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Publié par MARC

 

 

En cette période de conflit israélo-palestinien, du départ de jeunes vers le front syrien et irakien et du développement des communautarismes en France, la question se pose avec acuité. Comment aborder en classe le sujet des religions quand de telles divisions secouent la société française?

Le sujet du voile islamique à l'école a fait réapparaître ce thème dans la vie publique française dès les années 80.

L'école conduite par Jules Ferry

Concrètement la problématique n’est pas nouvelle et il faut remonter au début du XXe siècle pour comprendre la genèse de cet enseignement inscrit au socle commun de connaissances et de compétences depuis 2006. Les lois de laïcisation de l’école conduites par Jules Ferry définirent l’enseignement du religieux comme relevant du domaine privé, et remplacèrent en 1880-1882 la catéchèse par une instruction morale et civique. En 1905, l’Etat se désolidarise de l’Eglise, instaurant une République laïque. Principe adogmatique, la laïcité ne se veut pas pour autant antireligieuse, au contraire: elle offre un cadre général au sein duquel toutes les spiritualités et religions peuvent exister. Dans l’optique du refus d’un enseignement confessionnel, les devoirs envers Dieu sont retirés de l’instruction en 1923.

En 1982, la Ligue de l’enseignement prend position en faveur de l’étude des mythes fondateurs des grandes religions et de leur contribution au développement des civilisations. Cependant cette connaissance des mythes fondateurs est définitivement liée à la culture classique (littérature et arts) des élèves et des familles, culture classique qui ne semble plus la priorité de nombre d'écoles, collèges et lycées. Rap et street art ont pris souvent le relais...

L’enseignement de l’islam est un exemple particulièrement sensible, aux conséquences fort dommageables. Comme les autres convictions, il serait indispensable que cette religion puisse bénéficier de ce qu’apportent les différentes disciplines scolaires, et notamment l’histoire, pour contribuer à la formation de l’esprit critique et à la liberté de penser.

 

Former les enseignants

Il est vrai que la lecture des grandes oeuvres littéraires (Montaigne, Rabelais, Pascal, Hugo...) ne fait pas sens si on occulte le contexte politique et religieux de l’époque. Et il en va de même pour les tableaux de maîtres qui, jusqu’au XVIIIe siècle, foisonnent de codes iconographiques religieux. L’apport d’un enseignement des religions se conçoit donc ici comme une aide à la compréhension du monde passé et contemporain, où le fait religieux entre souvent en résonance avec l’actualité.

La formation des enseignants est donc essentielle afin de transmettre le fait religieux. Il est probable que certains enseignants aient besoin de revoir leurs grands classiques en littérature...comment enseigner si l'on possède mal tous ces codes littéraires et iconographiques.

Cette formation s'adresse également aux élèves. Elle vise à combattre le rejet, à éviter les amalgames douteux et les comportements communautaristes. La tolérance semble être le maître mot.

Comment se déroule son enseignement?  L’étude du fait religieux doit se faire de manière transversale, à travers toutes les disciplines. Il s’agit dès lors d’aborder les religions sur les plans à la fois historiques et sociaux mais aussi sur les plans philosophiques et symboliques. L'une des principales difficultés liée à cette instruction réside dans la neutralité requise. Comment transmettre les faits religieux de façon la plus objective possible en occultant leur dimension mystique? Des cycles de formations sont maintenant mis en place pour la formation initiale et continue des enseignants. Mais ils ne touchent encore qu’une minorité de professeurs. Les récentes évolutions des programmes - notamment la suppression des origines du christianisme et de la rencontre des monothéismes au XIIIe siècle en classe de seconde - ne favorisent pas cet indispensable investissement pour redonner les possibilités d’une formation à l’intelligence des religions.

 

Des programmes trop légers?

Le ministère de l’Education nationale impose aux programmes des classes de sixième et de cinquième l’étude des débuts du christianisme, du judaïsme et de l’islam mais passe en silence l'évolution des trois grandes religions monothéistes. Le judaïsme ne revient ainsi au programme qu’au lycée, avec la Shoah. Et si l’enseignement se veut transversal, il reste surtout l’apanage de l’histoire. S’ajoute à tout cela l’omission de certaines religions comme le bouddhisme, comptant pourtant 5 millions de sympathisants en France. Beaucoup de progrès restent donc à faire pour aller vers un savoir complet et pour éviter des comportements communautaristes dans nos établissements scolaires. Les trois monothéismes ne bénéficient d’aucune étude comparée qui permettrait de voir leurs filiations et leurs emprunts. Ils sont exposés séparément, et cette séparation est accentuée par le fait que, pour l’Islam, Dieu ne soit désigné que dans son vocable arabe "Allah". La langue est ici utilisée comme marqueur identitaire qui sépare les deux rives de la Méditerranée. Nous sommes donc encore loin d'un enseignement confiant des religions...

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