Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Franck L

 

L'exécution d'un troisième otage, David Haines, par Daech va engendrer la création d'un coalition occidentale contre l'Etat Islamique lors de la conférence de Paris qui se déroulera lundi 15 septembre. Nouvelle erreur de nos démocraties choquées et outrées par les vidéos de l'Etat Islamique? N'est-ce pas le but final recherché par les militants de l'Etat Islamique?

Les atrocités commises par les djihadistes de l’Etat Islamique (en Irak et au Levant) autoproclamé par Abou Bakr al-Baghdadi offrent l’opportunité (en est-ce réellement une? Ou obéit-on sans même le vouloit à la volonté d'Abou Bakr al Baghdadi, dirigeant de l'EI?) aux pays touchés ou menacés d’unir leurs efforts et de s’entendre sur une stratégie régionale d’endiguement, qui pourrait déboucher dans un deuxième temps sur une vaste offensive militaire de leur part destinée à éradiquer cette mouvance djihadiste qualifiée par Chuck Hagel, secrétaire d'Etat à la Défense, de « groupe terroriste le plus sophistiqué et le mieux financé que tous ceux que nous ayons connu jusque là ; Il va au-delà de tout autre groupe terroriste ». La conférence de Paris "rassemblera les partenaires internationaux et régionaux qui adhèrent à cet objectif et contribuent à sa réalisation. Elle sera inaugurée conjointement par le président de la République et le président Massoum" annonce un communiqué de l'Elysée.

 

La conférence de Paris, une nouvelle conférence de Bonn...

"Dans la perspective de cette conférence, le président de la République effectuera une visite en Irak le 12 septembre", ajoute le communiqué. "Il apportera aux autorités irakiennes le soutien de la France pour lutter efficacement contre les terroristes de Daech, protéger les populations civiles et rétablir l’Etat de droit sur l’ensemble du territoire national". Lors d'une conférence de presse à l'Elysée, François Hollande a justifié l'organisation d'une conférence pour "coordonner les efforts" contre le terrorisme. La conférence de Paris du 15 septembre 2014 reproduira-t-elle les erreurs de la conférence de Bonn de décembre 2001 qui créa l'alliance des pays occidentaux pour rétablir la stabilité en Afghanistan et préserver son intégrité territoriale? Le symbole est fort: ces conférences ne se tiennent ni à Bagdad ni à Kaboul, mais à Paris et à Bonn...la pax americana est en oeuvre.

Le but non recherché: unir les djihadistes derrière le calife

Cette entente occidentale n'est-elle pas le but final envisagé par l'Etat Islamique? Les interventions des pays occidentaux en Afghanistan, en Irak, et même en Somalie n'ont guère été couronnées de succès. Toute intervention occidentale, perçue localement comme une invasion, sera un élément profondément unificateur pour tous les groupes djihadistes installés en Syrie et en Irak. L'Etat Islamique va encore voir ses troupes croître! L'exemple de l'intervention militaire en Afghanistan en 2001 devrait nous laisser perplexes sur les buts recherchés. Les talibans sont de retour et se rapprochent jour après jour de Kaboul...

Le succès est au rendez-vous pour l'EI: un nouveau groupe armé algérien, les « Soldats du califat », a annoncé dimanche 14 septembre qu’il rompait avec Al Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi) et prêtait serment d’allégeance à l’Etat islamique (EI) qui contrôle de vastes régions en Irak et en Syrie. Dans un communiqué diffusé sur des sites internet djihadistes, Gouri Abdelmalek, alias Khaled Abou Souleïmane, qui était le commandant d’Aqmi pour la région centrale, annonce prendre la tête des « Soldats du califat » et accuse les pays du Maghreb d’avoir « dévié de la juste voie ». Il précise avoir été rejoint par un autre commandant d’Aqmi dans l’est de l’Algérie. « Vous avez au Maghreb islamique des hommes qui obéiront à vos ordres », ajoute-t-il à l’adresse d’Abou Bakr al Baghdadi, le « calife » de l’EI qui avait lui même abandonné les rangs d’Al Qaeda en 2013. L'union fait la force! Le but recherché est atteint!

 

L'entente internationale, proposée probablement à la conférence de Paris par les Etats occidentaux prêts à s’impliquer dans la lutte contre l’Etat Islamique, mais aussi pourquoi pas par la Russie pourrait rebattre les cartes au Moyen-Orient débouchant sur une nouvelle donne géopolitique comme il n’y en avait plus eu depuis la fin de la Guerre froide et l’intervention internationale destinée à libérer le Koweït envahi par Saddam Hussein, à l’été 1990. Une telle évolution, que certains jugeront sans doute naïve ou irréaliste, présenterait de nombreux avantages, même si elle se heurte aujourd’hui à quelques ambiguïtés et à de multiples réticences. La déclaration est passé presque inaperçue, mais le 20 août 2014, le Pape François a déclaré que « ce que fait l’Etat islamique constitue une agression contre l’humanité ; Dans les cas où il y a agression injuste, il est licite d’arrêter l’agresseur injuste […] en évaluant tous les moyens nécessaires pour y parvenir ». Une telle occurrence est suffisamment rare dans l’histoire pour être notée. Bien qu’il ait nuancé son propos en affirmant que lutter contre une agression injuste ne devait pas aboutir à l’occupation de territoires, il a indubitablement encouragé certains Etats occidentaux (mais aussi de nombreux Européens), jusque là réticents, à s’engager d’une manière ou d’une autre dans la lutte contre les djihadistes de l’Etat Islamique.

 

Un axe Téhéran – Riyad?

Il est indéniable que l’expansion spectaculaire de l’Etat Islamique – au moment même où l'administration américaine reconnaissait négocier directement et bilatéralement avec Téhéran – a servi dans un premier temps les intérêts de Riyad, en montrant aux Américains et à tous ceux qui auraient pu être tentés d’écarter les Saoudiens des discussions en cours avec le pouvoir iranien qu’ils n’étaient pas à l’abri d’une « surprise stratégique » susceptible de torpiller leurs projets. Aujourd’hui, les dirigeants du royaume semblent divisés sur la ligne à adopter, bien conscients qu’un certain nombre de fondations privées saoudiennes ont financé les djihadistes combattant en Irak et en Syrie, que ces fondations restent très influentes dans le royaume et que la priorité stratégique de la famille régnante reste d’assurer la pérennité de la monarchie – inconciliable avec l’idée de Califat – et la stabilité de la péninsule arabique. Tout comme les Jordaniens, ils ont donc déployé des troupes à l’extrême nord de leur territoire, face à la portion de frontière irakienne contrôlée par l’Etat Islamique.

 

Négocier avec Bachar al Assad

Pour la Syrie, la montée en puissance des djihadistes de l'Etat islamique (EI) poussera tôt ou tard les Occidentaux à négocier avec le président Bachar al Assad qu'ils ont diabolisé mais dont ils devront reconnaître le rôle clé pour faire face à cette menace. Alors même que les forces d'Assad s'opposent aux combattants de l'EI dans la guerre civile syrienne, ces derniers sont la cible de frappes aériennes américaines dans le nord de l'Irak.

La résolution du Conseil de sécurité des Nations unies visant les activités islamistes en Irak et en Syrie adoptée le 15 août à l'unanimité a aussi conforté Assad dans sa conviction que les Etats-Unis comme les Européens se rapprochaient de plus en plus de son analyse du conflit, soulignent des sources proches du régime de Damas. Des représentants des puissances occidentales qui ont soutenu le soulèvement contre Bachar al Assad rejettent toute idée de rapprochement. La Syrie n'est pas l'Irak, disent-ils.

Mais la menace représentée par l'Etat Islamique commence à faire évoluer les esprits sur la politique à l'égard de la Syrie. Après plus de trois ans de guerre civile, l'opposition modérée dont les Occidentaux pensaient qu'elle finirait par l'emporter est désormais éclipsée par les islamistes radicaux. Pour le régime de Damas, le combat contre l'EI ouvre de nouvelles perspectives. Assad ne s'attend pas à un revirement des Occidentaux à court terme, selon les sources proches du régime. Mais, alors qu'il a sécurisé la partie du territoire syrien cruciale pour sa survie, le temps joue pour lui. Le régime reconnaît qu'une ouverture des Occidentaux se fera en secret, via les services de renseignements plutôt que par la voie diplomatique.

 

Israël et la Turquie, des soutiens indirects de l'EI?

Si l’Irak et l’Iran ont un intérêt évident à combattre sans réserve l’Etat Islamique, d’autres Etats de la région se montrent plus réservés. La Turquie d'Erdogan se sent certes menacée par le message idéologique véhiculé par les djihadistes qui télescope la politique « néo-ottomane » promue par l’AKP. La prise de pouvoir de l'Etat Islamique est une importante source de ravitaillement en pétrole bon marché pour l’économie turque. Les exactions des djihadistes multiplient également le nombre de réfugiés en Turquie et imposent une plus grande mobilisation de l’armée à la frontière syrienne, deux conséquences qui ont un coût économique certain. Mais en même temps, la présence de l’Etat Islamique permet d’occuper le rival iranien et de fragiliser un peu plus les pouvoirs irakien et syrien avec lesquels le gouvernement turc entretient des relations difficiles. La progression spectaculaire des djihadistes en direction de Bagdad, en juillet 2014, n’a-t-elle pas permis de mettre à l’écart Nouri al-Maliki, l’ancien Premier ministre irakien qui concentrait sur sa personne l’hostilité des communautés sunnites et kurdes irakiennes, mais aussi celle des Occidentaux et de l’ensemble des voisins de l’Irak. Même Téhéran, qui avait jusque là soutenu Nouri al-Maliki, l’a lâché comprenant qu’il était devenu beaucoup plus un handicap qu’un atout pour la stratégie d’influence iranienne dans la région.

Cette présence limitrophe de l’Etat Islamique permet également à de nombreux réseaux informels turcs de prospérer, grâce à l’importante contrebande qui s’est développée des deux côtés de la frontière. L’Etat Islamique est géographiquement enclavé, sans débouchés naturels autres que l’Anatolie turque. Il est en même temps riche (contrôle des puits de pétrole syriens, rançons, rackets, financements étrangers) et peut ainsi aisément trafiquer avec de nombreux intermédiaires...

Reste Israël, qui s’interroge. D’un côté, l’enracinement d’un havre pour djihadistes à proximité de ses frontières constitue une menace certaine sur le long terme, d’autant qu’elle ne peut que renforcer la motivation de combattants palestiniens proches de la mouvance du Hamas et du Djihad islamique. Mais à court et moyen termes, la présence de l’Etat Islamique présente de nombreux avantages pour les dirigeants israéliens : un pôle de fixation qui affaiblit tous leurs adversaires potentiels, à commencer par l’Iran et la Syrie ; un repoussoir qui légitime plus facilement, aux yeux de la communauté internationale, leur stratégie consistant à ostraciser, puis éradiquer le Hamas ; la garantie d’une coopération militaire durable avec la Jordanie et l’Egypte ; l’assurance du maintien de l’assistance militaire américaine, voire même son renforcement.

 

Les leçons de l'Histoire

Enfin, en Europe et aux Etats-Unis, la perspective d’une nouvelle intervention militaire ne suscite pas l’enthousiasme des foules après l’échec de l'Afghanistan, de l’Irak et le bilan pour le moins mitigé de l’intervention en Libye.

L’essentiel des forces de l'Etat Islamique semble pour l’instant réparti le long du Tigre et de l’Euphrate qui constituent en pratique les deux axes principaux de manœuvre des troupes légères mobiles de l’Etat Islamique. Cela signifie que ce dernier ne peut mobiliser que peu de troupes sur un même front (face à Bagdad, Erbil ou Alep par exemple) s’il ne veut pas perdre les territoires conquis ailleurs. Cela signifie aussi qu’il ne peut pas, pour l’instant du moins, masser rapidement de troupes pour menacer sérieusement la Jordanie. D’autant qu’en concentrant ses forces, celles-ci seraient exposées à des frappes aériennes dévastatrices, d’où qu’elles viennent.

La conclusion évidente de ces considérations opérationnelles, c’est qu’il est parfaitement concevable d’infliger des revers cinglants à l’Etat Islamique, à condition d’agir de manière coordonnée et simultanée sur l’ensemble des fronts (syrien, kurde et irakien) avec des moyens militaires suffisants (avec des troupes au sol), de manière à l’encercler et l’asphyxier progressivement. Mais cela impose que l’Irak, l’Iran, la Syrie, la Turquie et le gouvernement autonome du Kurdistan irakien s’entendent préalablement pour agir ensemble, appuyés par les Occidentaux qui le souhaitent. Solution à l'heure actuelle inenvisageable...des troupes américaines aux cotés des troupes iraniennes?

 

Négocier avec le calife Ibrahim

Ne serait-it donc pas plus réaliste de négocier avec l'Etat islamique qui a déjà conquis de larges pans de territoire et même créer d'ores et déjà une wilaya couvrant la partie orientale de la Syrie et celle occidentale de l'Irak. L'entêtement des pays occidentaux a de grades chances de mener nos pays à un nouvel échec, comme en Afghanistan ou en Irak. Le Calife Ibrahim (ainsi s'est-il proclamé!) est prêt à la négociation malgré ses discours radicaux. Avec 30 000 militants, il ne pourra indéfiniment tenir l'ensemble des territoires conquis, mais les pays occidentaux ne pourront enrayer son avancée sans envoyer des troupes au sol (Obama l'a d'ores et déjà exclu). Une solution possible serait de négocier avec l'Etat Islamique afin de limiter son extension et ainsi de stopper toute volonté ultérieure de créer d'autres territoires islamistes. La radicalisme serait alors cantonné à la portion conquise par l'Etat Islamique.

Certes Ibrahim n'est pas prêt de prendre Damas et Bagdad, ces grandes capitales arabes qui furent le siège du califat avant l'invasion mongole du milieu du 13ème siècle. Mais cet homme secret s'est déjà révélé, à 43 ans, comme un grand politique postmoderne, par sa maîtrise des atouts essentiels que sont une communication efficace, une idéologie simple, et une approche réaliste des rapports de force.

En Orient comme en Occident, nombreux sont les hommes politiques à faire passer la communication avant l'action. A l'image du Nasser du printemps 1967, on crie d'abord victoire, avant de songer aux moyens concrets du combat. La force d'Abou Bakr al-Baghdadi est d'avoir su attendre une victoire réelle sur le terrain, avant de se mettre à discourir. Ce n'est pas rien, cette grande mosquée de Mossoul, d'où il a prononcé le prêche de la prière du vendredi, le 4 juillet 2014! L'homme qui a pris le nom d'Ibrahim après s'être fait proclamer calife par ses troupes, est parvenu à complètement démonétiser le vieil Egyptien , Ayman Al Zawahiri, le successeur de Ben Laden à la tête d'Al Qaeda. Le nouveau calife tient la seconde ville d'Irak et d'importants champs pétroliers mais il se montre plus modeste dans ses ambitions que l'ancien milliardaire saoudien, qui, dans une interview donnée depuis une grotte en 1998, avait déclaré la guerre «aux Juifs et aux Croisés». Sur le fond, Abou Bakr al-Baghdadi n'est pas non plus dans l'erreur. Quand il explique que l'islam a toujours eu un seul chef, à la fois politique et religieux, c'est-à-dire un calife, il a parfaitement raison. C'est le modèle des temps heureux (c'est-à-dire celui des conquêtes foudroyantes du 7ème siècle). La Providence l'a désigné comme «wali» (chef), mais elle ne lui a pas retiré sa sobre modestie. «Je ne suis pas meilleur que vous. Si j'ai tort, conseillez-moi et remettez-moi sur le droit chemin!», a-t-il lancé à ses ouailles de la grande Mosquée de Mossoul. Ce mélange de modestie de bon aloi et de positionnement géographique parfait entre les deux sièges califaux de Damas et Bagdad lui permet, sans ridicule, de demander à l'ensemble des bons musulmans de la planète de se rallier à lui. Par bons musulmans, il faut bien sûr comprendre les «sunnites», ceux qui respectent la «tradition» (la sunna) du Prophète. Les chiites, eux, sont des apostats et sont donc exclus de tout avenir au sein de l'EI.

Le nouveau calife Ibrahim a aussi l'atout politique d'être un homme décidé, qui ne s'embarrasse pas de nuances, ni d'atermoiements. En plus de l'application de la charia, pas de programme compliqué chez lui, mais un seul commandement: «Obéissez-moi tant que vous obéissez à Dieu en vous!».

Le jeune calife a montré son excellente maîtrise des rapports de force. Pour s'emparer des régions sunnites d'Irak, il a attendu que l'administration chiite y soit complètement discréditée, celle de Nouri al Maliki. Il a laissé les Kurdes s'emparer de la ville pétrolière de Kirkouk, car les peshmergas sont ses adversaires potentiels les plus dangereux. Il s'en prend publiquement aux Jordaniens et Saoudiens, alliés régionaux des Américains, car il sait que ces derniers sont paralysés, n'ayant aucune envie de revenir se battre en Irak, ni de s'allier avec l'Iran chiite. Il sait qu'il est invincible, parce qu'il a compris qu'aucune puissance n'était prête à faire l'effort de le vaincre...les Etats-Unis n'enverront pas de troupes au sol. Le calife Ibrahim est donc tout puissant, l'Histoire le prouve!

Il serait donc temps de négocier avec le calife Ibrahim! Sinon un nouvel affaiblissement de nos pays occidentaux est à prévoir, puisqu'aucune guerre occidentale ne sera victorieuse...

Le calife, maître du jeu!

Commenter cet article

Paul 15/09/2014 09:01

Ne refaisons pas les mêmes erreurs que par le passé! Nous avons suffisamment perdu d'hommes en Afghanistan. Ces guerres ne nous concernent pas. Concernant le terrorisme, nous avons des liens historiques avec la Centrafrique et le Mali: nous devons donc intervenir...mais ne nous lançons pas dans des guerres inutiles en Irak ou en Syrie!