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Publié par JEAN

C'est la fin d'une époque : la flûte à bec disparaît définitivement des programmes d'éducation. Longtemps enseignée dans les classes de collège, elle vient d'être rayée de la liste des fournitures scolaires de Familles de France. Désormais, c'est le chant qui sera pleinement mis à l'honneur. Honneur et gloire aux futurs héros de The Voice ou de la Star Ac’ ! TF1 et M6 seront les futurs employeurs de nos chanteurs en herbe !

La nouvelle de cette disparition annoncée risque de faire à la fois des heureux et des déçus. Elle fera, à n'en pas douter, frémir le cœur des plus nostalgiques ! La flûte à bec, longtemps enseignée dans les cours de musique au collège, tire officiellement sa révérence. Les nouvelles générations seront désormais épargnées par cet enseignement, considéré par beaucoup comme le symbole d'une époque révolue.

 

Flûte alors !


En réalité, la flûte à bec a été rayée des programmes en 2008. Mais en cette rentrée 2014, c'est la première fois que l'association Familles de France, qui réalise tous les ans une enquête sur le coût des fournitures scolaires, ne l'inclut plus pas dans son "panier type". Une preuve effective de sa disparition. Désormais, les cours sont axés autour du chant et de la voix. « La voix reste le vecteur le plus immédiat et le plus utilisé dans le monde pour faire de la musique. Pour ces raisons, elle est particulièrement appropriée aux travaux d'interprétation et de création dans un cadre collectif en milieu scolaire, y compris durant la mue qu'il faut accompagner », s'était justifiée l'Éducation Nationale dans un bulletin officiel, il y a six ans de cela.

Pour certains professeurs, ce recentrage sur l'instrument vocal ne peut qu'être bénéfique. Cependant le travail sur la voix qui est désormais demandée ne fait que renforcer l’appétence des adolescents pour les émissions où succès, renommée et richesse sont transmis à de jeunes vedettes écervelées dénuées de tout talent.

 

Depuis trente ans, l’éducation artistique et culturelle a été élevée, au moins dans les discours, au rang de cause majeure des politiques publiques. Avec une approche bien différente, Nicolas Sarkozy et François Hollande ont proclamé qu’ils en feraient une des priorités de leur politique culturelle.

Pourtant, depuis l’ambitieux plan Lang-Tasca, l’État ne semble plus en mesure d’assurer la continuité de cette politique, faute de dégager des moyens véritablement incitatifs mais aussi en raison de pratiques et d’objectifs souvent divergents entre l’Éducation nationale et la Culture. Prendre appui sur les enseignements, c'est également introduire une dimension artistique et une dimension culturelle dans tous les enseignements. L'histoire des arts en constitue l'une des modalités, dès lors qu'elle est dispensée comme un vecteur de transversalité. Son caractère fédérateur peut y aider. En revanche, on peut s’interroger sur la forme actuelle de son ancrage dans les programmes disciplinaires et certaines modalités de son évaluation au diplôme national du brevet (DNB). Nous sommes encore très loin d’un enseignement volontariste de l’éducation artistique.

 

La généralisation, c'est aussi offrir la possibilité à tous les lycéens, toutes filières confondues, de pouvoir suivre une option artistique facultative ou obligatoire. Dans les faits, les établissements scolaires ne peuvent pas se le permettre…pas assez de professeurs, des emplois du temps incompatibles, des options facultatives qui se chevauchent…Alors que les enseignements artistiques, obligatoires jusqu’au collège et optionnels au lycée, s’adressent ainsi dans les textes à la totalité de la population scolaire (c’est loin d’être le cas !), les actions d'éducation artistique impliquant l'intervention d’artistes ou de professionnels de la culture ne peuvent bénéficier qu'à une minorité d’élèves. Cette démarche au cœur des politiques d'éducation artistique et culturelle et l'idéal républicain d'une éducation artistique et culturelle pour tous, entrent donc de toute évidence en tension. Les dispositifs qui se sont succédé depuis une trentaine d'années révèlent les multiples tentatives de réduire cette tension et de généraliser une offre en matière d'éducation artistique et culturelle répondant au double souci de la qualité et de l'égalité. En vain !

La forte diminution des crédits d'intervention du ministère de l'Education nationale, l'érosion des crédits inscrits à l'action de la mission culture dans la décennie 2001 - 2011 (- 22,8 %) auront comme conséquence l'arrêt de la dynamique de généralisation impulsée par le plan Lang-Tasca de décembre 2000. Seule l'introduction en 2008 d'un enseignement de l'histoire des arts obligatoire et donnant lieu à une épreuve au brevet marquera la volonté de réaffirmer cet objectif de la généralisation mais, le plus souvent, au détriment de l'initiation à une pratique artistique. Même la pratique d’un instrument de musique disparaît !Cette nouvelle disposition ne semble guère à même de pouvoir développer l’enseignement artistique au collège voire au lycée. Supprimer la flûte n’est qu’une mesure accessoire qui ne répond en rien aux objectifs d’éducation artistique

L’éducation artistique, le parent pauvre…

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