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Publié par Bob Woodward

C'est un nouveau coup sérieux porté aux Shabaab, un mois après la mort de leur chef, Ahmed Abdi Godane. L'armée somalienne et la force de l'Union africaine (Amisom) ont pris, dimanche 5 octobre 2014, le contrôle de Baraawe, dernier port somalien d'importance aux mains du groupe islamiste.

« La situation est calme et les militants [Shabaab] ont fui avant que les forces n'atteignent la ville », a expliqué Abdukadir Mohamed Nur, gouverneur de la province de Basse-Shabelle où se trouve Barawe.

Situé à environ 200 km au sud-ouest de Mogadiscio, Baraawe était l'objectif principal avoué de l'opération « Océan Indien », lancée fin août par l'Amisom avec l'armée somalienne dans le but de reprendre les localités encore sous contrôle des islamistes dans le sud de la Somalie.

Une guérilla systématique bien financée par les pays du Golfe

Ce port, d'où les Chabab exportaient du charbon de bois vers les pays du Golfe, était crucial pour les finances du groupe islamiste, chassé militairement de Mogadiscio puis de la plupart de ses bastions depuis août 2011. Selon des estimations des Nations unies, le trafic de charbon de bois depuis Baraawe lui rapportait tous les ans au moins 25 millions de dollars (19 millions d'euros). Bien qu’interdit par le gouvernement somalien, le commerce du charbon de bois connaît un essor sans précédent dans le pays. Le commerce du charbon de bois dans la ville portuaire de Kismayo est en augmentation constante, il a atteint des niveaux jamais vus auparavant. Désormais, les trafiquants utilisent des tronçonneuses et des équipements sophistiqués... Cette activité se développe dans des régions contrôlées par les insurgés islamistes dans le sud du pays. Elle serait la première source de revenus de ces mouvements armés. Elle entraine aussi la destruction des dernières forêts du pays qui jouent un rôle vital dans la préservation des sols et des ressources en eau.

Un sac de charbon de bois coûte 5 dollars en Somalie, ils sont revendus 3 fois plus chers en Arabie Saoudite et dans les pays du golfe. Les complicités entre l'Arabie Saoudite, le Qatar, les Emirats Arabes Unis et les militants Shebaab sont évidentes et les liens financiers clairement mis en évidence!

Presque toutes les familles somaliennes dépendent du commerce de charbon de bois pour vivre. Les forêts ont été largement exploitées et la déforestation dans la corne de l’Afrique constitue désormais un problème majeur pour la communauté internationale et les écologistes. Mais la lutte contre ce fléau pourrait bien être encore plus difficile que prévu. En effet, le groupe rebelle Al-Shabaab a lui aussi fait du commerce du charbon de bois sa principale source de financement.

Décrivons une matinée typique à Mogadiscio. Les habitants n’ont pas grand-chose à faire. Le taux de chômage ici est près de 100%. Pour une ville qui n’a pas connu la paix depuis une vingtaine d’années, cette situation fait partie de la vie quotidienne.

Dans certaines rues, l’ambiance est différente. Des camions transportent du bois et du charbon de bois de la région de Ras Kamboni, où les forêts sont exploitées. Les taxes collectées par le groupe islamiste sur le commerce de charbon de bois auraient atteint 500 mille dollars par mois pour la seule région de Ras Kamboni.

L'exportation de charbon de bois continue en Somalie, en violation d'une résolution de l'ONU, notamment depuis le port de Kismayo, ex-bastion des islamistes shebab conquis par la force de l'Union africaine (Amisom).

Des habitants de Kismayo ont indiqué que les exportations de charbon de bois avaient décru sans jamais cesser totalement après le départ des insurgés shebaab, chassés de Kismayo par les forces pro-gouvernementales somaliennes épaulées par le contingent kényan de l'Amisom.

Ils ont ajouté avoir vu encore récemment des bateaux quitter le port, chargés de sacs de charbon.

Dans un communiqué, l'Amisom a implicitement confirmé ces assertions, disant "regretter les informations selon lesquelles du charbon de bois est exporté hors de Somalie en violation de la résolution 2036 du Conseil de sécurité de l'ONU et de la loi somalienne".

Elle a néanmoins rappelé "n'être pas mandatée pour surveiller les activités commerciales en Somalie", mais a "réaffirmé son engagement à soutenir le gouvernement fédéral de Somalie dans ses efforts pour éliminer le commerce illégal de charbon de bois". A quoi sert l'Amisom? A laisser les terroristes financer leur guerre? La communauté internationale laisse donc les terroristes financer leurs futures attaques...

Le charbon continue d'être exporté du port de Kismayo, mais aussi d'autres ports naturels dans la région. Des bateaux continuent d'arriver et des milliers de sacs d'être exportés du port de Kismayo.

Le gouvernement du nouveau président somalien s'est dit opposé à la levée de l'interdiction de l'exportation du charbon de bois, au moins jusqu'à la mise en place d'une réelle administration à Kismayo.

La ville est pour l'heure gérée par un comité provisoire réunissant les représentants de différents clans. La sécurité y est assurée par l'embryon d'armée nationale somalienne et par les troupes kényanes de l'Amisom et leurs alliés de la milice ogaden Ras Kamboni.

On estime à environ 20 millions de dollars la valeur des stocks de charbon de bois entreposés par les shebaab sur le port avant leur départ...Selon les experts de l'ONU, les shebab ont récolté en 2013 plus de 25 millions de dollars de taxes sur les exportations de charbon de bois, essentiellement à partir de Kismayo.

 

Les troupes kényanes complices des Shebaab

D'importantes quantités de charbon semblent aussi avoir été exportées de ports de moindre importance, situés au sud de Kismayo, dans des zones passés depuis plusieurs mois sous contrôle kényan: la zone de Ras Kamboni, qui a donné son nom à la milice de l'ancien chef shebab Ahmed Madobe, devenu l'allié privilégié des troupes kényanes dans le sud somalien. Les troupes kényanes participeraient à ce juteux trafic...ces troupes n'ont d'ailleurs pas hésité à piller le centre commercial Westgate à Nairobi après l'attaque des terroristes Shebaab fin septembre 2013: les caméras de surveillance de Westgate ont filmé les soldats kényans dévalisant bijouteries, supermarchés et autres boutiques du centre commercial...

L'attaque des terroristes somaliens d'Al Shabab sur le centre commercial de Westgate à Nairobi pose une nouvelle fois la question du financement de ce groupe. La perte des principales zones qu'ils contrôlaient, Mogadiscio et Kismayo, n'a semble-t-il pas réduit de manière significative des ressources financières des shebaabs.

Les shebabs ont des besoins financiers importants. Chacun des combattants reçoit tous les mois entre 100 et 500 dollars. Comme ils sont environ 5000, cela suppose des recettes d'au moins un demi million de dollars par mois. Pour réunir ces sommes, le groupe islamiste utilise le racket sur les commerces et sur le transport. Mais le gros des ressources vient de l'exportation du charbon de bois vers l'Arabie saoudite via des traders de Dubaï. L'essentiel de ce commerce transite par le port de Kismayo dont les troupes kenyanes et celles de la force de paix africaine ont pris le contrôle il y a tout juste un an.

La perte de Kismayo couplée à une résolution des Nations Unies décrétant un embargo sur ces exportations de charbon de bois laissait penser que les Shebabs perdraient beaucoup de leur puissance financière. Il n'en n'est rien. Dans un rapport publié au mois de juillet 2013, les experts du groupe de contrôle pour la Somalie et l'Erythrée démontrent que le commerce de charbon de bois continue de plus belle et que les shebaabs, grâce à leurs réseaux, en tirent des bénéfices même supérieurs aux 25 millions de dollars de l'époque où ils contrôlaient Kismayo. L'argent est le nerf de la guerre et les shebaabs somaliens sont loin d'en être privés.

 

La destruction des forêts somaliennes

Le charbon de bois, outre qu'il représente la principale ressource financière des shebaab, est une catastrophe écologique pour le sud de la Somalie, où la disparition de la végétation exacerbe la sécheresse chronique, déjà aggravée par deux décennies de guerre civile.

L'ONG Ecoterra a mis en garde contre l'"écocide" que représente la fabrication du charbon de bois dans le sud du pays et contre ses conséquences pour les éleveurs nomades de la région. Les shebaabs n'en ont cure et continueront leur commerce avec les pays du Golfe sous le regard bienveillant des troupes kényanes...

Avec 25 millions de dollars, le terrorisme se porte bien en Somalie

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