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Publié par JEA

 

La Turquie est prête à accueillir les responsables des Frères musulmans égyptiens devenus indésirables au Qatar en raison des pressions exercées sur cet émirat par les autres pays du Golfe hostiles à la confrérie islamiste.

L'annonce a été faite lundi 15 septembre 2014 par le président turc Recep Tayyip Erdogan, cité par les chaînes de télévision turques, aux journalistes présents dans l'avion qui le ramenait d'une visite officielle au Qatar. Un responsable des Frères musulmans installé à Londres a déclaré samedi que le Qatar avait demandé à sept dirigeants de la confrérie de quitter son territoire en raison des pressions exercées par ses voisins. Le départ de Doha de plusieurs membres des Frères musulmans, dont le secrétaire général de la confrérie, montre que le Qatar a pris la mesure des risques que son soutien à cette organisation islamiste lui faisait courir.

 

Doha se calme

Sous la pression de ses voisins mais aussi des États-Unis, le Qatar commence à agir contre ses remuants alliés islamistes. Doha vient de demander à sept responsables des Frères musulmans de quitter son émirat, qui abritait jusque-là de nombreux responsables intégristes pourchassés dans leur pays.

«Les autorités qatariennes ont dit à la confrérie qu'elles étaient soumises à la pression et que les circonstances n'autorisaient pas la présence de tous ses membres à Doha», a souligné à l'agence Reuter Ibrahim Munir, un responsable des Frères, installé à Londres. Cette mesure concerne notamment Mahmoud Hussein, le secrétaire général de la confrérie.

Même s'il ne s'agit pas d'une rupture entre Doha et les Frères musulmans - qui ont été le principal vecteur d'influence du Qatar dans les pays arabes qui se sont révoltés depuis trois ans - c'est un signe clair de durcissement de la politique de l'émirat à l'égard des islamistes.

Doha sur la ligne de Riyad ?

Le soutien qatarien aux Frères musulmans égyptiens a provoqué une crise grave entre Doha et Le Caire. Mais au-delà, cet appui à la mouvance des Frères musulmans à détérioré les relations de l'émirat avec ses voisins d'Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, qui n'ont pas hésité à rappeler en mars leur ambassadeur à Doha. On comprend désormais davantage pourquoi les États-Unis et l'Union européenne peinent à sanctionner le nouveau gouvernement égyptien après la sanglante répression des manifestants pro-Morsi. Leur plus grand allié au Moyen-Orient, l'Arabie saoudite, pèse de tout son poids pour protéger l'armée égyptienne, de retour aux affaires un an après l'accession à la présidence du Frère musulman Mohamed Morsi. Déjà, au lendemain de la destitution du président islamiste Mohamed Morsi, le 3 juillet 2013, les monarchies du Golfe avaient annoncé le versement au nouvel exécutif égyptien de 12 milliards de dollars, dont 5 milliards pour l'Arabie saoudite, 4 pour le Koweït et 3 pour les Émirats arabes unis. L'est de l’Arabie Saoudite, riche en pétrole, a été le théâtre en 2011 de manifestations des chiites, population minoritaire dans le pays (10 %), exigeant la fin des discriminations à leur encontre. Mais elles ont été étouffées par une vaste répression policière qui a fait neuf morts. L'arrestation, en juillet 2012, d'un dignitaire chiite prônant la scission des régions chiites pétrolifères de Qatif et d'Al-Hassa a toutefois relancé la contestation. Quant aux 90 % de sunnites qui peuplent le royaume, ils sont majoritairement jeunes, politisés et ne bénéficient que trop peu du reversement de la manne pétrolière. Voilà pourquoi l'intervention de l'armée égyptienne, sous couvert d'une révolution populaire, a été accueillie à bras ouverts par Riyad. La peur de la contagion a provoqué le soutien de l’Arabie Saoudite au nouveau pouvoir militaire au Caire. L’élimination politique des Frères musulmans a été saluée par l'ensemble des pétromonarchies du Golfe, à l'exception notable du Qatar, qui a accueilli les événements avec circonspection. C'est que l'émirat n'a pas ménagé ses efforts pour soutenir les islamistes "modérés" arrivés au pouvoir au lendemain du Printemps arabe. Très vite, Doha a gratifié les Frères d'une aide de 7 milliards de dollars. Car, contrairement au royaume wahhabite, le conservateur émirat gazier, avec ses 220 000 nationaux totalement dépolitisés, ne risquait pas d'être à son tour contaminé par la vague révolutionnaire frériste. Avec la chute du pouvoir islamiste au Caire, l'Arabie saoudite a donc tenu sa revanche sur son rival qatari.

 

Doha, un nouvel allié ?

D'autre part, sur le front syrien, après avoir été en pointe dans la structuration de l'opposition à Bachar el-Assad, le Qatar a dû céder ce rôle à l'Arabie saoudite. Et si l'on ajoute la lutte internationale contre les djihadistes parfois financés par des privés qatariens, Doha ne pouvait plus résister aux multiples pressions s'exerçant de la part de tous ceux qui lui reprochent son «double jeu» dans la gestion des crises régionales.

Sous l'égide de son jeune émir, Tamim, l'enfant terrible du Golfe s'assagit donc un peu. Ces dernières semaines, Doha a condamné, sans équivoque, des «groupes extrémistes», tout en réussissant une médiation pour tenter de libérer 45 otages, des casques bleus d’origine fidjienne, détenus par al-Nosra, la branche locale d'Al Qaida en Syrie.

Sur recommandation américaine, Doha a surtout aplani son différend avec son puissant voisin saoudien, qui lui reproche également d'alimenter les critiques contre le royaume, via Al Jazeera, la chaîne de télévision abritée et financée par le Qatar. En quelques semaines, les chefs de la diplomatie qatarienne et saoudienne se sont vus à quatre reprises, dont la dernière fois en présence du secrétaire d'État américain, John Kerry.

Doha semble donc vouloir apaiser ses relations avec les États du Golfe, mais cela signifie-t-il qu'il a cessé de soutenir les Frères musulmans ?

Le Qatar et la Turquie ont été les seuls pays de la région à soutenir les Frères musulmans après le renversement par l'armée égyptienne en juillet 2013 du président islamiste élu un an auparavant, Mohamed Morsi. Depuis l'éviction de la confrérie islamiste dont est issu son parti, Recep Tayyip Erdogan n'a de cesse de fustiger l'inaction internationale face au "massacre" en Égypte, quitte à provoquer une crise de leadership au sein du monde sunnite. Le président turc est allé jusqu'à affirmer qu'il n'y avait "aucune différence" entre le chef de l'armée Abdel Fattah al-Sissi et Bachar el-Assad. La Turquie serait-elle le dernier soutien de l’Etat Islamique ?

La Turquie, soutien indéfectible des djihadistes ?

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