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Publié par JEA

 

Sur les photos de son compte Twitter, Bachar el-Assad affiche un sourire éclatant. On peut le voir juché sur un vélo. Ou bien, sur une vidéo, aller voter avec sa femme Asma, toute de blanc vêtue. Le président syrien peut jubiler. Le 3 juin 2014, il est sorti vainqueur de l’élection présidentielle, organisée par ses soins, avec 88,7 % des voix. Un scrutin qualifié de « farce » par l’opposition et les pays occidentaux. Au-delà de ce « succès», certains signes laissent penser que la victoire du président syrien dans la guerre civile que subit son pays depuis trois ans pourrait être proche. Sur le terrain, le régime ne contrôle certes aujourd’hui que 40 % du territoire, mais cela correspond à 70 % de la population syrienne. Le pouvoir en place a repris certaines villes symboliques et stratégiques ces dernières semaines. C’est le cas de Homs, où les troupes syriennes ont pénétré pour la première fois depuis deux ans, à la mi-mai. Ou bien encore de la ville de Maaloula, à majorité chrétienne, reprise aux rebelles en avril. Aujourd’hui, le régime semble privilégier la reprise totale d’Alep, capitale économique du pays, qu’il ne contrôle aujourd’hui qu’à moitié. Une offensive est en cours pour reprendre Alep depuis samedi 4 octobre 2014. C'est la fin du repli tactique préconisé par les caciques du régime syrien. Rappelons que depuis 2012 Damas a entrepris un repli tactique sur la Syrie utile, soit la zone du pays économiquement intéressante et qui donne un accès à la mer.


 

 

La reconstruction du pays en jeu


Mais pour certains observateurs, ces « victoires » pourraient n’être qu’un trompe-l’œil. D’abord, ce n’est pas réellement l’armée syrienne qui maîtrise la situation. Celle-ci, éreintée par trois ans de conflit, a subi de lourdes pertes (selon la Croix-Rouge, plus de 60 000 soldats et miliciens ont été tués depuis le début de la guerre). Désormais, ce sont des forces étrangères qui dominent dans ses rangs : 5 000 hommes du Hezbollah libanais y sont présents ainsi que 10 000 combattants d’une formation paramilitaire chiite irakienne. Surtout, depuis mars 2013, les Iraniens ont envoyé des officiers en Syrie et mis des drones à la disposition du régime. Bachar al Assad va probablement devoir des gages à Téhéran...la reconstruction du pays est en jeu!

 

La Banque Mondiale a estimé à 200 milliards de dollars les frais de la reconstruction de la Syrie. L'Etat islamique, qui contrôle la plupart des régions pétrolières et agricoles de la Syrie, prive le gouvernement syrien de deux millions de dollars par jour. L'économie syrienne se trouve dans le coma. Les alliés de Damas voient en la reconstruction de la Syrie un outil à exploiter à des fins politiques pour préserver et renforcer davantage leur influence en Syrie... les deux majeurs alliés (Iran et Russie) manoeuvrent en coulisse! Ce sont la Russie, la Corée du Nord, la Chine, et l'Iran qui auront la charge de reconstruire la Syrie. La France a bien évidemment disparu des radars...

La Russie a entamé les travaux d'exploration et d'extraction de pétrole et de gaz in shore entre Tartous et Banias et a signé, à ce propos, un contrat de 90 millions de dollars avec le Ministère syrien du pétrole. En juin dernier aussi, les gouvernements russe et syrien avaient signé un autre contrat pour la construction d'une barrière de défense dans la province de Hasaka. Les acquis de la Russie dans les projets ne sont pas matériels, mais sont tous politiques. La Russie cherche à protéger, de par de tels projets et chantiers, ses unités militaires en Syrie. La Syrie est le seul pays où la Russie a une base militaire. La Corée du Nord aussi a proposé de participer à la reconstruction de la Syrie. En juin dernier, une haute délégation nord-coréenne a rencontré, à Damas, le Premier ministre syrien. Les deux parties ont procédé à un échange de vues. La Chine aussi n'a pas tardé à annoncer sa position pour participer au secteur énergétique et économique de Syrie. En 2011, la Chine était le premier partenaire commercial de la Syrie. La compagnie nationale du pétrole chinois est la plus grande actionnaire des deux grandes compagnies pétrolières de Syrie. le gouvernement chinois a signé des contrats de plusieurs milliards de dollars avec la Syrie dans divers secteurs d'énergie. L'Iran a commencé elle aussi sa participation au projet de reconstruction de la Syrie, par le biais des exportations de Ciment. L'Iran est l'un des pays connus dans le domaine de l'industrie et du commerce de ciment dans le monde. Pour cette raison, la Syrie peut se transformer en un marché important pour cette industrie iranienne.

Suite à la prise de Homs en mai 2014, bastion des rebelles syriens, par l’armée de Bachar al Assad, des responsables iraniens ont donné une série d'interviews au Guardian, au cours desquelles ils ont expliqué également que l'ingérence de l'Occident dans le conflit n’avait fait que favoriser les violences des groupes djihadistes dans le pays.

"Nous avons gagné en Syrie", a déclaré Alaeddin Boroujerdi, président de la sécurité nationale et de la commission parlementaire pour la politique étrangère. "Le régime va rester en place. Les Américains ont perdu", a-t-il ajouté.Il a également fait part de son inquiétude pour l'Europe, notant que les nombreux combattants européens venus combattre en Syrie, vont bientôt rentrer dans leurs pays d'origine. "Nous sommes maintenant inquiets pour l'avenir de la sécurité de l'Europe", a affirmé Borujerdi.

"Le terrorisme perpétré par des groupes djihadistes liés à al-Quaîda, armés et financés par les pays arabes sunnites, sont désormais la principale menace du peuple syrien" a-t-indiqué.

Selon Amir Mohebbian, conseiller en stratégie du gouvernement de Téhéran, "les États-Unis ne comprennent pas la Syrie". "Les Américains ont voulu remplacer Assad, mais pour quelle alternative? Ils n'ont fait qu'encourager les groupes radicaux et rendu les frontières moins sûres", a expliqué Mohebbian.

 

Les Russes à la manoeuvre


Les rebelles ne semblent pas en mesure de gagner. Même si la majorité du territoire est sous leur contrôle, ceux-ci sont fragilisés par une guerre interne entre les différents groupes de l’opposition et l’État islamique qui aurait fait environ 4 000 morts. Les zones non gouvernementales sont en proie à l’anarchie. Les rebelles y menant également une guerre de prédation. Ils ont notamment pillé les coopératives agricoles. Conscient de cette impasse, Bachar el-Assad a changé récemment de stratégie. Celle-ci consiste désormais à signer des trêves avec les rebelles nationalistes, c’est-à-dire ceux qui ont un agenda syrien – ce qui exclut les combattants de l’EI – et ainsi de renationaliser le conflit. C’est la méthode qui fut employée par les Russes lors de la seconde guerre de Tchétchénie. Après avoir établi un rapport de force favorable, ceux-ci se sont adressés aux rebelles qui n’étaient pas soutenus par l’extérieur, pour leur offrir des postes de pouvoir, comme pour Ramzan Kadyrov, le rebelle devenu président. Les conseillers russes de Bachar al Assad ont savamment distillé leurs stratégies guerrières.

La grande victoire de Bachar el-Assad est là : avoir réussi à ce que les pays occidentaux, tout occupés par leur guerre contre l'Etat islamique, détournent le regard. Un changement d’attitude visible depuis l’accord sur les armes chimiques de septem­bre 2013 (que Damas avait signé sous la menace de frappes militaires après l’attaque au sarin du 21 août dans la banlieue de Damas, qui avait fait quelque 1 500 morts).Victorieux sur le terrain, le président syrien l'est également sur le plan diplomatique. Fort de ses succès militaires, le maître de Damas n'a rien lâché face à l'opposition lors des négociations de Genève. Leur échec retentissant a abouti à la démission de Lakhdar Brahimi de son poste d'émissaire de l'ONU et de la Ligue arabe pour la Syrie. Deux ans après sa nomination, le diplomate algérien s'est révélé, en dépit de ses efforts, incapable de trouver une issue pacifique à la guerre civile, en raison tout d'abord de l'intransigeance du régime syrien, mais aussi de l'inflexibilité de l'Arabie saoudite et du Qatar, parrains de l'opposition. Signe que le vent a tourné, Éric Chevallier, ancien ambassadeur de France à Damas qui ne s'est pas ménagé pour que la Coalition nationale syrienne (plus grand conglomérat de l'opposition) s'impose sur la scène internationale, a quitté ses fonctions pour être nommé ambassadeur au Qatar. Bachar al Assad a ainsi gagné la guerre d'usure...et la France s'est embourbée dans son alliance avec les Etats-Unis!

La France perd ainsi son influence dans cette région du monde et ne participera pas à la reconstruction de la Syrie...nos diplomates nous sont mené droit dans le mur! La politique étrangère française est encore loin de la real politik!

Bachar al Assad a gagné la guerre

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