l'accent mauritanien, déclame un poème tandis que d'autres tiennent un drapeau djihadiste noir. Aucune allusion n'est faite à Hervé Gourdel, dont les "Soldats du califat" avaient montré l'exécution dans une vidéo antérieure.

"Nous réitérons notre allégeance à Abou Bakr al Baghdadi", dit un commandant, en parlant du chef du groupe Etat islamique, qui s'est intronisé "calife" dans les territoires que ses hommes ont conquis en Irak et en Syrie. "Nous ne lui désobéirons jamais", ajoutent les hommes des "Soldats du califat". Dans cet enregistrement, les "Soldats du califat" n'adressent aucune menace et ne font pas allusion à Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), branche d'Al Qaïda en Afrique du Nord dont ils ont fait scission pour se rapprocher de l'Etat islamique.

Ces allégeances se développent également en dehors de la sphère arabe…situation bien plus surprenante en raison de la territorialisation des objectifs de l’EI.

En Asie, un nouvel EI ?

Aux Philippines, Etat majoritairement catholique en lutte contre des séparatistes musulmans, les moudjahidines d’Abu Sayyaf et les « Combattants islamiques pour la liberté de Bangsamoro » (CILB), mouvement qui a fait sécession du « Front Moro de libération nationale » depuis la signature de l’accord de paix en 2008 avec Manille ont annoncé officiellement leur allégeance à l’Etat islamique.

Le porte-parole du CILB, Abu Misry Mama, qui commente une vidéo postée sur Youtube par le groupe, a déclaré : « Nous faisons allégeance à l’Etat islamique et à Abu Bakr al-Baghdadi ».

Le mouvement armé Abu Sayyaf, classé sur la liste noire américaine des organisations terroristes compte moins de 2000 hommes. Il fait partie de ces mouvements faibles numériquement mais ayant une dextérité dans le combat qui les rend plus que redoutables. Le groupe terroriste de l’Etat islamique doit faire face à un ennemi que l’on ne lui aurait jamais imaginé. Après des décennies de rébellion armée, le MILF a promis d’endiguer l’expansion de l’organisation terroriste aux Philippines.

Le MILF (comprendre «Moro Islamic Liberation Front»), est né en 1978 au sud du pays asiatique. Depuis que ses relations avec le gouvernement philippin se sont apaisées, la priorité de l’ex groupe indépendantiste se résume à étouffer la progression de l’Etat islamique aux Philippines et dans les pays musulmans.

Dans un article publié sur son site officiel le 23 août 2014, le MILF condamne fermement les actes de barbarie perpétrés par des organisations terroristes musulmanes, qu’il s’agisse de l’Etat islamique ou de membres de leur propre organisation.

Islamistes «modérés» revendiqués, les membres du MILF considèrent que l’Etat islamique, présent en Syrie et en Irak, représente une «menace immédiate» dont les idées peuvent être aussi «contagieuses» qu’un virus pour des pays musulmans dans lesquels des groupes rebelles armés sont installés.

L’engagement des Combattants islamiques pour la liberté de Bangsamoro en est la parfaite illustration. Le groupe de guérilla, né d’une scission avec le MILF en 2008, a récemment fait savoir au monde entier qu’il se rangeait au côté de l’Etat islamique en levant son drapeau noir. Alors que les membres du CILB sont encore trop peu nombreux pour susciter une réelle inquiétude selon le MILF, l’influence de l’autoproclamé califat de l’Etat islamique en Irak et au Levant, ancienne section d’al-Qaida, est amenée à poser un problème sécuritaire au sein d’un pays qui porte encore les marques d'une guérilla meurtrière démarrée dans les années 70, et qui a entraîné la mort de 150.000 personnes.

Etat islamique versus Al-Qaeda

Derrière les affrontements, se joue la guerre pour le leadership du djihad mondial, qui permettra au vainqueur, s’il y en a un, de disposer d’un réservoir d’hommes prêts au combat quasi-illimité. D’un côté il y a Al-Qaeda, qui est resté étrangement silencieux depuis la proclamation du « Califat islamique » le 29 juin 2014. De l’autre, cet Etat islamique d’Abu Bakr al-Baghdadi qui, depuis son implication dans le conflit syrien, a pris son essor pour surpasser aujourd’hui le réseau djihadiste le plus puissant au monde.

Plusieurs éléments nous permettent de croire au déclin d’Al-Qaeda, au moins en sa qualité de leader.

Le premier est le manque de résultats significatifs depuis le 11 septembre. En effet, nous avons la nette impression qu’Al-Qaeda n’a plus d’objectifs précis dans sa guerre contre les Etats-Unis et ses alliés du monde arabo-islamique. La finalité est connue depuis la « déclaration du front islamique mondial pour le djihad contre les Juifs (à comprendre les « sionistes ») et les croisés » du 23 février 1998. Mais dans les faits, rien ne démontre sa volonté à viser des objectifs déterminés.

 

Le second élément relève de ce qui constituait son principal point fort : sa « déterritorialisation ». Al-Qaeda est un mouvement qui n’a pas un enracinement territorial précis. Il s’inscrit à l’origine partout dans le monde, sans être officiellement installé quelque part. La donne a changé avec la création des filiales régionales (Al-Qaeda au Maghreb islamique, Al-Qaeda dans la Péninsule arabique, Harakat al-Shabaab Al-Moudjahidines, Boko Haram, qui a prêté allégeance à Al-Qaeda sans qu’il y ait eu acceptation par ce dernier). Mais la discontinuité territoriale de ces branches ne leur permet aucune véritable coordination de terrain. Autrement dit, Al-Qaeda central n’a aucun territoire à unifier, à défendre ni à conquérir.

A l’inverse, l’Etat islamique a des objectifs précis : implémenter la Loi islamique et gouverner les populations musulmanes. Il dispose de territoires à défendre, en Syrie et en Irak en plus d’avoir des visées sur le Liban et tout le reste du Levant. La continuité territoriale de ses possessions lui permet de coordonner des opérations en associant les différentes branches locales. Ainsi, les groupes en Syrie œuvrent pour ceux en Irak et inversement.

Les appels à l’unité des diverses factions combattantes laissent penser à la cooptation d’Al-Qaeda au sein de l’Etat islamique … comme le fut autrefois « Al-Qaeda en Mésopotamie » d’Abu Musab Al-Zarqaoui, plutôt qu’à un affrontement généralisé qui risque de les détruire.

Mais si l’on compare l’État islamique au régiment des talibans, ils ont plus d’institutions : une administration civile, des tribunaux, les services sociaux et publics des rebelles. Il y a des embryons d’institution un peu partout. Beaucoup d’anciens cadres irakiens, de l’armée, des services de renseignement, ont rejoint l’EI et tentent d’organiser, d’institutionnaliser. L’EI pour pouvoir se développer ne pourra que stabiliser ses conquêtes en Syrie et en Irak. Toute internationalisation est vouée à l’échec, mais les allégeances sont acceptées afin d’accroitre la renommée de l’EI…

 

L’Etat Islamique va-t-il s’internationaliser ?

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