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Publié par Bob Woodward

 

Redoutant une contagion, les dirigeants européens ont du mal à cacher leur nervosité face à la perspective d'une indépendance de l’Ecosse et agitent la menace de rejeter Édimbourg hors de l'UE. Cette semaine, un porte-parole de la Commission européenne a refusé de commenter les derniers sondages donnant le non et le oui au coude-à-coude, soulignant qu'il s'agissait d'une "affaire intérieure".

Mais son président Barroso s'était attiré les foudres des indépendantistes écossais en février lorsqu'il avait déclaré qu'il serait "extrêmement difficile, voire impossible", pour une Écosse indépendante de rejoindre l'UE. "Il sera bien sûr très difficile d'obtenir l'accord de tous les autres États membres de l'UE pour accepter un nouveau pays venant d'un autre État membre", avait-il déclaré.

Il avait cité l’Espagne, confrontée aux revendications séparatistes, qui a refusé de reconnaître le Kosovo. "C'est d'une certaine façon une situation similaire, car il s'agit d'un pays nouveau", avait-il ajouté. Une maladresse que les indépendantistes écossais s'étaient empressés de dénoncer en distinguant leur référendum, consenti par Londres, à la déclaration d'indépendance du Kosovo unilatérale et contestée par la Serbie.

 

L’UE enlisée…

Il est toutefois un trait commun à l’Écosse et à la Catalogne. L’aspiration à l’émancipation nationale y va de pair avec l’aspiration à l’intégration européenne. Il ne s’agit pas de faire des Écossais ou des Catalans des Européens enragés. Dans ces régions, comme partout ailleurs en Europe, des débats existent sur l’Europe à venir et le rôle que les entités régionales ou étatiques pourraient être amenées à y jouer. Mais elles voient tout d’abord dans l’Europe un allié dans la reconnaissance de leur identité. La politique régionale – dont le FEDER, fonds européen de développement régional, constitue le fer de lance –, le Comité des Régions – qui depuis 1994 donne une vitrine institutionnelle aux régions d’Europe – ou la Charte européenne des langues régionales et minoritaires négociée sous l’égide du Conseil de l’Europe sont autant d’indices de la sollicitude des instances européennes à l’égard des aspirations régionalistes. L’Europe constitue également un cadre rassurant qui leur épargnera les risques d’une indépendance mal préparée. Aux électeurs qui redouteraient d’être abandonnés à eux-mêmes une fois brisées les chaînes de la domination de Londres ou de Madrid, les indépendantistes de Barcelone et d’Édimbourg font miroiter la tutelle bienveillante et lointaine de l’Europe des régions.

Bruxelles n’est en effet pas spontanément favorable aux éclatements étatiques. Régionaliste, Bruxelles n’est pas pour autant indépendantiste. Différence souvent difficile à comprendre et à expliquer ! Le paradoxe n’est qu’apparent : l’UE entretient une relation privilégiée avec les régions européennes à la fois par conviction citoyenne (les régions sont des acteurs politiques désormais incontournables) et par calcul politique (elles peuvent influencer les États dans le processus de décision communautaire). Pour autant, Bruxelles n’encourage pas leur adhésion à l’indépendance, pour ne pas donner prise à l’accusation de s’immiscer dans les affaires intérieures des États, et par crainte d’une prolifération d’États, dont le nombre déjà élevé dans l’Europe des 28 complique le jeu institutionnel.

L'UE, qui a déjà fort à faire avec une économie en berne et un chômage élevé, notamment chez les jeunes, se passerait bien de la discussion qui s'annonce orageuse sur la façon dont une Écosse indépendante, très pro-européenne, devrait être traitée. D'autant plus qu'à l'Est, les agissements de la Russie en Ukraine inquiètent les pays Baltes à fortes minorités russophones qui pourraient réclamer plus d'autonomie.

 

La Catalogne en ligne de mire…puis la Flandre ?

Une chose est sûre : "Un nouvel État indépendant deviendrait, du fait de son indépendance, un État extérieur à l'Union européenne", a résumé dès 2013 le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, interrogé alors sur la Catalogne. Il lui faudrait donc demander à adhérer à l'UE, "selon les procédures d'accession connues", ce qui pourrait durer jusqu'en 2020, selon les experts. "Dans tous les cas, cela serait soumis à ratification par tous les États membres", avait-il poursuivi.

 

Même si, en toute rigueur, l’Écosse et la Catalogne constitueraient de nouveaux États indépendants, le bon sens interdit de les assimiler à la Moldavie, au Monténégro ou à la Turquie au regard de leur droit à (ré-)entrer dans l’Union. Bien qu’il soit dépourvu de base juridique, le concept d’élargissement « intérieur » parle à la raison, qui invite à distinguer ces élargissements-ci de ces élargissements-là. La solution la plus raisonnable serait de négocier simultanément l’indépendance et l’adhésion à l’Union européenne.

 

Cette position a également le soutien des États membres, au premier chef de ceux qui redoutent des sécessions en leur sein. Car elle conduirait à leur donner un droit de veto sur l’adhésion à l’Union européenne de ces nouveaux États sécessionnistes. Les États indirectement concernés y sont plus encore attachés que les États directement concernés : s’agissant par exemple de l’Écosse, le Royaume-Uni sera évidemment associé aux négociations menant à l’indépendance, alors que l’Espagne et la Belgique en seront tenues à l’écart, ne retrouvant voix au chapitre qu’à l’occasion de la demande d’adhésion de l’Écosse indépendante. Ainsi, des États tiers retrouveraient le moyen d’influencer l’éclatement d’un autre État membre et, par ricochet, de dissuader leurs propres régions tentées par la sécession de suivre cette voie.

 

Les Catalans, qui ont manifesté en masse pour l'indépendance à Barcelone, mais aussi les Basques, suivent avec attention le référendum, alors que Madrid refuse d'envisager toute indépendance de ses régions. La question se pose également pour la Belgique. La région flamande (qui couvre le Nord de la Belgique au voisinage de la Région de Bruxelles- Capitale et de la Région wallonne) rassemble les trois cinquièmes de la population belge sur les deux cinquièmes du territoire de la Belgique. Elle revendique être à l’origine des deux tiers de la richesse nationale…la Belgique suivra-t-elle l’exemple de l’Ecosse ? L’Union Européenne, par sa politique régionaliste, serait-elle le fossoyeur de l’Etat Nation ?

 

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